Stupeur et tremblements (6/6, partie 1/2)

Chapitre 6

Quelques heures plus tard.

Tom commençait à devenir extrêmement nerveux, sa jambe tambourinant sur le sol. Il avait enlevé son encombrante casquette, ne laissant qu'un bandeau élastique pour soutenir ses lourdes dreadlocks, et fixait son verre de coca posé sur la table qui vibrait légèrement.

Ils se trouvaient comme d'habitude en petit comité avec Gustav, Georg, David et deux autres personnes du staff, chacun étant en train de boire café, tisane ou bière dans le petit salon du bus des jumeaux. C'était le petit moment de détente qu'ils s'accordaient toujours après un concert avant que chacun se retire dans son car et sa couchette pour se reposer, voguant pendant leur sommeil vers leur prochaine destination.

Le concert s'était bien déroulé. Il n'y avait rien de spécial à signaler, si bien que personne n'avait remarqué à quel point Tom était resté concentré sur sa guitare pendant tout le show, n'osant pratiquement pas lever les yeux les rares fois où Bill était venu lui chanter à quelques dizaines de centimètres à peine. En fait, le guitariste n'avait pas arrêté d'être ailleurs, jouant mécaniquement, morceau après morceau.

Ils s'étaient embrassés, réellement embrassés. Et l'on ne pouvait pas dire que cela n'avait été qu'un innocent petit bisou entre frères. Ni l'un ni l'autre ne pourrait mentir à ce sujet.

Mais surtout, avec ce baiser et ces gestes, les paroles qu'ils avaient eues lors de leur étrange conversation juste avant semblait prendre un sens inattendu, trop beau pour être vrai.

Pourtant, Bill avait répondu avec tant de passion à son baiser que Tom commençait à prendre ses rêves pour la réalité et aspirait déjà à regoûter ces lèvres brûlantes.

La chaussure de tennis de Tom piétina un peu plus rapidement le sol. Il n'avait qu'une envie à présent. Etre seul avec son jumeau pour mettre enfin les choses au clair. Mais pour l'instant, leurs amis étaient malheureusement encore là. Paradoxalement, c'était aussi rassurant, car il ne savait pas encore comment il devait se comporter avec Bill. À vrai dire, ils n'osaient même plus se regarder.

En ce moment, Bill était pourtant en face de lui, ses genoux repliés contre son torse, assis devant sa tisane. Cependant, il n'avait pas encore pris part à la conversation, préférant massacrer le vernis sur ses ongles tout en fixant la table. Il s'était démaquillé et changé, emmitouflé dans de chauds vêtements. Il n'avait pas arrêté de frissonner depuis la fin du concert, et Tom avait eu la tentation inassouvie de le prendre dans ses bras pour le réchauffer, bien qu'il ait la sensation que ce n'était pas de froid dont Bill souffrait.

Interrompant le fil de ses pensées, David s'adressa avec nonchalance au chanteur, le faisant sursauter et relever la tête.

- Ah, au fait, Matthias m'a dit que vous devez vous voir ces jours-ci ?

Surpris, Bill acquiesça, rosissant légèrement en sentant le regard de Tom sur lui. David détourna momentanément le regard et son attention lorsqu'une autre personne du staff lui parla, et Georg s'adressa avec entrain à Bill, le regard insistant de son jumeau s'accentuant sur eux à la mention de Matthias.

- Ah oui ! C'est donc bien pour lui que tu as demandé à Gustav d... AÏE !!!

Le bassiste baissa la main pour se masser le mollet, Bill venant de lui décocher un coup de pied magistral en le fusillant du regard. Il n'y avait pas été de main morte. Bill siffla tout bas, malgré le fait que Tom et Gustav puissent très bien entendre.

- Georg, la ferme. À moins que tu veuilles que je dise avec qui tu as fait ça toi aussi.

Georg et Gustav se lancèrent un coup d'½il discret, rougissant, et le bassiste toussota.

- J'ai rien dit.
- Demandé quoi à Gustav ?

Bill, Gustav et Georg se tournèrent en même temps vers Tom qui venait de parler, riant légèrement en façade mais visiblement mal à l'aise, et Bill se figea, repensant aux propos pouvant sembler ambigus que le bassiste et lui venaient d'échanger. Il blêmit et bégaya, sa voix s'étranglant presque.

- Ce n'est pas ce que tu crois.

Leurs regards se rencontrèrent enfin, et Bill rougit comme une tomate sous les yeux fixes de Tom sur lui.

- Qu'est-ce que je suis censé croire ?

Gustav intervint.

- Qu'on parle de préservatifs ?

Maintenant écarlate, Bill ouvrit la bouche de surprise, lançant un regard noir au batteur qui arborait sourire en coin, et Georg explosa de rire. Tom s'était tu, fixant la table. Le chanteur allait répliquer quand le bus s'arrêta, le vrombissement du moteur disparaissant pour laisser place à un silence gênant pour discuter de préservatifs et tutti quanti. De toutes façons, il était temps pour eux de se quitter pour la nuit. Le petit groupe se leva, et tout en discutant, commença à descendre du bus, se souhaitant mutuellement une bonne nuit devant le véhicule.

Restant en arrière, Bill soupira, toujours écarlate. Qu'allait penser Tom ? Il tentait de lui faire comprendre qu'il était amoureux de lui, il l'embrassait, et maintenant Matthias revenait sur le tapis. Bill observa son grand frère devant le bus en train de discuter avec Georg, allumant une dernière cigarette, quand il sentit quelqu'un lui tapoter sur l'épaule. C'était Gustav. Le batteur l'attira en arrière et sortant une petite boîte de sa poche, lui tendit.

- Je sais que tu ne m'en as pas demandé, mais au cas où...

Les joues de Bill rosirent. C'étaient des préservatifs.

Parfumés à la fraise.

Gustav se trompait de cible en pensant à Matthias. Néanmoins, ça pouvait toujours être utile, alors le chanteur l'accepta, toussotant et bredouillant un 'merci' embarrassé tout en rangeant rapidement la petite boîte dans ses jeans. Puis clignant des yeux, Bill demanda avec un étonnement sincère.

- Comment ça se fait que tu en aies ? Tu n'as aucune vie sexuelle.

Gustav rougit comme une pivoine et fronçant les sourcils, il grogna, vexé.

- Ça, c'est ce que tu penses.

Bill gloussa.

- J'en serais très étonné oui, à moins que tu me dises qu'il s'agit de Georg, puisque apparemment vous vous faites des massages à l'huile aphrodisiaque.

Bill rit un peu plus, amusé, mais son sourire se figea quand Gustav blêmit. Comment Bill avait-il pu ne serait-ce qu'avoir des soupçons ?

Ils se fixèrent un moment, se figeant, et finalement Bill chuchota.

- Ne me dis pas que... si ?

Gustav se gratta la nuque, et sans le regarder, il acquiesça. Bill haussa les sourcils de surprise, yeux écarquillés et en état de choc, son cerveau créant malgré lui des images bien trop illustratives. Détournant avec embarras les yeux, il rougit, croisant les bras.

- Oh, je vois. Depuis longtemps ?

Gustav secoua la tête. Ils restèrent un moment silencieux, enregistrant lentement cet aveu, puis le batteur murmura, angoissé.

- N'en parle à personne pour l'instant. Georg me tuerait.

Bill hocha la tête, souriant enfin. Gustav rajouta, à voix haute cette fois-ci.

- Même pas à Tom ?
- Même pas à Tom, promis ! Parole de scout !

Bill leva enfantinement la main pour jurer, heureux que le batteur lui ait confié un secret si important avec une telle confiance, et Gustav étouffa un tout petit rire.

- Tu n'es même pas scout.
- Peu importe, je sais tenir ma langue.

Ils gloussèrent mais faillirent s'étrangler quand une toux forcée se fit entendre. Ils se retournèrent vivement tous les deux. Appuyé sur un meuble donnant sur les escaliers où il se tenait, à mi-chemin, Tom les regardait, bras croisés. Il les fixait intensément et sa voix se fit faussement enjouée aux oreilles de son jumeau.

- Encore des secrets, hein ?

Les chauffeurs de bus regagnèrent leurs sièges, appelant les occupants des bus à faire de même, et Gustav sortit du bus, passant devant Tom en murmurant un 'bonne nuit' embarrassé. Quelques secondes passèrent, la porte se refermant et le bus redémarrant. Ils étaient seuls à présent, et Tom n'avait toujours pas lâché Bill du regard malgré la gêne qu'il ressentait.

Ils s'observèrent un moment, sans bouger, puis Tom appuya sa tête en arrière, la faisant taper sur la surface en bois plaqué qui sonna creux, et il se mordit les lèvres. Il regarda le plafond, et secoua la tête.

- Je vais devenir fou, Bill. Si je ne le suis pas déjà.

Bill, qui l'avait regardé faire, interdit, se relaxa à ses mots, et il sourit légèrement. Lentement, il s'approcha de lui, et resta à un mètre de son frère. Il vit Tom se redresser et se tendre, puis leurs yeux se rencontrèrent, chacun faisant revivre dans sa mémoire le baiser qu'ils avaient échangé. Ils restèrent silencieux et immobiles un moment, n'osant pas faire le premier pas.

Ses yeux soudainement fuyants, Bill sourit enfin et parla doucement.

- Je te propose quelque chose. Plus de secrets après cette nuit. Plus aucun.

Tom le fixa intensément, ses yeux interrogateurs, et Bill rajouta, penchant enfantinement la tête sur le côté.

- Enfin, sauf celui que vient de me confier Gustav. J'ai donné ma parole de scout.

Bill lui fit un clin d'½il, son air faussement désolé mais attendrissant pour se faire pardonner, et Tom laissa échapper un rire étouffé, secouant la tête. Quelques secondes passèrent, puis il murmura, son regard esquivant le sien.

- On commence par quoi ?

Bill lui tendit la main avec hésitation, et Tom se tendit. Il le regarda d'un air interrogateur et leurs yeux se rencontrèrent quand il la prit dans la sienne. Bill sourit, paraissant soulagé que Tom se laisse faire docilement, puis il se retourna, commençant à l'attirer vers l'autre pièce, celle de leurs couchettes. La lumière était comme d'habitude agréablement tamisée et intime dans celle-ci, et Tom se sentit immédiatement un peu plus nerveux. Le chanteur lui jeta un regard taquin par-dessus son épaule pour lui répondre.

- Par ton gage. Tu n'avais pas oublié que tu m'en devais un, tout de même ?
- Pas depuis que tu me l'as rappelé tout à l'heure, non.

Tom avait fait exprès d'évoquer à la mémoire du brun les premières paroles qui avaient succédé à leur baiser, et il ne fut pas déçu de son petit effet quand il vit Bill détourner la tête en rosissant.

Un léger sourire aux lèvres, Tom le suivit docilement, ne sachant à quoi s'attendre, et Bill lâcha sa main pour aller farfouiller dans un de ses nombreux sacs.

- Comme ça, on pourra discuter en même temps.

Comme à leur habitude, Tom ferma à clé la petite porte de leur compartiment, enleva ses chaussures, puis il se rapprocha de lui au moment où Bill trouva ce qu'il cherchait, le brun se redressant en passant ses doigts sur son front, chassant les cheveux rebelles qui lui tombaient dans les yeux. Il agita la petite bouteille qu'il tenait dans sa main sous le nez de son jumeau, le faisant loucher, et Tom recula pour mieux voir ce dont il s'agissait. Il fronça les sourcils.

- C'est quoi ?

Il prit le flacon, et répondant à sa propre question, il lut l'étiquette. Il pâlit légèrement. C'était une huile de massage. Et pas n'importe laquelle.

*Huile de massage au musc, garanti aphrodisiaque !*

Bill rougit légèrement, semblant comprendre les pensées de Tom à cet instant. Il répondit immédiatement pour se justifier, articulant très vite.

- C'est Gustav qui me l'a donnée, et il n'avait que ça comme huile.
- Comment ça se fait qu'il se trimballe avec ce genre de trucs ?

Comme Tom le regardait avec insistance, Bill rajouta, haussant les épaules.

- Il en achète souvent, soi-disant pour sa s½ur. Enfin, peu importe...

Bill fit un geste pour écarter le sujet. Tom ne semblait pas convaincu, mais il n'insista pas. Le batteur avait toujours été bizarre de toute manière. N'osant pas bouger d'un pas, Tom hocha nerveusement la tête, se grattant la nuque d'une main et fuyant son regard.

Bill en profita pour enlever la boîte de préservatifs de la poche arrière de son jeans et la glisser subrepticement dans la valise de Tom qui était ouverte, juste à côté de la sienne, se promettant de les utiliser avec lui plus tard.

Il étouffa un petit rire gêné à son propre geste, se tortillant nerveusement sur place quand le regard de Tom revint sur lui, le blond fronçant les sourcils en sentant que quelque chose venait de lui échapper.

Bill le contourna pour aller s'asseoir sur le lit de son frère, enlevant ses chaussures, et Tom ne put s'empêcher de l'observer faire. Il le vit s'installer confortablement, en tailleur, le chanteur le fixant d'un air enjoué et taquin.

Qui aurait pu dire à ce moment-là que c'était le même petit frère qui avait répondu avec fougue à son baiser, quelques heures auparavant ?

Mais quand Bill enleva son pull, faisant suivre son T-shirt peu après, ses yeux timidement baissés vers le dessus de lit en sentant le regard hypnotisé de Tom sur lui, le blond se rappela avec assurance que Bill l'avait en effet embrassé... et que son jeune frère avait laissé entendre bien d'autres choses, à peine croyables pour le guitariste.

Lentement Tom alla s'asseoir derrière son jumeau, tout près de lui, s'asseyant une jambe repliée tandis que l'autre avait pied à terre dans la petite allée qui séparait leurs deux couchettes, et il prit quelques secondes pour admirer le dos de Bill, sa peau blanche et lisse dessinant les fins muscles qu'il avait l'habitude de toucher, mais dont il ne se lassait jamais. Il en connaissait les moindres recoins, et pourtant, c'était un territoire inconnu et interdit pour ses lèvres amoureuses.

Bill interrompit ses pensées, toussotant en sentant cette observation minutieuse. Il chercha à détourner son attention.

- Ces huiles tachent, fais attention à ne pas en laisser tomber sur le lit.

Tom acquiesça par tic sans rien dire, et le silence retomba. Tom ouvrit la petite fiole et versa un peu d'huile dans le creux de sa paume. Il frotta ensuite ses mains, le liquide se réchauffant très vite entre ses doigts. Il murmura, le plus calmement qu'il le put.

- De quoi veux-tu qu'on parle ?

Bill eut un petit rire incrédule qu'il étouffa. Il parla avec indulgence et amusement, d'une voix douce qui fit rosir Tom.

- Tu sais de quoi.

Avec hésitation, Tom posa ses mains sur son dos, ses pouces glissant déjà tout le long de sa colonne vertébrale jusqu'à ce que ses doigts remontent vers les épaules de Bill, effleurant les pointes de ses cheveux noirs. Il sentit Bill se crisper sous leur nervosité combinée. Tom souffla, l'air caressant la peau nue du brun, et il vit la chair de poule se former sur celle-ci. Frissonnant lui-même malgré la chaleur qui l'envahissait, il se rapprocha un peu plus et malaxa sa nuque, obligeant le chanteur à pencher légèrement sa tête en arrière.

Tom sourit légèrement. Il savait à quel point son frère aimait les massages relaxants, surtout quand ils venaient de lui, chose qui arrivait plutôt rarement, surtout depuis plusieurs mois. Il n'était pas étonnant que Bill ait pensé à ce petit gage pour lui. Et à vrai dire, cela n'était pas pour déplaire à Tom.

Continuant ses gestes profonds et précis, le blond se lança enfin, une petite boule au ventre. Il allait enfin obtenir des réponses. Il lutta pour que sa voix ne tremble pas.

- Alors, commençons par le début. Depuis quand... est-ce que tu sais ?

C'était pas mal comme entrée, même s'ils n'appelaient pas encore un chat un chat. Bill sembla réfléchir pendant quelques secondes, puis il murmura, perdu dans les sensations du massage.

- Je n'ai pas été tout à fait honnête, concernant la soirée au bar.
- Pas tout à fait honnête ?
- Oui. Ce soir-là, tu ne m'as pas avoué que tu étais gay.

Ses yeux rivés sur la tête de son jumeau et ses oreilles tout ouïes à ses mots, Tom attendit la suite, mais Bill se tut. Fronçant les sourcils, Tom enleva ses mains pour reprendre un peu d'huile dont l'odeur commençait à envahir l'espace, et Bill grogna de frustration à l'absence de contact.

- Tomi !
- Deux secondes. Donc, je ne te l'ai pas dit ce soir-là ?
- Non, je le savais déjà avant ça. Par contre, tu m'as dit autre chose, ce soir-là.

Tom reposa lentement ses mains à nouveau badigeonnées sur son dos, et ils frémirent tous deux. Tom continua à le masser un petit moment sans rien dire, descendant un peu plus bas, puis il eut un murmure à peine audible, craignant déjà la réponse.

- Quoi exactement ?

Bill se retourna vers lui, se penchant en arrière, et Tom se figea quand leurs yeux se rencontrèrent. Rougissant comme une tomate, le chanteur se tendit nerveusement à ses propres mots et les mains de Tom s'immobilisèrent sur ses reins.

- Tu le sais.

Tom avait compris, les différents propos de leurs conversations des derniers jours prenant un sens nouveau dans ses pensées. Plein comme une barrique, il avait avoué à son frère ce soir-là qu'il était amoureux de lui. Tout devenait clair à présent. La manière dont Bill avait agi depuis...

- Je vois.

L'atmosphère venait subitement de monter d'un degré et le blond ne savait plus où se mettre, quoi faire. Tout ce temps, Bill avait su. Il avait joué avec lui, certainement sans se rendre compte de ce que ces simples mots représentaient pour Tom.

Le blond détourna le regard, tremblant, et Bill se rapprocha encore, son dos nu frôlant le tee-shirt de Tom et son nez presque contre la joue de celui-ci. Levant une main pour caresser sa mâchoire du bout des doigts, il l'encouragea doucement.

- Redis-le moi, Tom.

Tom pensait qu'il ne pourrait jamais se sentir plus embarrassé qu'en ce moment-là. Il avait tellement peur de se livrer. Pourtant, il avait voulu lui dire, tout lui dire...

Il ouvrit la bouche pour parler, mais se ravisa au bout de quelques secondes. Ses joues brûlantes, il secoua la tête, se dérobant aux fins doigts qui le câlinaient et retirant lui-même fébrilement ses mains de la peau nue du brun pour croiser les bras, visiblement mal à l'aise.

- Je peux pas.
- Pourquoi ?

Le ton de Bill était déconcerté mais aussi blessé, et Tom se mordit les lèvres. Il évitait toujours son regard quand il répondit, secouant encore plus nettement la tête.

- Ce n'est pas normal.

Bill haussa légèrement la voix.

- Je le ressens aussi. Ne dis pas que ce n'est pas normal. Je m'en fous.
- Tu ne sais pas tout. Comment est-ce que tu peux savoir si tu ressens la même chose ?

Tom baissa les yeux et ils restèrent un moment silencieux, Bill fixant son frère en se crispant de plus en plus. Finalement, il souffla avec énervement et s'énerva pour de bon, levant un bras, paume en l'air.

- Bien sûr ! Comment le pourrais-je ? Depuis le début tu ne m'as rien dit ! Tu n'as même plus confiance en moi !
- Bill, ce n'est pas ça, mais...
- Tu sais pourtant que je peux tout entendre venant de toi, absolument tout. Tu es mon jumeau !

Fermant les yeux, Tom commença lui aussi à hausser la voix.

- Tu ne comprends pas !
- Qu'est-ce que je ne comprends pas ? Vas-y ! Explique-moi !

Tom commençait à paniquer.

- Je... Non, tu ne comprendrais pas.

Tom sursauta avant de se figer quand Bill explosa, à bout de nerfs.

- Je ne comprendrais pas ? Tu ne crois pas que je ne l'ai pas compris le jour où je t'ai vu te masturber avec mon nom sur les lèvres en regardant deux mecs en train de baiser sur un écran dans notre propre appartement à Berlin !

Un silence de mort s'installa brusquement. Aussitôt les mots étaient-ils sortis d'un trait de sa bouche que Bill les avait regrettés, ayant amené ses mains jointes sur sa bouche, choqué. Frustré, il n'avait pas réfléchi et les mots étaient venus tout seuls. Il n'avait jamais eu l'intention de le dire ainsi, sachant très bien que cela heurterait Tom qui n'était déjà pas rassuré.

Et il avait raison. Tom écarquilla les yeux, levant enfin la tête. Il était encore plus ébranlé que son frère, son souffle court se coupant pour de bon.

Bill l'avait vu en train de...

Tom eut un mouvement de recul et il battit furieusement des paupières pour chasser les larmes qui se formaient déjà dans ses yeux, des images précises remontant à sa mémoire. Il se sentait si sale. Nul doute que Bill avait dû être dégoûté face à cette scène. Il pouvait imaginer sans difficulté l'expression sur le visage de son jumeau. Détournant le regard, il grimaça, ses yeux mouillés menaçant de laisser échapper des pleurs.

Secouant la tête, Bill s'affola, se précipitant vers lui. Tom tenta de le repousser pendant quelques secondes, reculant encore, mais Bill insista, l'entourant de ses bras. Il se mit à parler très vite.

- Pardon, pardon Tom ! Je suis désolé ! Je n'ai jamais voulu dire ça comme ça.

La voix ténue de Tom pleura, n'ayant plus la force de crier.

- Dis-le Bill, dis que je suis répugnant.

Tom renifla en tentant une énième fois de s'échapper de son emprise, en vain, et Bill se colla un peu plus à lui, assis sur ses genoux repliés sur le côté. Il frotta de sa main le bras de Tom pour le rassurer, parlant avec douceur. Son frère tremblait comme feuille au vent.

- Mais non ! Bien sûr que non ! Je t'aime moi aussi, et si je ne t'avais jamais vu ce jour-là, si tu ne m'avais jamais dit que tu m'aimais, je crois que je ne m'en serais jamais rendu compte.

Tom secoua la tête en la baissant, totalement anéanti.

- Tu penses m'aimer, mais c'est faux. Tu ne m'aimes pas comme je t'aime. Mais qu'est-ce que j'ai été con d'espérer !

Quand il releva la tête, se dégageant légèrement de ses bras, Bill se figea en silence, incapable de parler. Les joues du blond étaient inondées de larmes.

- Ce que tu ne comprends pas, c'est que je suis malade. Malade d'avoir envie de toi, d'être complètement amoureux de toi. Je suis amoureux de mon propre frère jumeau ! Et ce ne sont pas des mots en l'air ! Je ne veux pas seulement quelques baisers au détour d'un couloir et des déclarations platoniques. Je crève d'envie de te toucher, qu'on fasse l'amour, qu'on soit amants et qu'on le reste. Qu'est-ce que tu as à répondre à ça, hein Bill ? Tu m'aimes toujours ?

Tom le regardait avec des yeux étrangement implorants après sa tirade revendicatrice et volontairement mais sincèrement provocatrice. Après l'avoir fixé avec de grands yeux écarquillés pendant sa déclaration, Bill tenta en vain d'ouvrir la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Tom déglutit tristement, ses yeux se mouillant encore.

- C'est bien ce que je pensais. Tu m'aimes, oui, mais seulement comme un frère. Tu n'as aucune idée de ce que c'est, que d'être amoureux. Tu sais quoi ? On ferait mieux d'oublier toute cette conversation. Oublie ce que je t'ai dit et va voir Matthias. Tu as ma bénédiction.

Il eut un faux éclat de rire à ses derniers mots, détournant la tête, et Bill retrouva la parole à la mention de l'autre blond. La tension retombant un peu, Bill geignit plaintivement, poussant un petit soupir exaspéré pour lui-même.

- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que Matthias revienne dans la conversation ?

Tom haussa les épaules, reniflant. Il tenta, se forçant visiblement à prononcer ces mots.

- Peut-être parce que c'est de lui que tu es vraiment amoureux ?

Un moment passa en silence, le chanteur observant le guitariste qui évitait soigneusement son regard, ses larmes coulant encore un peu. Bill souffla et sourit légèrement, son regard s'adoucissant lorsqu'il murmura.

- Tu sais que tu n'es vraiment qu'un abruti de première, mh ?

Se penchant vers lui, il chercha ses yeux, mais Tom faisait semblant de l'ignorer, ses yeux rougis continuant à pleurer, bien que la réaction calme de Bill le surprît.

Le brun continua à le fixer un moment, réfléchissant, puis il tendit une main vers lui jusqu'à caresser avec tendresse les cheveux de Tom, ses doigts titillant doucement ses dreadlocks.

- Tu penses que j'ai fait en sorte de me convaincre que je t'aimais de la même façon quand j'ai découvert que tu étais amoureux de moi, c'est ça ?

Tom ne bougea pas d'un pouce, ses yeux rivés sur la surface lisse de la paroi intérieure du bus, et le brun continua à caresser ses cheveux, effleurant la peau de son cou du bout de ses doigts au passage. Le blond frémit et Bill sourit un peu plus.

- Tu as tort. Mais tu es tellement têtu que tu ne me croiras certainement pas si je te le dis, alors...

Il posa ses mains sur ses joues, chassant les gouttelettes salées qui y coulaient encore, puis celles-ci glissèrent dans son cou, caressant la peau de ses pouces. Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau, ceux de Tom passant fébrilement d'une de ses pupilles à l'autre en espérant qu'il continue.

Bill souffla encore plus bas, tendrement, se penchant vers lui.

- ... peut-être que tu me croiras si je te le montre ?

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

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Comments :

  • lollipopthetop

    25/12/2010

    Oui montre lui ...

  • xTechnicolor-life

    24/06/2009

    Putaiiiiiiiiiiiiiiiiiiin o_______O____O________o C'est trop trop.... AAHHH !! Trop de suspense pour moi xDD. Le truc, c'est que c'est limite Guimauve ( et Dieu seul sait comment j'aime pas ça ) mais lààààààààààà X_____X . Encore mieux que Titanic quoiiiiii ( Enfin, dans une certaine mesure. N'oublions pas, c'est Titanic quand même =P ) . Mais j'adooore troooop !

  • Stern

    26/01/2009

    OuhOuh ! <333

    (Tommi qui pleure *_______* comme j'aime çaaaaaaaa)

  • carpe-diem--x

    07/06/2008

    alala ce Tom!!! On le changera jamais je crois!!! Et oui je veux qu'il le montre!!!!!

  • Manue

    03/06/2008

    Oh Oh Oh ... j'adore, je continue ma lecture.

  • th-483-rock

    02/06/2008

    Jt'aie prix la photo mais je t'aie mis un lien =D

    J'espere que sa ne te dérange pas ?

  • th-483-rock

    02/06/2008

    HOOOOOOOOOOOOO montre lui seulement XD

    Heureusement que la deuxieme partie est la, j'aurai pas pu tenir >.<

  • Lillou483

    02/06/2008

    Han pétrad ma Sanggreen! *o*
    C'est trop bien!!!
    Heuresement que tu n'as pas coupé là!
    Ouff!
    Je continue ma lecture! ^^
    ;)

  • 483-MeL0nS

    02/06/2008

    __ Depuis le temps que je l'attendais cette suite! =D

    Ça valait largement la peine xD
    Elle est magnifique comme toujours...
    Je passe à la o2e partie *-*

  • Po

    02/06/2008

    Jte met un com's ici, mais tous ce que je pense est en dessous ^^

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