Abandon (chapitre 1/3)

Cette fic pourra vous paraître spéciale comparé à ce que j'ai pu écrire auparavant, mais la scène dont il s'agit ici, seulement évoquée dans Cascade en chaîne, méritait que je m'y intéresse, et à vrai dire, elle m'a beaucoup travaillé.

Voilà le résultat... que j'ai préféré diviser sinon les posts sont vraiment trop longs (et ça permet d'illustrer le blog d'images ^^).

Entièrement dédicacée à Stern.

ATTENTION: dans le chapitre 2, faites gaffe à l'endroit où vous vous trouvez pour ouvrir les liens, surtout si vous êtes dans un lieu public. ^^;

Bonne lecture !


***

Abandon

(scène manquante de Cascade en chaîne)

Chapitre 1

Bill Kaulitz était assis sur le bord du lit de la sombre chambre d'hôtel, cachant son visage dans ses mains. Ses cheveux lissés étaient cachés par un bonnet noir et ses yeux non maquillés semblaient fatigués. Il était resté immobile dans cette position depuis plus d'une heure à présent. L'éclat bleuté d'éclairs zébrés traversait de temps à autre la chambre aux lumières éteintes, l'électrifiant, avant d'être suivi de coups de tonnerre retentissants.

La pluie n'avait cessée de tomber depuis le début de la soirée, claquant contre les vitres de l'hôtel de luxe tokyoïte, marquant le moment depuis lequel Bill n'avait plus quitté sa chambre.

Comme souvent récemment, il avait prétexté un mal de tête et avait annoncé d'un ton terne et réservé qu'il allait dormir dans sa chambre, ne souhaitant être dérangé sous aucun prétexte jusqu'au matin suivant.

Il avait menti.

S'il avait voulu être seul ce soir-là, il n'était pourtant plus très sûr d'en savoir la raison. Il ne savait pas ce qu'il voulait réellement.

Bill releva la tête, ses mains se joignant sur sa bouche. Il inspira un grand coup en tremblotant, et son regard se fixa sur la table vide devant lui, puis il se leva lentement et se dirigeant vers une de ses valises, il s'accroupit. Bill l'ouvrit pour y prendre une petite poche en plastique noir, banale, fermée d'un n½ud grossier. Se relevant, il revint vers la table.

Après avoir bataillé quelques secondes pour tenter de défaire le n½ud, il se décida à déchirer le plastique. Il soupira avec détachement, étonné par son propre calme.

Alors qu'il déversait son contenu en secouant vivement le sachet, plusieurs petites boîtes en carton tombèrent sur la table, un bruit de billes bousculées se faisant entendre.

Bill baissa les bras, laissant la poche glisser de ses mains et tomber à terre, bruissant contre la moquette alors qu'elle se fripait.

Il observa les petites boîtes un moment avant de marcher à reculons jusqu'à ce que ces genoux cognent sur le lit, l'obligeant à s'asseoir. Il y tomba lourdement. Ses yeux n'avaient pas quitté les médicaments et son visage était impassible. Il y avait là des dizaines et des dizaines de comprimés.

Consciencieusement, Bill avait constitué une étrange collection. Lors des dernières semaines, poussé par une petite voix doucereuse, il était parvenu à subtiliser une boîte ci et là, appartenant à telle ou telle personne de leur staff. Il en avait même piqué à David.

Il n'avait même pas eu besoin d'entrer dans une seule pharmacie. Cela avait été si facile. Tout le monde autour d'eux se bourrait de médicaments et de vitamines. La tournée exigeait une forme exemplaire, et ce n'était pas seulement valable pour le groupe. Bill eut un rire amer qui résonna cyniquement contre les murs pâles.

Il avait tout pris. Des somnifères bien sûr, mais pas seulement. Il avait entendu dire que les somnifères ne suffisaient pas. Depuis que les barbituriques n'existaient plus sur le marché, ceux-ci étaient devenus inoffensifs, même pris à très fortes doses, malgré l'ignorance populaire.

Bien sûr, si ceux-ci étaient associés à de l'alcool ou de la drogue, cela devenait plus dangereux, même si le résultat n'était pas assuré. De toute façon, Bill ne voulait pas se montrer si misérable. Il n'avait jamais touché à la drogue et il n'y toucherait jamais, même à son dernier jour. Les mélanges avec d'autres médicaments forts étaient aussi une solution. Mais là encore, le résultat n'était pas garanti.

Cependant, la question était : ce résultat, le voulait-il vraiment ?

Les chiffres officiels disaient toujours imperturbablement les mêmes choses : les filles faisaient souvent ces tentatives pour lancer un appel au secours, alors que les garçons tentaient moins. Ils avaient tendance à réussir du premier coup.

Bill n'était pas sûr de vouloir réussir, ni même de vouloir tenter le coup. Malgré cela, il était là, dans cette chambre d'hôtel, à déballer le fruit de ses vols à la dérobée exécutés dans ce seul but.

Mourir.

Il trembla et se frotta le bras, comme pour se rassurer. Il souffla lentement, baissant la tête pour fixer le sol, essayant de rassembler ses pensées et débattant intérieurement entre le pour et le contre. Il se rappela.

La première fois qu'il avait pris une de ces boîtes d'oubli, il n'y avait eu aucune intention derrière son geste. Le sac avait été ouvert, et pris d'une impulsion soudaine, après avoir vérifié qu'il n'y avait personne autour, il l'avait fébrilement prise et camouflée, le c½ur battant.

Plus tard, il l'avait regardée, cherchant à deviner dans ses contours ce qui avait bien pu le pousser à faire ça. En fait, il le savait déjà, même s'il n'osait l'admettre.

Ce n'est que quelques jours plus tard, qu'il avait compris en son for intérieur les raisons qui l'avaient amené à ce vol.

Il saturait. De sa vie surmédiatisée, décortiquée, étalée, piétinée, malmenée qui ne lui laissait aucun répit.

Bien sûr, il faisait un métier qu'il adorait, entouré de ses amis, de sa famille. Tous l'aimaient et Bill les aimait aussi. Surtout, il y avait Tom, son jumeau à qui il avait juré qu'il ne le quitterait jamais. Son âme s½ur qui était tout pour lui, aussi proche de son âme que le jour où leurs cellules s'étaient déchirées pour former deux êtres.

Pourtant, il se sentait seul, de plus en plus seul. Un sentiment que certainement peu de fans auraient pensé trouver chez lui. Plus le temps passait, et plus ils étaient adulés par des fans toujours plus nombreux, plus Bill se renfermait peu à peu sur lui. Il avait voulu se barricader dans son monde. Son entourage le protégeait des critiques et de la haine de certaines gens, malgré cela Bill avait de plus en plus besoin de fuir. Il lui fallait de l'air.

Il vivait dans le succès et tout le monde l'enviait, surtout lui, car il était le leader. Et Bill aimait ce succès, vraiment. Il voulait qu'il continue sans fin. Mais il ne voulait plus être seul. Car malgré les apparences fallacieuses, même entouré, étouffé, Bill restait désespérément seul.

Seul, comme quand il pleurait parfois la nuit au creux de lits trop grands pour lui dans des hôtels 4 étoiles jusqu'à ce qu'il n'ait plus de larmes.

Alors, même si cela pouvait sembler paradoxal, il s'était isolé, jour après jour, devenant plus secret et taciturne que jamais. Peu s'en étaient inquiété. Bill avait l'air triste plus souvent qu'auparavant, soit. Pas étonnant, vu l'apprentissage impitoyable et féroce de la vie de star qu'ils avaient connu depuis leur plus jeune adolescence. Il était devenu adulte plus vite, et donc plus sérieux. Normal, en somme, n'est-ce pas ?

Pourtant, au premier rang des inquiets, il y avait son frère.

Tom l'avait couvé. Mais Bill ne lui avait rien dit de ses idées noires. Sa réponse aux nombreuses questions préoccupées de son jumeau était toujours la même. Tout allait bien. À chaque fois, Bill souriait et serrait brièvement son frère dans ses bras, et quand celui-ci ne pouvait pas voir ses yeux et son visage, son sourire disparaissait, ses yeux se perdaient dans le vide et il serrait un peu plus Tom pour faire disparaître les sanglots brûlants dans sa gorge.

L'instant d'après, sous les feux de la rampe et le regard inquiet de son jumeau, Bill devenait la marionnette qui souriait mécaniquement aux journalistes, polie et perfectionniste qui plaisait et flattait l'image à laquelle on s'attendait d'eux.

Bill avait tenu Tom à l'écart. Il savait que Tom pouvait l'aider, qu'il voulait l'aider. Mais Bill avait pensé pouvoir s'en sortir seul, sans l'aide de personne, et ça, Tom ne le comprenait pas, et la situation s'était tendue entre eux, tel un reproche silencieux. Bill frotta ses tempes douloureuses à cette pensée.

Il essayait jour après jour d'être parfait. Il se devait d'être au top à toute occasion parce qu'il était le chanteur du groupe, autour duquel dépendaient tant de personnes, fans, amis du monde professionnel et familial. Ces gens comptaient tous sur lui, et Bill ne pouvait les décevoir... même s'il se décevait lui-même. Même s'il décevait son jumeau.

Les larmes lui montèrent aux yeux et Bill se mordit les lèvres pour ne pas pleurer.

Il avait tellement besoin de chaleur humaine et pourtant il la rejetait avec soin. Il fuyait. Il voulait fuir pour de bon et disparaître, alors qu'il ne rêvait que d'amour et de fusion passionnelle, si proche et inaccessible à la fois. Elle lui semblait refusée. La rançon de la gloire, peut-être.

Cependant, disparaître de cette manière était si lâche. C'était entraîner plusieurs personnes dans sa chute. Comment réagirait Tom ? Ils s'étaient toujours dits que si l'un sautait, l'autre le suivrait, mais qu'en serait-il réellement ? Bill se sentait misérable, car son âme criait à son âme s½ur de la rejoindre où qu'elle aille. Néanmoins, sa raison lui avait fait écrire le contraire. Si Bill disparaissait, Tom devait vivre, pour lui, même si cela déchirait le c½ur de Bill.

Presque inconsciemment, Bill murmura le nom de son frère, comme s'il cherchait à l'appeler.

Des larmes se mirent à couler sur les joues de Bill, et sa main ramassa une enveloppe fermée qui était posée sur le lit. Il l'observa. Elle était sobre, tout comme la lettre qu'elle contenait. Seul le nom de 'Tom' était inscrit dessus. Bill la porta à son c½ur, l'écrasant contre sa poitrine et la froissant, puis il se leva, avançant juste assez pour tendre le bras et la poser sur la table, juste à côté du tas de médicaments. Bill les regarda avec peur, se sentant légèrement défaillir en réalisant le mal qu'ils pouvaient faire. Sa tête tourna et un frisson lui parcourut le dos.

Bill prononça le prénom de son frère un peu plus fort et éclata en sanglots, croisant les bras et se recroquevillant comme s'il mourrait de froid.

Un éclair illumina la chambre et un long coup de tonnerre déchira le silence d'une colère éclatante, un vacarme si fort que Bill n'entendit pas la porte s'ouvrir avec fracas et se refermer en un claquement sec.

Ce n'est qu'en devinant une silhouette avancer avec une lenteur presque irréelle au coin des yeux embrouillés du brun qu'il se rendit compte que quelqu'un était entré. Bill avait inconsciemment oublié de fermer à clef. Il tourna vivement la tête vers lui, et son c½ur battit plus vite sous la peur soudaine qui venait de l'envahir.

Faisant quelques pas dans la pièce, Tom le regardait, son visage figé dans une expression indéchiffrable même pour Bill, car c'était la première fois de sa vie qu'il la voyait sur les traits de son jumeau.

Tom était entré soudainement dans la chambre du chanteur, sans dire un mot, comme s'il avait senti que quelque chose de grave était sur le point de se passer. Il avait entendu un appel dans un cauchemar, son prénom hurlé par une voix familière, le tirant avec panique de son sommeil. Se levant prestement, il avait voulu se rassurer, sortant de sa chambre en courant presque pour aller dans celle de son jumeau, mais c'était le contraire qui se passait. Le cauchemar continuait. Il n'avait pas rêvé, ou peut-être bien que si.

Bill avait soudainement perdu toute idée suicidaire. Tom était là, fixant ses larmes. Or, Tom ne devait pas être là, il ne pouvait pas être là maintenant. Bill porta une main à sa bouche, sous le choc, réalisant enfin la situation.

Bill s'immobilisa en sentant l'incompréhension dans le regard de Tom et se paralysa totalement quand celui-ci s'approcha de la table, détournant les yeux pour regarder les boîtes posées dessus, jusqu'à noter la lettre.

L'instant sembla s'éterniser et Tom avança finalement une main, venant prendre l'enveloppe. Il l'observa un long moment sans même faire un geste pour l'ouvrir. Ressentant la crainte soudaine qu'il comprenne tout, Bill fit un pas rapide vers lui, ses larmes continuant à couler sur ses joues, et il tendit un bras vers la lettre. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Tom s'était brusquement tourné vers lui, levant l'enveloppe. Sa voix était basse, à peine plus audible qu'un murmure et tremblante :

- Qu'est-ce que c'est ?

La gorge de Bill se serra et il fit encore un pas.

- Tom...

Tom détourna le regard pour le reposer sur la table et Bill le vit lire les noms des médicaments. Tom baissa son bras et écrasa la lettre dans sa main avant de la laisser tomber à terre. Il inspira lourdement, la rage commençant à transparaître sur son visage, et soudainement, il se précipita vers la table, renversant son contenu d'un mouvement coléreux avec son bras, faisant valdinguer les boîtes à travers la pièce, les éparpillant alors que le tonnerre grondait plus fort.

Bill sursauta devant la violence inhabituelle émanant de son jumeau et il replia son bras, son c½ur battant de peur. Tom avait vu, il avait compris ce qu'il s'apprêtait à faire. Il larmoya.

- Tom...

En moins d'une seconde, Tom était revenu vers lui et ses yeux furieux s'étaient plongés dans le regard mouillé de Bill qui ne cessait de rapetisser. Ils étaient nez à nez, Tom se tenant à quelques centimètres à peine de lui, et Bill ne pouvait pas supporter cette proximité avec la honte qu'il ressentait. Il détourna le regard. Tom murmura, sa voix tremblant fébrilement de rage.

- Je t'ai posé une question alors réponds-moi.

Bill ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit, ses lèvres se déformant alors qu'une vague de larmes mouillait encore plus ses yeux rougis. Tom respira lourdement et hurla.

- REGARDE-MOI.

Bill ferma les yeux et sanglota. Tom agrippa ses épaules et le secoua.

- JE T'AI DIT DE ME REGARDER !

Il le secoua encore et apeuré, Bill posa défensivement une main sur le torse de Tom et encercla son avant-bras de l'autre. Sa main s'agrippa avec désespoir à son T-shirt et il tenta de se rapprocher de lui. Il le supplia, n'osant toujours pas poser ses yeux sur ceux de Tom et fixant le sol.

- Tom... s'il te plaît... Je t'en supplie, pardonne-moi.

Il entendit Tom respirer bruyamment et rapidement pendant plusieurs secondes qui durèrent une éternité, Bill ne cessant de murmurer des 's'il te plaît' en pleurant toutes les larmes de son corps. Soudainement, Tom lâcha ses épaules et Bill fut obligé de faire de même avec son T-shirt et de reculer, Tom marchant vers lui. Celui-ci murmura, toujours avec fureur.

- Dis-moi que tu n'allais pas faire ce à quoi je pense, dis-moi que je me trompe.

Bill trembla et croisa les bras, détournant le regard. Il voulait encore s'accrocher à lui. Tom murmura à nouveau, dents serrées.

- Dis-moi que je me trompe.

Bill essaya de contenir ses sanglots.

- Je suis désolé, Tom.

Tom leva les bras, criant.

- Tu es désolé ? Tu allais te foutre en l'air et me laisser une putain de lettre ? Pour m'expliquer quoi ? Ce que tu n'as pas cru bon de m'expliquer avant de te suicider à deux portes de moi ? Il ne t'est pas passé par la tête que je pouvais t'aider ? Que j'étais là ? Bordel, Bill, je suis là.

Bill secoua la tête, ses larmes se remettant à couler.

- Je n'allais pas...

Tom agrippa sa taille et le secoua à nouveau.

- Arrête de te foutre de ma gueule.

Bill flancha légèrement. Il se sentait misérable. Il leva la tête vers Tom pour se justifier, mais une fois de plus, sa bouche resta muette quand il vit enfin le visage de son jumeau. Tom pleurait à chaudes larmes.

Tom leva une main et Bill ferma les yeux, s'attendant à être giflé. Mais il ne reçut qu'une douce caresse tremblante sur sa joue. Bill rouvrit les yeux. Tom semblait anéanti, sa colère surpassée par la peur et l'incompréhension. Il murmura en tremblotant.

- Tu m'aurais abandonné ? Juste, comme ça ?

Bill frissonna violemment. C'était lui qui était responsable de la détresse de son jumeau qui ne comprenait visiblement pas ce qui était en train de se passer. Bill aurait voulu dire à Tom que ce n'était rien, juste un mauvais cauchemar. Il aurait voulu le rassurer et se rassurer. Plus que tout, il voulait que Tom le prenne dans ses bras, mais il n'osait pas demander ce réconfort, dégoûté par lui-même.

Bill secoua la tête, mordant ses lèvres tremblantes. Ses yeux plongés dans celui de son jumeau, il se rapprocha imperceptiblement, sa main se raccrochant timidement à son T-shirt au niveau de sa taille.

Ils se regardèrent encore sans bouger pendant quelques secondes, et c'est Tom qui s'avança finalement pour le serrer avec force dans ses bras. Hoquetant quelques sanglots de soulagement, Bill enserra le blond avant de laisser libre cours à ses pleurs.

Ils glissèrent à terre et le dos de Bill vint se caler contre le bas du lit.

Combien de temps restèrent-ils ainsi, aucun des deux ne le sut jamais. Ils avaient perdu la notion du temps, pleurant et reniflant sans fin dans les bras l'un de l'autre. Tom enserrait le corps de Bill à l'en étouffer, se calmant peu à peu à son contact.

Ce fut seulement quand Bill se mit à grelotter violemment que Tom recula avec inquiétude, ses larmes s'arrêtant finalement de couler. Bill était en état de choc. Tom caressa fébrilement ses cheveux pour tenter de l'apaiser, sans succès, et Bill tenta de se recamoufler comme un chaton apeuré dans les bras de son frère. Il semblait meurtri de froid.

Alors Tom commença à paniquer, frottant les bras et le dos de Bill dans une vaine tentative pour le réchauffer, mais Bill continuer à trembler comme une feuille. Pris d'une idée soudaine, Tom commença à se lever, obligeant Bill à faire de même. Celui-ci se laissa faire sans vraiment sembler réaliser, s'accrochant à son frère comme si sa survie en dépendait. Le soutenant, Tom les dirigea tous deux vers la salle de bains.

- Viens.

Ils y pénétrèrent et Tom lâcha Bill, qui tremblait toujours telle une feuille au vent, pour se diriger vers la douche. Sans entrer dans la cabine, il se pencha pour ouvrir les robinets, et l'eau se mit à couler, se réchauffant rapidement. Tom le commanda :

- Déshabille-toi.

Bill le regarda avec incertitude, mais Tom ne faisait pas attention à lui pour l'instant. Bill referma les bras sur lui-même. Il avait terriblement froid et claquait presque des dents. Ses yeux et son visage étaient rouges d'avoir pleuré. Il ne bougea pas et Tom se rapprocha de lui. Le blond craqua une petite blague nerveuse, un infime sourire apparaissant sur ses lèvres.

- Tu n'as quand même peur de te dévêtir devant moi ?

Bill grelotta un peu plus et secoua sa tête baissée. Tom caressa sa joue puis ses mains vinrent soulever le T-shirt de Bill, ce dernier se laissant faire. Puis Tom se retourna, rougissant légèrement quand Bill enleva son pantalon et son boxer. Quelques secondes plus tard, il jeta un coup d'½il par-dessus son épaule pour voir Bill entrer de dos dans la douche.

Tom vit à travers la transparence granuleuse de la vitre l'eau mouiller son corps et ses cheveux, la vapeur commençant à monter en volutes au-dessus de la cabine, et Bill glissa contre la paroi vitrée jusqu'à s'asseoir sous le jet d'eau, ses genoux repliés vers lui. Il cacha son visage dans ces mains. Tom pouvait voir qu'il tremblait moins à présent. L'eau brûlante contre sa peau commençait à faire son effet, calmant la réaction physiologique son jumeau.

Tom frotta son propre visage pour revenir à la réalité. Même s'il ne voulait pas laisser son frère seul, il devait retourner dans la chambre et ramasser les boîtes éparpillées sur le sol. Mais une voix faiblarde le retint quand il fit un pas vers la porte.

- Ne me laisse pas... s'il te plaît...

Tom se figea et se tourna vers la douche. Bill n'avait pas bougé d'un pouce, mais il avait sûrement senti son déplacement. Tom l'observa et s'avança vers la douche. Il se tourna et glissa contre la paroi de la douche, se mettant exactement dos à dos avec Bill, la vitre restant entre eux. Il appuya sa tête en arrière, celle-ci venant cogner contre le verre.

Ils restèrent de longues minutes sans rien dire. L'eau coulait toujours sur le visage et le corps de Bill et Tom avait fermé les yeux. Bill murmura, sa voix à peine plus haute que le bruit de l'eau.

- Je ne voulais pas vraiment le faire.

Tom rouvrit les yeux et se releva. Il prit une grande serviette et revint vers la douche, ouvrant la porte coulissante. Il arrêta l'eau sous le regard attentif de son jumeau et il s'assit à côté de lui, dans l'autre sens. Son pantalon se mouillait, l'eau s'infiltrant jusqu'à ses sous-vêtements, mais il n'en avait que faire.

Leurs yeux se rencontrèrent et Tom passa la serviette autour de Bill, l'enveloppant. Il commença à le frictionner pour le sécher. Bill avait arrêté de trembler. La voix de Tom était grave, mais il ne pleurait plus.

- Pour quelqu'un qui ne voulait pas le faire, tu avais tout bien préparé.

Ils se fixèrent. Les yeux de Tom étaient accusateurs mais Bill soutenait son regard. Tom poursuivit, sa colère renaissante lui faisant hausser légèrement la voix.

- Tu as demandé à ce que personne ne vienne te déranger et tu savais pertinemment que personne ne viendrait avant le lendemain matin. Tu allais le faire.

Bill tenta de se justifier d'une voix plaintive. Il cherchait à le convaincre.

- Je n'allais pas vraiment le faire. D'ailleurs, je ne l'ai pas fait.

Tom s'énerva pour de bon. Il arrêta de le frictionner et retira ses mains. Ses yeux brûlaient de rage, fixés sur Bill.

- Parce que tu croyais peut-être que j'allais ressortir de ta chambre en disant 'oh, pardon Bill, désolé de t'avoir dérangé, continue, suicide-toi tranquillement, je repasserai plus tard'.

Le regard de Bill se fit fuyant, le brun soudainement mal à l'aise. Les mots du blond avaient lancé un froid dans la pièce. Tom détourna les yeux, ramenant ses genoux vers lui, les serrant contre son torse. Bill eut le c½ur serré. Il était à mille lieux à présent de ses pensées suicidaires. Il n'y avait plus que la peine de voir son jumeau souffrir, à côté de lui, à cause de lui.

Bill se redressa légèrement et entoura de ses bras nus les épaules du blond, le mouillant un peu plus par le contact de sa peau et de ses cheveux.

- Je suis désolé.

Tom appuya sa tête contre la sienne, et il murmura, sa joue contre celle de son frère.

- Pourquoi, Bill ? Pourquoi vouloir faire ça ?

Bill le serra un peu plus, sentant à quel point il avait fait du mal à son frère. Le brun était perdu. Il avait l'impression d'avoir fait un mauvais rêve et de s'être réveillé subitement. Il ne comprenait plus ce qui se passait. Tout ce qu'il savait, c'est que c'était sa faute. Il secoua la tête, cherchant ses mots.

- Je ne sais pas... Je crois... que je ne mérite pas qu'on m'aime.

Tom l'entoura à nouveau de ses bras et sa voix se durcit pour appuyer sa réponse.

- Ce n'est pas à toi de décider si tu mérites d'être aimé ou pas. Est-ce que tu as au moins pensé à moi ? Est-ce que tu crois que je ne t'aime pas ? Qu'est-ce que j'aurais fait sans toi ?

Bill colla son visage contre son cou. Sa voix vibra d'une peine sincère.

- Je suis désolé.

Quelques secondes de silence passèrent et Tom souffla un air chaud contre sa joue.

- Je sais. Mais tout ce que je veux, c'est comprendre. Tu as été si distant ces dernières semaines. Je ne sais même pas ce qui a pu te passer par la tête.

Bill soupira doucement, rassuré. Tom ne lui en voulait pas. Le brun se sentait nettement mieux maintenant que son jumeau était là, mais il était aussi exténué par ce qu'il venait de vivre. Bill se fit suppliant.

- Je t'expliquerai tout, promis. Mais est-ce qu'on ne pourrait pas plutôt en reparler demain ?

Tom sembla vouloir protester, mais il se tut. Tous les deux avaient besoin de se calmer et de remettre de l'ordre dans leurs idées pour penser clairement.

- Ok.

Un moment passa sans qu'aucun d'eux ne parle ni ne bouge. Puis Tom murmura encore.

- Plus de secrets ?

Bill souffla contre son cou, sa voix douce faisant trembler Tom.

- Plus de secrets.
- Ok, alors au lit.

Tom allait tenter de les relever quand une petite crainte traversa la tête de Bill. Le brun l'enserra de toutes ses forces, l'empêchant de bouger.

- Tu restes ici cette nuit ?

Tom eut un petit rire sans joie.

- Parce que tu crois que je pourrais te laisser seul et sans surveillance après ça ?

Il rit encore, un peu plus franchement cette fois-ci, et Bill sourit contre son cou, soulagé. Tom rajouta, plus bas, ses lèvres effleurant l'épaule nue de Bill.

- Maintenant, je ne te lâche plus.

Bill frissonna, et pour la première fois de la soirée, ce n'était pas de peur. Le ton de la voix de Tom était vraiment tendre et possessif. Bill ferma les yeux pendant quelques secondes avant de les rouvrir brusquement, semblant réaliser quelque chose.

- Tom.
- Quoi ?
- Tu es trempé.

Bill recula et ils purent constater tous les deux qu'en effet, le pantalon et le T-shirt de Tom étaient entièrement mouillés. Tom s'était assis dans la douche et Bill avait fini de se sécher contre lui. Tom pouvait même sentir son boxer lui coller inconfortablement à la peau. Il soupira.

Cela sembla les faire revenir à la réalité et Bill se rendit compte qu'il était nu, la serviette dont Tom l'avait enveloppé ayant glissé à terre. Le brun devint soudainement écarlate et la récupéra prestement pour recouvrir son anatomie, ce qui fit légèrement sourire le blond. Bill détourna les yeux, gênés. Il se releva rapidement, nouant la serviette autour de sa taille, et sortit de la douche, suivi par Tom.

Bill attrapa une autre serviette de bain pour se sécher les cheveux, et commença à les frictionner. Quand il tourna la tête, ce fut pour voir que Tom s'était lui aussi déshabillé et se séchait également. Il détourna une fois de plus la tête en rougissant, manquant le regard intrigué de Tom.

Quand il risqua à nouveau un ½il, il sursauta. Tom se tenait juste derrière lui, une serviette autour des reins.

- Tu as des sous-vêtements par là ?

Il était clair que Tom n'avait pas la moindre intention de traverser les couloirs de l'hôtel 4 étoiles en petite tenue pour aller prendre ses propres vêtements. Bill rougit encore inexplicablement.

- Oui bien sûr, dans la valise.

Ils sortirent de la salle de bains et le pied de Bill heurta un objet.

Les rideaux non tirés laissaient entrer la pollution lumineuse tokyoïte et l'orage grondait encore. Un éclair traversa la pièce, leur rappelant ce qui s'était passé plus tôt.

Tout autour d'eux, les boîtes gisaient encore au sol, éparpillées ci et là. L'enveloppe froissée sous la table ressemblait à un chiffon. La valise contenant les vêtements du chanteur était à l'autre bout de la pièce et aucun des deux ne voulait traverser la pièce jonchée des preuves qui continuaient d'accabler Bill.

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

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Comments :

  • sanggreen

    11/03/2009

    Merci! <3333333333333333

  • Kaulitzcest

    11/03/2009

    Je viens de le relire, ce chapitre me fait le même effet à chaque fois et pourtant je le connais tellement ! On sent tout à fait l'angoisse et la sorte d'étouffement de Bill, on a mal pour lui, c'est tellement bien décrit qu'on ressent tout comme lui, exactement au même moment. C'est un vrai soulagement quand Tom le rejoint, on peut même sentir à quel point ça lui fait mal de trouver son frère dans cet état là et tu as tellement pensé à tout que tu as même pensé à faire un Bill qui culpabilise de faire du mal à son frère. Bravo pour ce chapitre magnifique, c'est un réel plaisir de le relire, j'ai voté bien-sûr, comment faire autrement que de donner la meilleure note à un chapitre d'une telle qualité ?

    Je continuerai de lire, de relire, de laisser des comms s'ils sont pas trop soulants, parce qu'il faut à tout prix que tu saches que j'aime ce que tu fais, un tel talent mérite d'être régulièrement applaudi !

  • sanggreen

    13/02/2009

    Merci! =)

  • oo-Danse-Avec-Moi-oo

    13/02/2009

    il est vraiment superbe cet OS
    j'en ai les larmes aux yeux,c'est magnifiquement bien écrit !
    chapeau !

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    28/09/2008

    Hanlala... :'(
    C'est l'un de mes os préférés cleui-ci...j'adore...
    C'est trop émmouvant...pis en plus j'écoute avec les musiques trop belles que tu m'as passées et c'est encore mieux! ^^
    Je continue!
    <3

  • best-lemons-yaoi

    21/08/2008

    C'est magnifique, tu as un don pour l'écriture ! Au faite, j'ai enfin posté un extrait du deuxième chapitre d'abandon =)

  • carpe-diem--x

    06/06/2008

    je suis contente que tu ais écrit ce passage, ça explique bien les choses

  • th-rainbowtatoo-fic

    12/05/2008

    joliment bien écrit, mdr^^ bill qui joue à la vierge éffarouché devant son frère
    et pour le passage où il va se suicider ... c' est ... enfin ... bien ( ça ma rap' certaine chose)

  • chouu----16

    29/04/2008

    OMG .
    Han lalala .
    Pasletempsdetrouvermesmotsjevais;ireledeuxièmechapitre :D

  • bountyaoi

    06/04/2008

    Tu sais quoi ? Toute l'aprem je me suis dit "ne lis pas maintenant, ne lis pas maintenant" .(le fait est que je suis en bac blanc toute la semaine prochaine et j'ai commencé mes révisions précisement hier T-T). J'ai vu ton OS en début d'aprem, je me le suis mis de côté et je voulais attendre mercredi quoi T____T. J'ai tenu toute l'aprem devant la page ouverte, puis tout a l'heure me suis dit "bon juste les premières lignes pour voir de quoi ca cause" et bah voila T-T je suis fichu maintenant XD. c'est juste trop Wouah quoi. Je sais pas comment tu fais pour me faire ca a chaque fois, aller avoue t'as des pouvoirs maléfiques !
    En plus j'ai pleuré comme une madeleine tout le passage ou Tom débarque, bwahaha, maintenant ma mère croit que je fais une dépression xD.

    Je veux bien te pardonner de tous les malheurs, mais cest juste parce que tu écris sublimissimement bien *wwwwww*

    *balance son anal de philo et court lire le chapitre 2*

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