Tu ne peux pas comprendre (3/?)

Trois heures plus tard, dans la chambre de Tom.

Emmitouflé sous les couvertures du lit de Tom, en pyjama long, Bill était recroquevillé, yeux fermés et sa tête enfoncée sur son gros coussin qu'il avait emporté de sa chambre et qu'il serrait à présent dans ses bras. Malgré les médicaments dont Simone l'avait bourré, il avait toujours un mal de crâne carabiné qu'il essayait en vain de faire partir.

Pour ne rien arranger, il avait une envie furieuse de fumer, mais il savait que ça ne ferait qu'empirer les choses. Leurs parents ne savaient pas qu'ils fumaient, et c'était toujours fenêtres grandes ouvertes que son frère et lui osaient cramer une ou deux cigarettes à la sauvette. Or, vu le temps et son état, c'était vraiment à exclure. Bill toussa un peu.

De plus, il avait encore un peu froid malgré sa longue douche brûlante et le cocon dans lequel il se trouvait à présent.

Néanmoins, l'air que Tom jouait depuis quelques minutes sur sa guitare, assis à côté de lui au rebord du lit était d'un étrange mais certain réconfort. La mélodie était si... familière.

Ses lèvres bougeant de leur propre accord, formant silencieusement quelques mots, Bill réalisa soudainement qu'il l'avait déjà entendue et rouvrant ses yeux, il souffla tout bas.

- Schwarz...
- Quoi ? demanda Tom en s'interrompant.
- Hm, non, rien. Continue.

Il referma ses paupières. Ce n'était sûrement qu'une impression, et pourtant, il avait la sensation d'avoir déjà entendu cet air...

- Qu'est-ce que tu joues ?

Tom haussa les épaules.

- Je ne sais pas, juste quelque chose dont j'ai rêvé.
- Vraiment ? croassa Bill de sa voix malade.
- Oui, c'était...

Tom sembla se tâter à raconter la suite, l'air pensif, et sentant son hésitation, Bill entrouvrit à moitié ses yeux.

- Dans mon rêve, continua finalement le blond, c'était toi qui tenais la guitare, et moi j'étais à côté de toi. Je t'apprenais cette chanson.

Il se tut avec gêne, et même si Bill sentait qu'il y avait peut-être plus à son rêve que son frère ne voulait bien en dire, il ne l'obligea pas à poursuivre, trop exténué pour argumenter, mais aussi étonné par ses propres impressions.

- C'est bizarre, j'ai l'impression de l'avoir déjà entendue, lui expliqua-t-il paresseusement. Je crois que c'était dans mon rêve, tu sais, ce matin...

Tom interrompit à nouveau sa mélodie, stupéfait. Il regarda son petit frère qui refermait déjà ses yeux fatigués, puis il baissa son regard vers le manche de sa guitare, observant les cordes sur lesquelles ses doigts étaient posés. Pouvait-il y avoir une connexion quelconque entre leurs deux rêves ? Après tout, ce ne serait pas la première fois. En effet, il leur était déjà arrivé par le passé de faire exactement le même rêve, quand ils étaient petits.

Le blond fronça les sourcils, l'air songeur.

- Tu penses qu'on pourrait être des rockeurs célèbres, quelque part ?
- Comment ça ? marmotta Bill.
- Je ne sais pas... Dans une autre vie, un monde parallèle ou un truc dans le genre ?
- J'en doute, s'esclaffa légèrement son jumeau.

Tom jouait bien un peu de la guitare, et Bill aimait effectivement chanter – principalement sous la douche, Bill chantonnant très souvent à tue-tête des chansons de Nena qualifiées d'horribles par son charmant grand frère qui devait malheureusement parfois partager sa douche avec lui lorsqu'ils étaient en retard pour aller au lycée – mais ni l'un ni l'autre n'avait vraiment un bon niveau.

Personne dans l'entourage des jumeaux ne faisait de musique et ne pouvait donc les aider à progresser. D'ailleurs, si Tom et Bill avaient eu il y a longtemps l'idée de monter un petit spectacle à deux, Jörg et Simone ne les avaient jamais laissés faire. Ils n'avaient pas le matériel nécessaire, et Jörg n'avait jamais été d'accord pour l'acquérir, préférant essayer de convaincre ses garçons de jouer à quelque chose de plus viril comme le foot... en vain. Bill et Tom détestaient le sport.

Tom se remit à jouer, et hésitant, il lui demanda, soudainement inquiet :

- Tu vas passer leurs auditions ?

Bill savait qu'il faisait référence à celles du groupe d'Andréas et rouvrant une nouvelle fois ses yeux, il rosit légèrement en repensant à leur ami. Néanmoins, se concentrant sur la question, il baissa son regard, fixant son coussin qu'il triturait de ses doigts.

Il aurait certainement aimé faire partie d'un groupe de rock. C'était même un de leurs plus vieux rêves, à Tom et lui.

- Je ne sais pas, répondit-il honnêtement.

Un moment de silence passa encore, et Bill releva légèrement la tête, réalisant soudainement :

- Mais, si je les passais, toi aussi tu le pourrais, non ? Andréas serait sûrement emballé à l'idée.

Tom fronça les sourcils à la mention de leur meilleur ami, comme si l'idée d'être personnellement dans le même groupe qu'Andréas lui déplaisait, et il secoua fermement la tête.

- Non, ça ne m'intéresse pas.

Un silence surpris et étrangement gêné s'installa entre les deux garçons, uniquement contrebalancé par l'infime mélodie que Tom jouait encore et encore, jusqu'à ce que le blond murmure, les yeux rivés sur son instrument :

- Bill, est-ce que tu es intéressé ?
- Je te l'ai dit, je ne sais pas, répondit-il en haussant les épaules. Je ne ferais sûrement pas un bon chanteur de toute manière.
- Non, je veux dire...

Tom s'interrompit, voix et instrument compris, et s'impatientant légèrement à sa propre hésitation, il se tourna brusquement vers lui, le regardant intensément.

- ... par la proposition d'Andréas ?
- Oh... ça, rougit Bill.

Ils n'avaient pas reparlé de l'incident avec Andréas depuis l'arrivée de leur mère. S'arrêtant une fois pour toutes de jouer, Tom posa sa guitare et s'allongea sur le lit, face à lui. Bill baissa les yeux à sa proximité.

- Hm, je ne sais pas trop.

Tom le fixait sans faillir, et Bill avait l'impression de devenir aussi rouge qu'une cerise.

- Je ne suis pas gay, affirma-t-il au bout de quelques secondes.
- Non, tu n'en es pas sûr.

Relevant la tête pour le regarder, Bill ouvrit la bouche pour le contester vivement, mais en remarquant les yeux sérieux et compréhensifs de Tom, il se tut. Son jumeau le connaissait réellement par c½ur, nulle surprise qu'il ait pu deviner ses interrogations les plus profondes, celles que Bill n'avait jamais avouées à quiconque. Une simple question qu'il avait lui-même du mal à accepter. Comment aurait-il pu en être autrement pour celui que tout le lycée traitait d'homo, lui volant le simple droit de découvrir qui il était vraiment par lui-même, préjugeant de son identité sexuelle sans rien connaître de lui ?

Bill se mordit les lèvres et haussa légèrement les épaules.

- Peut-être, mais je n'aime pas Andi, enfin, pas comme ça. C'est seulement un ami pour moi, tu le sais.
- Vraiment ?

Bill hésita, surpris par son insistance étrangement inquiète, et il réfléchit. Bien sûr, il avait rougi et son c½ur s'était accéléré au baiser de son ami, mais ça ne voulait strictement rien dire...

- Je ne suis pas amoureux de lui, affirma-t-il tout bas, l'air fuyant.

Quelques secondes de silence gêné passèrent, Bill évitant de regarder le visage de son jumeau qui n'était qu'à quelques centimètres du sien, les yeux chocolat de Tom le scrutant littéralement.

- Tu ne l'as pas repoussé, argumenta le blond.

Il avait presque dit cela comme un reproche, et Bill étouffa avec incrédulité un rire, le regardant enfin.

- Je n'en ai pas eu le temps ! se défendit-il sans trop savoir pourquoi.

Haussant un sourcil, Tom le fixa, visiblement peu enclin à le croire, et le brun leva les yeux au ciel.

- Ok.

Sans signe avant-coureur, il se pencha vers lui, réduisant l'écart entre leurs visages et avant que Tom n'ait pu dire « ouf ! », il l'embrassa d'un gros bisou, ses lèvres s'écrasant doucement sur les siennes alors que sa main venait capturer félinement sa mâchoire, bien plus tendrement qu'Andréas ne l'avait fait pour lui. Au bout de quelques secondes, Bill recula.

- Tu vois ? Toi non plus tu ne m'as pas repoussé, conclut-il en souriant, fier de sa petite démonstration.

Pas surpris pour un sou, Tom cligna des yeux, et eut un petit rire malgré lui.

- Oui, mais ça, c'est parce que tu m'embrasses tous les jours, matin et soir. Je finis par ne plus me méfier. Putain, tu es tellement barge que tu oses même le faire devant la vieille Rosenberg.

Bill fit une petite moue. Son frère était de très, très mauvaise foi – même s'il avait peut-être été un peu loin effectivement en l'embrassant sous les yeux de leur grosse mégère de voisine – car il fallait dire que le blond n'avait jamais été très farouche à ses petits bisous. Tom poursuivit sérieusement, l'air sûr de lui :

- Mais si Andréas avait seulement tenté la même chose sur moi, je te promets qu'il aurait eu immédiatement mon poing dans sa gueule.

Bill cilla à ces mots, et s'esclaffa nerveusement à sa comparaison. Sans lui laisser le temps de trop y réfléchir, Tom continua :

- Qu'est-ce que tu vas lui dire alors ?
- Hein ?

L'air absent, Tom baissa la tête et haussa les épaules. Nonchalamment, il tendit une main vers les cheveux de Bill, jouant à tirer doucement sur ses pointes. Le brun frissonna, le fixant.

- À Andréas, hésita Tom. Il t'a demandé si tu voulais sortir avec lui, il va bien falloir que tu lui donnes une réponse, non ?

Bill rougit comme une pivoine.

- Oh... ça. Je ne sais pas.

Et il ne voulait pas y penser pour l'instant, pas du tout. Sa tête lui faisait horriblement mal et il commençait à avoir sommeil.

- On dort ? proposa-t-il soudainement pour mettre fin à la discussion.

Tom l'observa un instant puis soupira, comprenant sans mal qu'il n'obtiendrait aucune réponse de son frère ce soir-là, et soulevant les draps du petit lit où ils contenaient tout juste à deux, il se rapprocha de lui et laissa son frère se lover contre lui, recroquevillé en une petite boule.

Soupirant et frissonnant, Bill poussa un gémissement content à son contact alors qu'il se blottissait de plus en plus contre lui, cherchant la position la plus confortable possible pour eux deux.

Tendant le bras, Tom éteignit la lumière, puis reposant sa main sur la taille de son frère, il chercha ensuite sa tempe de ses lèvres et l'y embrassa d'un gros baiser.

- Bonne nuit p'tit frère.

Bill ne répondit pas tout de suite, et devinant sa petite moue malgré le noir, Tom souffla :

- Qu'est-ce qu'il y a?

Bill humpffa. Comme si ce n'était pas évident ! Peu content de ce petit bisou bien insuffisant, le brun grogna, et ses lèvres cherchèrent les siennes, sa bouche errant sur son visage et frôlant lentement sa peau pendant de longues secondes avant de trouver leur cible.

Les effleurant un instant, il marmotta :

- Tu sais, je n'ai vraiment aucune envie de recevoir ton poing sur ma gueule mais...

Tendrement, il déposa ses lèvres sur les siennes, sa main s'agrippant au devant du tee-shirt de son frère comme s'il avait peur de le voir s'enfuir, et d'un sérieux feint, il murmura contre sa bouche :

- Ne crois pas que j'arrêterais de t'embrasser pour si peu, Tomi.

Fermant les yeux, Tom étouffa un rire en souriant, et vaincu, il se laissa embrasser d'un gros bisou innocent, et quand quelques secondes plus tard, Bill laissa retomber sa tête sur le coussin en un soupir content, lui souhaitant une « bonne nuit » d'une petite voix susurrée, le blond rouvrit ses paupières dans l'obscurité.

Se penchant, il sentit leurs nez se toucher et il entreprit de les frotter câlinement. Somnolant fiévreusement, Bill ne tarda pas à s'endormir, laissant échapper un souffle calme et régulier, rassuré dans le doux cocon protecteur qu'il formait, pelotonnés sous les chaudes couvertures.

N'osant presque pas bouger pour ne pas le réveiller, la main de Tom quitta néanmoins la fine taille de son jumeau pour glisser sous les draps, remontant jusqu'à venir toucher ses cheveux.

Pensivement, il en caressa tendrement les pointes.

Dans son rêve... il n'avait pas fait qu'apprendre à jouer de la guitare à Bill. Il avait... non, ils avaient fait quelque chose de plus perturbant que cela. Néanmoins, curieux et le c½ur battant un peu plus fort, ses doigts chauds vinrent effleurer de leurs bouts la pommette de Bill.

Ce n'était qu'un songe, et pourtant...

Frottant à nouveau câlinement son nez contre celui de l'endormi, Tom se pencha un peu plus et ses lèvres effleurèrent dangereusement les siennes. Il s'immobilisa tout d'un coup, choqué par son geste. Qu'était-il en train de faire ?

Reculant promptement, Tom souffla avec agacement. C'était certainement toute cette histoire avec Andréas combinée avec son rêve tordu qui le faisaient réagir avec tant de possessivité envers son jumeau, rien de plus. Bill était son petit frère, et il se faisait un devoir de veiller sur lui, comme cela avait toujours été le cas, depuis leur plus tendre enfance.

Soupirant, Tom renfonça sa tête sur l'oreiller et glissa à nouveau son bras autour de la taille de son jumeau, s'attirant un gémissement inconscient de celui-ci alors qu'il lui frottait doucement le dos.

Perturbé par ses pensées troublées, il ne trouva le sommeil que deux heures plus tard.

***

Le dimanche soir.

Assis à son bureau, Tom faisait à l'arrache ses devoirs de maths.

Il soupira. Il était déjà tard, et les fonctions remplies de x et de y lui paraissaient plus obscures que jamais, et il avait encore son allemand à faire. Il tourna la tête vers son lit.

Allongé dessus, Bill travaillait de même, ou plutôt, il en avait l'air. Tom n'était pas sûr de savoir à quoi le garçon pensait. Stylo bille au bec, celui-ci semblait avoir la tête ailleurs, n'écoutant que d'une oreille distraite la chaîne Hifi allumée en fond qui laissait entendre Protect me from what I want de Placebo que le jeune homme avait pourtant insisté à mettre – toute la musique rap et R'n'B de Tom étant selon lui, imbuvable.

Tom se retint de faire la moue. Une musique imbuvable. Cela ne voulait strictement rien dire. Et que devrait-il donc dire lui, de tous les albums de Nena que Bill entassait précieusement ?

Grimaçant, Tom s'éclaircit la gorge et reposa les yeux sur sa feuille. Ils avaient le même prof de maths et heureusement, toujours les mêmes exercices à faire.

- Qu'est-ce que tu as mis à la question deux ?

Il attendit en vain une réponse de son frère, et tournant à nouveau la tête vers lui, il le vit abandonner ses devoirs, Bill laissant tomber son stylo sur le lit et roulant jusqu'à s'allonger sur le dos, ses genoux relevés et ses bras désarticulés étalés sur la couette.

- Tomi, et si j'acceptais ?

Tom se figea. Bill et lui n'en avaient plus reparlé du week-end, passant leur temps à se prélasser devant la télévision, jouant à des jeux vidéos ensemble et se goinfrant, et pourtant, il sut instantanément à quoi son frère faisait référence.

- Tu veux vraiment sortir avec lui ?

Fixant pensivement le plafond, rosissant un peu, Bill haussa les épaules, celles-ci se frottant à la couette. Il fallait dans tous les cas qu'il prenne une décision, et vite, sinon, l'ambiance entre Andréas et lui serait sûrement désastreuse au lycée, le lendemain matin. Comme s'il avait besoin que la seule personne qui lui parlait au bahut l'ignore.

L'observant, Tom soupira longuement, et le brun lui jeta un coup d'½il, brusquement inquiet.

- Qu'est-ce que tu dirais si c'était le cas ? hésita-t-il.

Détournant les yeux, le blond haussa les épaules, essayant de garder une voix nonchalante.

- Tu peux sortir avec qui tu veux, c'est pas ça le problème mais...
- Mais... ?
- Je...

Hésitant, Tom se tut pendant un moment, et Bill se redressa à moitié, le scrutant du regard en essayant de deviner à quoi il pensait.

- Tu penses que c'est une mauvaise idée, c'est ça ?

Embarrassé, Tom ne répondit rien, puis essayant de bien formuler ses pensées, il murmura :

- Je sais pas. Andi est notre meilleur ami. Qu'est-ce qui arriverait après si ça se passait mal entre vous ?
- Ben, on redeviendrait juste amis, marmonna Bill d'un ton plat comme si c'était l'évidence même.
- T'as pas l'air si emballé que ça on dirait, tenta Tom, l'air étonné.

Bill haussa encore les épaules.

- Je te l'ai dit. J'aime bien Andi, mais ça s'arrête là.

Tom soupira à ces mots un peu immatures, comprenant avec un certain soulagement l'intention de son frère. Certainement pensait-il en sortant avec Andréas savoir s'il était bel et bien attiré par les garçons. Néanmoins, Bill prenait vraiment les choses à la légère, trop à la légère, surtout si Andréas avaient réellement des sentiments pour lui...

- Je ne suis pas sûr que ça soit une si bonne idée, déclara enfin le blond, secouant légèrement la tête.

Le fixant, Bill fronça les sourcils.

- Tu es juste jaloux.

Pour une raison inconnue, Tom rougit, troublé. De la sueur froide coula dans son dos. Bill voulait dire qu'il était... jaloux d'Andréas ?

- Ce n'est pas parce que ça fait des mois que t'as pas embrassé une fille que je devrais lui dire non, poursuivit le brun en boudant.

Réalisant que Bill le pensait amer de ne pas avoir eu de relation depuis longtemps, Tom souffla imperceptiblement et humpffa. Prenant le téléphone de son frère qui était resté posé sur son bureau, il lui balança sur le lit.

- N'importe quoi ! Je m'en fous complètement. Allez, appelle-le si tu veux vraiment sortir avec lui ! Montre-moi que tu as un peu de cran au lieu de blablater !

Restant un instant surpris, Bill cilla puis fronça à nouveau les sourcils.

- Et je vais le faire !

Posant les yeux sur son téléphone, il hésita néanmoins, sentant la nervosité l'envahir. Il n'allait tout de même pas lui téléphoner comme ça. Optant pour un sms, il tapota avec assurance trois petits mots sur son clavier, très simples, et avant de l'envoyer, il se redressa sur ses genoux. Un air de défi sur son fin visage, il retourna l'écran pour que Tom puisse lire les petits caractères.

Haussant un sourcil, le blond croisa les bras, peu impressionné. Bill allait se dégonfler, il en était sûr.

- Vraiment ?
- Oui, vraiment.

Malgré son air déterminé, ses mains étaient moites. Néanmoins, il appuya sur la touche d'envoi, un lourd 'bip' sonore se faisant entendre. Bill déglutit puis sourit, soulagé. Cela n'avait pas été si dur que ça finalement.

Quelque secondes plus tard, à l'autre bout du village, Andréas lisait 'on sort ensemble' sur son portable et faisait en criant de joie une danse des plus ridicules dans sa chambre d'adolescent.

Dans la chambre de Tom, le blond avait écarquillé les yeux d'incrédulité, et le brun sourit un peu plus, l'air satisfait et fier de son audace.

- Tu vois, c'est fait !

Bill fut néanmoins surpris de voir Tom rester silencieux et figé un moment avant d'acquiescer, souriant d'un air peu convaincant. En fait, il semblait presque... triste.

- C'est... bien pour toi, j'imagine, murmura-t-il en détournant le regard.

Clignant des yeux et perdant son sourire, Bill le fixa, puis un peu perdu par l'expression peinée de son grand frère, il se leva, arrivant en deux enjambées devant son jumeau. Sans lui demander la permission – il ne la demandait jamais de toute façon –, il s'assit sur ses genoux, et téléphone toujours en main, il entoura son cou de ses bras et se colla à lui, le serrant avec force.

- Hé, ça change rien entre nous tu sais, lui murmura-t-il à l'oreille.

Pour prouver ses mots, il déposa un petit bisou sonore sous son lobe, et Tom sourit enfin.

Bill avait raison. Ami ou petit ami, il savait qu'au final, personne ne pourrait jamais s'immiscer entre son jumeau et lui.

Sans rien dire, il entoura son frère de ses bras, l'attirant plus près avec possessivité, et il inspira profondément son odeur pour se rassurer, son nez plongé dans son cou alors que la chanson de Placebo tournait toujours en boucle, résonnant à ses oreilles.

Même si quelque chose lui disait que tout cela était peut-être une mauvaise idée, il devait faire un effort pour Bill. Après tout, Andi était leur ami, et sûrement quelqu'un de bien pour lui, Tom en était certain, ou presque, et c'était peut-être cela qui le dérangeait, bizarrement.

Ou peut-être qu'il avait juste peur qu'Andréas ne fasse un jour souffrir son frère de quelque manière qu'il fût. Bill serait sûrement dévasté de perdre un ami en plus d'un petit ami, Andréas étant en effet pour ainsi dire le seul véritable ami que les jumeaux avaient jamais eu jusque-là.

Préoccupé, Tom resserra un peu plus son emprise sur Bill. Il fronça les sourcils.

Andréas n'avait pas intérêt à faire souffrir son petit frère, sinon, il le regretterait jusqu'à la fin de ses jours.

À ce moment-là, le téléphone piailla de manière stridente une chanson de Nena, vibrant en même temps, et Bill se redressa un peu, amenant l'écran à sa vue. Il grimaça, affolé en lisant le nom de l'appelant.

- C'est lui ! Qu'est-ce que je fais ? demanda-t-il presque hystériquement en tournant ses yeux vers son frère, le regardant d'un air suppliant.

Tom haussa les épaules et lui sourit innocemment.

- Maintenant... tu t'démerdes tout seul comme un grand, p'tit frère.

Bill grimaça encore plus et incendia du regard son jumeau, visiblement décidé à l'étrangler. Néanmoins, la sonnerie persistante de son portable était pour l'instant plus urgente et il reporta à plus tard son projet de fratricide. Se trémoussant nerveusement sur les genoux de Tom, hésitant et paniquant de plus en plus, il finit par se lever en un éclair.

Prenant l'appel, il sortit de la chambre en trombe, bégayant un 'allo' timide à celui qui était à présent officiellement son copain tandis qu'il allait se réfugier dans sa chambre, loin de son traître de frère sadique qui était le responsable de tous ses maux. Car c'était entièrement de sa faute s'il en était arrivé là !

Toujours assis sur sa chaise, Tom étouffa un rire, et quand son jumeau eut disparu de sa vue, il se tourna à nouveau vers son bureau et se repencha sur son problème de maths.

Son sourire disparut vite. Regardant les x et les y qui semblaient se moquer de lui, il sentit son c½ur s'affaisser un peu dans sa poitrine tandis que son rêve revenait à son esprit.

Il ferma un instant les yeux et secoua la tête avant de les rouvrir. C'était absurde, et ça ne voulait rien dire.

Écoutant les paroles de Placebo qui revenaient encore et toujours, il se remit à ses devoirs.

Dehors, la neige s'était remise à tomber.

Le lendemain matin, tout était verglacé.

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

***

Je vous laisse les paroles de la version française de Protect me from what I want de Placebo :

Protège-moi

C'est le malaise du moment
L'épidémie qui s'étend
La fête est finie, on descend
Les pensées qui glacent la raison
Paupières baissées, visages gris
Surgissent les fantômes de notre lit
On ouvre le loquet de la grille
Du taudis qu'on appelle maison

Protect me from what I want
Protect me from what I want
Protect me from what I want...

Sommes-nous les jouets du destin
Souviens-toi des moments divins
Planant, éclatés, au matin
Et maintenant nous sommes tout seuls
Perdus les rêves de s'aimer
Le temps où on avait rien fait
Il nous reste une vie pour pleurer
Et maintenant nous sommes tout seuls

Protect me from what I want
Protect me from what I want
Protect me from what I want...


***

Finalement, je me rends compte que cet UA ne l'est qu'à moitié, car on reste quand même d'une certaine façon dans leur petit monde même si TH n'existe pas... Je crois que je suis incorrigible, ^-^;;; M'enfin, j'aurai essayé! ç__ç
Bref, les choses vont devenir plus sérieuses dans les prochains chapitres ! *-* *niarf!*
À bientôt !

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Comments :

  • soso-rockeuse

    25/08/2011

    ach de l'action bill vas sortir avec andréas, et le tomi jaloux x)! J'adore!

  • lollipopthetop

    23/12/2010

    Okay vu comme ça c'est logique qu'il accepte, c'était même sur et beaucoup de personne aurai agis comme ça. Pauvre Tom j'ai mal pour lui ... abrutit d'Andréas ! Et non ce n'est pas la faute de Bill ... ^_^ Quoique que peut être un peu ...

  • twins-keinliebe-yaoi

    17/03/2009

    j'adore le rapport qu'on les jumeaux c'est enviable. Des choses douce sans véritable conséquence pour l'instant XD

  • nirvana-angel83

    01/03/2009

    han ouai j'adoooooore cette chanson c pas dur jme l'écoute en boucle ( pour le grand plaisir des voisins XD)
    j'm bcp 7 histoire, je la trouve mignone et touchante et ce petit Billou est si inocent si candide, trop mignon
    =)

  • emo-x-tive

    23/02/2009

    EDIT : Mouai ça va pour les paroles, même sans je pense avoir cerner a peu près Tom dans ce chapitre, elles sont très jolies et à écouter c'est aussi très sympa mais ça va ça ne m'a pas cruellement manqué pendant ma première lecture. C'était tout aussi mignon et beau sans ça.

  • emo-x-tive

    23/02/2009

    Oui, forcément je lis ça au travail du coup j’ai pas prit la peine de copier/coller les paroles de la chanson est du coup je sens bien qu’il manque quelque chose pour ma compréhension complète de ce dernier chapitre. J’arrive quand même à comprendre que Tom a grave les boules que son jumeau sorte avec quelqu’un d’autre et en plus un garçon. Tom réagit vraiment bien même si on sent qu’il est quand même un peu jaloux, ce n’est pas pour ça qu’il fusille la relation de son frère alors qu’il n’aurait sûrement qu’une parole à dire et en revoir Andreas. J’ai hâte d’y être quand le petit blond décoloré va s’apercevoir qu’il n’est rien fasse à Tom. ‘rire sadique’ Bref, j’adore toujours autant.

  • beaten-heart

    19/02/2009

    ^^, c'est adorable le coup du bisous quand Bill fait réference au coup de poing que tom aurait donné à Andréas =)

    <3 Placebo

    Y_Y c'est trop mignon! Quand Bill envoie le sms , que Tom semble triste et que Bill vient s'assoire sur ses genoux!

    J'aime le côté protecteur de Tom *__*

  • sanggreen

    19/02/2009

    Merci beaucoup Zazounette! :)

  • Zazounette-8-bubulle-83

    19/02/2009

    chasser le naturel,il revient au galot ! :)
    Cette façon d'écrire c'est ta patte (de chat xD)
    C'est ce qui fais que tes fiction sont unique et captivante
    Oui;t'es incorrigible,oui,t'a essayé

    Et bien maintenant,tu continue ! ^o^

    *SPONK*

    Je vais lire le quatrième chapitre de la fic puis j'irais sur le lien que tu m'a passé (et merci =) )

    Tchuuuss :3

  • sanggreen

    17/02/2009

    Winwin> Oui, Tom devrait vraiment, vraiment l'écouter 8D
    Merci! <3

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