Tendre affection

Tendre affection

Les cahots du bus provoqués par les aspérités de la route les secouaient dans leur sommeil. Ils approchaient de la fin de leur tournée, une de leurs toutes dernières dates, et ils faisaient le trajet jusqu'à la prochaine ville de nuit.

Ses yeux toujours fermés bien qu'il ne dormît pas, Bill s'agrippa un peu plus à la taille du corps à côté de lui, se collant encore plus, comme s'il craignait de tomber à terre. Une respiration calme et régulière indiquait que son frère, Tom, dormait à présent profondément, dos tourné à la paroi du bus, tenant dans ses bras son jumeau qui s'était glissé plusieurs dizaines de minutes auparavant dans son lit alors que lui était déjà en train de s'endormir.

Entrouvrant à peine ses yeux fatigués, Tom lui avait posé sa question rituelle depuis quelque temps, chuchotant pour ne pas réveiller leurs deux amis qui dormaient déjà : « Quelque chose ne va pas ? »

Et comme depuis quelque temps déjà, Bill s'était contenté de secouer légèrement la tête, sans rien dire, et Tom n'avait pas insisté. Refermant les yeux alors que son frère se pelotonnait contre lui, il était resté pensif quelques minutes, caressant d'une main le creux du dos de son jumeau un moment avant de sombrer dans le sommeil.

Il fallait dire que Tom avait l'habitude de voir Bill s'inviter pour la nuit pour une raison ou une autre. Un cauchemar, une angoisse quelconque, un tracas ou tout simplement l'envie d'avoir un coussin chaud et moelleux pour la nuit. Tom maugréait parfois contre ces infiltrations nocturnes, pour la forme, histoire de voir son jumeau lui tirer une moue pas possible remplie de reproches (à laquelle il était difficile de résister...) avant de l'accueillir dans ses bras.

C'était une habitude naturelle pour des jumeaux. Généralement, même si le contraire arrivait de temps à autre, c'était Bill qui venait le rejoindre. Ils l'avaient toujours fait, même lorsque ils avaient eu chacun leur chambre ou quand plus tard ils avaient commencé à partager un appartement avec Georg et Gustav, les deux autres membres et amis du groupe. C'était quelque chose de tendre et rassurant, bref, le genre de manie dont il était dur voire impossible de se défaire quand on était aussi proche de son jumeau.

Bien sûr, leurs deux amis les avaient toujours charriés là-dessus. Il est vrai que pour ceux qui n'y étaient pas habitués, ce comportement pouvait paraître étrange au premier abord, mais au fil du temps, leurs amis et familles s'y étaient fait... et se contentaient de les taquiner en prenant d'innombrables photos.

D'ailleurs, Gustav et Georg avaient chacun consciencieusement constitué un dossier qu'ils gardaient précieusement dans un coin de leur ordinateur. Dossier qu'ils menaçaient de temps à autre de divulguer aux paparazzis quand il prenait à Tom ou Bill l'envie de sauter leur tour de corvées de ménage... au grand dam de ces derniers qui avaient tout tenté pour éradiquer les photos compromettantes, sans succès.

Cette habitude de dormir ensemble n'arrivait cependant pas si souvent que cela en général, enfin une ou deux fois par semaine, pas plus... sauf que depuis le début de leur dernière tournée, elle s'était accentuée et il devenait rare que Bill passe une nuit sans le rejoindre.

La raison ? Tom ne le savait que trop. Le stress. Ils étaient tous sous pression depuis la sortie de leur second album. En effet, même si depuis le début de leur succès ils s'étaient habitués aux critiques, à la promo, aux plateaux de télévision, aux interviews diverses mais invariables ainsi qu'à toutes les rumeurs qui courraient sur eux dans les magazines ou bien sur Internet, il y avait toujours ce stress permanent. Bien sûr, cette adrénaline était nécessaire pour jouer sur scène quasiment tous les soirs, mais pour Bill qui était bien plus mis en avant qu'eux, cela était par moments trop, et Tom était sa soupape de sécurité. Enfin, lui et la cigarette.

Ils avaient commencé en même temps à fumer, au début de leur médiatisation, lors de quelques soirées déjà arrosées. Au départ, ce n'était qu'épisodique, puis ils en étaient venus tous les deux à une consommation régulière, bien que restant modérée. En fait, ils n'avaient même pas le temps de fumer comme des pompiers. C'était certainement mieux ainsi.

Tom cherchait à arrêter. Surtout parce qu'il s'inquiétait de voir Bill fumer lui aussi. Ils avaient ainsi eu une discussion pendant laquelle Tom avait proposé à son frère qu'ils arrêtent en même temps, ce à quoi son jumeau lui avait répondu en soupirant nerveusement que tant que la tournée et la promo ne seraient pas terminées, il ne se voyait pas arrêter la cigarette.

Et Tom s'était alors tu, observant attentivement son double dans les yeux, réalisant à ce moment peut-être plus que jamais à quel point son jumeau était fragilisé. Mieux valait la cigarette pour l'instant, quitte à se motiver pour arrêter ensemble plus tard que de pousser sans le vouloir Bill vers d'autres drogues plus dures qui étaient choses communes dans les soirées VIP auxquelles ils avaient coutume d'aller avec le groupe.

Alors, bien entendu qu'ils étaient tous les quatre, Bill le premier, heureux de faire ce métier. Cependant, Tom ne pouvait s'empêcher d'avoir parfois cette étrange sensation, quand Bill angoissé venait le rejoindre le soir, qu'un jour quelque chose allait tôt ou tard mal tourner. Et qu'il ne pourrait rien faire pour protéger Bill.

***

Quand Tom se réveilla le lendemain matin, le bus roulait encore. Le chauffeur avait fait une halte pendant la nuit et ils avaient repris la route depuis environ deux heures. D'après ses calculs, ils ne devaient donc plus être loin de la salle de leur prochain concert, leur arrivée étant prévue pour 11h du matin. Il entendit du mouvement au-dessus. Georg et Gustav semblaient être réveillés eux aussi. Ils ne tarderaient pas se lever et à aller squatter la petite salle de bains du bus. Il devait donc se dépêcher pour la squatter avant, car il ne fallait jamais sous-estimer le temps que pouvait passer Georg à se coiffer devant un miroir. Bill ne le battait en ce domaine que d'une courte tête, c'était dire...

Il étira ses bras, se défaisant de l'emprise de son jumeau. La réaction ne se fit pas attendre. Celui-ci fronça les sourcils dans son sommeil qu'il avait difficilement trouvé, et il marmonna quelque chose d'incompréhensible avant de lever une main à tâtons pour tenter d'agripper à nouveau son coussin en fuite. Tom la reposa machinalement sur le lit et s'affaira à se frayer un passage entre son jumeau et le plafond plutôt bas constitué du lit juste au-dessus d'eux de Gustav. Il écrasa un peu bien qu'involontairement son frère au passage, celui-ci pestant un peu plus fort cette fois-ci mais sans bouger d'un pouce pour autant. Il commençait juste à se réveiller, comme toujours du mauvais pied. Bill n'avait jamais été du matin.

Tom ricana doucement en se redressant et s'en alla en premier dans la salle de bains. Quelques dizaines de minutes plus tard, Tom en ressortait et retraversait leur 'chambre' pour se diriger vers le petit salon où ils prenaient leur petit déjeuner. Bill devait déjà y être, patientant pour que la salle de bains se libère. Gustav venait de l'y remplacer et Georg était en train de mettre de l'ordre dans leur chambre. Ils se saluèrent, Georg toujours un peu groggy de sommeil. Tom s'apprêtait à ouvrir la porte du salon quand Georg l'interpella, à voix basse, et sourire en coin : « Fais attention, il a sa tête des mauvais jours. Tu lui as fait quoi cette nuit ? »

Tom laissa échapper un rire : « Il a toujours une sale tête le matin.
– Je vous signale que je vous entends très bien ! »

Riant silencieusement, Tom fit un signe à Georg et passa la porte du salon où Bill était effectivement déjà en train d'avaler son café, ses mains sur la tasse portée à ses lèvres tandis qu'il fusillait son jumeau du regard. Tom se dirigea vers lui en souriant, et posant une main sur son épaule il lui déposa deux bises, dont une au coin des lèvres, auxquelles son double répondit malgré sa mauvaise humeur matinale. Puis il s'assit en face de lui et commença à se servir également du café.

Bill le regarda un moment tout en sirotant son café en silence. Ses yeux parcouraient ses traits avec attention. Sentant ce regard insistant sur lui, Tom fit de même. Dans leurs conversations muettes de jumeaux, il leur arrivait souvent de se fixer de cette façon, comme s'ils cherchaient à deviner les pensées de l'autre. Il fut cependant surpris de voir Bill détourner soudainement le regard, comme s'il n'osait pas garder leur contact visuel trop longtemps.

Tom fronça les sourcils. Cette étrange réaction de Bill n'était pas la première depuis quelque temps. Le guitariste ouvrit la bouche, prêt à lui dire quelque chose quand Bill le devança. Pour la première fois de la journée le chanteur sourit. Il déplia un papier qui était à portée de lui et le tendit à Tom, puis il s'appuya sur ses bras posés sur la table, fixant son jumeau : « Je l'ai écrite hier. »

Tom dévisagea les traits à nouveau souriants de son frère puis baissa les yeux pour lire les mots griffonnés sur le bout de papier. À la différence du comportement nerveux et stressé de Bill ces derniers temps, ces nouvelles paroles avaient un goût de douceur et de réconfort. Tom entendait déjà dans ses oreilles les premières notes qui pourraient venir mettre en musique ces mots. Cela paraissait si naturel. Il cligna doucement des yeux : « Alors ?
– Oui bof, pas mal.
– Pas mal ? »

Tom sentit un léger coup de pied sous la table et il ricana en voyant le froncement de sourcils de son frère, apparemment vexé. Tom reposa ses yeux sur le papier. Pour être honnête, le blond pensait que c'était sûrement un des meilleurs textes qu'ils aient en réserve. En effet tout au long de la tournée ils avaient commencé à écrire des textes et composer de la musique pour le 3ième album, il ne leur en manquait plus à vrai dire que quelques chansons pour être satisfaits.

Cet album s'annonçait bizarrement bien. Ils avaient prévu de commencer les enregistrements deux mois après la fin de la tournée, le temps de peaufiner les musiques. Malgré le fait que la production les avait poussés vers certaines influences, profitant de leur tournée chargée pour leur faire des tas de propositions, ils étaient tant bien que mal arrivés à s'en défaire et à trouver leur propre inspiration. Et ça fonctionnait. Même Georg et Gustav s'étaient cette fois-ci impliqués dans l'écriture de plusieurs textes, ce qui apportait par ce seul fait un style étonnamment nouveau dans leur composition. Mais pour Tom, les textes de son frère avaient une couleur particulière, certainement parce qu'ils mettaient toujours plus ou moins en évidence leur lien si particulier.

C'est à ce moment là que Gustav entra dans le petit salon et que fièrement Bill lui tendit son texte, se plaignant auprès du batteur d'être incompris et de vouloir changer de frère, ce à quoi Tom répondit à son tour par un petit coup de pied outré sous la table. Bill lui sourit d'un air joueur et taquin. Son regard en disait long. Alors qu'il souriait avec douceur en retour, une crainte récurrente traversa l'esprit du guitariste.

Je ne supporterais pas de te perdre...

***

Quand ils arrivèrent à la salle à 11h, les quatre garçons se penchèrent en même temps pour regarder à travers les vitres teintées. Bill releva la visière de sa casquette. Il avait entièrement lissé ses cheveux et emprunté une des nombreuses casquettes de Tom.

Une longue queue de fans s'était déjà formée devant la salle. Quelques unes semblaient même y avoir passé la nuit. En voyant le bus passer non loin de là, certaines se levèrent et se précipitèrent en hurlant vers le bus. Cependant une grille séparait la voie que le bus prenait et le parking devant la salle.

Bill grimaça. Il valait mieux. Il avait toujours peur qu'il y ait une fan trop extrême prête à se jeter sous leurs roues. De plus, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe au c½ur en voyant toutes celles qui dormaient dehors à les attendre.

Le bus s'immobilisa et les quatre garçons descendirent, prenant quelques affaires avec eux. À leur sortie, Tom en tête et avec leurs gardes du corps, ils se dirigèrent vers les fans qui criaient toujours aux grilles. Ils commencèrent à signer des autographes. Bill souriait comme à son habitude et s'il ne comprenait pas un mot de ce qu'elles lui racontaient en français, il prêtait néanmoins une oreille attentive quand certaines tentaient quelques mots en allemand, souriant à leur accent tandis que ses yeux restaient rivés sur son stylo. Il signait machinalement quand une photo arrêta soudainement son geste. Il la regarda et son sourire disparut, avant de constater que son frère déjà passé par là l'avait signée. Il rit légèrement avec embarras et choisit avec hésitation de ne pas signer, murmurant un 'désolé' en allemand avant de poursuivre ses autographes avec un sourire légèrement crispé aux lèvres.

Puis il se dirigea vers l'entrée de la salle sur les traces de son frère à quelques mètres devant lui, disparaissant de la vue des fans. Il l'interpella d'une voix ferme. Tout autour d'eux on transportait du matériel pour terminer de monter la scène. Gustav et Georg qui venaient de rentrer dans la salle étaient en pleine discussion avec les membres de l'équipe.

« Tom ! »

Celui-ci se retourna : « Ouais ?
– Tu as vu ce que tu as signé ? »

À son ton, son frère s'arrêta et attendit que Bill arrivât à son niveau. Il réfléchit un instant puis comprit : « Ah, ça ? Ben, c'est pas la première fois non ? Ça t'est arrivé à toi aussi d'en signer. Je croyais qu'on s'en foutait. »

Bill voulut répliquer mais ne sachant que dire, il soupira : « Oui, on s'en fout, je m'en fous, mais il était plutôt osé celui-là. Et si ça continue... Non laisse tomber. »

Bill se mordit les lèvres, resta silencieux un moment face à son jumeau puis partit tout d'un coup en direction des loges avant que Tom ait pu dire quoi que ce soit.

Tom entendit Gustav l'appeler. Il se retourna. Il était assez loin. Le batteur lui fit un geste pour demander ce qui arrivait à Bill. Tom lui fit un signe pour lui dire de ne pas s'en faire et il partit en courant chercher son jumeau.

Il savait ce qui se passait. C'était un de ces dessins, un montage pour être exact. La première fois qu'ils en avaient vu un, c'était en surfant sur Internet. Georg et Gustav leur avaient parlé de ces rumeurs sur eux et ils avaient voulu vérifier. C'était il y avait déjà deux ans de ça, à leurs débuts. Ils avaient depuis eu le temps de s'y faire, même si les six premiers mois de célébrité avaient été durs à passer. Surtout pour Bill. Si c'était celui qui attirait le plus de fans, c'était aussi lui qui faisait face au plus grand nombre de critiques et rumeurs, notamment celle selon laquelle il serait gay.

Ça l'avait profondément touché même s'il ne l'avait pas exprimé ouvertement et il s'était appuyé sur Tom pour faire taire les rumeurs, le prenant à témoin à plusieurs reprises pour dire au public et aux journalistes qu'il n'était pas gay. En son for intérieur, Tom avait ses propres doutes quant aux certitudes soi-disant affirmées de son frère, mais il préférait que celui-ci fasse son propre chemin. C'était à lui de savoir qui il était vraiment.

Mais au-delà de cette rumeur et des critiques, sur leur physique ou autre, un autre mouvement couronnait le tout. Le twincest. À vrai dire, au départ, ça les avait surtout étonnés plus qu'autre chose. Enfin, peut-être qu'ils avaient été un petit peu gênés, pour être honnête.
Pour eux il était normal de se toucher de temps à autre, de se fixer intensément pendant de longs moments sans qu'il y ait aucune pensée équivoque. Quand on a un jumeau avec qui on partage tout, dont on est très proche, cela paraît normal... mais c'était le genre de comportement qu'il était difficile de faire comprendre aux gens. C'est ce qu'il se passait avec ces fans apparemment.

Depuis toujours, ils avaient toujours eu des gestes tendres l'un avec l'autre, et quoi de plus banal entre des jumeaux ? Cependant, depuis qu'ils étaient devenus connus et que ces diverses rumeurs avaient commencé, une certaine distance s'était instituée entre les deux jumeaux quand ils étaient en public. De toute manière, Tom n'avait jamais été très démonstratif en présence d'autres personnes, mais Bill lui avait fait un effort pour se montrer plus neutre envers lui...

Or depuis quelque temps, le naturel revenant au galop sûrement, les deux avaient recommencé à porter à l'autre des gestes de complicité forte. Cela passait par des regards plus accentués sur les plateaux de télévision, les concerts, de légères caresses ou d'autres signes passant peut-être plus inaperçus... Le look de Bill qui devenait sans conteste de plus en plus efféminé n'arrangeait certainement rien à l'affaire.

Le fait était qu'inconsciemment, ils avaient commencé à jouer de cette rumeur de relation incestueuse, sans même se concerter, ou bien peut-être en un regard. Un des meilleurs exemples était le jour où Bill avait commencé à donner un petit coup de pied à son frère lors d'une de leurs prestations de la chanson « in die Nacht » pour attirer son attention. Le public féminin avait réagi immédiatement, se mettant à hurler de plus belle. Georg et Gustav en coulisses en étaient restés babas et c'est tous les quatre qu'ils avaient pris la décision en rigolant de renouveler l'opération à chaque concert.

C'est à partir de là que les dessins et les montages, mais aussi les fics s'étaient multipliés. S'ils évitaient les pages Web qui en regorgeaient, ils tombaient néanmoins de temps à autre dessus. Mais surtout, lors de leurs apparitions publiques et en concert, le nombre de pancartes et autographes twincest s'était multiplié.

Tom continuait à prendre ça à la légère mais pour Bill c'était différent. Le guitariste avait une idée sur les raisons qui le faisaient réagir ainsi. Il soupira. Il trouva enfin leur loge après avoir tourné un moment dans les couloirs sombres, et il entra sans frapper. Son frère était assis sur le rebord d'une table, tournant le dos à un grand miroir, les mains posées à côté de ses genoux et fixant le sol que ses pieds ne touchaient pas malgré sa grande taille. Tom referma la porte derrière lui et s'approcha. Il se planta devant son jumeau et croisa les bras : « Tu vas me dire ce qui te tracasse à la fin, Bill ? »

Le brun redressa la tête. Il regarda son jumeau un long moment dans les yeux : « J'ai peur que tu t'éloignes de moi à cause de ces conneries. »

Des larmes apparurent dans ses yeux et sa grimace alors qu'il baissa la tête ne laissait présager rien de bon. Un sanglot silencieux s'échappa de ses lèvres. Tom se rapprocha immédiatement et, ôtant la casquette de Bill, il le prit dans ses bras en le serrant à l'étouffer. Il passa une main sur ses cheveux lisses, les caressant doucement. Bill s'agrippa à lui en retour comme s'il craignait de le voir s'échapper. Tom commença à parler doucement : « Tu me connais quand même mieux que ça non ? Comme si je pouvais m'éloigner de mon frère pour des dessins. Enfin, tu sais ce que tu représentes pour moi, non ? »

Un moment passa en silence. Les larmes de Bill se calmèrent, mais son ton resta étrange. Il se mordit légèrement les lèvres puis il releva ses yeux vers lui, se détachant un peu de l'emprise de son jumeau : « Mais toi, est-ce que tu sais vraiment ce que tu représentes pour moi ? »

Tom le fixa en retour. Bill hésita puis continua, tentant de se calmer en vain alors que ses yeux restés plongés dans ceux du blond : « Je deviens fou avec ces histoires. J'arrête pas de me poser des questions. À cause de ça, de toutes ces rumeurs, ces sous-entendus où qu'on aille, toutes ces questions... Je ne sais plus où j'en suis... Je ne sais plus... »

Tom posa ses mains sur le visage de son jumeau, essuyant avec ses pouces les larmes qui glissaient encore sous ces yeux si identiques aux siens, qui n'étaient heureusement pas maquillés pour l'heure. Il continua de le fixer, se rapprochant légèrement jusqu'à ce qu'ils soient nez à nez : « Et si moi, je savais ? »

Bill le regarda avec incertitude, passant tour à tour de l'un à l'autre des yeux marron si proches de son frère qui le faisaient presque loucher. Tom murmura, son air sérieux. Une de ses mains quitta le visage de son frère, mais de l'autre il continua à effacer les traces de larmes passées : « Tu as peur d'être attiré par moi ? »

Tom sentit un frémissement parcourir le corps de son jumeau. De la peur. Les mains du brun qui étaient toujours posées juste au-dessus de la taille du blond se détachèrent légèrement. Tom le regardait toujours de la même façon douce et calme, ce qui rassura tout de même un petit peu le chanteur. Néanmoins, ce qui se passa ensuite le déstabilisa complètement. Tom murmura encore : « Bill, tu me fais confiance, hein ? »

Ledit Bill fronça légèrement les sourcils et secoua imperceptiblement la tête : « Bien sûr, entièrement, pourquoi ?
– Alors ne flippe pas, ok ? »

Sans lui laisser le temps de réfléchir outre mesure, mais avec lenteur pour ne pas l'effrayer, les lèvres de Tom se posèrent sur les siennes pour exercer une douce pression pendant plusieurs secondes. Sous la surprise, les yeux de Bill s'étaient ouverts en grand.

Au long de leur vie de 18 années d'existence commune, il leur était déjà arrivé de se faire des becs à cause de stupides paris en de très rares occasions ou de frôler les lèvres de l'autre par inadvertance quand ils se faisaient des bisous le matin ou lors de câlins, mais jamais ils ne s'étaient embrassés dans ce sens. Et Tom ne semblait pas vouloir s'en tenir là car Bill sentit très vite ses lèvres s'entrouvrir, venant emprisonner les siennes, les capturant doucement pour les faire réagir et les pousser à faire de même alors que sa main caressait toujours sa joue, comme pour le rassurer.

Malgré lui, se laissant porter par les douces lèvres du guitariste qui caressaient langoureusement les siennes, les yeux du brun se refermèrent peu à peu et la raideur qui envahissait son corps se dissipa au fur et à mesure qu'il se mit à répondre au baiser. Bientôt, leurs langues se mélangèrent, se caressèrent, jouant avec les piercings et les lèvres de l'autre, et Bill oublia presque que c'était son jumeau qu'il embrassait et qui l'embrassait, explorant toujours plus les contours de sa bouche de sa langue et appréciant la sensation de ses lèvres sur les siennes. Le chanteur osa même passer une main, bien qu'avec hésitation, sur la nuque du blond pour l'attirer un peu plus près.

C'était doux, tendre. En un mot, parfait. Une douce chaleur avait envahi son corps, étrangement réconfortante. Sans s'en rendre compte, ils s'étaient enlacés et ils poussaient même de légers gémissements de contentement dans leur baiser.

Le temps sembla se suspendre, aucun des deux ne semblant décidé à s'arrêter. Mais finalement, leurs lèvres se séparèrent. Ils ouvrirent les yeux et se regardèrent, toujours enlacés. Bill se sentait déjà bégayer avant même de parler. Il chercha une excuse en vain dans un recoin de son cerveau qui fonctionnait encore quand Tom fit quelque chose qui le surprit encore plus que le baiser, si c'était possible...

Il le toucha à un endroit très précis entre ses jambes et puis, sans rien dire alors que Bill le regardait avec des yeux exorbités, Tom prit une des mains de son frère et la posa un instant sur le même endroit de sa propre anatomie avant de la relâcher. Il rit légèrement face au regard effaré de son jumeau avant de parler. Il secoua la tête : « Tu vois ? Rien. Ni toi, ni moi. Or ce n'est pas parce que tu n'es pas sexy, et moi n'en parlons pas, je suis hyper sexy, aucun doute là dessus. Alors tu veux que je sois honnête ? C'était agréable, hyper agréable même, pour toi comme pour moi, mais même si on est attiré par l'autre ce n'est pas de la manière que tu crains. C'est de la tendresse, de l'affection, appelle ça comme tu veux. Tu es mon frère jumeau Bill, le seul et l'unique, alors oui, tu sais exactement ce que tu représentes pour moi, et je sais ce que je représente pour toi, je n'en ai jamais eu le moindre doute, alors ne te fais plus de bile pour ces rumeurs, ok ? Ça change rien entre nous. »

Bill le regarda dans les yeux un instant puis se levant enfin de la table où il était assis, il sourit à nouveau, entourant de ses bras le cou de son frère. Il l'embrassa légèrement dans le cou : « Merci. »

Tom caressa son dos avec douceur : « De rien. Et pour ta deuxième question, la réponse est 'oui'. J'aimerais t'éviter de chercher la réponse pendant 36 000 ans encore. »

Bill recula légèrement, le regardant face à face, ses bras toujours autour de son cou. Un peu perdu, il cligna des yeux : « Pardon ? »

Tom l'ignora et continua : « Et la réponse à ta troisième question est 'non', ça ne me dérange pas du tout. »

Sans attendre sa réaction, il déposa un dernier bisou appuyé sur ses lèvres. Puis le guitariste reprit la casquette qu'il avait enlevée à Bill plusieurs minutes auparavant pour la lui replacer sur la tête, en profitant pour passer ses mains dans les cheveux lisses pour les remettre en ordre. Il recula enfin et se dirigea vers la porte pour revenir dans la salle. Bill le laissa faire tout en cogitant sur ce qu'il venait de dire, cherchant un sens à ses paroles. Tom se retourna encore vers lui : « Et tu embrasses très bien, au cas où tu voudrais l'avis d'un expert. »

Lui lançant un dernier clin d'½il, il ouvrit la porte et sortit dans le couloir. Le suivant du regard, Bill sourit. Puis réfléchissant encore quelques secondes, il comprit soudainement ce que son frère avait voulu dire un peu plus tôt. Il murmura pour lui-même : « Je suis... gay ?... HEY ! Comment ça ? Tom, attends moi ! »

Bill réajusta sa casquette et se précipita dans le couloir après son jumeau.

***

Gustav et Georg se retournèrent en entendant des chamailleries murmurées et inintelligibles provenant de deux voix bien connues qui se rapprochaient d'eux : « Ah, vous voilà ! Où étiez-vous passés ? »

Les jumeaux se turent immédiatement en les voyant, comme pris en flagrant délit, et ils échangèrent un regard avant que Tom ne parle : « On avait un truc à régler.
– C'est à cause du montage pendant les autographes ? »

Décidément, rien ne semblait échapper à Georg. Bill fit un geste pour écarter le sujet : « Oui, mais c'est réglé. On s'en fout. »

Tom sourit en coin et acquiesça : « On s'en fout. Bon, parlons plutôt de choses sérieuses, quand c'est qu'on mange ?
– Ah tiens c'est vrai ça, c'est où la bouffe ?
– Vous pensez vraiment qu'à bouffer vous deux. Méfiez-vous, un jour vous finirez obèses à force de vous empiffrer à longueur de journée ! »

Tom, Gustav et Georg commencèrent à enchaîner quelques vannes, se charriant comme ils en avaient l'habitude. Bill rit un peu face à ce foutage de gueule et y échappa en se dirigeant vers la scène. Celle-ci était à présent presque terminée. Il s'avança tout devant et regarda la salle où ils allaient jouer le soir même, l'observant en détail. C'était un rituel auquel il ne manquait jamais, tout comme les autres membres du groupe.

Tom tourna la tête pour l'observer alors que Georg et Gustav partaient devant pour aller déjeuner. Le voyant debout face à la fosse et aux gradins vides, un malaise l'envahit. Il avait un étrange pressentiment. Un mauvais pressentiment qu'il ne se l'expliquait pas. Pris d'une angoisse soudaine, il se rapprocha à grands pas de Bill et lui attrapa l'avant-bras. Le brun se retourna vers lui avec étonnement : « Qu'est-ce qu'il y a ? »

Tom se contenta de secouer la tête. Il ne comprenait pas lui-même pourquoi il réagissait de la sorte : « Rien, c'est juste qu'on devrait aller manger maintenant si on veut pouvoir répéter tôt et décompresser un peu avant le concert. »

Bill le regarda, ne semblant pas convaincu mais il se laissa faire quand Tom le tira par l'avant-bras qu'il tenait toujours, l'arrachant de la scène où ils joueraient le soir venu.

***

L'après-midi se passa sans encombre. Après avoir mangé, ils s'étaient reposés pendant quelques minutes puis avaient commencé à répéter pour prendre leurs marques, et quand plus tard vint le moment d'entrée en scène, l'adrénaline monta et c'est avec elle qu'ils entrèrent en piste pour l'un de leurs tout derniers concerts de la tournée. Tout se déroula comme sur du papier à musique. Le public était chaud, criard, survolté. La température elle-même semblait grimper à chaque morceau et le n½ud qu'ils avaient toujours au début de leurs concerts s'était peu à peu dissipé.

Ils approchaient déjà de la fin de la représentation. C'était le moment privilégié pour les jumeaux de 'in die Nacht'. Comme à l'accoutumée, regards et sourires complices, peut-être même un peu plus qu'avant, passèrent entre les deux garçons. Le rituel du petit coup de pied fit son effet dans le public de filles et leur sourire se fit plus grand.

Les événements du matin furent certainement à l'origine de ce qui se passa ensuite, poussant Bill à se lever de sa chaise vers la fin de la chanson pour caresser du revers de ses doigts un côté de la mâchoire du guitariste avant de planter ses lèvres sur sa joue. Si cela était possible, le public hurla encore plus fort. Quand il recula, Bill lança un immense sourire à son frère qui après avoir planté magistralement ses accords sous le choc (bien que cela soit passé parfaitement inaperçu dans le flot continu de cris...), le regardait à présent avec un sourire tout aussi immense mais qui annonçait des représailles. Il devina plus qu'il n'entendit Bill rire au milieu du brouhaha, celui-ci ne semblant pas peu fier de son effet.

Bill se retourna et alors que la foule se calmait un petit peu en entendant sa voix dans le micro, il se mit à annoncer par un petit discours rodé le morceau suivant, Rette mich. Georg et Gustav réintégraient pendant ce temps leur place. Bill s'avança, vers la foule toute proche, séparée de la scène d'un mètre environ par des barrières. Entre celles-ci et la scène des agents de sécurité veillaient à ce que personne ne franchisse cette limite, tant bien que mal, surtout quand Bill s'approchait d'eux.

C'est à ce moment que cela se passa. Au départ, Bill ne vit qu'une ombre, un mouvement rapide au coin de l'½il et quand il baissa ses yeux, il était déjà trop tard.

Un forcené s'était tout d'un coup lancé au-dessus de la barrière et poussant violemment deux agents de sécurité qui s'étaient immédiatement précipités sur lui, l'homme s'était jeté sur la scène avec force, se relevant rapidement vers lui et le chanteur aveuglé par les lumières avait juste senti une lame lui transpercer le ventre, déchirant sa chair, avant de se retirer, prête à lui asséner d'autres coups. C'est alors que les agents de sécurité avaient réussi à l'attraper par les jambes et fait basculer en arrière, une bagarre s'engageant ensuite pour contenir l'homme.

La foule tout autour de la scène s'était mise à hurler de peur en comprenant au fur et à mesure ce qu'il venait de se passer et elle commença à paniquer, cherchant à fuir par tous les moyens loin de l'homme à terre que les agents tentaient de maîtriser. Les gens se poussaient, criant et courant dans tous les sens dans un parfait chaos. Certains n'avaient pas vu la scène et ne comprenaient pas pourquoi tant de personnes cherchaient à sortir en les écrasant et les faisant tomber à terre sur leur chemin.

C'est par ces cris que Tom réalisa que quelque chose c'était passé. Il n'avait rien vu, venant juste de lever les yeux de sa guitare. Ses yeux tombèrent en premier sur Georg qui enlevait sa basse, les yeux livides. Tom suivit immédiatement son regard, et c'est là qu'il vit Bill tituber puis tomber en arrière. Georg amortit son choc de justesse.

Sans en avoir même conscience, Tom hurla le nom de son frère, sa voix se perdant dans le bruit compact. Il se précipita vers lui, enlevant sa guitare et la laissant tomber sur la scène dans un grand fracas. Gustav venait lui aussi de comprendre que quelque chose s'était passé et il se précipita en même temps au devant de la scène.

Tom tomba à genoux à côté de son double, ses yeux exorbités en voyant avec horreur le sang qui s'échappait de son ventre, se répandant rapidement à travers les fibres de ses vêtements. Georg compressait déjà de ses mains la plaie, écrasant avec force le ventre frêle du brun. Inconsciemment, Bill serrait d'une main ensanglantée l'avant-bras du bassiste qui ne faiblissait pas.

Un gémissement de douleur et de peur s'échappa des lèvres du chanteur, ponctué par des sanglots. Tom passa une main sous sa tête et posa avec le plus de délicatesse possible une main par-dessus celles de Georg avant d'appuyer lui aussi sur la plaie pour contenir le sang. Gustav aidait Tom à le redresser légèrement, cela aidant à compresser la plaie. Tom tremblait de tout son corps. Bill murmura, agrippant le bras de son jumeau qui lui soutenait la tête : « Tom...
– Oh mon dieu, Bill... PUTAIN, QUE QUELQU'UN APPELLE UNE AMBULANCE ! »

Gustav se releva, laissant Tom tenir dans ses bras son frère pour le maintenir légèrement redressé : « Je m'en charge. »

Il partit en courant en direction des coulisses d'où émergeaient plein de gens sidérés et effarés qui se demandaient ce qui se passait. Tout autour d'eux, c'était toujours le chaos. Plus de personnel, agents de sécurité et autres arrivaient peu à peu mais ils s'occupaient pour l'instant de contenir la foule en panique, les empêchant notamment de monter sur scène. Car dans leur hystérie, certaines fans en voyant Bill se faire poignarder tentaient désespérément et contre toute logique de se rapprocher de lui, alors qu'une autre partie de la foule cherchait au contraire à fuir la salle, piétinant tout son passage.

Il y avait là plus de 9000 personnes prises d'une folie à la fois consciente et inconsciente, rationnelle et irrationnelle. Le bruit était infernal. Des cris de terreur et d'horreur provenaient de la masse.

Bill continuait à sangloter, murmurant de temps à autre le nom de son frère tandis que Tom tentait de le rassurer comme il le pouvait, alors que lui-même commencer à devenir dingue intérieurement. La vue du sang de son jumeau qui ne cessait de couler lui était insupportable. Tom se sentit mourir intérieurement, il avait peur. C'était son sang, leur sang.

Le chanteur commença à tourner de l'½il. Georg leva les yeux vers le guitariste : « Tom, il ne faut pas qu'il s'endorme, il faut le tenir éveillé jusqu'à l'arrivée des secours.
– Bill, t'as compris ? Ne me lâche pas maintenant.
– Tom, j'ai peur. Je ne veux pas mourir.
– Et tu ne vas pas mourir, je te l'interdis tu m'entends ? Qu'est-ce que je ferais sans toi, moi, hein ! »

Il lui sourit en tremblant, le fixant de ses yeux embrumés de larmes qui se refusaient à couler. Bill sourit faiblement en retour. Puis ressentant une pointe aiguë de douleur, il jeta un coup d'½il à Georg. Celui-ci était toujours livide mais restait concentré sur sa plaie. Bill geignit : « Georg, t'es en train de me massacrer le ventre là. »

Georg haussa un sourcil : « Si tu crois que je vais m'excuser... »

Bill sourit entre deux sanglots. De longues et interminables minutes s'écoulèrent ainsi avant que les secours n'arrivent. Tom lâcha avec crainte son jumeau tandis qu'il était emporté et il les suivit jusqu'à l'ambulance, dans laquelle on le laissa rentrer après quelques mots échangés et traduits entre leur manager qui les avait rejoints et les ambulanciers.

Alors qu'ils étaient en route pour l'hôpital, sa main dans celle de son jumeau, Bill lui lança un dernier sourire avant de perdre connaissance.

***

Quelques heures plus tard, en pleine nuit...

Tom se tordait les mains dans la salle d'attente qui était à deux pas de la chambre d'opération. Gustav et Georg l'avaient rejoint. Tom venait de téléphoner avec son portable à sa mère et son beau-père, puis à son père pour les prévenir de ce qui venait de se passer. Ceux-ci étaient en route, mais comme le groupe était à présent dans le sud de la France, ils mettraient certainement plusieurs heures à arriver.

Tom était toujours tâché du sang du chanteur. Il avait refusé de se laver les mains ou de se changer, même quand Gustav et Georg le lui avaient suggéré, tant qu'il ne saurait pas si son frère était sorti d'affaire.

Tous étaient silencieux. Plusieurs membres du staff étaient présents avec eux, tout aussi muets. Seul David leur manager se tenait éloigné dans un coin, téléphonant à diverses personnes. Il était plus blanc qu'un linge. Georg et Gustav échangèrent un regard. Quelles que soient les nouvelles qu'il venait d'apprendre, elles ne devaient pas être bonnes.

Tom fixait le sol, ne relevant occasionnellement les yeux que quand il lui semblait entendre du mouvement du côté de la chambre d'opération, ce qui arriva finalement. Les portes s'ouvrirent et plusieurs infirmiers en sortirent, poussant une civière.

Suivi par ses deux amis, le guitariste se précipita vers eux et prononça avec inquiétude le nom de son frère en posant une main sur le rebord de la civière. Il semblait endormi. Un médecin s'approcha de lui tandis que David et une traductrice s'étaient rapprochés d'eux. Les yeux de Tom erraient avec angoisse entre son frère, le médecin et la traductrice. Cette dernière hésita un bref instant avant de traduire.

***

Quand Bill ouvrit les yeux, il faisait déjà grand jour. Il ressentit une douleur diffuse dans le ventre et grimaça. Une voix bien connue murmura son nom, suivi d'un 'oh mon dieu' soulagé. Alors qu'il vit Tom se pencher vers lui, sa main dans la sienne qui ne l'avait certainement pas quittée depuis plusieurs heures se serrant un peu plus, quelques secondes lui suffirent pour se rappeler ce qui s'était passé. Il regarda son jumeau en souriant faiblement : « J'imagine que je suis vivant alors ? »

Tom émit un rire qui étouffa les sanglots qui menaçaient de l'envahir. Il fourra son visage contre le cou de son frère. Ce dernier l'entoura de ses bras. Ils restèrent un long moment ainsi, en silence, se calmant, se rassurant par le seul contact de l'autre. Finalement, Tom se redressa légèrement, s'asseyant au bord du lit. Il le regarda dans les yeux en s'appuyant d'une main sur le lit : « La lame n'a touché aucun organe vital, mais tu as perdu pas mal de sang et on t'a transfusé. Ils vont te garder quelques jours en observation. Il ne faudrait pas que ta cicatrice s'infecte. »

Bill ferma un instant les yeux, puis il les rouvrit, sentant que son frère ne lui disait pas tout. Il marqua une pause avant de demander avec précaution et crainte : « Qu'est-ce que tu ne me dis pas ? »

Tom hésita et se décida enfin. Sa voix était basse mais vibrante de colère : « On en sait un peu plus sur ce qui s'est passé. Ils ont chopé et incarcéré le type qui t'a agressé. Quand ils l'ont interrogé, il leur a expliqué qu'il n'avait pas pu supporter que sa copine n'arrête pas d'être en admiration devant toi. »

Tom marqua une pause. Des larmes de rage coulèrent sur son visage. Bill les chassa du bout de ses doigts : « J'ai failli te perdre Bill, tout ça à cause de la jalousie d'un connard de malade. »

Un instant passa en silence, pendant lequel Tom se ressaisit, caressant machinalement de ses doigts le bras de son frère tandis que celui-ci caressait son cou et son visage. Tom continua avec une voix presque inaudible : « Ce n'est pas tout. Il y a eu des mouvements de panique dans le public qui cherchait à sortir... Des gens ont été piétinés, écrasés... Il y a eu 11 morts et 87 blessés. Dans les victimes, la plus jeune avait 10 ans et la plus vieille avait 44 ans, une mère de famille qui accompagnait sa fille. »

Bill porta ses mains jointes sur sa bouche sous le choc.

***

Dix jours avaient passé depuis. Dans les journaux et à la télévision, des deux côtés du Rhin, l'agression et le drame qui s'en était suivi avaient fait grand bruit. De nombreux débats avaient eu lieu, relançant les problèmes liés à la sécurité lors des concerts et événements publics concernant notamment les mouvements de foules qui pouvaient être, comme ils venaient d'en avoir la triste démonstration, meurtriers.

Bill avait quitté l'hôpital pour un hôtel non loin de là. Si leurs parents et eux-mêmes avaient décidé de revenir chez eux, en Allemagne, la fin de la tournée étant bien évidemment annulée, Bill et Tom prenaient le temps d'organiser leur retour. Bill ne se sentait pas encore assez bien pour voyager. De plus, dans un grand mouvement de sympathie, c'était des milliers de gens qui avaient envahi de fleurs et de mots leur demeure en Allemagne, tout comme c'était le cas à leur hôtel et devant la salle où avait eu lieu le drame. Ils attendaient donc que les choses se calment un peu avant de se montrer.

Ce qui avait eu lieu les avait tous beaucoup atteints. Tout le staff, leur manager, Gustav, Georg, leurs familles, leurs amis, leurs fans. Tom n'avait pas passé une nuit sans faire de cauchemar et sans se réveiller dans un état de panique total. Ce n'était pas mieux pour Bill qui dormait à côté de lui, ne parvenant pas à dormir plus que quelques heures d'affilée sans se réveiller suant et tremblant.

À présent, c'était ainsi Tom qui venait dormir avec son frère en convalescence, hanté par la crainte de le voir disparaître pendant la nuit comme dans ses mauvais rêves et obsédé par le souci de rassurer son frère qui avait été traumatisé par son agression. Même pendant le jour, Bill était pris en plus de violentes angoisses, sursautant au moindre bruit suspect.

Ce qui s'était passé les obnubilait. Ils ressassaient constamment dans leurs esprits les mêmes moments, à toute heure de la journée. Tom savait qu'il en était de même pour Georg et Gustav. Ceux-ci, rentrés la veille en Allemagne pour se reposer et prendre du recul dans leurs familles lui avaient téléphoné pour prendre des nouvelles et pour en donner, racontant les mêmes cauchemars et les mêmes angoisses.

Tom ouvrit la porte, rentrant les bras chargés de sucreries en tout genre. Il referma la porte d'un coup de pied. Bill à moitié allongé sur le lit qui était fait regardait avec fascination la télé. Bill tentait de distinguer et comprendre quelques mots avec un relatif succès tout en mâchouillant un stylo dans sa bouche. Tom s'installa à côté de lui et déversa les divers paquets de bonbons sur le lit. Ils en prirent un chacun : « Encore devant ces émissions bizarres ? »

C'était un jeu stupide sur une chaîne française mais à vrai dire, c'était toujours mieux que de regarder une chaîne allemande par satellite ou toute autre chaîne où ils seraient susceptibles de tomber sur quelque chose en rapport avec ce qui leur était arrivé. Alors malgré l'intérêt douteux du programme Tom n'osait pas suggérer de changer de chaîne : « C'est quand même mieux que ce qu'on avait à l'hôpital, y avait que deux chaînes qui marchaient là-bas... et en plus la bouffe était horrible...
– Mouais, enfin à l'hôpital t'étais surtout occupé à draguer l'infirmier qui venait l'après-midi. »

Bill se tourna vivement vers lui, outré : « Quoi !? N'importe quoi ! Dis plutôt que c'est toi qui étais trop occupé à draguer l'infirmière. Tous les matins, j'ai eu peur qu'elle me loupe avec son aiguille tellement tu la déconcentrais !
– Jaloux.
– Jaloux toi-même ! »

Ils se défièrent du regard avant d'exploser de rire en même temps. Avalant un autre bonbon, Tom se pencha sur l'épaule de son frère pour voir ce qu'il écrivait : « C'est quoi ?
– Des paroles. »

Il retourna son papier pour les cacher : « ... qui ne sont pas terminées. »

Tom ne dit rien, se contentant de détourner les yeux : « Quoi ?
– Même après ça, tu veux continuer ? Tu crois que tu pourrais remonter sur scène ?
– C'est notre vie, je ne me vois pas faire autre chose.
– Je ne sais pas si moi je pourrai tourner la page. Je ne sais pas si Gustav et Georg pourront le faire non plus. »

Bill se mordit légèrement les lèvres. Il se rappelait les visites de Gustav et Georg à l'hôpital. Même si ceux-ci avaient été immensément soulagés de le voir sorti d'affaires, leurs visages avaient semblé extrêmement fatigués et agités aux yeux du chanteur. Bill sourit tristement et ses pensées errèrent à nouveau sur son frère. « Je sais. C'est pour ça que tu n'as pas touché une seule fois ta guitare depuis ? »

Tom acquiesça silencieusement. Bill murmura : « Ça me manque tu sais. Parce que c'est une partie de toi. »

Ils ne dirent rien pendant un moment. Seul le charabia incompréhensible de la télé parvenait à leurs oreilles, ponctué des rires et des cris des candidats qui perdaient ou gagnaient.

Lâchant son stylo et son papier, Bill entoura les épaules de son frère de ses bras : « Je n'ai pas dit que ça serait facile. Moi aussi j'ai pensé à tout arrêter, mais j'ai réalisé quelque chose.
– Quoi donc ?
– La peur n'enlève pas le danger, quoi qu'on fasse. Il s'est passé quelque chose d'horrible et je ne peux pas te promettre que ça ne se repassera jamais plus, personne ne peut le dire. Mais on est là tous les deux, on est vivant. Je ne vois donc pas pourquoi on devrait s'empêcher de vivre comme on l'entend, même s'il nous faudra du temps pour oublier. »

Tom se tourna vers lui et ils se regardèrent un moment, à quelques centimètres l'un de l'autre. Ils se frottèrent légèrement le nez l'un contre l'autre. Puis Tom prononça quelques mots en frôlant ses lèvres qui réveillèrent un doux souvenir qui avait aussi eu lieu lors de ce jour malheureux, attirant un sourire sur les lèvres de son jumeau : « Je crois qu'il me faudra aussi un peu de tendresse, et d'affection.
– Quand je disais que tu étais jaloux...
– Ça n'a rien à voir.
– Faudrait savoir lequel d'entre nous deux est gay.
– Bill, la ferme. »

Celui-ci émit un petit rire que son frère étouffa de ses lèvres.

***

Deux ans plus tard,

Bill serrait nerveusement son micro dans une main. Ses yeux regardaient dans le vide. Il pouvait entendre la foule hurler non loin de là. Une interview qui avait eu lieu il y a quelques jours de ça lui revint en mémoire.

Le présentateur avait commencé avec ces mots : « Maintenant, je vous demande d'accueillir sur notre plateau les Tokio Hotel ! (applaudissements et cris dans le public) Je vois que vous ne les avez pas oubliés. Voici donc Bill, Tom, Georg et Gustav ! Ils reviennent après deux ans d'absence avec un nouvel album. Ce 3ième album a été accueilli unanimement par la critique comme un des meilleurs albums de l'année et Tokio Hotel s'apprête à commencer une tournée européenne qui affiche déjà complet dont les premières dates auront lieu en France. Mais tout d'abord, j'aimerais vous demander, comment allez-vous ? Que s'est-il passé depuis ce terrible événement qui a interrompu momentanément votre carrière, Bill ?
– Ça a été très dur. On a dû se reconstruire pendant plusieurs mois, et analyser ce qu'il s'était passé. Mais on s'est serré les coudes et même si ça a traversé l'esprit de chacun de nous de quitter le groupe à un moment ou à un autre, on a résisté. Ça nous a même beaucoup rapprochés tous les quatre.
– Les chansons de votre nouvel album auxquelles vous avez tous les quatre participé sont loin d'être pessimistes, il y a bien sûr comme on pouvait s'y attendre un titre qui fait référence au drame qui s'est passé en France, mais c'est tout. Pourquoi cela ? Oui Tom?
– On n'a pas cherché à s'appesantir sur ce qui s'était passé. Bien sûr on se devait de rendre hommage aux victimes, de mettre des mots sur ce qui nous était arrivé, mais on devait aussi aller de l'avant. Le public nous a soutenus pendant toute cette période, alors on veut montrer à nos fans qu'on a gardé l'espoir.
– Est-ce là notamment la raison pour laquelle vous démarrez votre tournée par la salle où cela s'est passé ? Histoire de conjurer le sort ?
– Exactement.
– Nous n'avons malheureusement pas beaucoup de temps, mais il y a un sujet dont vous vouliez parler Bill, en réaction aux diverses rumeurs qui courent sur vous dans certains journaux.
– Oui, je tenais à être clair car beaucoup de choses ont été dites, à tort et à travers. Le fait est... je suis gay.
– C'est tout à votre honneur d'en parler aussi ouvertement. Est-ce que cela a été un problème au sein du groupe ? Je vous vois tous secouer énergiquement de la tête. Gustav?
– Non, bien sûr que non, ça n'a jamais été et ça ne sera jamais un problème. Il n'y a rien de péjoratif à être gay. C'est aux gens qui ont des a priori à se montrer plus tolérants. Etre homosexuel n'est pas une tare.
– Eh bien, voilà qui a le mérite d'être clair. Je ne peux cependant pas éviter de vous poser une question concernant l'autre rumeur qui a envahi les kiosques. Certaines personnes disent que vous Bill et Tom, entretiendriez des relations incestueuses, qu'avez-vous à répondre à cela ? Oui, allez-y Tom.
– Je crois qu'il est parfois difficile pour les gens qui ne nous connaissent pas de comprendre notre relation. Avoir un jumeau, c'est particulier. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement qu'en disant qu'il s'agit d'une tendre affection.
– Oui, c'est difficile à comprendre pour les autres. Ce qui nous paraît normal à nous comme certains gestes peuvent choquer les gens. Mais ça, on s'en fout, avait dit Bill en souriant.
– Oui, on s'en fout, avait ajouté Tom en souriant tout autant.
– L'amour ne devrait jamais être montré du doigt, quel qu'il soit. »


Gustav étant déjà installé pour une intro de batterie, Tom entra sur scène, après avoir échangé un regard et un sourire avec son frère. Georg le suivit, donnant une petite tape amicale sur l'épaule du chanteur. Puis ce fut à son tour.

A son apparition, le public qui avait déjà fait une ovation aux trois autres entra en délire. Bill prit le temps de regarder la salle, sans rien dire pendant un moment alors que le public l'acclamait. Puis il porta le micro à ses lèvres, leva un bras, et dit en français : « Bonsoir tout le monde ! »

***

Nouvel album, nouvelle tournée, nouveau bus, mêmes cahots. Dans le noir, les quatre garçons envoyaient valser depuis leurs couchettes respectives des coussins dans tous les sens, pris de fous rires depuis plusieurs minutes.

Ils étaient sur un petit nuage depuis la fin de leur concert. Ils avaient presque oublié à quel point c'était bon. Ils n'avaient pas arrêté d'en parler, laissant revivre chaque seconde du concert, chacun y allant de son petit commentaire extasié. Leurs craintes et angoisses passées avaient été enfouies sous l'adrénaline. La tournée s'annonçait bien. C'est pourquoi quand, environ une heure plus tard, ils s'étaient enfin décidés à dormir, bercés par la route, Tom avait été un peu étonné de voir Bill débarquer dans sa couchette à tâtons. Il lui chuchota tout bas : « Quelque chose ne va pas ?
– Non, tout va bien. »

Au ton de sa voix, Tom pouvait deviner le petit sourire qui ornait le visage de son jumeau. Celui-ci se pelotonna contre lui. Il murmura dans son oreille : « J'avais juste envie d'un peu d'affection... »

Tom sourit et l'embrassa dans le cou. Bill continua, murmurant tout aussi bas : « ... ça et d'un coussin pour la nuit, j'ai plus le mien.
– Bâtard insensible. »

Ils éclatèrent de rire, se recevant pour l'occasion deux coussins des deux couchettes du dessus pour les faire taire, puis leurs rires s'estompèrent doucement dans la nuit alors qu'ils s'enlaçaient un peu plus, se câlinant avec tendresse et caressant du bout des doigts leurs visages et leurs cheveux dans le noir d'encre qui les enveloppait peu à peu dans un doux et profond sommeil.

Fin.

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Comments :

  • Nounours-x0

    03/04/2011

    J'adore *-*

  • Phoebe57100

    06/05/2010

    hé ben, je ne m'attendais pas à ce qu'il y est une agression! Moi, c'est ce qui m'inquiète tjs dans les concerts de TH, qu'il y est une agression et que la foule devienne dingue! Enfin, j'y suis jamais allée, je n'irais probablement jamais. Cependant, merci bcp pr cet OS, il est vraiment bon.

  • x-Vergessenen-Traume-x

    15/03/2010

    Wouaw j'adore! Cet OS est super beau, tout mignon, tout tendre... J'aime =D <3.

  • 26JUIN1992

    04/12/2009

    Rah, j'aime <3

  • laura67

    12/05/2009

    J'avais déjà lu ce OS sur fanfiction.net mais c'était sympa de le relire.
    Il est vraiment bien.
    Bonne continuation.

  • 26JUIN1992

    11/05/2009

    C'est magnifique.
    J'ai adoré <3

  • x-toshiio-trash-x

    07/05/2009

    J'adore vraiment super OS, sa fait super longtemps que j'ai pas lu de Twincest de TH et franchement sa fait du bien xD enfin, sa me fait toujours la même sensation .
    Surtout que tu écrit vachement bien, les émotions passent, j'arrive à imaginer chaque instants, vraiment c'est super !!
    Danke !!
    chuuuuuuuuuuuu~

  • roseberries

    05/05/2009

    Je viens de finir de lire cet OS, et j'ai encore aimé ! C'est simple et on n'a pas besoin de réfléchir pour comprendre, ou de relire certaines phrases. Ca fait plaisir de lire quelque chose sans se prendre la tête, sans fautes ni incohérences. Parce que des fics simples avec lesquelles on ne se prend pas la tête, y'en a plein, mais y'en a surtout beaucoup bourrées de fautes.
    Je ne te cache pas qu'il y a des passages que je trouve trop simplistes, et que je n'aime pas vraiment l'écriture pour sa beauté, mais pour sa compréhensibilité. C'est lisse.
    Mais surtout, j'aime la relation des jumeaux, la scène du baiser est très belle. J'aurais peut-être aimé plus de scènes où ils se montrent leur amour, bien à eux, mais ça n'enlève pas au charme.
    Ca change, parce qu'on a tellement l'habitude de lire des fictions où ils s'aiment comme des amants pourraient s'aimer qu'on est frustré, agréablement frustré. Je pensais qu'ils finiraient par vraiment se désirer, et quand j'ai vu que je n'avais plus qu'un paragraphe à lire, j'ai compris que non, et j'ai aimé ce changement.
    C'est aussi amusant, ce n'est pas un UA, et ce n'en est pas un à part entière, on est vraiment plongé dans le monde des TH avec tous ces petits détails et ces petites choses qu'on aime, que toutes ces petites anecdotes et scènes de vie inventées prennent tout leur sens. On se sent chez nous, on se sent bien, avec nos Tokio Hotel, notre passion, et notre imagination, notre imagination bien à nous, le twincest. Quoique, on n'a pas vérifié si on se l'imaginait vraiment...

    Tendre affection,

    Rose.

  • Scheisse-pOowaa

    26/04/2009

    Hey! =) On m'a conseillé de lire tes fic et j'ai lu le premier OS j'ai vraiment adoré (L) !
    Tu écris tres bien =)

  • December27th1992

    27/03/2009

    Sublime os !!
    J''adore ta façon d'écrire, de narrer, de développer etc.
    C'est vraiment fantastique !!
    Lily

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