Tu ne peux pas comprendre (2/?)

Je vous ai pas mal fait attendre pour la suite, désolée ! Il était prévu que je poste une autre petite partie ce soir également, mais comme je n'ai pas encore tout à fait terminé, je vous livre déjà la première partie. L'autre viendra plus tard dans la soirée ou au pire demain.
Je pense qu'il y aura entre 7 et 10 chapitres au total.
Le © de l'utilisation du mot "sagouin" dans le contexte qui suit revient tout naturellement à fallen... 8D

Bonne lecture !

***

Six heures du soir.

Les gros nuages gris obscurcissaient la campagne, l'enveloppant dans une atmosphère étrange et glacée.

Alors que la neige tombait silencieusement sur la route, fondant sur le goudron, Bill somnolait, laissant son corps être doucement balloté par le bus qui le ramenait à Loitsche, le moteur vrombissant le berçant doucement.

Malgré le chauffage, il faisait froid dans le bus, et sous son bonnet noir, la tête du jeune homme lui semblait fiévreuse et ses paupières fermées pesantes. Il frissonna, et déglutissant, sentit sa gorge piquer un peu.

Le sortant légèrement de sa torpeur, le véhicule marqua une halte et le garçon rouvrit en grognant ses yeux alourdis de fatigue.

Assis dans le siège à côté de lui, près du couloir, Tom salua ses deux derniers amis qui descendaient quelques minutes avant eux, et il s'appuya à nouveau contre son dossier en soufflant.

Affalés au tout dernier rang, les jumeaux étaient quasiment seuls à présent dans le bus, mis à part une petite fille et un petit garçon installés juste derrière le chauffeur. Aucun d'eux ne prêtait attention aux lycéens, et se rapprochant de son frère, Bill posa son menton sur son épaule, puis ramenant ses jambes pliées sur le côté, il passa son bras sous le sien, les enlaçant alors qu'il se collait un peu plus à lui en quête de chaleur.

Ne pouvant pas voir le léger sourire sur les traits de Tom avant que celui-ci ne pose à son tour sa joue contre sa tête, Bill soupira de contentement malgré son état fiévreux.

Cette journée avait été réellement étrange, et en dépit de tous ses efforts pour ignorer ce qui était bel et bien arrivé, Bill n'avait cessé de repenser au baiser qu'Andréas lui avait volé le matin-même.

Ce dernier n'avait pas réapparu depuis. Séchant les cours de l'après-midi, il ne faisait nul doute que le garçon avait pris un bus avant midi pour revenir chez lui, à Loitsche.

Bill en avait été secrètement soulagé, ne sachant comment il aurait pu agir normalement et regarder dans les yeux son meilleur ami par la suite sans rougir comme une tomate.

Même à présent, il ne savait pas comment il devrait réagir la prochaine fois qu'ils seraient face à face. Il ne savait même pas quoi en penser.

Pourtant, bientôt il le reverrait. Si Bill comptait éviter soigneusement le jeune homme durant ce week-end en restant chez lui, il ne pourrait l'ignorer lundi. Il faudrait alors sûrement qu'il ait une réponse à lui donner, non ?

Si tu veux sortir avec moi, appelle-moi.

Sentant son ventre se tordre, des papillons confus s'entrechoquant à l'intérieur, Bill ramena un peu plus ses jambes, sa cuisse se frottant un peu plus à celle de son jumeau, et il frissonna. Au bout de quelques secondes, il toussa.

Tom baissa les yeux vers lui à son toussotement, observant son petit frère recroquevillé en boule contre lui, et il s'inquiéta en voyant ses mains bleutées.

- Tu as froid ?
- Non, ça va.

Ses yeux toujours fermés, il étouffa par fierté un nouveau toussotement, espérant en vain qu'il passe inaperçu. Tom fronça les sourcils.

- Tu vas encore tomber malade.
- Mais non, grogna Bill à son ton maternel.
- Comme tu n'es pas tombé malade les deux dernières fois ce mois-ci ? Si tu portais autre chose qu'un petit gilet toi aussi, le gronda-t-il.

En effet, contrairement à son frère qui était habillé de diverses couches de tee-shirts, sweat-shirt et manteau, tous de taille impressionnante et démesurée vu sa frêle constitution, Bill ne portait que de fins vêtements près du corps. Tandis que le brun appelait cela « avoir du style », son jumeau l'accusait souvent avec un sourire en coin outrageant de coquetterie.

- Et alors ? humpffa Bill. Je te l'ai dit, je n'ai pas froid.
- C'est pour ça que tu as les mains violettes ?

Grognant de plus belle, Bill essaya de le faire mentir en se frottant les mains, sans succès, et levant les yeux au ciel, Tom les entoura de ses propres mains gantées pour les réchauffer. Bill le regarda les câliner tendrement, et il ne put s'empêcher de sourire un peu malgré sa fièvre quand les lèvres du blond vinrent embrasser son front brûlant, lui montrant qu'il n'était pas dupe.

Son grand frère savait toujours quand il n'allait pas bien.

Et dans leur petit monde, loin des regards des autres, son jumeau était toujours si adorable et attentionné avec lui. Frottant sa joue contre son épaule, Bill soupira de contentement et croassa d'une voix un peu enrouée :

- Merci.
- Eh ben, heureusement que tu n'es pas réellement un chanteur, avec cette voix de crécelle rouillée que tu te traînes à force d'être toujours malade...

Le sourire de Bill se changea en moue. Le matin-même, il avait raconté d'une petite voix aiguë et excitée son rêve à son jumeau, secouant sans merci le jeune homme grognant pour le réveiller et obtenir son attention à son récit, mais Tom n'avait pas vraiment été enthousiasmé par son imagination, la jugeant farfelue comme à son habitude. Eux, des rock stars ?

- Tu sais, j'ai parlé de mon rêve avec Andi, et il a dit que je ferais un très bon chanteur, exagéra Bill d'un air boudeur, sa voix de plus en plus éraillée. Il m'a même demandé de passer les auditions de son groupe, ils vont bientôt avoir besoin d'autres membres.
- Et tu vas les passer ? s'étonna Tom.

À l'air sincèrement surpris de son frère, Bill resta interdit pendant quelques secondes, puis regardant ses mains chaudement tenues par celles de Tom, il murmura pensivement contre son épaule :

- Je ne sais pas.

Le bus prit un tournant, s'engageant dans leur quartier, et toujours un peu étonné, Tom continua :

- En parlant d'Andréas, c'est bizarre qu'il ne soit pas rentré avec nous. C'est pas dans ses habitudes de sécher le sport.

En effet, contrairement aux jumeaux qui détestaient cette matière, leur ami était plutôt bon en sport et ne manquait jamais un cours.

Mal à l'aise, Bill se tortilla contre lui.

- Je ne sais pas, répéta-t-il. Il ne m'a rien dit.

Tom le regarda en arquant un sourcil. Son frère avait parlé trop rapidement pour être crédible.

- Il s'est barré comme ça sans te dire pourquoi il séchait ?

Bill haussa les épaules, rougissant à cause de la fièvre... ou peut-être d'autre chose.

- Il n'a pas de comptes à me rendre.

Tom se tut, levant les yeux pour réfléchir. Ses pupilles parcoururent pensivement le plafond couleur blanc cassé du bus et finirent par s'écarquiller alors que ses pupilles fixaient une petite loupiote, faiblarde dans l'obscurité du soir qui transperçait déjà le bus de part en part.

- Je suis sûr qu'il a une copine.

Sentant que Bill s'était figé à ces mots, Tom baissa la tête pour le regarder.

- C'est ça ?
- Je t'ai dit que je n'en savais rien, rosit un peu plus le brun.
- Arrête, il t'en a certainement parlé, raconte !

Le bus s'arrêta, et se levant en frissonnant, déçu de devoir s'éloigner la chaleur douillette du corps de son jumeau, Bill souffla avec mauvaise humeur :

- Je t'ai dit que non.

Il prit son sac sur une épaule, et l'imitant, Tom le suivit dans le couloir du bus. Ils en descendirent, saluant le chauffeur.

Une fois dehors, l'air glacial fit frissonner Bill, mordant son cou, et il essaya de remonter son col, se maudissant intérieurement de ne pas avoir pris une écharpe. Ils passèrent en silence à côté de l'abribus délabré et tagué de toutes parts qui n'était qu'à quelques dizaines de mètres de leur maison, et quand le bus eut redémarré et se fut éloigné, Tom se colla à son frère, lui donnant un petit coup d'épaule.

- Allez, sérieusement, dis-moi. Il t'a forcément dit quelque chose ? lui demanda-t-il avec curiosité et intérêt, le regardant avidement.
- Et même si c'était le cas, pourquoi je devrais te le dire ? grommela Bill, ses dents claquant à cause du froid.

Il aurait en effet dû mettre autre chose comme manteau... et peut-être aussi emporter des gants. Pourquoi est-ce que son grand-frère finissait-il toujours par avoir raison ? bouda-t-il intérieurement.

À côté de lui, sans que le brun s'en rendre vraiment compte, Tom avait perdu son sourire, son c½ur s'étant serré un peu à ces mots.

Tom savait qu'Andréas et Bill étaient proches. Ils ne s'étaient même jamais vraiment disputés depuis qu'ils se connaissaient, s'entendant comme cul et chemise, provoquant parfois même une certaine jalousie chez Tom. Bien sûr, Andi était également son meilleur ami, mais celui-ci passait beaucoup plus de temps avec son frère du fait qu'il avait toujours été dans la même classe que lui, et il lui était arrivé plus d'une fois de se sentir exclu de leur duo, probablement un peu envieux de leur amitié même si c'était absurde.

Bill était son jumeau, et rien ne pouvait être plus important que leur lien fusionnel, non ?

Néanmoins, Tom ne supportait toujours pas que son frère puisse avoir des secrets pour lui, si anodins fussent-ils, et Bill le savait bien.

Remarquant son silence, Bill tourna la tête vers lui, et voyant son air perdu et désappointé, il s'excusa en murmurant :

- Désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire.

Bill détourna le regard face à l'expression attentive de son jumeau qui le scrutait littéralement de ses yeux chocolat, et ils marchèrent rapidement et en silence jusqu'au portail de leur maison, puis toussant involontairement, le brun s'éclaircit la gorge, l'air embarrassé alors qu'il hésitait à poursuivre. Lui tournant le dos, il ouvrit le portail et entrant le premier chez eux, il avoua enfin en rosissant :

- Il... m'a dit quelque chose, déglutit-il difficilement.

Les yeux de Tom s'illuminèrent à nouveau, et il eut un sourire en coin.

- Je le savais. C'est à cause d'une fille ?
- Pas exactement, grimaça Bill.

Embarrassé, le brun accéléra le pas pour atteindre rapidement la porte, espérant échapper aux inéluctables questions de son jumeau, en vain. Le rattrapant, le blond captura sa taille pour tenter de le retenir, puis se collant à son dos, il essaya de le chatouiller.

- Allez, Bill... Accouche ! Dis-le-moi !

Bill couina à son assaut, et gloussant, il tenta d'échapper à ses bras qui le retenaient en arrière, en vain. Tom l'avait déjà emprisonné contre lui, puis entourant sa taille et le soulevant, il le fit légèrement tournoyer avec lui, faisant un peu plus rire son frère... jusqu'à ce que celui-ci remarque leur voisine à sa fenêtre.

La vieille femme à l'air sévère les observait suspicieusement, ne prenant même pas la peine de se cacher derrière le rideau pour les fixer ostensiblement. Tout comme le reste du quartier, elle n'appréciait pas ces deux jeunes garçons au look étrange qui ressemblaient fort à de petits voyous en devenir. De plus, ils avaient toujours eu un comportement bizarre...

Son rire se fanant, Bill posa ses mains sur celles de Tom qui enserraient sa taille, l'obligeant à le lâcher.

- Arrête, on n'est pas tout seuls.

Étouffant son propre rire et semblant deviner ses pensées, Tom jeta un coup d'½il vers la maison voisine, remarquant au coin de ses yeux en amande la vieille femme qui les surveillait. Il soupira, et se tournant pour être face à lui, leurs yeux se rencontrant, Bill céda :

- Je te raconterai tout, mais tout à l'heure.
- Promis ?
- Oui, enfin... à une seule condition, dit sérieusement le brun, ses sourcils froncés.
- Laquelle ?
- Que tu me fasses un chocolat chaud pour me réchauffer, demanda-t-il avec des yeux larmoyants dignes du chat Potté et une petite moue. Je suis gelé.

Tom s'esclaffa légèrement, et conscient que leur vieille voisine les observait toujours, il l'enlaça encore, collant leurs corps face à face.

- Je peux faire bien plus que ça pour te réchauffer.

Sa tête toujours fiévreuse et ses joues rosies, Bill gloussa à son petit manège, et après qu'ils se soient regardés d'yeux brillants d'amusement, le brun glissa une main sur la nuque de son jumeau, et doucement, il se pencha jusqu'à déposer lentement et longuement un doux et innocent baiser sur les chaudes lèvres de son frère comme il en avait souvent l'habitude de le faire.

Et comme toutes les autres fois où il embrassait innocemment son jumeau, il ne put s'empêcher de se sentir apaisé à ce simple contact et de le comparer à l'étrange baiser qu'il avait partagé avec Andréas... Un baiser nerveux et maladroit dont il n'aurait su dire s'il avait été un temps soit peu agréable ou désagréable.

Détachant leurs bouches en un bruit mignon et sonore de bisou, Bill se pinça ses lèvres à présent vanillées par le baume que son frère appliquait sur ses gerçures. Le repoussant un peu, Tom protesta pour la forme, rosissant alors que la vieille femme choquée par la scène rabattait vivement les rideaux :

- Bill !

Le contournant déjà, ledit Bill le taquina :

- Tu mets vraiment du baume à lèvres comme un sagouin, dit-il. Inutile de dépasser les contours de la bouche, tu sais.

Tom humpffa et suivit son frère qui ouvrait la porte d'entrée de la maison, l'imitant alors qu'il pénétrait à l'intérieur après avoir défait la neige de ses chaussures en en tapotant les bouts contre le sol.

Ils firent quelques mètres, et s'arrêtant à l'embrasure de la porte du salon, Bill pencha la tête en voyant son père assis sur le canapé. Bière en main, celui-ci regardait un match de foot à la télé, l'air très absorbé. Bill se retint de grimacer. Il ne comprendrait certainement jamais en quoi des bonshommes en short courant sur du gazon après un ballon pouvaient fasciner et exciter autant d'autres hommes pourtant sûrs et fiers de leur virilité masculine.

- Bonsoir papa.

Jörg tourna légèrement la tête vers eux, leur marmonnant un bonsoir évasif alors que son équipe favorite se faisait laminer dans le petit écran. Néanmoins, l'homme fronça les sourcils en remarquant la tenue légère de son plus jeune fils.

- Tu n'avais que ça sur le dos en partant ce matin ?
- Oui, s'énerva immédiatement Bill en s'apprêtant à recevoir un énième sermon.
- Ne t'étonne pas après de choper tout le temps la crève, gronda sérieusement Jörg.
- Je lui ai déjà dit, et il l'a déjà chopée, conclut Tom qui arrivait derrière Bill.

Sans leur laisser le temps de plus parler, Tom posa en passant ses mains sur la taille de son petit frère, le poussant à continuer à marcher vers l'escalier. Bill soupira. Son frère avait cette fâcheuse tendance à jouer un rôle d'arbitre permanent entre leur père et lui. En effet, leur relation était souvent tendue, notamment à cause du look toujours plus étrange et androgyne aux yeux de son père du jeune homme, Jörg ne le tolérant qu'à peine.

Néanmoins, à part ce look, il n'y avait guère de choses que l'on pouvait reprocher à Bill Kaulitz, ni à Tom Kaulitz d'ailleurs. Tous deux étaient de gentils garçons sans histoires et avec de bons résultats scolaires, alors, malgré quelques tensions de temps à autre et même s'ils n'avaient que peu de points communs, Jörg s'entendait plutôt bien avec ses fils.

Bill savait cependant qu'il ne les comprenait pas vraiment, ayant souvent l'impression étrange que la présence de Jörg à leurs côtés était... une sorte d'erreur. C'était absurde cependant.

Avant que Bill ait eu le temps de protester, Tom déposa un bisou dans son cou, et relevant la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de Bill, coupant court toute discussion possible.

- Je vais aller nous faire du chocolat chaud pour nous réchauffer. Tu devrais aller te changer et mettre quelque chose de plus épais.

Il frotta les bras du brun pour accentuer ses mots, puis lui tournant le dos, il se dirigea la cuisine.

Le regardant allumer la lumière et disparaître dans la cuisine, Bill rosit à ses petites attentions, mais humpffa. Tom était parfois pire que leur mère à le materner en permanence.

Pensant soudainement à Simone, Bill tourna automatiquement la tête vers la porte d'entrée plongée dans le noir, seule la lumière provenant du salon laissant en deviner les contours.

Leur mère ne serait pas encore là avant une bonne heure. Elle rentrait toujours plus tard que Jörg du boulot, travaillant dans une petite ville plus éloignée à l'opposé de Wolmirstedt, et le soir, elle était souvent fatiguée par sa longue journée. Néanmoins, elle ne s'en plaignait jamais, s'acquittant de ses tâches ménagères comme si ce n'était pas une corvée même si elle passait souvent ses soirées et ses week-ends à les faire.

Son visage pensif et assombri à cette pensée, Bill commença à monter les escaliers, yeux baissés.

Elle n'avait pas l'air malheureuse néanmoins, elle qui avait réussi à sauver son mariage il y a déjà plusieurs années de cela. Bill se rappelait encore les disputes récurrentes, presque violentes auxquelles Tom et lui avaient si souvent assisté, spectateurs malgré eux.

Il se rappelait encore toutes les nuits où ce petit garçon qu'il avait été avait pleuré dans les bras de son jumeau, celui-ci reniflant pour ne pas à son tour éclater en sanglots. Tom avait toujours été fort, prenant son rôle de grand frère au sérieux... même si Bill avait vu de nombreuses larmes couler également sur les petites joues du garçon à cette période de leurs vies, les effaçant de bisous.

De ces jours sombres, une promesse entre les deux frères était née. Quoi qu'il puisse arriver, même si leurs parents se séparaient, eux ne se quitteraient jamais. Leur avenir était ensemble.

Heureusement, Simone et Jörg n'avaient pas divorcé, et les choses s'étaient peu à peu arrangées lorsqu'ils avaient déménagé. Dans ce coin paisible, la vie était plus calme. Plus monotone aussi, cependant.

Entrant dans sa chambre, ressassant encore ses souvenirs, Bill alla se changer. Après avoir mis un bas de jogging, un sweat-shirt à capuche – habilement subtilisé à Tom quelques jours auparavant – et des pantoufles, il ressortit de la petite pièce en éteignant la lumière. Remontant sa capuche et frissonnant encore, il redescendit les escaliers et se dirigea à son tour dans la cuisine, se frictionnant les bras qui se réchauffaient peu à peu.

Il s'approcha de Tom qui se tenait à côté de la gazinière, préparant leurs tasses de chocolat chaud sur le plan de travail, et le brun s'appuya contre le rebord de l'évier, bras croisés et face à lui.

Levant la tête une fois ses mixtures prêtes, Tom sourit et Bill prit la tasse qu'il lui tendait. Le blond passa sa main à présent libre sur sa tête pour tirer doucement sa capuche en arrière, libérant les cheveux un peu fous de son frère, ses doigts venant démêler quelques mèches au passage, et leurs doux regards se plongèrent dans les pupilles de l'autre.

Ils restèrent ainsi un moment à s'observer, réchauffant leurs mains et leurs corps à l'aide du délicieux liquide chocolaté. Le silence était agréable, seulement troublé par le brouhaha du match et les grognements bestiaux de leur père encourageant dans un langage bizarre ses joueurs préférés.

Léchant ses lèvres chocolatées, Tom fut le premier à reparler :

- Alors, tu vas enfin me dire ce que t'as raconté Andi ?

Bill jeta un coup d'½il stressé et sur le qui-vive vers le mur, en direction du salon où on entendait toujours la télévision brailler un bruit de cris constant, leur père contestant avec emportement les analyses des commentateurs sportifs qui discutaient avec animation de la partie, et le brun murmura en se penchant vers son frère :

- Pas si fort !
- Ok, alors ?

Nerveux, Bill reposa sa tasse sur le plan de travail, la faisant tourner sur elle-même de ses doigts. Il se mordit les lèvres, soudainement incertain et anxieux de la réaction possible de son jumeau, et Tom fronça les sourcils.

- Tu as promis de me le dire.
- Je sais... Mais...
- Mais quoi ?

Bill hésita encore, mais se décidant finalement, il tourna les yeux vers lui.

- Ce n'était pas à cause d'une fille qu'Andi a séché les cours, mais d'un garçon.
- Quoi ? cilla Tom, perdu. De quoi tu parles ?
- Ce matin, Andi a embrassé un garçon, expliqua-t-il lentement, se tortillant légèrement sur place.

Tom parut perplexe pendant un moment, puis il eut un petit rire qui rassura légèrement Bill.

- Vraiment ? Ça ne m'étonne pas tant que ça. Il m'avait déjà dit qu'il pensait être bi en début d'année. Alors ? Il a embrassé qui ?

Déglutissant, Bill le regarda avec nervosité pendant un instant, puis lâchant sa tasse pour se triturer les doigts, il murmura plus bas.

- Moi.

À ce simple et unique mot, les yeux de Tom s'écarquillèrent, celui-ci étant visiblement choqué, et si sa bouche s'ouvrit, aucun son n'en sortit. Quelques secondes passèrent avant que Bill ne termine, parlant d'une voix rapide.

- Et il m'a demandé de sortir avec lui.

Toujours plus interloqué par sa révélation, ses yeux à présent complètement exorbités, Tom sembla retrouver sa voix à ces mots.

- Il t'a quoi ? s'écria-t-il, hurlant presque.

Grimaçant de panique, Bill se jeta presque sur lui, posant sa main sur sa bouche pour le faire taire et entourant ses épaules d'un bras ce faisant. Nez à nez avec lui, il chuchota précipitamment :

- Je t'ai dit pas si fort ! s'affola-t-il. Tu veux que papa nous entende ou quoi ?

Posant sa main sur la sienne pour la déloger de sa bouche, Tom reprit plus bas mais continua fébrilement :

- C'est vrai ? Mais tu... toi aussi tu...
- Il ne m'a pas vraiment demandé mon avis avant de m'embrasser, s'exaspéra le coquelicot tout en levant les yeux au ciel.
- Mais qu'est-ce que tu...

Coupant sa question et détournant leur attention, Jörg fit son apparition à l'embrasure de la porte et se figea, l'air interloqué à leur position. À l'½il extérieur, il paraissait en effet légèrement étrange de voir les corps des deux garçons pratiquement enlacés, le bras de Bill toujours autour du cou de Tom tandis que la main de ce dernier tenait emprisonnée celle aux doigts manucurés de vernis noir de son petit frère.

- Mais qu'est-ce que vous fichez ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Si Tom rougit légèrement, Bill ne se laissa pas démonter. Entourant de son autre bras son frère, il l'enserra complètement, les balançant légèrement tous deux dans leur étreinte, Tom couinant en se raccrochant à lui pour garder l'équilibre.

- On se faisait juste d'un câlin, répliqua le brun, sa voix imperturbable. Ce n'est pas encore interdit que je sache.

Jörg haussa les épaules, et soupirant, il se dirigea vers le frigo. L'ouvrant et se penchant à la recherche d'une autre bière, il eut une petite grimace. Ses fils étaient vraiment bizarres, et il regrettait presque le temps lointain où les deux petits garnements se bagarraient quotidiennement.

- Vous n'êtes pas un peu trop grands pour de telles... démonstrations d'affection en public ?

Fronçant les sourcils, Bill en profita que son père avait le dos tourné pour le fusiller du regard tout en déposant discrètement un bisou dans le cou de son frère.

- Non... et on n'est pas en public là, répondit-il pour son frère et lui.

Ils étaient en famille et pouvaient bien se câliner comme ils l'entendaient même devant leurs parents, non ?

- De toute façon, tu ne peux pas comprendre, marmonna-t-il encore à l'intention de son père.

Car personne – pas même Simone et Jörg – ne pouvait comprendre leur relation gémellaire, si fusionnelle. Néanmoins, s'il ne pouvait les comprendre, leur proche entourage pouvait néanmoins accepter leur complicité et souffrir la vue de quelques câlins collés-serrés, bouda-t-il intérieurement.

Contre son propre cou, il sentit Tom étouffer un rire comme s'il avait pu lire dans ses pensées, et Bill dut se retenir de pousser un petit cri quand le serrant fort et avec possessivité dans ses bras, son grand frère planta gentiment ses dents pour le mordiller, suçotant légèrement sa peau.

Rosissant alors que son père se redressait déjà, refermant la porte du réfrigérateur, Bill repoussa vivement Tom, défaisant brusquement leur étreinte.

Bon, peut-être pas la vue de tous leurs câlins non plus.

Se demandant ce qui avait bien pu lui passer par la tête, Bill lança un regard noir à son frère qui gloussait sous cape, ses yeux rieurs le fixant avec amusement, et Jörg regarda leur échange avec étonnement. Avec raison, il avait la sensation qu'une fois de plus, quelque chose lui échappait, comme bien souvent avec ses enfants. Il soupira. Avoir des jumeaux pour fils n'était pas toujours simple.

- Je crois que pour une fois, tu as raison.

Sans rajouter un mot de plus, Jörg sortit de la pièce pour retourner au salon, et plus tôt que prévu, la porte d'entrée d'ouvrit et une voix claire et féminine se fit entendre.

- Je suis rentrée ! annonça Simone.

Bill soupira, étrangement soulagé par cette interruption inattendue alors qu'il se précipitait à sa rencontre, ignorant sans remords les chuchotements furieux de son impatient grand frère à sa dérobade, ce dernier lui intimant de revenir, visiblement pressé d'avoir plus de détails sur l'histoire avec Andréas.

Hors de la vue de Tom, resté en arrière dans la cuisine, Bill rougit légèrement en se frottant le cou, juste à l'endroit où son jumeau l'avait tendrement mordillé. Ignorant son c½ur qui s'était accéléré, il repensa à ses propres mots.

Oui, personne ne pouvait exactement comprendre la relation que Tom et lui avaient.

Et parfois, juste parfois, Bill ne le pouvait pas non plus.

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

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Comments :

  • soso-rockeuse

    25/08/2011

    cool ce chapitre, so sweet bill und tom^^

  • mini-tagada

    20/05/2011

    Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas lu cette fiction, sans savoir j'ai eu envie de la redécouvrir !
    Et maintenant que je connais l'intrigue et le fin mot de l'histoire, je la lis d'une tout autre façon, je remarque tous les petits détails qui laissaient déjà entrevoir le mystère autour de l'univers des jumeaux. C'est encore meilleur à la lecture :)

  • lollipopthetop

    23/12/2010

    J'adore leur relation " fusionnel" C'est trop mignon ! Par contre le père( qui s'appelle je sais plus comment) est .... bizarre on va dire.
    Et Bill l'a dit à Tom finalement ... quoique s'il ne lui avait pas dit cela aurait envenimé leur relations ... qui l'a plutôt bien pris même s'il va surement y avoir des représailles.
    Ce que je comprend pas c'est pourquoi Bill va accepter ... surtout que les abrutit autour d'eux vont surement les emmerder même s'il doit s'en ficher un peu.

  • emo-x-tive

    23/02/2009

    Je ne pensais vraiment pas que Bill aurait le cran de le faire, dire à son frère que Andreas et lui s’étaient embrassés. De même, que je ne pensais pas que Tom réagisse aussi bien. En voyant leur complicité, et surtout les pensées de Bill pour Tom, j’ai cru qu’on allait direct à la crise de jalousie violente. A moins que la petite morsure soit en quelque sorte une petite vengeance pour Tom donc on pourrait dire à demi violente xD. J’adore toutes les références à ce que pourrait ou devrait être leur vie maintenant (comme la présence de Gordon et Bill en chanteur). Je pense que la suite risque d’être dur pour moi si on voit Bill sortir avec Andreas mais comme je sens que la chose va tourner en ma faveur avec la séparation du couple, je vais me faire un plaisir de continuer.

  • sanggreen

    19/02/2009

    Merki! 8D
    <3

  • beaten-heart

    19/02/2009

    Nouveau chapitre *___*

    aaah, le chat potté jsuis fan xD, un petit chocolat chaud bah voyons ^^
    xD le baume à lèvre, j'adore!!!!

    "Il ne comprendrait certainement jamais en quoi des bonshommes en short courant sur du gazon après un ballon pouvaient fasciner et exciter autant d'autres hommes pourtant sûrs et fiers de leur virilité masculine." jsuis tout à fait d'accord!!! c'est si bien dit *___*

    superbe chapitre je cours lire la suite!

  • sanggreen

    13/02/2009

    MUSIK-mein-Leben> XD Ca tombe bien, la suite arrive bientôt! ^^ *s'active*
    Merci! :D

  • MUSIK-mein-Leben

    13/02/2009

    J'adore la complicité fusionelle entre les jumeaux!! ... :) et c'est toujours dans des passages aussi attendrissants qu'on aimerait vraiment que ça se soit passé comme ça dans l'enfance de nos vrais Bill et Tom :D

    Sérieu j'adore ce chapitre, le côté surprotecteur de Tom est trop mignon, et j'ai adoré le passage ou il mord et léchouille (ça se dit? O_o) le coup de son frère! XD

    On commence déjà à voir la jalousie naitre en Tom et j'ai "carrément trop hate sa mère" de lire la suite!!!!

  • sanggreen

    13/02/2009

    Snickers-Sweet> Merci! =D

    bill-luv-tom-trads> Guimauve powaaaaaaaaaaa! ^o^
    Merci! =D

  • Snickers-Sweet

    13/02/2009

    Wo =D.
    Super chapitre. J'adore la complicté qui règne entre les jumeaux.
    Et je suis également contente que Tom soit jaloux d'Andy, du moins, d'après sa réaction.
    J'ai hâte de savoir comment Bill va s'y prendre avec Andréas et si sa désicion aura un impact avec Tom.

    C'est magnifique. Hâte de lire la suite.

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