Abandon (chapitre 3/3)

Abandon

(scène manquante de Cascade en chaîne)

Chapitre 3

Quand il se réveilla et s'étira, bâillant aux corneilles, Tom prit quelques minutes avant de chercher à se rappeler où il était. À force de changer d'hôtel et d'endroit, la question revenait de manière récurrente à ses réveils, et il prenait toujours le temps de ne pas y songer. Il était parfois bon d'avoir ne serait-ce que la sensation d'être loin, sur une île paradisiaque ou autre lieu idyllique.

Ses paupières fermées tentaient vainement d'ignorer la lumière matinale qui emplissait la chambre et les souvenirs de la veille pointèrent enfin le bout de leurs nez. Il se rappela.

Ouvrant les yeux, il vit le plafond immaculé de la chambre d'hôtel et se tourna vivement. À côté de lui, Bill dormait allongé sur le côté, son visage tourné vers le coussin et les cheveux lui cachant presque tout le visage.

Tom leva une main et dégagea de ses doigts agiles les mèches qui l'empêchaient de le voir. Son toucher était très léger, il ne tenait pas à le réveiller. Il l'observa un peu. Il avait une envie subite de le câliner, de l'embrasser, mais il ne savait pas exactement s'il en avait le droit, et de toutes façons, pour l'instant, il avait autre chose en tête.

Il jeta un coup d'½il circulaire à la chambre, examinant le sol, et il se leva en faisant le moins de bruit possible pour se diriger vers la salle de bains.

Quelques minutes après, il en ressortait habillé, ses vêtements ayant séché pendant la nuit. Il jeta encore un coup d'½il vers le lit. Son dos nu légèrement découvert, Bill dormait encore profondément. Il faisait clair dans la chambre, mais il était encore très tôt. De la fenêtre, la lumière multicolore de l'aurore japonaise éclairait doucement la pièce. L'orage s'était arrêté durant la nuit, et il n'y avait plus un seul nuage dans le ciel.

Tom se sentait apaisé, mais quelque chose le rappelait à la réalité. Il regarda à nouveau le sol, jonché de boîtes. Le moment où il était entré dans la chambre la veille lui revint en mémoire et il serra les dents. Il se baissa et commença à les ramasser, une par une. Accroupi à terre, il les rassembla dans la poche noire déchirée, et fit un n½ud grossier avec les bouts éventés, édentés et éventrés pour la refermer.

Il allait se relever quand il remarqua l'enveloppe froissée. Il la regarda sans bouger pendant quelques secondes puis la prit, s'étant décidé. Il ne la lirait pas. Un briquet calcinerait la lettre, les médicaments partiraient dans les toilettes et il irait discrètement jeter les boîtes vides quand il en aurait l'occasion. On n'était jamais trop prudent.

Il glissa la lettre dans une de ses poches et se redressa. Bill dormait toujours, et Tom était un peu embêté. Il aurait voulu être là à son réveil, car il savait que c'était important pour son jumeau qui risquait de ne pas comprendre de ne pas le voir à ses côtés, surtout après ce qu'ils avaient fait cette nuit. Ils devaient parler.

Mais il fallait qu'il se débarrasse de ça avant. De plus, il avait extrêmement faim et Bill avait besoin de sommeil.

Tom regarda autour de lui, cherchant une idée, et notant une valise à la gueule béante dans un coin, quelque chose capta son regard. S'approchant, il s'accroupit. Prenant l'objet qui avait attiré son attention dans une main, il sourit. Bill avait dû le recevoir d'une fan et il n'avait certainement pas encore eu le temps de s'en débarrasser et de l'abandonner à une famille adoptive.

Cela ferait parfaitement l'affaire.

Il se releva et se rapprocha du lit, le brun lui tournant le dos. Tom posa avec précaution la petite chose sur le coussin, à deux ou trois centimètres à peine du nez de Bill, puis il embrassa son épaule d'un court baiser, se retenant à grand-peine de continuer.

Après avoir murmuré trois petits mots à son oreille, il quittait la pièce.

XoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoX

Une heure plus tard,

Frottant avec vigueur ses dents avec sa brosse à dents, Bill regardait son reflet avec agacement. Il tentait tant bien que mal d'ignorer les yeux fixés sur lui de la chose posée à côté du lavabo par ses soins.

Comme elle n'arrêtait pas, Bill finit par lui lancer un regard noir de côté, plissant les yeux, puis il recommença à l'ignorer. Méthodiquement, il cracha dans le lavabo, posa sa brosse, ouvrit le robinet, se lava les mains, le referma, s'essuya les mains, puis il commença à se maquiller les yeux de khôl.

Par ses gestes mécaniques et précis, il essayait tant bien que mal de faire le vide dans ses pensées et d'ainsi bloquer les sensations vivaces de ses souvenirs de la nuit qui revenaient sans cesse à sa mémoire. Quand il eut terminé, il tourna la tête plusieurs fois, suivant son regard dans le miroir, puis satisfait du résultat, il s'attaqua à ses cheveux.

Quelques minutes après, c'était une coiffure pétaradée de plusieurs centimètres de circonférence qui ornait sa tête, et la petite bête semblait le fixer avec plus d'insistance qu'auparavant, si bien que Bill l'agrippa de ses deux mains avec énervement et la porta devant ses yeux.

- Arrête de me regarder comme ça. Je ne suis pas de ta famille. On n'a vraiment rien en commun.

Il la balança à travers la porte ouverte et elle atterrit sur le lit, rebondissant une fois avant de s'immobiliser, face à lui. Ses yeux le fixaient encore. Bill l'observa sans bouger, bras croisés, avant de sortir de la salle de bains à pas lents et de se rapprocher du lit. Il se baissa et vint s'asseoir à terre, ses deux jambes repliées sur le côté alors que ses bras et son menton venaient s'appuyer sur le lit. Il tendit la main pour reprendre la peluche et l'attira à lui. Il l'entoura de ses bras et les mit nez à nez.

Il la regarda un moment avant de poser la tête dessus, jetant un regard circulaire autour de lui.

Bill avait vaguement refait le lit et il n'y avait plus aucune trace de ce qui s'était passé la veille sur le sol et la table. En revanche, son esprit ne cessait de lui rappeler les sensations et les images de la nuit. Bill rougit et tenta en vain de chasser ses pensées une énième fois. Il soupira.

Bill s'était réveillé avec l'étrange sensation d'être complètement nu, ce qui était inhabituel pour lui, et quand il avait ouvert les yeux, ce qui s'était passé la veille lui revenant subitement en mémoire, une masse informe devant son nez avait fait loucher ses yeux endormis et il s'était brusquement reculé sous la surprise.

Un petit hérisson lui faisait effrontément face. Mais il n'y avait aucune trace de Tom. Et comme il l'avait constaté quelques secondes plus tard, les médicaments et la lettre avaient eux aussi disparu.

Bill s'était réveillé seul, après leur première fois. Sa première fois.

Il était un peu inquiet, mais il se sentait plutôt apaisé, bizarrement. Il n'aurait jamais pensé qu'ils en arriveraient là un jour, mais ils avaient bel et bien couché ensemble. Bill sentit des papillons nerveux s'agiter dans son ventre. Ils l'avaient vraiment fait cette fois-ci et ça avait été merveilleux. Néanmoins, le temps où ils faisaient les fous et batifolaient innocemment dans le creux de leurs lits était loin, et la manière dont ils en étaient arrivés là la veille l'angoissait. C'était un peu comme griller un feu rouge sans même plus avoir le permis de conduire.

C'était sérieux. Ils avaient été sérieux. Bill n'avait aucun doute là-dessus. À cause de ce qu'il avait tenté de faire... et à cause de la tendresse et de l'attention qu'il avait ressenti de la part de Tom à son encontre quand ils avaient fait l'amour. Des flashs de mémoire traversèrent son esprit et Bill rougit.

Ils avaient clairement dépassé le cadre d'une relation fraternelle normale.

Malgré cela, Bill ne regrettait pas de l'avoir fait avec son frère. Tom avait toujours été son premier en tout, et rien ne semblait pouvoir échapper à cette règle.

Cela avait été si naturel que ça lui faisait peur.

Sans en avoir conscience sûrement, Tom avait comblé en une nuit ce vide abyssal que Bill ressentait depuis des mois, ce qui lui manquait pour pouvoir supporter leur succès sans devenir fou.

Et Bill commençait à espérer que Tom puisse continuer à le préserver de la folie.

Quelqu'un frappa à la porte et Bill sursauta. Il tourna la tête vers le bruit mais ne bougea pas, son c½ur battant un peu plus vite. C'était certainement Tom. Un autre coup se fit entendre et Bill sursauta à nouveau. Il jura intérieurement, essayant de se calmer. Ce n'était que Tom. Son Tom.

Il se leva, portant la peluche dans ses bras. Il la posa dans une valise ouverte et s'approcha de la porte. Il inspira un grand coup avant de l'ouvrir. Il fronça les sourcils quand il vit la personne se tenant derrière.

- David ?

Ledit David ne remarqua pas sa surprise, étant lui-même très étonné.

- Tu es déjà debout ? Ces derniers temps il faut toujours trois plombes pour te tirer du lit. Tu es sûr que ça va ?

Bill cligna des yeux, puis sourit doucement, hochant la tête.

- Ça va, très bien même.

C'était la pure vérité. David le dévisagea puis il sourit également.

- Ça m'en a tout l'air, en effet. Content de voir que l'orage ne t'a pas empêché de dormir, moi j'ai à peine dormi quelques heures.

Bill cligna à nouveau des yeux. Il se rappelait bien de l'orage mais il ne se rappelait pas du moment où il avait trouvé le sommeil. Le fait est qu'il avait très bien dormi après...

Bill rougit légèrement, se rappelant que David avait été dans la chambre juste à côté de la sienne et que Tom et lui avaient de la chance que ces hôtels 4 étoiles soient si bien insonorisés. Seul l'orage avait eu assez de puissance pour se faire entendre de tous. Leurs cris de rage, leurs pleurs et plus tard leurs gémissements avaient quant à eux été totalement étouffés par les murs épais. Le chanteur s'éclaircit la voix pour se donner une contenance.

- Où sont les autres ?
- Georg dort toujours, j'allais le réveiller. Tom et Gustav terminent de prendre leur petit déjeuner.

Bill bougea nerveusement sur ses jambes à la mention de son frère et il baissa un peu la tête.

- Ah.
- Quelque chose ne va pas ?

Bill secoua vivement la tête et David le regarda attentivement, sceptique.

- Tu en es sûr ?
- Oui, oui.

David l'observa, puis soupira. Il jeta un vague coup d'½il à sa montre.

- On part d'ici une heure et demie. Ne tarde pas trop à aller prendre ton petit déjeuner.

Essayant d'oublier momentanément son frère, Bill dévisagea David. Celui-ci l'observait avec attention et semblait être préoccupé. Il faut dire que le chanteur avait certainement eu un comportement bizarre et distant envers le manager et le reste de l'équipe dernièrement. Pourtant, c'était un peu injuste. David était toujours là pour eux, surtout pour Bill.

Bill sourit légèrement et prit soudainement David dans ses bras. Surpris, celui-ci resta immobile, fronçant les sourcils tout en balayant ses yeux de droite à gauche en se demandant ce qui prenait au chanteur, puis il finit par tapoter le dos de Bill en souriant mais néanmoins soupçonneux.

- Qu'est-ce qui me vaut cet intérêt soudain ?

Bill haussa les épaules et eut un éclat de rire franc.

- Rien de particulier. Je voulais juste remercier mon manager préféré.

Il recula et David le regarda d'un air suspicieux.

- Toi, tu as quelque chose à te faire pardonner.

Bill eut une petite moue indignée.

- Tu n'as jamais entendu parler de la présomption d'innocence ?

David éclata de rire et lui mit une fausse baffe, commençant à s'éloigner.

- Traîne pas. Je veux te voir en bas à l'heure.

Bill le regarda s'éloigner avec un large sourire puis il rentra dans sa chambre, laissant la porte se refermer. Il se rapprocha de la valise sur la table où il venait de mettre la peluche, et se mit à ranger ses vêtements à l'intérieur, les organisant en piles ordonnées. S'il n'y mettait pas un peu d'ordre, il n'arriverait jamais à la fermer correctement.

Il ne tourna pas la tête quand il sentit quelqu'un bloquer la porte avant qu'elle ne se referme.

- Tu as oublié quelque chose, David ?

La porte se referma pour de bon et un toussotement forcé se fit entendre. Bill se figea. Son timbre était extrêmement et intimement familier. Il marqua un temps d'arrêt puis fit comme si de rien n'était, continuant à ranger ses vêtements avec une application méthodique, même s'il ne faisait plus vraiment attention à ses gestes mécaniques. Des images de la nuit passée s'imposèrent à son esprit et il rougit. La chaleur dans son ventre monta et les papillons à l'intérieur recommencèrent à s'agiter.

Tom s'approcha et s'appuya sur le mur, juste derrière lui, à environ un mètre. Bill pouvait sentir ses yeux le fixer, le transperçant presque par leur intensité, mais aussi sa nervosité. Tom attendait visiblement qu'il parle, cherchant à obtenir son attention. Bill eut un petit sourire à cette pensée que Tom ne vit pas, mais celui-ci disparut très vite. Le chanteur parla à voix basse.

- Tu t'en es débarrassé ?

Tous deux avaient immédiatement pensé aux médicaments. Bill devina plus qu'il ne vit Tom hocher la tête. Son frère parla avec une voix ténue.

- Promets-moi que tu ne recommenceras plus.

Enregistrant sa demande, Bill se retourna, s'appuyant contre la table derrière lui, et Tom sursauta légèrement, croisant par réflexe nerveux les bras. Il détourna le regard. Bill fut surpris de constater que son frère rougissait légèrement. À la lumière du jour, l'assurance de son frère semblait fondre comme neige au soleil. Bill sourit intérieurement sans rien en laisser paraître, se sentant tout d'un coup moins timide. Il répondit d'une voix neutre.

- Promis.

Tom risqua un coup d'½il fuyant dans sa direction et leurs yeux se rencontrèrent brièvement avant que Tom ne détourne encore la tête, se tortillant anxieusement sous le regard de Bill. Celui-ci rougissait un peu également, mais il était trop surpris de voir Tom si agité pour agir aussi timidement que lui.

Comme Bill restait silencieux, Tom releva légèrement la tête et ils se regardèrent. Bill avait pris une mine très sérieuse et sa voix toujours basse se fit presque sifflante alors qu'il changeait de sujet, secouant la tête.

- Comment tu as pu me faire ça ?

Tom se figea, visiblement incertain, et sûrement paniqué, même si aucune émotion ne transparaissait sur ses traits. C'était sans compter Bill qui lisait en lui tel un livre ouvert.

Tom ouvrit sa bouche sans qu'aucun son ne puisse en sortir et ses yeux vibrèrent imperceptiblement de peur, et Bill eut la réponse qu'il cherchait. Son frère ne regrettait pas leur nuit. Tom fit deux pas vers lui, se tenant à présent tout près de lui et il bégaya.

- Bill... Je pensais...
- Tu as mal pensé.

Tom croyait certainement que Bill pensait qu'il avait voulu profiter de son état de faiblesse ou quelque chose du même genre, et même si c'était un peu cruel, Bill voulait le faire mariner. Un petit peu de vengeance faisait toujours du bien et après tout, il l'avait bien mérité.

Bill lui lança un regard noir et les yeux de Tom se firent implorant. Il avait peur de la réaction de son jumeau et hésitait à se rapprocher, mais Bill put sentir qu'il voulait le toucher quand Tom esquissa un geste vers lui avant de se rétracter. La voix de Tom regagna un peu de force alors qu'elle s'angoissait.

- Bill, je n'ai jamais voulu te faire du mal, je pensais que c'était ce que tu voulais.

Il s'interrompit quand Bill secoua la tête, son regard accusateur. Leurs yeux se fixaient, et ceux de Tom commençaient à briller et brûler de larmes. Il ne comprenait pas. Bill avait pourtant semblé plus que consentant la veille...

La voix de Tom se fit chancelante.

- Mais tu...

Sentant que son jumeau était sur le point de craquer, Bill prit un peu peur. Il ne tenait pas non plus à le faire pleurer une nouvelle fois. Son c½ur se serra à la seule pensée de faire souffrir son frère.

Bill tenta de l'apaiser en encadrant rapidement et avec douceur son visage, ses mains caressant son cou, et il se pencha vers lui, leurs yeux se trouvant face à face. Face à cette opportunité inespérée, Tom agrippa immédiatement ses avant-bras et les serra. Il le regardait avec des yeux intenses, un peu perdus, et les jambes de Bill manquèrent de défaillir. Tom ne semblait pas savoir de quoi il s'excusait, mais il le fit quand même.

- Bill, je suis désolé.

Secouant la tête avec résignation, Bill eut un petit rire étouffé qui surprit Tom, et le chanteur frotta son nez contre le sien. Il marmonna, une petite moue apparaissant sur son visage.

- Inutile de t'excuser. Je savais déjà que tu n'étais qu'un mufle incurable.

Le blond cligna des yeux. Il fronça un peu les sourcils, encore plus perdu. Il ne savait pas s'il devait être rassuré ou non de la réponse du brun.

- ... pardon ?

L'ignorant, Bill le lâcha et se retourna, plongeant une main dans la valise derrière lui. Quand il lui fit de nouveau face, il brandissait et agitait une petite bébête sous le nez de son jumeau, grognant boudeusement.

- Est-ce que tu peux m'expliquer ça ?

Tom loucha. Devant lui, un petit hérisson rempli de pics hérissés le regardait avec de petits yeux marron tout simplement adorables.

Fusillant son jumeau du regard, Bill se redressa et avançant vers lui, il appuya de petits coups énervés le nez de la malheureuse peluche sur le torse de Tom en même temps qu'il accentuait ses mots, obligeant Tom à reculer à chacun de ses pas. Bill était sincèrement agacé. Il répéta.

- Est-ce que tu peux m'expliquer pourquoi je passe la plus belle nuit de ma vie avec la personne que j'aime le plus au monde, et qu'au matin je me réveille tout seul avec une espèce de porc-épic qui me fixe bêtement ?

Tom rougit et ne trouva rien à répondre. Il n'eut pas à le faire, car les yeux de Bill s'étaient soudainement assombris, son agacement faisant place à quelque chose de plus douloureux. Il murmura.

- J'ai vraiment cru que tu m'abandonnais comme une de tes groupies d'un soir. C'est peut-être le cas, après tout.

Tom le fixa pendant un court instant puis il le prit soudainement dans ses bras, Bill poussant un petit cri de surprise et laissant tomber la peluche à terre. Ils restèrent de longues secondes sans bouger. Tom était soulagé. Il murmura tendrement contre son oreille.

- T'es vraiment qu'un p'tit salaud d'oser me faire flipper comme ça, un p'tit salaud doublé d'un p'tit con. Tu sais bien que je ne t'abandonnerai jamais.

Tom sentit la moue du chanteur. Bill grommela.

- P'tit con toi-même.

Néanmoins, il le serra lui aussi dans ses bras et poursuivit avec hésitation.

- Vraiment jamais ?

Se sentant pousser des ailes, Tom le souleva brièvement du sol et il eut un éclat de rire.

- Jamais. Putain Bill, tu m'en as fait voir de toutes les couleurs hier soir et tu continues à me rendre dingue alors qu'il n'est même pas 8 heures du matin. C'est moi qui devrais être dans tous mes états, tu ne crois pas ?

Bill eut un petit rire et il retint les larmes qui menaçaient à présent de couler de ses yeux. Tom recula et ils se fixèrent dans les yeux, jusqu'à ce que Bill fasse glisser sa main sur la nuque de Tom pour l'attirer dans un doux baiser mouillé, leurs lèvres s'embrassant amoureusement et se léchant avec tendresse. Bill ferma les yeux et Tom le souleva encore légèrement pendant quelques secondes, pris d'un besoin de protection et d'un sentiment possessif envers son petit frère.

Les respirations s'emballèrent et leurs bouches se firent pressantes sur l'autre alors que Bill cherchait à attirer Tom toujours plus près. La nuque du blond était douce et chaude sous ses doigts, et les bras de Tom écrasaient littéralement son dos, comme s'il avait peur de le voir s'enfuir.

Ils avaient une envie irrépressible de se toucher, et tous deux avaient la nuit dernière en tête.

Quand ils s'arrêtèrent, Tom caressa avec douceur ses côtes et ils restèrent nez contre nez, leurs yeux rivés sur l'autre, leurs paupières à moitié fermées par la douceur qui envahissait leurs sens. Ils restèrent encore silencieux puis Tom murmura d'un ton taquin, appuyant son front contre le sien.

- En plus, elle est mignonne cette peluche, non ? Elle te ressemble.

Bill hoqueta d'indignation et chatouilla le cou de Tom. Pour échapper aux doigts agiles de son frère, Tom recula, gloussant jusqu'à ce qu'il trébuche sur le petit hérisson, ce dernier le faisant tituber et tomber à la renverse sur le lit. Surpris, il agrippa Bill dans le processus, l'entraînant dans sa chute, et c'est gloussant encore qu'ils atterrirent dessus tel un paquet de membres emmêlés, allongés l'un sur l'autre.

Leurs bouches frôlant l'oreille de l'autre se fendirent en rires et leurs yeux se plissèrent de bonheur. Cela dura quelques secondes, puis doucement, Bill se redressa légèrement, s'asseyant sur lui. Ils s'observèrent, leurs yeux parcourant le visage et le corps de l'autre, et ils rougirent.

Ils se sourirent encore pour masquer leur gêne et au bout d'un petit moment, Bill murmura, sa voix étrangement voilée de mélancolie malgré le petit sourire qui pointait sur ses lèvres.

- Tu sais... c'était vraiment important pour moi...

Les yeux de Tom s'adoucirent.

- Ça l'était pour moi aussi.

Le sourire de Bill s'accentua, mais son regard vacilla quelques secondes après.

- Mais on n'aurait jamais dû.

Tom haussa un sourcil. Il prit un ton de conteur, amusé.

- Dit-il assis à califourchon sur son frère dans une pose outrageusement lascive.

Tom fit glisser ses doigts sur la cuisse du brun et Bill rougit. Il poussa un cri indigné, recommençant ses chatouilles au niveau de sa taille, Tom se tortillant sous lui en gloussant. Tom parvint à arrêter ses mains et Bill les retira avec un peu d'agacement. Il soupira.

- Je suis sérieux, Tom.

Tom se rallongea sur le lit et posa sa tête sur son bras. Son rire se calma.

- Moi aussi.

Les yeux de Bill se figèrent sur lui et ils se fixèrent. Finalement, le brun secoua légèrement la tête.

- On est frères, au cas où tu l'aurais oublié. On ne peut pas.
- On l'a fait pourtant. On a couché ensemble.

Bill détourna les yeux au mot « couché », sa bouche se pinçant. C'était bien ce qu'ils avaient fait, et pourtant le terme dans la bouche de son frère le blessait. Sans réfléchir, il murmura presque inconsciemment, peiné.

- C'était seulement ça pour toi ?

Il sentit les yeux de Tom sur lui, et Bill rougit encore. Maintenant son frère devait vraiment le prendre pour un taré. Un peu effrayé d'avoir dévoilé ses pensées, Bill tenta de se relever.

- Laisse tomber. Je raconte n'importe quoi.

Une main le retint fermement, s'immisçant dans la sienne, et Bill se trouva contraint de regarder les yeux de Tom. Celui-ci était redevenu extrêmement sérieux, repensant à la veille.

Ich liebe dich. Je t'aime

Tom rougit légèrement.

- Pas seulement, tu le sais bien. Même si c'était génial...

Ich auch. Moi aussi

Bill s'empourpra à sa dernière remarque mais ses pensées restèrent rivées sur le timide aveu de Tom. Il le fixa et finit par sourire timidement. Il était idiot. C'était tellement évident que Tom et lui avaient les mêmes sentiments l'un pour l'autre. Il secoua la tête en soupirant.

- On est dans la merde jusqu'au cou alors.

Tom rit légèrement. Ils s'aimaient comme deux frères ne devaient jamais s'aimer. La ligne était franchie, et ils étaient en terrain miné. Bill continua. Leurs mains étaient entrelacées.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

Tom l'observa un instant.

- Je ne sais pas.

Un instant passa dans un silence contemplatif, chacun baissant les yeux, plongé dans ses pensées. Pouvaient-ils vraiment continuer ? C'était de la folie. Ils risquaient de se faire démasquer un jour ou l'autre et tout le monde les traiterait de monstres incestueux. Tom se mordit la lèvre inférieure puis fit glisser sa langue entre ses lèvres, pensif.

Tom leva finalement les yeux vers ceux de Bill. Ceux-ci étaient pleins d'espoir et le guitariste chassa ses craintes. En une nuit, c'était devenu une telle évidence. Il avait besoin de Bill, il avait besoin de l'aimer, dans tous les sens du terme. Fraternellement, physiquement, amoureusement. Haussant les épaules, il tenta timidement :

- On pourrait commencer par reprendre où on s'en était arrêté hier soir ?

Bill cligna des yeux puis sourit, riant légèrement avec embarras. Il pencha sa tête sur le côté.

- Comment ça ?

Tom tendit une main vers le visage de Bill et il caressa sa joue. Il se sentait à nouveau rassuré. Même s'ils ne s'avaient pas où Bill et lui s'aventuraient, ils étaient ensemble, quoi qu'il arrive. Tom se fit taquin.

- La nuit dernière, tu t'es endormi dans les dix secondes qui ont suivi en me laissant en plan.

Tom haussa d'un air coquin les sourcils. Réalisant ce que son frère voulait dire, Bill rougit et ouvrit la bouche pour protester. Il bégaya, détournant les yeux pour éviter le regard inquisiteur de son frère.

- Je... Hum... J'étais très fatigué et... qu'est-ce que tu as à rire ?

Tom arrêta ses gloussement pour se redresser jusqu'à pouvoir déposer un petit baiser sur ses lèvres. Quand il recula, Bill osa enfin le regarder, attendant toujours sa réponse, et Tom susurra avec attendrissement, le fixant avec un large sourire.

- Tu étais trop adorable.

Tom gloussa encore et Bill vira plus rouge que jamais. Sans rien dire, Tom l'attira à lui, ses lèvres capturant à nouveau les siennes pendant de longues secondes. Quand ils s'interrompirent, les yeux de Tom étaient rieurs et ceux de Bill l'étaient également malgré lui.

Puis Tom vint à nouveau clamer les lèvres de Bill pour un baiser plus lent et langoureux, et le sourire de Bill s'effaça pour laisser place au frisson qui l'envahit. Ils retombèrent sur le lit, Bill venant se rallonger sur son frère. Le baiser s'enflamma et Bill gémit. C'était officiel. Il ne pouvait plus se passer de ses lèvres. Il était accro à son frère.

Il revint soudainement à la réalité en sentant les mains audacieuses de Tom qui s'étaient déjà immiscées sur ses hanches, les caressant plutôt suggestivement, et Bill rougit. Non pas qu'il n'était pas intéressé, mais...

Bill recula, interrompant le baiser, et il se mordit les lèvres, incertain. Il regarda sa montre.

- On doit être en bas d'ici une heure et j'ai toujours pas pris de p'tit déj'.

Tom lui fit des yeux de cocker.

- Qu'est-ce qui est le plus important, du café et des toasts ou moi ?

Le chanteur se redressa un peu, toujours à califourchon sur lui. Il se tut et fixa dramatiquement le blond pendant quelques secondes, puis triturant le T-shirt de Tom de ses doigts, il eut une grimace comique faussement embarrassée qui laissait deviner le penchant de sa réponse.

- Tu tiens vraiment à ce que je réponde à ta question ?

Tom grogna devant tant d'effronterie, jurant contre son rival le café, et fit basculer son frère sur le lit, le plaquant sous lui. Il ne semblait pas encore prêt à le laisser filer.

Bill poussa quelques rires agréablement hauts et clairs aux oreilles de Tom, et ce dernier sourit quand leurs yeux se rencontrèrent à nouveau. Ils n'en avaient jamais assez de se regarder au plus profond d'eux-mêmes. Tom se pencha vers lui et chatouilla sa taille, Bill se contorsionnant sous lui pour échapper à ses doigts.

Quand Tom le laissa souffler, Bill se calma peu à peu. Le brun toucha sa joue de doigts hésitants, la caressant avec douceur. Souriant encore, il murmura, frissonnant.

- C'est pour de vrai alors ? Je ne rêve pas ?

Tom hocha la tête au bout de quelques secondes, semblant également réaliser la signification de ses mots, puis il se pencha vers lui pour l'embrasser d'un simple contact des lèvres, lent et amoureux. Tous les deux frémirent. Bill glissa à nouveau sa main sur la large nuque de son frère, la massant avec tendresse.

Quand Tom recula, il soupira et posa un doigt sur les lèvres de Bill. Il susurra avec une assurance nouvelle, encore hésitante mais sincère.

- Ok, j'attendrai, puisque le café a la priorité, mais la prochaine fois, je te montrerai à quel point j'ai envie de toi. Je te le montrerai...

Bill avait les yeux rivés sur lui, attentif à ses paroles, et Tom caressa ses lèvres de son doigt avant de le remplacer par ses propres lèvres, déposant un court baiser.

- ...toute la nuit...

Il l'embrassa encore d'un baiser plus appuyé et langoureux auquel Bill répondit. Tom poursuivit, souriant et ses joues rosissant légèrement.

- ... jusqu'à ce qu'on s'endorme d'épuisement...

Le troisième baiser s'approfondit, et la fin de sa phrase se fit attendre, Tom rouvrant des yeux remplis d'étoiles.

- ... et je serai là au petit matin.

Bill glissa ses bras autour de lui. Il était rougissant et sa voix était remplie d'espoir tremblant.

- Et... est-ce qu'il y aura beaucoup de prochaines fois ?

Cette fois-ci, ce fut Tom qui glissa sa main sur la nuque de Bill pour attirer ses lèvres sur les siennes, soufflant quelques derniers mots avant qu'elles ne se touchent. Des mots d'abandon.

- Autant que tu le voudras.

Bill sourit légèrement dans le baiser. Il n'était plus seul, et ne le serait jamais plus.

Fin.

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

***

Message de l'APPHT : Aucun hérisson n'a été blessé lors des cascades et le petit représentant hérissé de cette histoire a été adopté par le grand représentant hérissé pour cause de parenté évidente...

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Comments :

  • tounzig

    21/01/2010

    Celle-ci, je l'ai vraiment adorée...j'en arriverais même à souhaiter que ce soit une histoire vraie tellement c'est intense, une sorte d'amour absolu!

  • sanggreen

    05/03/2009

    <3333333333333333333333333333333333333333
    Merciiiiii! *tomate puissance mille*

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    05/03/2009

    Han!
    J'ai relu! *-*
    Définitivement mon préféré de toi!
    J'adore!

    Des Bisous!
    <3

  • tit-yaoi-btk

    06/02/2009

    exellent le méssage à la fin !!

  • LoveTomBillYaoi

    27/01/2009

    Magnifique, j'ai adoré.
    JE crois que c'est un de mes préférés.

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    28/09/2008

    Je suis fan tout simplement !
    C'est trop bien et émouvant... c'est du Sang en fait hein...mais on ne s'habitue pas au Sang! mdr
    Poutoux! <3

  • Except-That

    13/09/2008

    Et sa mas bien fait rire le pti message de la fin mdr xDD

  • Except-That

    13/09/2008

    Jaime vraiment le theme et ton ecriture =)

  • Except-That

    13/09/2008

    Tous est si bien decrit , et la fin n'est pas triste et pas inquietante

  • Except-That

    13/09/2008

    Tu ecri magnifiquement bien

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