Baiser de pardon (3/4)

Baiser de pardon

Chapitre 3


***

"Et maintenant que toutes nos querelles sont terminées, que les espérances de bonheur, qui ce matin semblaient perdues pour toujours, sont venues plus prochaines et plus brillantes que jamais, faut-il, quand son baiser de pardon est encore sur mes lèvres, faut-il me mêler à de nouvelles scènes de violence et l'offenser de nouveau?"

Le jour de Saint-Valentin, Walter Scott.


***

2007

Regardant attentivement son reflet dans l'énorme miroir, Bill leva son crayon et traça avec une indéniable habileté due à l'habitude le contour de ses yeux d'un noir profond.

Il avait lissé ses cheveux bruns méchés de blanc, ceux-ci tombant élégamment sur ses épaules, et était habillé d'un jean noir parsemé de fermetures Eclair et d'un tee-shirt marbré de rouge qui relevait son teint pâle. Ses yeux cerclés de noirs venaient rajouter un soupçon de grâce féminine aux traits fins de son visage. Il rajouta une touche finale de gloss d'un rose clair presque transparent sur ses lèvres et tournant la tête de droite à gauche plusieurs fois, contempla le résultat.

Il sourit d'un air satisfait jusqu'à s'apercevoir une nouvelle fois des ½illades répétées et appuyées de la personne qui était allongée sur son lit d'hôtel, jambes repliées vers le haut et mains derrière la tête.

Les yeux timorés fuirent le miroir lorsque Bill s'attarda sur eux, et le chanteur rangea son attirail de maquillage dans le sac posé sur la table, continuant à fixer les fuyards en plissant ses paupières.

- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
- Rien ? Eh ben, qu'est-ce que ça serait s'il y avait quelque chose, marmonna Bill. Tu me mates depuis un quart d'heure.

Tom rougit et détourna automatiquement la tête de l'autre côté à ses mots, émettant un rire gêné.

- Dis pas de bêtises, je ne te 'mate' pas.
- Si tu le dis.

Pris d'un doute alors que ses yeux revenaient jauger le grimage qui lui servait de masque depuis tant d'années, Bill partit une nouvelle fois à la recherche de son fond de teint perdu dans les tréfonds de son énorme sac, et quand il l'eut trouvé, s'affaira à parfaire le saupoudrage de sa peau, se penchant sur la table pour s'approcher du miroir. Sans son maquillage parfaitement élaboré, il ne sentait jamais tout à fait lui.

Ses yeux s'égarèrent à nouveau sur l'image de son frère, et il vit le regard de celui-ci glué sur lui, sauf que le blond n'observait plus son visage à présent, semblant plus occupé à détailler ses jambes et son arrière-train. Si d'habitude le chanteur aimait être le centre d'attention qu'on admirait, surtout quand celui qui le dévorait des yeux était son frère, il n'était pas sûr de ce qu'il devait penser du comportement de Tom à ce moment précis.

Bill piqua un fard et virevolta sur-le-champ vers lui, croisant les bras et haussant un sourcil.

- Et là tu ne me reluquais pas, peut-être ?

Tom parut surpris de s'être fait prendre, et rouge comme un coquelicot, il fixa le plafond et répliqua, sûrement un peu trop vite :

- Dans tes rêves ! Je te signale qu'il n'y a que les filles qui ont ce privilège de ma part.

Bill leva les yeux au ciel et ironisa.

- Les pauvres.

Le chanteur rangea son fond de teint et referma son sac, allant le reposer à côté de ses valises béantes. Se tournant sur le côté, Tom posa une main sur le dessus de lit, et sa tête appuyée sur son autre bras, il l'examina encore. Après une légère hésitation, il le taquina, riant :

- Enfin, il faut dire que tu ressembles vraiment à une fille, même moi je pourrais m'y tromper.

Il cherchait à le titiller, comme tous les frères le font, et pourtant, il y avait là une vérité certaine. Le look de Bill avait grandement évolué depuis trois ans, depuis le début de leur succès. S'affirmant au fil du temps, son apparence devenait de plus en plus douce et féminine, la joliesse incarnée, et même s'ils étaient jumeaux, Tom n'arrivait plus parfois à retrouver son visage dans celui de Bill.

Ô, bien sûr, quand Bill sortait de la salle de bains après une douche, ils se ressemblaient toujours comme deux gouttes d'eau. Mais affublé de ses apparats, Bill était tout son opposé, et même s'il ne l'avait jamais dit à son frère - il ne tenait pas tant que ça à mourir jeune -, il comprenait sans mal pourquoi tant de personnes se méprenaient ou doutaient du sexe inscrit sur l'état civil de Bill.

De plus, même si Bill en était sûrement inconscient, préférant se voiler la face, Tom se rendait compte jour après jour des attitudes souvent maniérées de son jumeau. Et il constatait avec effroi qu'il n'était pas le seul à en avoir. Tom rougit à ses pensées. Il les avait remarquées après des heures à observer son frère et à se poser des questions sur leur relation, sources infinies de tourments inavouables qui l'avaient toujours hanté, depuis la première fois où ils s'étaient embrassés.

La voix furieuse de Bill interrompit le flot de ses pensées, tonnant avec rage alors qu'il réagissait au quart de tour, un léger rosissement sur ses joues.

- Tes commentaires de merde, tu les gardes pour ta gueule, ok ? Je suis pas une de tes meufs.

Le guitariste grimaça, sentant la dispute venir comme une montagne. La ressemblance avec les filles s'arrêtait là, et Tom en avait toujours été le témoin lors des colères de son frère. Bill savait parfaitement jouer au petit mec quand il s'emportait. Et il obtenait toujours bec et ongles le dessus sur lui. Soupirant, il tenta de calmer le jeu :

- Je plaisante, alors inutile de t'énerver.
- Tu plaisantes ? Est-ce que tu as une idée de ce que ça peut me faire de t'entendre me dire ça en permanence, depuis des années et des années ?

Tom fronça les sourcils. C'était vrai qu'il l'embêtait souvent avec ça, et depuis longtemps, mais c'était seulement pour le taquiner. Et en général, Bill le prenait très bien, riant et se foutant à son tour de la gueule son frère, notamment de ses 'montgolfières-qui-lui-servaient-de-tee-shirts'. Son jumeau le traitait d'ailleurs également souvent de fille avec ses 'robes'. Ce n'était qu'un jeu entre eux, et tous deux le savaient très bien.

Sentant qu'il marchait sur des ½ufs, Tom secoua légèrement la tête et se redressa jusqu'à s'asseoir, remettant ses dreadlocks en place d'un revers de main. Il le fixa avec attention pour guetter ses réactions. Le regard que lui lançait Bill n'annonçait rien de bon.

- Tu es en train de dramatiser, souffla Tom.
- Vas-y, dis que je fais ma drama queen tant que tu y es !
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- J'en ai marre, Tom. Marre !
- De quoi ? Explique-moi parce que là je ne te suis plus.

Le ton était soudainement monté, et Bill le regardait avec des yeux exorbités. Il était prêt à exploser. Il leva un bras en l'air dans un geste d'agacement.

- Tu le sais très bien ! De toutes tes insinuations, tu crois que je ne comprends pas ?
- Ouais ben dis-moi lesquelles parce que là non, je vois vraiment pas, s'exaspéra Tom.

Bill hurla presque.

- Je ne suis pas gay !

Tom cligna des yeux, stupéfait, et involontairement, il laissa échapper un petit rire. Même s'il ne pensait pas toujours consciemment à cela quand il embêtait son petit frère sur sa 'féminité', il avait tout de même des doutes à ce sujet. Or, Bill n'avait jamais voulu aborder cette question sérieusement, répondant toujours sèchement à ses tentatives, détournant le regard ou bien changeant de conversation. Pourtant, Tom avait maintes fois tenté de lui en parler, plus ou moins subtilement. Pour Bill, mais aussi pour lui, car même si Tom était sûr de ne pas être homosexuel, il y avait bien un garçon qu'il aimait plus que de raison...

Quant à Bill, celui-ci s'était figé à son rire, l'interprétant comme si Tom se foutait ouvertement de sa gueule et ironisait sur sa réponse. Sans mot dire, il laissa éclater sa rage pour cacher sa peur, et saisissant la chaise affublé à la table, il la balança dans la direction de son jumeau, celle-ci venant rebondir sur le lit avant d'aller s'encastrer dans la petite table de chevet et de tomber à terre, renversant plusieurs objets, dont un vase aux motifs chinois, qui se brisèrent dans un vacarme assourdissant.

Tom avait juste eu le temps de se lever en un éclair, un pied de la chaise lui effleurant le bras. Ahuri, il regarda avec incrédulité la casse et releva ensuite la tête vers son jumeau. S'extirpant de son choc, il se baissa à terre et il prit la chaise et l'envoya à son tour valdinguer au-dessus du lit, celle-ci venant s'entrechoquer avec la table dans un raffut épouvantable. Il n'avait pas visé Bill, cherchant seulement à laisser court à sa colère. Il cria.

- Mais t'es malade ! Qu'est-ce qui te prend ?

Loin de s'excuser, Bill l'ignora et poursuivit, hurlant toujours et gesticulant nerveusement.

- Bien sûr, toi tu baises à droite et à gauche, tu te pavanes avec tes histoires de coups d'un soir, alors que moi je ne fasse pas comme toi, c'est forcément suspect, hein ? Ca veut sûrement dire que je suis une tapette ?

Tom fronça les sourcils aux exagérations flagrantes de son frère - car il ne couchait pas avec tant de filles qu'il le laissait croire aux journalistes, loin de là, et Bill le savait très bien -, puis secouant la tête tout en la baissant, il leva les bras en signe d'impuissance avant de les laisser retomber et de le regarder à nouveau, ses yeux furieux.

- Tu sais quoi ? Je vais te laisser te calmer, histoire que t'arrêtes de sortir des conneries. T'es vraiment trop con quand tu t'y mets.

Il avança à grands pas vers la porte, mais avant qu'il ait pu mettre ne serait-ce qu'un doigt sur la poignée, Bill se trouvait devant lui. Lui coupant le souffle, il le poussa brusquement, ses deux mains venant s'aplatir sur ses clavicules. Ses yeux rougis brillaient légèrement sous la colère et autre chose. Ils rencontrèrent les siens avec furie.

- Ne me fuis pas ! siffla-t-il.

Surpris d'avoir été bousculé, Tom se reprit, puis imitant son frère, il le projeta avec peu de ménagement contre le mur. Le dos de Bill tapa assez durement dessus, mais le chanteur ne sembla pas étonné par son geste, cherchant visiblement le rapport de force.

Le blond appuya ses mots.

- C'est moi qui te fuis ? C'est bien la meilleure ça ! Je dirais plutôt que c'est toi !

Bill sembla décontenancé pendant une seconde, puis se renfrognant, il s'avança vers lui et le repoussa violemment. Tom tituba vers une petite table et manqua de faire tomber ce qui s'y trouvait dans un bruit clinquant. Un autre vase vacilla sur son pied, s'arrêtant dans un équilibre incertain au bord du meuble.

Surpris par ce nouveau geste agressif, Tom se figea avec stupeur après s'être redressé. Leurs yeux ne s'étaient pas lâchés. Cela faisait longtemps que Bill n'avait pas agi de la sorte. Son jumeau qui était d'ordinaire si attentionné avec lui avait au contraire plutôt tendance à l'assaillir de câlins. Battant une fois des cils pour cacher son trouble, Tom déglutit et le provoqua, sa voix vibrante malgré son ton calme.

- Vas-y, frappe-moi tant que tu y es, si ça peut te soulager.

A ces mots, la colère de Bill déclina immédiatement, le chanteur pâlissant en se rendant compte de ce que son frère insinuait. Il leur arrivait parfois de se bousculer un tant soit peu, mais ils ne se frappaient jamais réellement. Ses yeux vacillèrent et ses pupilles se mirent à briller de plus en plus, semblant vouloir dire quelque chose que sa bouche s'entêtait à taire. Il finit par secouer la tête, également troublé.

- Te frapper ? Non ! Bien sûr que non ! Comment est-ce que tu peux penser ça ?

Avant que Tom ait pu réagir, Bill s'était approché pour se jeter sur lui, ire oubliée, l'entourant de ses bras comme s'il s'agissait d'un trésor fragile et précieux. Se relaxant dans cet embrassement protecteur, Tom sourit légèrement, l'enlaçant également avec force, soulagé de voir Bill redevenir son gentil petit frère. Il passa un bras autour de son cou, y plongeant son nez pour respirer son odeur tout en les balançant tous deux de gauche à droite.

Il sentit Bill s'accrocher un peu plus à lui et l'embrasser sur la tempe et Tom eut un petit rire sincère. Il recula de manière à être nez contre nez avec son frère qui arborait encore une mine inquiète. Caressant ses doux cheveux lisses, il haussa les sourcils, se moquant gentiment de lui en répondant à sa dernière question.

- Peut-être parce que tu viens de me balancer une chaise à la gueule ?

Bill rougit mais ne baissa pas les yeux. Ses lèvres esquissèrent malgré lui un sourire gêné et il se détendit alors que l'atmosphère s'apaisait tout d'un coup. Son accès de colère lui semblait déjà du plus hautement ridicule. Finalement, il secoua la tête, parlant doucement.

- Je n'ai jamais cherché à te faire mal. Je m'en serais voulu à mort si je t'avais touché.

Il hésita, mais se décida à lever une main. Leurs yeux toujours ancrés dans ceux de l'autre, il effleura de ses doigts le haut de la joue de Tom, à l'endroit exact où il l'avait égratigné avec une poêle, des années en arrière. Tom sourit aussi à la tendre caresse, se rappelant leur dispute mémorable. Ils n'avaient jamais besoin de se parler pour se souvenir de ce genre de choses.

La main du brun glissa sur sa joue, et Tom vit Bill loucher discrètement sur ses lèvres quand ses doigts les effleurèrent. Cependant, le brun détourna le regard et continua à les faire glisser sur son cou, puis sur le torse de son jumeau. Tom murmura.

- Tu m'as touché pourtant, juste ici.

Il posa une main sur celle de Bill, l'appuyant sur son propre c½ur. Sentant le doux sourire de Tom, le chanteur se mordit les lèvres, rougissant légèrement. Ils savaient tous deux à quel point ils pouvaient lire dans les pensées de l'autre. Et il n'y avait nul doute que cette fois-ci ne faisait pas exception. Une tendresse borderline flottait dans l'air, à la limite de la décence.

Bill leva la tête et rencontrant le regard pénétrant de Tom, il fut pris d'une impulsion soudaine. Il se pencha vers lui, ses yeux fixés sur ses lèvres. Surpris, Tom ne se défila pourtant pas, fermant ses paupières par anticipation. Néanmoins, le chanteur se ravisa au dernier moment, détournant légèrement la tête.

- Non, je ne peux pas.
- Pourquoi ? dit Tom en rouvrant ses yeux.

Tom appuya son front contre le sien, cherchant son regard et serrant un peu plus sa main dans la sienne. Bill commençait enfin à céder. C'était ce qu'il avait espéré, cet abandon que Bill avait toujours fui depuis trois ans. Or, maintenant que son jumeau se laissait aller, Tom voulait des réponses, à tout prix. Il voulait que Bill lui parle, qu'il le retienne, qu'il se montre possessif comme au jour du premier baiser qu'ils avaient échangé, quand ils avaient cinq ans.

Bill secoua la tête, se mordant encore les lèvres. Il hésita, puis ouvrit encore la bouche. Mais aucun son n'en sortit. Il tenta de les raisonner, murmurant.

- On ne peut pas, c'est tout.
- Tu n'as pas l'air d'en être si sûr.

Doucement mais avec autorité, Tom le repoussa contre le mur et se rapprocha jusqu'à se coller à lui, leurs nez se touchant presque. Il l'emprisonnait mais Bill ne paraissait pas être pressé de se défaire de ses liens. Les pupilles du blond le transperçaient littéralement, et le chanteur déglutit sous le regard intense de son grand frère.

Un silence lourd et pesant tomba pendant quelques instants, quand le plus jeune se mit à trembler légèrement.

- On n'a pas le droit.

Les yeux de Tom l'observèrent encore un peu avant de s'attarder sur ses lèvres.

- Je m'en fous. Tu le veux et moi aussi, c'est tout ce qui compte.

Bill allait encore répondre par la négative, secouant la tête, quand il sursauta. Tom avait lâché sa main pour poser à son tour la sienne sur son torse, au niveau de son c½ur qui s'était accéléré avec affolement, et il avait glissé son autre bras autour de sa taille. Bill sentit son souffle sur ses lèvres et il rougit. Tom chuchota encore, ses doux yeux posés sur les siens.

- On l'a toujours su, toi et moi.

Tom le regardait intensément et tendrement. Bill manqua de chanceler à ce langage silencieux bien plus éloquent que tous les mots dont recelait sa langue maternelle. Seuls le mur soutenant dos et les bras posés sur lui le maintenaient encore en équilibre. Le bout du nez de Tom toucha le sien et il vit Tom baisser les yeux, le jeune homme louchant un peu plus sur ses lèvres.

Fermant à moitié ses paupières, le brun se laissa faire quand Tom commença à pencher légèrement sa tête sur le côté, ses yeux clos et ses lèvres plus proches des siennes à chaque seconde. Ses pensées se brouillèrent et c½ur tambour battant, il retint sa respiration quand la bouche de Tom se posa enfin sur la sienne. Ils s'embrassèrent d'un doux baiser pendant quelques secondes et relâchant leur souffle après ce contact attendu depuis si longtemps, ils soupirèrent d'aise. Glissant sa main sur la nuque de Tom, Bill allait approfondir le baiser lorsqu'un bruit de fracas les fit sursauter, séparant leurs lèvres. En même temps, ils tournèrent vivement la tête vers l'origine du boucan.

Le vase qui avait été au bord de la table avait fini par tomber.

A cet énième bruit de casse, la porte de la chambre qui n'avait pas été fermée à clé s'ouvrit brusquement, laissant apparaître David à son embrasure. Paniquant, Bill rougit de la position dans laquelle il se trouvait avec son jumeau, et par réflexe, il le repoussa à la hussarde, le faisant tanguer et tituber de quelques pas en arrière et manquant de le faire chavirer sur le lit.

On aurait dit qu'ils se battaient encore. A cette vue, David entra vivement dans la pièce. En quelques enjambées il s'était placé entre eux pour les empêcher de s'approcher l'un de l'autre et ses yeux parcouraient déjà le chantier que les jumeaux avaient fait. Aux premiers éclats il avait hésité à rentrer en plein milieu d'une énième dispute fraternelle, préférant faire les cent pas dans le couloir de l'hôtel, mais ce nouveau bruit inquiétant après un calme tout aussi effrayant l'avait poussé à intervenir. Il haussa directement le ton.

- Mais enfin, qu'est-ce qui se passe ici ?

Sentant ses veines brûler sous le flot rapide de sa circulation sanguine, Bill se redressa un peu du mur. Déjà que son baiser avec Tom n'avait rien arrangé, sa température corporelle était encore montée d'un degré sous le stress à l'intervention de leur ami. Son frère fixait le sol. Bill détourna ses yeux agités de celui-ci pour regarder leur manager, et il répondit d'une toute petite voix, embarrassé et rouge comme une cerise.

- Rien.
- Rien ? Tu appelles ça rien ? Vous n'allez pas me dire qu'aucun de vous deux n'est responsable quand même ?

Les jumeaux regardèrent un peu mieux autour d'eux. Sur le sol, des débris de vases et d'autres objets étaient éparpillés comme des confettis au nouvel an. De l'autre côté du lit, la chaise qui gisait au sol semblait abîmée. Bill se tortilla sur place, un chouïa honteux, et Tom rebaissa la tête, un sourire en coin, manquant le froncement de sourcils de son petit frère à sa réaction. Bill désigna du doigt Tom.

- En fait, si, c'est de sa faute !
- Quoi !? La chaise volante c'est moi peut-être ? répondit Tom en relevant la tête, outré.
- Tu m'as traité de con ! grinça Bill.
- Oh ! La vérité blesse, peut-être ? J'en suis terriblement désolé.
- Ne le sois pas, j'y peux rien, c'est de famille la connerie. Si tu voyais mon frère, il en est mille fois plus atteint que moi et c'est incurable chez lui, dit Bill en fronçant les sourcils et croisant les bras.
- Haha ! Très drôle, ironisa Tom en levant les yeux au ciel.

Leurs yeux fixés sur ceux de l'autre, ils continuèrent à se chamailler pendant quelques dizaines de secondes, s'énervant de plus en plus en gesticulant dans tous les sens. Prêt à s'arracher les cheveux face à ces gamineries d'un autre âge, David craqua et gronda, songeant déjà aux bobards qu'il devrait raconter aux gérants de l'hôtel de luxe.

- Arrêtez ! On reparlera de ça en rentrant ! Et ne croyez pas y échapper ! Pour l'instant, je vous rappelle qu'on a une interview live ce soir. Alors, ce n'est vraiment pas le moment pour vos chamailleries, dit-il d'une voix ferme et, une fois n'est pas coutume, autoritaire.

En effet, ils devaient partir dans à peine une demi-heure pour un des plus grands studios télévisés berlinois. Les jumeaux se figèrent, fixant leurs chaussettes d'un air penaud, et David croisa les bras pour bien accentuer ses mots, continuant.

- Alors, c'est terminé ? Vous êtes calmés ?

Le chanteur soupira, relevant la tête. Il allait dire que ça irait quand Tom l'interrompit, le surprenant.

- Non. J'attends toujours ses excuses. Je serai dans ma chambre.

Il haussa les sourcils en signe de provocation à son frère, puis se dirigea vers la porte. Hébété puis sidéré, Bill explosa d'une voix indignée, tapant du pied.

- Comment ça, mes excuses ? J'attends les tiennes oui ! Je ne bougerai pas d'ici tant que je ne les aurai pas eues !

Il allait s'avancer vers lui quand David s'interposa, l'en empêchant en posant deux mains sur ses épaules. Tom disparut en claquant la porte pour la forme, non sans lui avoir puérilement tiré la langue et sourit d'un air narquois dans le dos de David. Rosissant, Bill le regarda partir avec impuissance, puis s'adressa au brun, yeux écarquillés devant l'audace de son grand frère alors qu'on pouvait entendre la porte de la chambre de Tom être claquée elle aussi.

- Non mais tu le crois ça ? C'est de sa faute et ça serait à moi de m'excuser ?

David haussa un sourcil, laissant entrevoir qu'il doutait de la véracité de la version victimaire du chanteur. En effet, il savait par le fruit d'une longue expérience qu'il était rare que Tom soit à l'origine de ce que le staff et leurs amis appelaient secrètement leurs 'scènes de ménage'. Il soupira.

- Ecoute, je me moque de savoir pourquoi vous vous êtes encore engueulés, et je me fous de savoir qui a tort ou pas, mais je veux vous voir tous les deux dans le hall de l'hôtel d'ici exactement trente minutes. Débrouillez-vous mais soyez-là à l'heure et de préférence, réconciliés, sinon je viens moi-même vous chercher, compris ?

David lui lança un regard insistant pour accentuer ses mots, puis il sortit à son tour de la pièce, soufflant discrètement et levant les yeux au ciel, le maudissant d'avoir inventé ces petites plaies vivantes au comportement étrange qu'on appelait des jumeaux.

Bouche grande ouverte, Bill les avait vus partir l'un après l'autre avec incrédulité. Levant puis abaissant rapidement ses bras dans un mouvement d'impuissance, il poussa un petit cri aigu de rage. Il était hors de question qu'il aille s'excuser auprès de Tom !

Nerveux, il fit quelques pas et enjambées en rond dans la pièce, ramassant ci et là ce qui pouvait était intact pour mettre un semblant d'ordre, puis un peu calmé, il s'assit sur le rebord du lit. Son c½ur battait toujours aussi vite, troublé, et semblant réaliser ce qui venait de se passer, il caressa ses lèvres de ses doigts et sourit.

Tom et lui s'étaient embrassés, comme avant, quand ils se demandaient pardon d'un baiser... sauf que cette fois-ci, il n'était pas sûr de savoir exactement qui s'était excusé ni pourquoi.

On l'a toujours su, toi et moi.

Rougissant toujours, Bill soupira, frissonnant, puis il ferma les yeux.

Tom le rendait fou, totalement fou de lui, et ça, avec un simple baiser.

C'était exactement la raison pour laquelle il l'avait repoussé, il y a trois ans de ça, se rendant compte que leurs baisers de pardon comme ils les avaient baptisés n'avaient jamais été pour lui qu'un prétexte pour autre chose. Quelque chose de complètement différent qu'un innocent pardon.

Un « autre chose » d'interdit auquel Bill n'osait pas donner de nom.

Quelque chose qui lui donnait un sentiment de possession et d'appartenance envers son jumeau. Quelque chose qui le rendait fou de jalousie quand Tom approchait une fille. Quelque chose qui lui faisait profondément mal à chaque fois que Tom le comparait à elles.

Quelque chose qui lui donnait envie d'embrasser Tom, encore et encore.

**

Tout au bout de la petite allée cossue de l'hôtel, Georg et Gustav attendaient fébrilement dans un recoin que David ressorte à son tour de la chambre de Bill.

En effet, si Tom venait d'en sortir, traversant le couloir pour rentrer dans sa chambre en face de celle de Bill sans se rendre compte de leur présence et en claquant successivement avec une touche de théâtralité les deux portes dans son sillage, le manager se trouvait encore avec le chanteur, tentant sûrement de raisonner la petite tornade.

Le batteur et le bassiste le virent néanmoins réapparaître au bout de quelques secondes, celui-ci soupirant avec résignation alors qu'il se dirigeait vers eux. Georg et Gustav échangèrent un petit regard entendu avant que Georg ne s'adresse à l'homme.

- Alors ? Ca se présente comment ?

David les observa un instant, puis regarda en arrière, jetant un coup d'½il tour à tour aux portes des chambres des deux jumeaux pour s'assurer qu'elles étaient bien fermées et que ceux-ci ne pouvaient pas les entendre. Quand il se retourna enfin vers Georg et Gustav, se penchant légèrement vers eux, bras croisés, un sourire en coin apparut sur le visage du manager.

- Je parie 30 sur Bill. A deux contre un.

Gustav étouffa un rire et haussa un sourcil, aussitôt imité par Georg avec qui il échangea un regard dubitatif, un tantinet moqueur.

- Bill ? Comment tu peux parier sur lui ?
- Disons que c'est mon intuition.
- Celle qui t'a fait perdre les quatre dernières fois ? pouffa Georg. Je parie 40 sur Tom, c'est une valeur sûre ce mois-ci !
- Moi aussi, je mets 50 sur lui, renchérit Gustav, jetant un coup d'½il à sa montre.

David siffla, impressionné par leur audace, puis ils se positionnèrent tous les trois face au couloir, attendant patiemment appuyés contre le mur, et quand au bout d'exactement cinq minutes pendant lesquelles rien ne se passa, Gustav leva une énième fois sa montre et les prévint, les deux autres se redressèrent, à l'affût.

- Attention, 10, 9, 8, 7...

Ne le laissant pas terminer son décompte, une porte crissa légèrement et ils aperçurent un des jumeaux s'aventurer en chaussettes sur la moquette pour aller toquer sur la porte en face de la sienne. Aucune réponse ne vint, pourtant le jeune homme poussa doucement la porte, entrant timidement dans la pièce et refermant à clé derrière lui.

Fier de son poulain, David se retourna vers les deux autres en effectuant une petite danse billienne de victoire et soupira avant de leur sourire d'un air faussement désolé, tendant la paume de ses mains vers eux.

- Vous aurez peut-être plus de chance la prochaine fois...

Le batteur et le bassiste grognèrent en même temps, sortant leurs portefeuilles. Ils avaient perdu. Pour la cinquième dispute consécutive de ce début de mois, c'était Bill qui faisait le premier pas pour se réconcilier avec son frère.

**

Avançant à pas feutrés dans la chambre, Bill posa des yeux hésitants et fuyants vers le lit. Tom y était confortablement allongé, casque sur ses oreilles branché sur son iPod qu'il trafiquait. Il l'ignorait royalement.

Bill humpffa et contourna le lit. S'asseyant à son rebord, il ramassa la guitare sèche qui gisait près de la valise béante, puis il l'installa avec précaution sur ses genoux. Croisant ensuite les jambes, il l'enveloppa délicatement de ses bras, puis se concentrant, il se mit à jouer avec application le thème de Schwarz que Tom lui avait appris. En effet, même si très peu de gens le savaient, il arrivait parfois à Bill de s'essayer à cet instrument, même s'il était très loin d'égaler son frère.

C'était un de leurs nombreux petits secrets. Et un mensonge de plus aux médias. Un moyen parmi d'autres, tous conseillés par David lui-même, qui leur permettait de préserver une part d'intimité.

Il recommença le thème plusieurs fois, sentant le regard de Tom intensément posé sur lui alors que le jeune homme enlevait son casque. Rougissant, Bill se déconcentra et son doigt glissa un peu trop haut sur la première case de la troisième corde, faisant désagréablement crisser le mi bémol. Il fit une petite grimace qui se changea en moue quand il entendit Tom glousser. Bill osa tourner la tête vers lui, rosissant un peu plus, et lui tira la langue. Reposant ensuite son attention sur la guitare, il persévéra.

Il accéléra involontairement le rythme de la mélodie quand Tom se rapprocha, venant s'asseoir derrière lui et poser sa tête sur son épaule, se collant tout contre lui. Faisant comme si de rien n'était, Bill continua la simple mélodie si répétitive, sentant le souffle de son jumeau chatouiller son cou.

L'atmosphère était redevenue calme et apaisée quand la main de Tom vint soudainement gratter les cordes avec ses ongles, faisant dérailler le doux thème vers une cinglante cacophonie et le brun captura le poignet de son frère pour déloger les doigts perturbateurs de la guitare.

- Tomi ! rouspéta Bill.

Le blond gloussa mais obtempéra néanmoins quand les yeux accusateurs de Bill se posèrent sur les siens. Ils se regardèrent d'un air taquin jusqu'à ce que Bill ne finisse par détourner timidement le regard, se remettant à trafiquer quelques notes au hasard sur l'instrument.

Restant collé à lui, Tom dégagea les cheveux de Bill de son visage pour mieux le regarder, puis il glissa ses mains sur son ventre. Cela était sans nul doute moins confortable pour bien tenir la guitare, mais le brun ne protesta pas, se laissant tendrement cajoler par son grand frère. Tom frotta son nez contre son cou pâle, puis déposa un baiser sur sa peau avant d'appuyer son menton sur son épaule, sentant Bill frissonner.

- Recommence, l'intima Tom avec douceur.

Bill cligna des yeux, puis il sourit, s'exécutant avec enthousiasme, comprenant ce que Tom voulait faire. Il redémarra Schwarz au début, et à la troisième reprise, la voix timide de Tom se fit entendre à son oreille, chantant le premier couplet d'une voix douce. Il monta à peine la voix au refrain, Bill faisant attention à plaquer correctement les accords avant de reprendre la mélodie pour le second couplet, accélérant le rythme qu'il avait un peu perdu lors du refrain.

La voix grave de Tom n'était pas assurée comme celle de Bill l'était quand il chantait, tout comme les doigts de Bill tremblaient et hésitaient encore un peu sur les cordes, mais l'instant était malgré tout parfait. Ils continuèrent ainsi jusqu'à la fin de la chanson, et quand le dernier accord retentit, celui-ci vibra librement dans l'air jusqu'à s'effacer complètement.

Dans le silence, Tom se pencha un peu et déposa un baiser mouillé dans le cou de Bill, venant lécher du bout de sa langue la douce peau. Bill ferma les yeux, et quand Tom détacha légèrement sa bouche, ses lèvres effleurant son cou en remontant vers sa mâchoire, le brun tourna lentement la tête vers lui. Son c½ur martelant sa poitrine, Bill rouvrit ses yeux à moitié pour rencontrer ceux de Tom. Leurs nez se caressèrent et leurs bouches se frôlèrent. Rouges comme des cerises, ils s'observèrent, louchant légèrement.

Quelques secondes passèrent et Bill pencha sa tête de l'autre côté, câlinant son nez avec le sien au passage, et leurs lèvres s'effleurèrent sans se toucher. Ils se défièrent un peu, se tentant mutuellement pendant plusieurs secondes, puis Tom murmura joueusement, à quelques millimètres de sa bouche.

- Alors, tu t'excuses oui ou non ?

Bill lui répondit tout aussi bas, yeux plissés.

- Pourquoi ça serait à moi de m'excuser ?
- Voyons, laisse-moi réfléchir. Parce que t'as failli me tuer avec une chaise ?
- T'exagères, là.

Ils rirent tous les deux nerveusement, et soudainement, Bill embrassa ses lèvres d'un baiser papillon. Tom cligna des yeux et feignit l'indignation, son ton espiègle.

- Tu plaisantes j'espère ? Il va falloir faire mieux que ça si tu veux que je te pardonne.
- Exigeant en plus.

Ils gloussèrent, puis reculant un peu, Tom lui prit la guitare par le manche et la posa avec précaution à terre, espérant cacher le rouge sur ses joues.

Puis il se redressa, regardant à nouveau Bill et attendant fermement qu'il recommence. Ses yeux plongés dans les siens ne l'avaient pas quitté une seule seconde. Chez l'un et l'autre, leurs pupilles étaient brûlantes mais tendres, se regardant avec une adoration et une envie certaines.

Repliant une jambe tout en se tournant vers son frère, Bill se frotta les mains sur ses propres cuisses pour en chasser la transpiration alors qu'il se penchait à nouveau vers lui. Lentement, le brun déposa un baiser plus long sur ses lèvres. Néanmoins, il recula assez vite, et Tom insista à nouveau, un petit sourire aux lèvres.

- Mieux que ça.

Bill l'observa, nerveux, puis semblant se décider, il se rapprocha encore. Tom frissonna quand deux mains chaudes vinrent encadrer son visage. Bill se tourna entièrement vers lui et lentement, il se pencha à nouveau, laissant la possibilité à son frère de changer d'avis. Cela n'arriva pas.

Fermant leurs yeux et frémissant, ils laissèrent leurs lèvres entrer doucement en contact en un chaste baiser, l'y laissant pour plusieurs secondes, puis celles de Bill revinrent à l'attaque, capturant la bouche de Tom. Le blond céda sans lutte, laissant le brun l'embrasser et glisser sa langue à l'intérieur à sa guise, l'embrassant tendrement et goulûment. La chaleur montant en flèche, ils entamèrent un langoureux baiser et Tom glissa ses bras autour de sa taille, l'obligeant à se coller à lui.

Couinant de surprise, le brun entoura néanmoins ses épaules pour s'accrocher plus confortablement à lui. Il gémit et redoubla d'ardeur dans le baiser, poussant inconsciemment Tom à accentuer ses caresses sur ses hanches et ses cuisses qu'il caressait à présent, glissant parfois sur sa taille.

Malgré lui, il sentit l'excitation gagner son bas-ventre, et il se crispa quand la main de Tom glissa à l'intérieur de ses cuisses, remontant vers son entrejambe. Sentant qu'il dérivait un peu trop pour rester sage, il l'arrêta en l'attrapant, enroulant nerveusement ses doigts autour des siens, et il recula, interrompant subitement leur baiser.

Le souffle court, ils se regardèrent, leurs bouches à quelques centimètres à peine l'une de l'autre et leurs yeux rivés sur ceux de l'autre. Leurs joues étaient écarlates, et Bill esquissa un sourire gêné. Ce qui n'aurait dû être qu'un simple bisou avait sérieusement dérapé. Il remarqua soudainement du rose au-dessus de la bouche du blond et il eut un petit rire, sous l'½il étonné de Tom. Le brun s'expliqua.

- Je t'ai mis du gloss.
- Oh.

Reposant une main sur sa joue, il effaça la trace de son pouce, notant la rougeur diffuse sur le visage de Tom, puis il pencha la tête sur le côté pour l'amadouer.

- Alors, je suis pardonné ?

Tom soupira, tenant toujours Bill sur ses genoux. Tous deux tâtaient le terrain.

- Je sais pas, c'est tout le crédit que tu accordes à ma vie ?

S'attirant une moue et une petite tape de la part de Bill, Tom rigola, sa main libre caressant innocemment le bas du dos du brun tandis que son autre main continuait à jouer avec celle de Bill, entrelaçant leurs doigts. Le chanteur ne bougeait pas, leurs lèvres riant en miroir à quelques centimètres à peine les unes des autres. Leurs souffles se mélangeaient allégrement bien qu'ils fassent comme si de rien n'était. Quelques secondes passèrent en silence, puis Bill sembla se rappeler de quelque chose. Il tapota joueusement d'un doigt le torse de Tom et parvint à dire sans bégayer.

- Toi par contre, tu ne t'es pas excusé.
- Excusé de quoi ?

Bill le fixa, louchant dangereusement sur lui en faisant mine d'être vexé, et Tom gloussa. Le chanteur grogna, boudant.

- Tu m'as comparé à une fille.

Tom haussa encore les épaules et dit sincèrement.

- Je dis la vérité, c'est tout. Tu es aussi canon que peut l'être une fille. Si ce n'est plus...

Bill rosit légèrement mais ne détourna pas les yeux. Après avoir réfléchi quelques secondes, il haussa un sourcil.

- Donc, en gros, je dois comprendre que tu m'as fait un compliment ?

Tom eut un large sourire et par tic, il lécha sa lèvre inférieure en sortant et rentrant le bout de sa langue. Il acquiesça.

- Hum hum.

Bill haussa un peu plus les sourcils et posa sa tête sur une main, appuyant son coude sur l'épaule de Tom. Sa bouche vint frôler sa mâchoire, ses yeux fixant ceux plissés de Tom tandis que sa main libre venait caresser sa joue.

- Et... je devrais te remercier peut-être ?

Hochant vivement la tête, Tom sourit un peu plus. Ses bras glissèrent à nouveau autour de sa taille. Le surplombant toujours très légèrement, Bill le fixa un instant. Son frère semblait attendre un autre baiser. Ayant une idée, Bill eut un sourire en coin avant de soupirer, regardant le plafond et feignant de considérer la question. Tom lui fit une petite chatouille pour le décider, et il le taquina.

- Allez ma princesse.

Lui lançant un regard noir mais rougissant tout de même à l'appellation, Bill le pinça pour le faire taire, et Tom rigola. Son rire disparut néanmoins quand le brun survola sa bouche. Ils se fixèrent, louchant légèrement, et Bill sentit Tom avancer dans l'espoir de les mettre en contact, mais il l'évita pour aller déposer un baiser sur son nez, reculant par la suite. Le blond suivit son mouvement, cherchant à rattraper ses lèvres tout en resserrant l'emprise de ses bras autour de lui, mais Bill l'esquiva encore. Entourant son cou de ses bras, le brun l'embrassa sur la joue de manière sonore.

Tom tourna la tête vers lui, tentant à nouveau d'alpaguer ses lèvres, mais Bill para son attaque, frottant son visage contre son épaule en gloussant. Comprenant enfin que son petit frère faisait exprès de le mener en bateau, Tom sourit et les fit basculer sur le lit, s'allongeant sur lui alors que riant toujours, Bill s'agrippait à lui de manière à l'empêcher de relever la tête et de pouvoir l'embrasser sur les lèvres.

Leurs corps étaient collés l'un à l'autre et Tom grogna contre son cou. Il avait espéré prendre le dessus en renversant leurs positions, mais visiblement, il avait eu tort. Néanmoins, il ne se laissa pas décontenancer et se mit à mordiller et suçoter sa peau. Surpris, Bill ferma les yeux et se détendit peu à peu. La sensation était exactement que trois ans auparavant, sinon meilleure.

Continuant ses câlins mordants et l'enserrant à l'étouffer, Tom entama un mouvement de frottement contre lui et le bas-ventre de Bill commença à se réveiller sous ses gestes possessifs. Contractant ses cuisses autour des hanches de son frère, il poussa un gémissement qui les surprit tous deux et Tom s'arrêta. Il releva la tête, regardant son jumeau d'un air interrogateur.

Bill le fixait, haletant et rougi. Il était magnifique. Sans rien dire, Tom se pencha sur lui et posa sa bouche sur la sienne. Son jumeau répondit avidement à son baiser, posant une main sur sa mâchoire, et s'enhardissant, Tom vint lécher ses lèvres pour les entrouvrir. Bill captura sa bouche en réponse et la caressa du bout de langue avant que celle de Tom ne vienne s'en emparer pour jouer câlinement avec elle pendant un moment. Leurs lèvres s'emprisonnaient tour à tour, goûtant leur saveur d'interdit comme s'il s'agissait de la plus douce des sucreries.

Tom se frotta une deuxième fois contre lui et il sentit le souffle de Bill se couper. Néanmoins, celui-ci ne fit aucun signe pour le repousser. Sentant que son frère lui faisait entièrement confiance, Tom délaissa pour un temps le contact rugueux et frustrant de leurs pantalons, préférant immiscer une main entre eux. Glissant sur sa cuisse, celle-ci se dirigea rapidement vers l'intérieur et se posa contre la bosse qui se formait déjà, et doucement, il se mit à la caresser à travers le jean, la faisant durcir presque instantanément.

S'affolant un peu, Bill détourna la tête, déconnectant une nouvelle fois leurs lèvres et il haleta contre sa joue, agrippant avec force son bras, dans une vaine tentative de stopper son mouvement.

- Tom !

L'ignorant, Tom continuait à toucher expérimentalement la bosse proéminente à travers le tissu alors que sa bouche embrassait sa joue et sa mâchoire, dérivant peu à peu vers son cou. Yeux fermés, son petit frère gémit contre l'épaule de Tom qu'il enserrait.

- Tomi, arrête. Sinon je vais...

Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas terminer sa phrase, sentant l'excitation grandir en lui à la simple évocation de ce qu'il insinuait, et Tom vint lécher son menton. Il l'entendit murmurer contre sa peau, un sourire coquin aux lèvres.

- J'espère bien, ou je risque de me vexer.

Bill rougit. Il savait qu'il aurait dû le repousser, ne pas se laisser faire, mais c'était trop bon. Néanmoins, il paniqua quand Tom défit un peu sa ceinture et sa braguette pour infiltrer plus aisément sa main à l'intérieur de son jean, passant sur son boxer pour mieux caresser la bosse proéminente. Bill sentit que son gland commençait à souiller le tissu de ses sous-vêtements et son souffle se coupa, rougissant en réalisant pleinement cette fois-ci que Tom était en train de le masturber et qu'il y prenait un plaisir fou.

Mais surtout, s'il continuait de la sorte, Bill devrait aller se changer. Il entrouvrit momentanément les yeux et son regard tomba sur une petite horloge accrochée au mur. Il ne leur restait plus que dix petites minutes avant que David ne vienne les chercher avec pertes et fracas.

- Tom...
- Je sais Bill, je sais, le cajola-t-il.

Tom l'embrassa d'un baiser fiévreux et empressé, lui faisant comprendre qu'il comptait accélérer la cadence, et Bill couina de plaisir, s'abandonnant pour de bon. Son frère était tellement brûlant contre lui. David pouvait bien aller au diable.

Malgré l'entrave de ses jeans, Bill tenta d'écarter les jambes pour lui donner un meilleur accès, et passant sa main sous le tee-shirt XXL, il la posa sur les fesses de Tom, les malaxant et les agrippant fermement, pendant que son autre main s'accrochait nerveusement au dos de son frère. Le blond étouffa un petit cri aigu contre sa bouche tandis que Bill haletait, gémissant alors que la main de son jumeau allait et venait avec entrain le long de son érection.

Inconsciemment puis consciemment, Bill frotta sa cuisse contre l'entrejambe de son frère, et lorsqu'il se rendit compte que son membre était tout aussi dur que le sien, sa main glissa à tâtons de ses fesses vers le petit paquet pour venir le capturer à travers le tissu du large jean.

Il entendit la respiration de Tom se couper sous la surprise, le blond relevant légèrement la tête, et Bill tourna la tête pour le regarder. Une expression extatique parcourait les traits de son frère et le brun accentua ses attouchements. Tom fit de même tout en continuant à se frotter avec engouement contre lui. Pantelants, ils se fixaient avec des yeux embrumés par le plaisir, un voile de sueur sur leurs beaux visages.

A ce rythme effréné, il ne fallut plus que quelques vives caresses de plus pour que tous deux se libèrent, se contractant contre l'autre en laissant échapper gémissements et petits cris aigus alors que leur semence venait se répandre dans leurs sous-vêtements. Leurs yeux fermés, Bill se cambra sur le lit et Tom ouvrit la bouche, laissant échapper de doux jurons sous le plaisir extrême qu'il venait de ressentir. L'instant de jouissance passé, le blond baissa la tête et leurs lèvres se cherchèrent pour échanger quelques derniers baisers alors que des étoiles filaient encore derrière leurs paupières closes.

Souffles courts et c½urs battants, ils se détendirent ensuite, et Tom appuya sa tête sur l'épaule de Bill. Une main sur ses dreadlocks, ce dernier déposa un baiser sur son front avant de tourner son visage de l'autre côté pour respirer plus aisément, sa poitrine se soulevant et rabaissant fébrilement sous le poids de son grand frère pelotonné contre lui. Puis rouvrant les yeux, son regard retomba sur la petite horloge et il jura à voix haute. Il ne leur restait que cinq petites minutes pour se changer et descendre rejoindre les autres. Il se tortilla sous son jumeau.

- Oh merde ! Tom...
- Quoi ?
- Lève-toi, on doit se bouger.
- Pas envie. J'suis bien là.
- Tu veux que David nous trouve comme ça peut-être ?

A contrecoeur, Tom se décolla de lui en soupirant et ils se redressèrent jusqu'à s'asseoir. Evitant son regard, son visage rouge écarlate, Bill baissa les yeux pour refermer son pantalon, ignorant la sensation d'humidité dans son boxer. Ses doigts tremblaient légèrement. Relevant la tête, il rougit un peu plus quand ses yeux rencontrèrent ceux de Tom. Ce dernier lui souriait avec tendresse, et Bill eut un léger vertige. Même s'ils ne s'étaient pas directement touchés, peau contre peau, ils venaient tout de même de se masturber mutuellement. Ils avaient joui au toucher de l'autre. Au toucher de leur propre frère.

Interrompant ses pensées, le petit rire amusé de Tom manqua de le faire sursauter. Le brun bégaya, gêné.

- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ton maquillage...

Levant une main pour la poser sur son visage, Tom effaça tendrement de son pouce la trace noire qu'une goutte de sueur avait créée, et il sourit en voyant Bill s'angoisser. Il le rassura, ses joues rosies.

- C'est rattrapable, et de toute façon, tu es superbe.

Doucement, il l'embrassa d'un chaste et tendre baiser sur les lèvres pendant quelques secondes auquel Bill répondit avec une étrange timidité. Puis reculant, Tom lui sourit encore et se leva du lit, mais Bill ne bougea pas d'un poil, regardant d'un air figé et hébété Tom prendre furtivement un nouveau caleçon dans sa valise et entrer dans la salle de bains. Il l'entendit lui dire d'une voix chantante qui révélait son amusement grandissant.

- David ne va pas tarder.

Revenant à la réalité à ces mots, Bill s'affola et se leva prestement, se dirigea la porte, ses pensées confuses filant à mille à l'heure. Cependant, il se stoppa net juste avant de sortir, et après une brève hésitation, il s'exclama à voix haute.

- Pour ton information, je te fais encore la gueule.

Il entendit le rire de Tom résonner dans la petite pièce adjacente et le vit passer la tête à l'encadrement de la porte.

- Je me ferai pardonner ce soir.

Il lui fit un clin d'½il coquin et disparut à nouveau de sa vue.

**

Quelques secondes plus tard, une petite pivoine aux yeux grimés traversait le couloir désert de l'hôtel, retournant dans sa chambre pour changer de sous-vêtements et se remaquiller en quatrième vitesse.

Quelques heures plus tard, après l'interview, le dîner au restaurant et l'engueulade en bonne et due forme de David pour la casse, Tom avait tenu sa promesse.

Quelques jours plus tard, les jumeaux s'étaient chamaillés et réconciliés pas moins de cinq autres fois, au plus grand plaisir des parieurs.

Quelques semaines plus tard, juste après le plus haut pic de leurs cotes de pari, celui-ci coïncidant avec l'une de leurs plus grosses engueulades, la cotation de leurs rabibochages s'était soudainement effondrée.

Quelques mois plus tard, Bill et Tom ne se disputaient quasiment plus, et pour cause...

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

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Comments :

  • Soooo-Cute

    17/03/2009

    Ah non, qu'est-ce qui se passeeeee entre eux xD.

  • Zerstorerische-Ferien

    26/01/2009

    Han dans la chambre d'hotel là c'était ... ahem quoi XD
    Je vais lire le reste *-*

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    26/09/2008

    J'adore troooooooooooooop! *fond*
    Nan mais sérieux...cette fic quoi! *refond*
    Et je ne me souvenais plus de l'histoire du pari! ^^
    J'adooooreeeeeuuuh! Sis je met du temps à lire c'est parce que je regarde star ac" en même temps! lol

  • Kaulitz-VS-Love-VS-Tief

    28/06/2008

    Et pour cause quoi ????

    Je sais pas pouruqoi, mais je le sens pas vraiment bien...Mais ce qui est bien, c'est qu'au moins, on aura une happy end... =) hein ?????

    En totu cas, j'adore toujours autant...C'est doux, tendrs, timide...

    Que demander de mieux ?

    Suite ?

    ^^

  • magaliii

    28/06/2008

    coucou!!!super suite j'aime beaucoup mais au risque de me répéter ( ^^ ) la suite que j'attends avec impatienceeeeeeeeee c'est celle de parfum de scandale *-* *-* *-* alors jspr que tu l'a bientôt terminée et que tu va vite la poster! =) K!$$

    <3 M@g@L! <3

  • tori-os

    28/06/2008

    Hello

    Tu vas peut-être me prendre oiur une débile mais peux-tu m'expliquer ce passage stp ?

    Quelques semaines plus tard, juste après le plus haut pic de leurs cotes de pari, celui-ci coïncidant avec l'une de leurs plus grosses engueulades, la cotation de leurs rabibochages s'était soudainement effondrée.

    Quelques mois plus tard, Bill et Tom ne se disputaient quasiment plus, et pour cause...

    Merci

    Tori

  • th-483-rock

    27/06/2008

    En tout cas j'ai beaucoup aimé !!

    Hate de lire la suite !

  • th-483-rock

    27/06/2008

    "ma princesse" ptdr quel surnom !!

  • th-483-rock

    27/06/2008

    "la cotation de leurs rabibochages s'était soudainement effondrée. "

    heuu je suis un peu conne XD mais j'ai pas tout compris

    tu veux diire par là que leur réconsiliation avec le "baiser de pardon" et plus n'a pas eu lieu ??

    ou je suis totalement a l'opposé ??

  • Nicht-mein-Bruder

    27/06/2008

    J'adore vraiment comme tu décris... tout ! Les baisers, leur tendresse, l'emballement de leur coeur, c'est toujours parfait avec toi, un petit bout d'un autre univers, doux, amoureux et intime... Mon Dieu *-*

    J'veux la suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite **_**

    Lya ♥

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