Baiser de pardon (1/4)

Cadeau pour l'anniversaire en retard de Lillou483 et celui hyper en avance de Risou !

Au programme, progression dans le temps, un peu de angst fraternel et un citron (dans le dernier chapitre). ^^
C'est ma première fic d'évolution, et j'ai pris quelques libertés, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. Après tout, ce ne sont que des fics...

***

"Et maintenant que toutes nos querelles sont terminées, que les espérances de bonheur, qui ce matin semblaient perdues pour toujours, sont venues plus prochaines et plus brillantes que jamais, faut-il, quand son baiser de pardon est encore sur mes lèvres, faut-il me mêler à de nouvelles scènes de violence et l'offenser de nouveau?"

Le jour de Saint-Valentin, Walter Scott.


***

Baiser de pardon

Chapitre 1


1994

Simone regarda par-dessus l'épaule de son amie, étirant un peu son cou alors qu'elle continuait à parler. Tout en gardant le fil de la conversation et sirotant un thé avec celle-ci, elle surveillait du coin de l'½il ses deux petits garçons d'à peine cinq ans.

Ses jumeaux s'amusaient depuis une heure, leurs têtes blondes penchées sur leurs jouets éparpillés sur le tapis du salon. Dehors, le soleil brillait en ce calme dimanche après-midi, mais il faisait bien trop froid en ce mois de mars pour sortir s'aérer sur la terrasse. Alors depuis tout à l'heure, Bill et Tom jouaient à divers jeux de voitures et de rôles, babillant continuellement entre eux de leurs petites voix aiguës dans un langage presque uniquement compréhensible d'eux seuls.

Cependant, cela faisait quelques minutes qu'ils étaient devenus étrangement silencieux, et cela l'intriguait.

Après leurs quatre premières années d'existence fusionnelles où comme tous les jumeaux, Bill et Tom avaient grandi en se confondant avec l'autre, mentalement et physiquement, telle une seule personne, ils commençaient peu à peu à s'individualiser, prenant chacun leurs propres repères. Cela était tout à fait normal, comme le pédiatre le lui avait expliqué. Les jumeaux ne voyaient enfin plus l'autre comme le prolongement de leur personne, mais comme quelqu'un de différent.

Le premier signe de cette évolution psychique naturelle et inéluctable avait été les récentes chamailleries enfantines entre les deux garçons, leurs toutes premières. Oh, pas grand-chose, juste de quoi soulager mais aussi amuser Simone. En effet, avoir des jumeaux était toujours désemparant en matière d'éducation, mais c'était également une source continue d'étonnement.

Si en matière de communication Bill parlait toujours beaucoup plus que Tom, prenant souvent la parole pour eux deux, Tom prenait de plus en plus l'initiative de faire des choses sans Bill.

Ce n'était que de petites choses, mais cela perturbait le plus jeune des frères -que le pédiatre avait qualifié de jumeau 'dominant'-, comme c'était le cas à présent.

Ne parvenant pas à se concentrer sur ce que lui disait son amie, Simone vit Bill s'immobiliser en voyant Tom prendre quelques jouets, s'éloignant de quelques pas pour jouer dans son coin, parfaitement inconscient de son jumeau qui l'observait avec de grands yeux étonnés. À croire que Bill était jaloux que son frère lui préfère un assemblage de bouts de plastique.

Simone éclata d'un rire discret, et son amie suivit son regard, posant ses yeux qui montraient le même amusement face à la scène devant eux.

Assis sur ses genoux, Bill fixait son frère qui lui tournait le dos, une petite moue sur le visage, puis semblant vexé, il se traîna jusqu'à subtiliser le jouet que Tom tenait dans sa main. Ce dernier parut surpris par le vol, puis il se tourna vers lui, criant de sa petite voix énervée :

- C'est à moi ! Rends-le-moi !
- C'est aussi à moi !

Tom essaya de le récupérer, tendant la main vers le jouet, mais Bill fit de même, étirant son bras dans l'autre direction. Sans autre procès, Bill le repoussa, parvenant à le faire tomber sur ses fesses. Encore plus étonné par l'attitude de son frère d'habitude si câlin avec lui, Tom se redressa et se jeta sur lui en lui donnant des tapes de ses petites mains, Bill tombant à la renverse. Ce dernier se mit à se défendre bec et ongles, lui donnant des coups de pieds, et bientôt des cris et des pleurs de part et d'autre retentirent dans le salon.

Face à la scène, Simone s'était levée en un quart de seconde, se précipitant pour séparer la petite boule de membres emmêlés, les agrippant chacun par un bras et les éloignant. Elle s'accroupit, les regardant l'un et l'autre tour à tour en fronçant les sourcils.

- Non mais c'est quoi ces manières ? Expliquez-vous jeunes hommes !

Reniflant un peu et leurs yeux rougis, les jumeaux arrêtèrent de lancer des regards noirs vers l'autre pour faire chacun une moue suppliante à leur maman, leur expression presque parfaitement identique. On aurait dit qu'ils se faisaient miroir.

- C'est lui qui a commencé ! geignit Bill.
- Non c'est même pas vrai ! C'est lui ! protesta Tom vigoureusement, pointant son frère du doigt. Il a pris mon jouet !
- C'est pas que ton jouet. C'est aussi le mien !
- Mais j'étais en train de jouer avec !
- Arrêtez ! gronda Simone.

Les deux petits garçons se turent immédiatement, fixant honteusement le sol à son ton impérieux. Elle recommença, plus doucement mais toujours fermement.

- Vous devez apprendre à partager, et à ne pas vous battre ! La violence n'est jamais une solution. Bill, Tom, j'attends des excuses de vous deux !
- Pardon maman, marmotta Bill.

Simone cligna des yeux et retint un petit rire, se forçant à rester sérieuse.

- Pas à moi, à Tom. Et toi aussi ! Je vous laisse régler ça comme des grands tous les deux, d'accord ?

Sur ce, elle se leva, allant se rasseoir. Elle reprit sa conversation avec son amie, plaisantant en messes basses sur leurs disputes enfantines, gloussant.

Toujours au même endroit, Bill se rassit sur le tapis, ses genoux tournés vers l'intérieur, suivi par Tom qui s'installa en tailleur. Bien qu'un peu calmés, ils ne se regardaient toujours pas, boudant en attendant que l'autre cède.

Leur manège dura quelque temps, puis hésitant, le plus jeune finit tout de même par se tourner en premier vers son frère, ce dernier croisant les bras en signe de défense et d'entêtement. À contrecoeur, Bill marmonna.

- Pardon.

Tom serra un peu plus ses bras autour de sa propre taille, évitant bougonnement son regard d'un air toujours plus renfrogné, et le petit Bill soupira. Son frère était aussi têtu que lui. Il recommença, plus sincèrement.

- Pardon Tomi.
- Tu m'as frappé.
- Toi aussi, dit Bill en fronçant ses petits sourcils.

Tom le regarda enfin, et il finit par dire d'un ton moqueur.

- Tu frappes comme une fille.
- Même pas vrai ! s'indigna Bill, haussant légèrement la voix.

Il lui décocha un coup de pied joueur dans la cuisse et Simone tonna encore.

- Bill !
- C'était pour de faux !

Bill rougit sous l'air soupçonneux de sa mère. Tom eut un petit rire à cette vue et oublia leur accrochage comme il était venu. Il demanda néanmoins, d'un ton de défi.

- Pourquoi je te pardonnerais ?
- Parce que maman nous l'a demandé ? répondit Bill avec hésitation.
- Non, c'est pas suffisant.

Son grand frère avait dit ça d'un ton faussement sérieux, mais Bill s'affola. Et si Tom ne lui pardonnait jamais ?

Tout d'un coup, surprenant Tom et leur mère qui les surveillait du coin de l'½il, Bill s'avança jusqu'à déposer un bisou sonore sur les lèvres de son jumeau. Quand il recula, il ne remarqua pas que les yeux de leur mère s'étaient écarquillés, son amie suivant son regard sans comprendre.

Sans attendre la réaction de son jumeau, Bill redemanda d'une petite voix, triturant ses doigts.

- Parce que je t'aime ?

Tom cligna des yeux, puis sans raison apparente, Bill rosit, bientôt imité par son grand frère qui comprit aussitôt.

Depuis que Bill et lui ne faisaient plus la petite sieste en début d'après-midi, il leur était maintes fois arrivé d'espionner avec curiosité leur maman dans le salon, alors que celle-ci regardait des films d'amour à l'eau de rose, mouchoir dans une main et chocolats dans l'autre. Or, dans ces films bizarres, les deux protagonistes finissaient toujours par s'embrasser sur la bouche, même après avoir eu les plus horribles disputes, très certainement pour se faire pardonner. Et ils disaient toujours « je t'aime » à l'autre avant de le faire.

Bien que cela l'étonnât, ce genre de scène se déroulait toujours entre une fille et un garçon, jamais deux frères. Pourtant, Bill et lui s'aimaient aussi, comme les gens sur l'écran de télévision.

Tom eut un sourire rayonnant, et il répondit ce qui lui semblait naturel de dire.

- Je t'aime aussi.

Le visage de Bill s'illumina.

- Alors, je suis pardonné ?
- Non, attends, pas encore.

Comme l'avait fait Bill quelques secondes auparavant, Tom se pencha vers lui, restant toujours en tailleur et il prit son visage entre ses mains, posant maladroitement mais efficacement ses lèvres sur les siennes pour les y laisser quelques secondes.

Il n'entendit pas leur mère murmurer un 'oh mon dieu !'. Celle-ci se releva et vint vers eux. Quand elle fut au-dessus d'eux, les jumeaux relevaient la tête, et Bill dit fièrement.

- Ça y est ! On est réconciliés !

Trop choquée pour parler, Simone secoua la tête. Bill demanda avec inquiétude, aussi perplexe que Tom.

- On l'a pas fait comme il fallait ? Comme les grands ?
- Les enfants... il ne faut pas que vous vous... réconciliez de cette manière.

Simone était embarrassée. Comment expliquer cela à ses enfants ?

- Oh, laisse-les, tous les enfants font ça ! Ils ne pensent pas à mal et c'est mignon, surtout pour des jumeaux ! intervint son amie, attendrie par la scène.
- Oui, mais...

Sentant qu'ils avaient sûrement fait quelque chose qu'il ne fallait pas sans trop savoir pourquoi, Tom tenta, cherchant à mettre un nom dessus.

- C'était juste un baiser de pardon. Pas vrai Bill ?

Il se tourna vers celui-ci, et comme si son petit frère avait eu les mêmes pensées que lui tout au long de la conversation, ce qui était sûrement le cas, il hocha fermement la tête, comme si l'expression coulait de source.

- Oui, un baiser de pardon !

Les jeunes femmes éclatèrent d'un rire franc devant leur innocente spontanéité et au bout de quelques minutes, elles oublièrent la mésaventure.

**

Peu après que son amie fût partie, Simone avait pourtant pris à part ses fils, leur expliquant sérieusement que ça ne se faisait pas, et avait bien insisté face à leur incompréhension et nombreuses questions.

Non, on ne pouvait pas embrasser son frère sur la bouche, même si on l'aimait très fort. C'était interdit.

Pourquoi ? Parce que ce n'était pas le même type d'amour pour lequel on s'embrassait sur la bouche, même pour pardonner l'autre. Pour se faire ce genre de bisous, il fallait être amoureux, très amoureux. Ce n'était pas un amour fraternel comme eux ressentaient.

Avaient-ils bien compris ? Oui.

Ils ne recommenceraient pas ? Non, non, bien sûr que non, puisque c'était interdit.

Rassurée, Simone les avait ensuite laissés seuls, et aucun des jumeaux n'avait osé dire un seul mot ou regarder l'autre pendant de longues minutes, tous les deux rouges comme des coquelicots.

***

1998.

Bill laissa retomber lourdement sa cuillère dans son bol, soupirant avec agacement en entendant la guitare électrique crisser dans la maison. C'était un samedi, il était dix heures et demie du matin, et leur mère ne tarderait pas de rentrer des courses.

Il s'était réveillé de très mauvaise humeur au boucan que faisait son frère, sachant que celui-ci était d'une humeur toute aussi massacrante que lui et faisait certainement exprès de le faire chier, poussant à fond l'ampli de sa guitare électrique aux aurores pour se défouler, et Bill avait juré dans son oreiller tous les noms d'oiseaux lui passant à l'esprit à l'attention de son idiot de frère. La veille, Tom et lui s'étaient engueulés pour des broutilles et ne s'étaient toujours pas réconciliés, et son grand frère jouait avec sa patience.

Malgré le fait que cela faisait déjà deux ans depuis qu'ils avaient chacun leur chambre, les cloisons n'étaient pas assez épaisses pour le préserver des entraînements de son jumeau à la guitare. Et même s'il aimait quand son frère en jouait, la guitare électrique à fond à neuf heures du matin n'était décidément pas son truc. Pas du tout même.

À la grande surprise de Bill, Tom avait persévéré pour s'améliorer dans cet instrument que leur beau-père avait un jour déposé dans leur chambre qui était alors encore commune, et son frère avait fait d'énormes progrès. En fait, il jouait déjà à un niveau correct, même si Bill se plaisait à lui répéter le contraire pour le faire enrager.

Soudain, le bruit se tut, et Bill poussa un soupir de soulagement. Quelques secondes passèrent, et son frère entra dans la cuisine, filant directement vers le frigo sans lui jeter un regard, et il l'ouvrit à la recherche de cola. Il prit une canette qu'il avait déjà entamée, et vida le restant de son contenu d'un trait.

Touillant d'un air absent ses céréales, Bill observa en détail le jeune garçon qui se désaltérait.

Ils avaient radicalement changé l'un de l'autre au fur et à mesure des années. Tom avait commencé à se faire des dreadlocks que Bill adorait toucher, ce dernier ayant même pris le relais de sa mère pour l'aider à les refaire à chaque fois que son frère se lavait les cheveux, Tom ayant encore des difficultés à le faire lui-même.

Quant à Bill, il avait récemment essayé une couleur noir corbeau sur ses cheveux avec l'aide de sa mère qui avait cédé sous ses supplications répétées. Cela lui allait bien. D'ailleurs, même Tom avait fini par l'admettre, avec une étrange couleur rouge sur les joues qui avait fait se tordre délicieusement le ventre de Bill, sans qu'il sache pourquoi.

Ils avaient très bien accepté ces changements physiques chez l'autre, comprenant mutuellement le besoin toujours plus présent de se différencier extérieurement. De toutes façons, tant qu'ils restaient les mêmes à l'intérieur, peu importait leur apparence. Or, leurs pensées et sentiments se confondaient toujours allégrement, dans une communication étrangement fusionnelle et obscure à leur entourage.

C'était certainement aussi à cause de cela qu'ils se tapaient réciproquement autant sur les nerfs.

Jour après jour, leur relation alternait entre tendres câlins réconfortants, passant notamment beaucoup de leurs nuits endormis l'un contre l'autre comme deux petits chats, et guerre totale, les deux frères s'étripant jusqu'à ce que l'un se mette à pleurer ou que leur mère salvatrice ne vienne arrêter le massacre. C'était peut-être paradoxal, mais l'explication en était simple.

En effet, de par sa nature, leur relation fusionnelle oscillait passionnellement entre amour et haine sous les changements et bouleversements si horriblement banals de leur enfance.

Leurs parents avaient divorcé et ils avaient dû apprendre à accepter leur beau-père, et l'école était un enfer à vivre au quotidien. Les profs et les autres élèves les détestaient pour la plupart, les premiers hautains et les seconds railleurs. On les avait même changés de classe pour qu'ils ne se retrouvent pas ensemble, leurs enseignants se plaignant de leurs looks, effronterie et chahuts. Cette séparation d'ordre scolaire avait été un déchirement profond et révoltant pour eux. Pourtant, les adultes, leur mère en premier, avaient trouvé cela tout à fait normal.

Oui. Ces derniers mois avaient été pénibles pour eux, les mettant à rude épreuve, et cela se ressentait quand ils étaient à la maison, se défoulant sur l'autre avant de s'en mordre les doigts. Des disputes banales entre frères, comme la veille.

Le suivant toujours des yeux alors qu'il s'apprêtait à sortir de la cuisine sans lui adresser un mot, le c½ur de Bill se serra, blessé. Il interpella sèchement Tom, durcissant au mieux sa voix fluette.

- Surtout me dis pas bonjour, ça t'écorcherait la langue.

Tom s'arrêta mais ne dit toujours rien, toujours de très mauvaise humeur. Il allait sortir pour de bon de la pièce quand Bill murmura de manière acide.

- Connard.

Tom virevolta aussitôt vers lui.

- Pardon ? s'énerva-t-il. Qu'est-ce que tu viens de dire ?
- Oh, mais c'est qu'il parle !
- Je t'ai posé une question, qu'est-ce que tu as dit ? ragea-t-il.

Bill se leva, allant poser son bol dans l'évier.

- Rien. Retourne massacrer ta guitare, dit-il avec une nonchalance ironique.

Tom s'était rapproché, croisant les bras. Il siffla :

- Tu es juste jaloux !
- Moi ? De quoi ? De ta médiocrité à la guitare ?

Il ne le pensait pas bien sûr, mais il voulait le provoquer. Il savait que son frère réagirait au quart de tour, et comme escompté, cela arriva. Piqué au vif, Tom répliqua, sa main le poussant rudement au niveau de l'épaule.

- Tu es bien à critiquer, toi qui ne sais rien faire à part chanter comme une casserole et écrire des textes de merde.

Lui non plus ne le pensait pas réellement, mais il savait également taper où ça faisait mal. Il s'éloignait déjà quand il murmura encore, méchamment.

- Espèce de fillette.

Il sentit Bill le taper dans le dos, le déséquilibrant et manquant de le faire tomber en avant. Quand il se retourna, il fut sidéré de voir avec quoi il avait fait ça. Bill l'avait frappé avec une poêle prise dans l'égouttoir à vaisselle.

- Mais t'es complètement givré mon pauvre !

Il releva les yeux, rencontrant ceux de Bill, et il les vit brillants de larmes de rage.

- Je te déteste, cracha Bill.

Il allait se retourner pour partir en contournant la table de l'autre côté, quand Tom prit une autre poêle, l'abattant sur le bras de Bill en un bruit sourd pour se venger. Surpris, Bill poussa un cri de douleur et il se retourna vivement et tapa deux fois sur son épaule avec son propre ustensile. Tom tenta de se protéger en tournant la tête, mais quand le second coup effleura le haut de sa joue, le bord de la poêle lui écorcha et brûla la peau.

- Aïe !

Tom porta une main à son visage, surpris. La poêle qu'il tenait tomba à terre. Ecarquillant les yeux, Bill lâcha également la sienne par réflexe en voyant ce qu'il venait de faire, celle-ci tombant avec fracas sur le carrelage froid de la cuisine. En un pas il s'était précipité sur son frère, affolé, levant une main pour examiner la plaie.

- Merde ! Tom, ça va ? Je suis désolé, je...

Mais Tom avait craintivement reculé, repoussant brutalement de sa main libre son jumeau, puis il leva les yeux, incrédule, avant de crier, ses yeux commençant à briller.

- Tu sais quoi ? Ça tombe bien que tu me détestes, parce que moi aussi !

Bill s'était figé, son c½ur battant un battement. Sans attendre sa réaction, Tom sortit comme un ouragan de la cuisine pour aller dans sa chambre, claquant la porte de celle-ci derrière lui. C'était leur nouveau truc. Quand ils se disputaient, l'un ou l'autre finissait toujours par tester la solidité des portes pour passer sa colère.

Chassant les larmes naissantes dans ses yeux et maudissant intérieurement sa connerie, Bill marcha lentement jusqu'à se trouver devant sa chambre, posant une main hésitante sur la poignée, rouge de honte. À travers le fin matériau, il entendit le bruit étouffé mais plaintif de cordes malmenées comme si une guitare venait d'être jetée à terre sous un accès de colère et il retira sa main, n'osant pas aller plus loin. Son ventre se tordait de culpabilité. Tom faisait d'habitude extrêmement attention à son instrument.

De longues minutes, il resta assis contre le mur en face de la chambre, attendant nerveusement qu'il se calme. Mais quand quelques reniflements et hoquets se firent audibles, le c½ur de Bill se serra, et n'y tenant plus, il se releva. Il ouvrit doucement la porte, commentant d'une toute petite voix.

- Tomi ? J'entre.

Son jumeau ne lui répondit pas, et Bill referma la porte derrière lui, ses yeux rivés sur son frère. Tom était couché sur le lit et lui tournait le dos, ses mains recroquevillées vers lui triturant le bout de l'oreiller sur lequel il avait posé sa tête. La guitare gisait comme une âme en peine sur le sol.

S'avançant, Bill la ramassa et la laissa debout contre le lit sur lequel il monta à genoux, se traînant jusqu'à pouvoir toucher avec hésitation l'épaule de Tom. Son frère le chassa net en la roulant. Bill n'insista pas, mais il s'assit à côté de lui, sa hanche s'appuyant avec précaution contre le creux de son dos et sa main se posant de l'autre côté du corps allongé, son avant-bras effleurant le ventre de son jumeau.

Il l'observa en silence. Tom fixait la fenêtre, son air meurtri et se mordant les lèvres. Ses yeux étaient rougis et mouillés, et des sillons de larmes sur ses joues montraient qu'il avait pleuré bien qu'on les eût frottés avec vigueur pour les effacer. Bill regarda avec inquiétude la petite écorchure sur sa pommette. Il s'en voulait terriblement, même si cela n'avait pas été intentionnel.

Ils se chamaillaient très souvent, quasiment quotidiennement en fait, et s'étaient même battus quelques fois, mais ils ne s'étaient jamais fait réellement mal. En plus, cette fois-ci, pour des vétilles, ils s'étaient frappés à coups de poêle. Bill rosit devant le ridicule de la situation et il leva sa main vers le visage de Tom.

Les paupières de Tom vibrèrent craintivement à cette approche, peinant Bill. Avait-il effrayé à ce point son frère ? Bill se sentit honteux. Lentement et doucement, il posa ses doigts frais à côté de la peau rougie, caressant l'entour. Tom ne dit rien mais le laissa néanmoins faire, ses yeux l'ignorant pour regarder le ciel incommensurablement bleu.

Bill finit par murmurer, nerveux.

- Désolé, j'ai pas voulu te faire mal.

Tom restait silencieux, et Bill continua, sa voix plus affirmée.

- Je pensais pas ce que j'ai dit.

Pas un mot. Tom faisait mine de l'ignorer. Bill délaissa son visage pour poser ses mains sur sa taille et son épaule, cherchant à l'obliger gentiment à se tourner vers lui.

- Tom, regarde-moi.

Tom résista mais les mains de Bill avaient un bon appui sur lui et il pivota malgré lui. Néanmoins, sa tête était toujours tournée vers la fenêtre. Bill geignit plaintivement.

- Tomi !

Il glissa sur ses hanches, l'empêchant ainsi de bouger et de se retourner sur le côté, et il commença à lui chatouiller les cotes. Malgré lui, Tom esquissa un sourire, se tordant compulsivement sous la torture, et un tout petit rire étouffé s'échappa de ses lèvres, cherchant en vain à prendre un ton énervé.

- Arrête !

Bill sourit enfin lui aussi, une expression victorieuse sur ses traits, et il redoubla ses chatouilles.

- Pas tant que tu ne me regarderas pas.

Mais Tom parvint à capturer ses poignets, refermant leurs mains jointes contre son ventre pour les empêcher de bouger. Il tenta sans y parvenir de paraître sérieux et boudeur. Un sourire s'était définitivement installé sur ses lèvres.

- Pourquoi je te regarderais ? T'es qu'une petite merde à la face hideuse, plaisanta-t-il.

Bill eut une fausse petite moue.

- Dans ce cas, ça veut dire que toi aussi, et je te regarde bien, moi.
- C'est parce que je suis magnifique.

Bill resta silencieux un instant, observant attentivement le visage de son jumeau, et ses yeux retombèrent sur la petite écorchure. Se tenant en équilibre du mieux qu'il le put, il se pencha soudainement et l'y embrassa en espérant l'effacer, se redressant aussitôt après.

Etonné, Tom ouvrit en grand les yeux, tournant enfin la tête pour le regarder. Au-dessus de lui, les joues rubicondes, Bill murmura sincèrement.

- Tu l'es.

Tom rosit à ces mots, et il relâcha automatiquement les mains de Bill, déstabilisé pour une obscure raison. Néanmoins, son frère ne sembla pas le remarquer, et il enchaîna, inquiet.

- Je suis pardonné ?

Tom sembla considérer ce qu'il venait de dire, puis il répondit clairement.

- Non.

Le léger sourire que Bill avait eu plus tôt s'affaissa tristement. Tom le détailla lorsqu'il continua.

- Tu as dit que tu me détestais.
- Tu m'avais traité de fille, s'écria Bill pour se justifier.
- Mais tu es une fille, tu tapes comme une fille.

Bill poussa un cri outré, fronçant les sourcils et rougissant, et il poussa joueusement son frère au niveau de l'épaule, l'enfonçant un peu plus dans le matelas. Il fut intérieurement soulagé de voir que cette fois, Tom n'avait pas eu de mouvement de recul, gloussant au contraire à son action, ses yeux rieurs fixés sur lui. Bill grogna.

- C'est pas vrai !
- Il y a que les filles qui utiliseraient une poêle ! le taquina Tom.

Bill lui tira la langue, et Tom lui mit une fausse baffe, faisant rire son petit frère. Mais ce dernier redevint vite sérieux quand il murmura, l'air préoccupé. Et si Tom lui en voulait encore ? Alors qu'il cherchait une solution pour se faire pardonner, un déclic se fit soudainement dans l'esprit de Bill, faisant remonter à sa mémoire un souvenir qu'il n'avait jamais oublié.

- Je suis vraiment désolé Tomi...
- Je sais.

Tom avait doucement ri, mais son souffle s'était vite coupé. Tout d'un coup, Bill s'était penché sur lui, et il avait posé ses lèvres sur les siennes, aussi rapide que l'éclair, juste avant de reculer tout aussi vivement, s'appuyant sur ses bras tendus. Il rougissait comme une tomate.

- Alors, tu me pardonnes ?

Ses cheveux bouclés foncés par la couleur tombant légèrement sur son front, il fixait à présent d'un air sérieux et suppliant son frère.

Ledit frère le regardait avec des yeux écarquillés. Lui aussi n'avait pas oublié ce souvenir. Mais ils n'avaient jamais recommencé depuis. C'était interdit. Leur mère leur avait dit. Et elle avait toujours raison.

Il regarda les lèvres de son frère, et il sentit son c½ur s'accélérer. Ô, un peu, si peu.

Leurs yeux se rencontrèrent encore, et Tom se mordit brièvement les lèvres.

Quel mal pouvait faire un petit bisou ? Surtout que c'en était un de très spécial. Après tout, tout ce que réclamait Bill, c'était un baiser de pardon, n'est-ce pas ? Un baiser pour s'excuser, pour se dire qu'ils étaient désolés et qu'en dépit des disputes, ils s'aimaient toujours.

Or, l'amour était quelque chose de naturel, même entre frères. Leur mère leur avait dit. Et elle disait toujours la vérité.

Agrippant la nuque de Bill, il l'attira à lui et leurs lèvres se touchèrent en un baiser, doux et innocent, pendant de longues secondes, leurs petits corps collés l'un à l'autre alors que Tom avait passé son bras libre autour de la taille de son frère.

Concentré sur le baiser et le contact renversant de leurs lèvres, Tom ne s'était pas rendu compte que son c½ur et celui de Bill s'étaient affolés dans le processus.

Et quand Bill finit par sourire contre sa bouche, soulagé d'avoir été pardonné, Tom le chatouilla. Bill se redressa pour lui échapper, couinant et gloussant, et toujours à califourchon sur son frère, il répliqua en lui envoyant un oreiller à la tête.

Bientôt, c'était devenu une bataille rangée d'oreillers entre les jumeaux, riant tout leur soûl et courant à travers la chambre après l'autre.

**

Pendant ce temps, venant juste de revenir de l'hypermarché, Simone était perplexe.

Comment ses deux poêles avaient-elles bien pu atterrir sur le carrelage de sa cuisine ?

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

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Comments :

  • Soooo-Cute

    17/03/2009

    Complètement gé-nial !
    C'est la première fois que je trouve quelque chose comme ça !
    Je crois que je suis devenue FAN de toi xD.
    Bravo pour ces idées, parce que même si tes écrits sont tous des Twincest & que tes mots se ressemblent parfois, on les bois comme une essence nouvelle, comme une drogue nous faisant partir à travers un autre monde.
    Encore Merci pour ça.

  • best-lemons-yaoi

    14/02/2009

    Han j'adore!

  • Zerstorerische-Ferien

    26/01/2009

    Trop tripant le coup des poeles !
    Les jumeaux sont adorables *-*

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    26/09/2008

    Je relis cette petite merveille q'est mon cadeau d'anniversaire! *-*
    J'adore le moment des poële..lol!
    ;)

  • Sosso

    19/06/2008

    choupinouuu *_*

    ^^

  • carpe-diem--x

    18/06/2008

    tu sais que je vais finir frustrée...!! chaque fois que je me pose tranquillement pour lire ton blog...un truc intempestif se pointe et du coup je lis plus!! je sais même plus om j'ne étais... j'avais commencé la 2èmepartie mais jusqu'où??? alors je recommence depuis le début comme ça, pas de problème

  • carpe-diem--x

    17/06/2008

    j'ai toujours fantasmé sur cette bataille de poeles!!! lol! j'aime de trop!!!! franchement je cours lire la suite!!!

  • Justyn

    14/06/2008

    ah ouais, je lai lu tout a lheure. mais jai pas autant aimé que les autres (bizarre) ya un passage dans lhistoire qui ma fait pensé a une autre que javais deja lu (surement, et puis joublie les titres, les auteurs bref, jsuis (rarement) une petite tete XD) jai trouvé ca super mignon quand bill est revenu vers son frere. jetais emotif lol

  • th-rainbowtatoo-fic

    14/06/2008

    a oui ! j'lai lu ce sur le forum et j'adore. j'vais me répéter mais pour quelqu'un qui n'a jamais écrit de fic' évolution c'est vraiment bien écrit, recommence quand tu veux =)

  • chouu----16

    13/06/2008

    BUHAHAHA j'adore le coup des poêle .
    'vais liiiire la suite :D
    Et t'sais quoi ? Moi aussi ct mon anniversaire mercredi .
    J'ai droit à un OS specialementpourmoidontjechoisislesujet ? ;D

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