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Annonce 14/03/2010

Ce blog est en hiatus car je ne pense pas reprendre activement l'écriture dans ce fandom, faute de temps et d'envie. 

Concernant le chapitre 17 de "Tu ne peux pas comprendre" (que skyrock m'a effacé plusieurs fois), il n'est plus accessible à ce jour. Je m'en excuse.


Bisous!

Sommaire de l'APPHT 21/01/2008

Bonjour à tous et bienvenue à l'APPHT!

Si vous êtes arrivé sur ce blog, c'est que vous êtes pour la protection des petits hérissons et qu'accessoirement vous êtes fan d'un de leurs représentants (Bill, pour ceux qui auraient des doutes...) et de Tokio Hotel! ^^

Avertissement et disclaimer : Ce blog est composé de fictions twincest, c'est-à-dire d'inceste entre jumeaux (et d'un peu de Gustav/Georg). Aucun récit que vous lirez ici n'est réel. Toute ressemblance avec des faits et des personnes réels ne serait que pure coïncidence. C'est de la pure fiction. N'y voyez pas l'intention de nuire aux vrais Bill et Tom qui sont une source d'inspiration malgré eux.

Je tiens à préciser que je suis majeure et que les personnages romancés dont il est ici question le sont aussi. Si les thèmes de l'homosexualité et de l'inceste (fraternel) vous dérangent, ne consultez pas ce blog.
A fortement déconseiller aux mineurs également !
Le contenu parfois érotique de ce blog n'est en aucun cas à caractère pornographique, encore moins pédophile. Vous n'y trouverez aucune image explicite non plus. Quant aux mots, dites-vous bien que Houellebecq fait pire et se trouve dans n'importe quelle librairie... *tousse*

Ce que vous ne trouverez pas non plus ici :
des death fics, des fics sur les thèmes de la drogue, de la scarification, ou autres sujets durs et sanglants. Eh oui, vous voilà arrivé au pays des bisounours... lol

Au fait, j'ai rajouté à droite mon tout nouveau tout neuf blog music (et il est interdit d'en rire! vv èé)

Vous pouvez laisser vos pubs, ça m'intéresse toujours, mais à part pour les annuaires, je ne les validerai pas.

Voici ma liste de fics et traductions twincests disponibles sur ce blog basées sur les personnages inspirés des jumeaux Bill et Tom de Tokio Hotel (les petites étoiles à côté sont un avertissement subjectif quant au contenu, sur une échelle de 1 à 3, du petit bisou jusqu'au citron en somme, lol) :

OS:
Tendre affection * Pendant leur tournée française fin 2007, Bill se pose des questions sur sa relation avec Tom
Paparazzi (scène manquante de Tendre affection) * Deux ans après l'attentat, les TH se retrouvent en vacances en Italie, juste avant de revenir sur le devant de la scène
Liberté * Anniversaire des jumeaux. Ils ont enfin 18 ans, mais sont-ils libres pour autant?
Dominance * Bill, dominant ou dominé?
Bise d'automne * Bill attrape un rhume, et Tomi est aux petits soins
Braise noisette* Les regards en disent plus que les longs discours
Masque d'illusions * Bill porte un masque, mais qu'en est-il de Tom?
Dans ma solitude * Les jumeaux sont seuls, mais ce n'est peut-être pas la pire des solitudes
Foutaises ** Les foutaises cachent bien des douceurs
Faiblesses * (suivie de Souvenirs d'enfance) Bill est triste, et Tom est faible
Souvenirs d'enfance (séquelle de Faiblesses) ** Remuer des souvenirs peut être tendre et hot, même dans un grenier
Double Magnum ** Les jumeaux aux Maldives, entre glaces, mer et paparazzi
Touche-moi ** Bill aime être touché, mais seulement si c'est Tom
Tu as perdu * -humour- Bill lance un pari à Tom, qui va perdre?
Sous pression * La pression professionnelle monte alors que les jumeaux sont aux Etats-Unis, et Bill trouve le moyen de faire décompresser Tom
Photos compromettantes * -humour- Des photos embarrassantes des jumeaux? Nooooon!
Ivres comètes ** Les jumeaux à l'after de la cérémonie des Comet Awards 2008
Mon Bisounours de Noël ** (1, 2) Un calendrier de l'Avent un peu spécial, des bisous, et des Bisounours
Petits secrets entre amis* -UA, twins pas twins- Les apparences sont parfois trompeuses...

FICS :
Menteur *** Les jumeaux se retrouvent en vacances sur une île où personne ne les connaît et Bill se pose des questions sur sa relation avec Tom
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4
- chapitre bonus


La saison des framboises (traduction d'une fic de cynical_terror) *** Les jumeaux se retrouvent contraint et forcer de rester seuls pour entretenir la maison de leurs grands-parents pendant leur absence dans un coin perdu de campagne. De là, les souvenirs de ce qu'ils étaient et les contours de ce qu'ils seront apparaissent peu à peu
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4
- chapitre 5
- chapitre 6


Série du silence Deux fics écrites à la période où Bill a eu son kyste à la gorge et a dû se faire opérer
Aphonie mobile **
- chapitre 1 Bill est agacé par toutes ces fans qui voient du twincest partout
- chapitre 2 Des concerts sont annulés et Bill repart d'urgence en Allemagne
Prison de silence (suite d'Aphonie mobile) **
- chapitre 1 Bill aime Prison Break...
- chapitre 2 ... et les films de vampires! 8D


Trilogie de Pâques 2008
Cascade En Chaîne *** Bill et Tom se retrouvent à faire une randonnée dans une forêt de Madagascar avec leur staff
- chapitre 1
- chapitre 2
Abandon *** Bill se sent abandonné, mais l'est-il vraiment?
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
Secrets d'alcôve ** Quatre murs sont souvent les seuls remparts d'un secret


Parfum de scandale ***, fic écrite en collaboration avec Winry Une rumeur s'empare brusquement des médias et les jumeaux mènent l'enquête
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4
- chapitre 5 (partie 1, partie 2)
- chapitre 6 (partie 1, partie 2)
- chapitre 7


Stupeur et tremblements ** Alors que les jumeaux s'éloignent l'un de l'autre, Bill ne sait pas comment annoncer à son frère qu'il est gay, de peur de le perdre. Mais ce qu'il va découvrir ne le fera que plus trembler
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4
- chapitre 5
- chapitre 6, partie 1
- chapitre 6, partie 2
Vous pouvez voter pour cette histoire ici, sur le blog de Tom-is-so-Naive, blog regroupant toutes les fics où Tom passe à la casserole.


Baiser de pardon **, cadeau (en retard) pour l'anniversaire de Lillou483, et l'anniversaire très en avance de Risou! Disputes fraternelles, amour et jalousie. Secouez le tout, et vous verrez le résultat
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4, partie 1
- chapitre 4, partie 2


Tu ne peux pas comprendre ***, cadeau pour Winry! Quand Bill sort avec un garçon et que celui-ci ne peut pas supporter la proximité entre Bill et son jumeau, les choses tournent au vinaigre, surtout que Tom s'en mêle, demi-UA
- chapitre 1
- chapitre 2
- chapitre 3
- chapitre 4
- chapitre 5
- chapitre 6
- chapitre 7
- chapitre 8
- chapitre 9
- chapitre 10
- chapitre 11, partie 1, partie 2
- chapitre 12
- chapitre 13
- chapitre 14
- chapitre 15
- chapitre 16
- chapitre 17 (fin) *nouveau*


Si vous voyez des fautes sur ce blog, s'il vous plaît, signalez-les-moi.

Donnez une note à ce blog : * ** *** **** *****

***

Publicité

Histoire de me faire un peu de pub (lol), je suis inscrite sur:
- annuaire-fic-yaoi, un annuaire, très bien fait, de blogs. Je suis .
- annuaire-fiction-yaoi-x qui organise un classement des fics en fonction des votes des lectrices. Donc, pour mes lectrices qui voudraient aider mes histoires à se faire connaître, il suffit de laisser un message en mettant la note sur 10 que vous attribuez à mon blog dans cette page (n°295).
- blogs-fan-fics-yaoi, .
- annuaiire-yaoi-fic-th

J'ai trouvé certains de ces blogs grâce à index-des-annuaire-fic qui répertorie des annuaires de fics. C'est très utile et je l'en remercie. :)

Merci à tous les gens qui ont eu la gentillesse de me mettre dans leurs blogs préférés! Merci beaucoup! *♥*♥*♥*

***

Sur ce, bonne lecture!

Tendre affection 21/01/2008

Tendre affection

Les cahots du bus provoqués par les aspérités de la route les secouaient dans leur sommeil. Ils approchaient de la fin de leur tournée, une de leurs toutes dernières dates, et ils faisaient le trajet jusqu'à la prochaine ville de nuit.

Ses yeux toujours fermés bien qu'il ne dormît pas, Bill s'agrippa un peu plus à la taille du corps à côté de lui, se collant encore plus, comme s'il craignait de tomber à terre. Une respiration calme et régulière indiquait que son frère, Tom, dormait à présent profondément, dos tourné à la paroi du bus, tenant dans ses bras son jumeau qui s'était glissé plusieurs dizaines de minutes auparavant dans son lit alors que lui était déjà en train de s'endormir.

Entrouvrant à peine ses yeux fatigués, Tom lui avait posé sa question rituelle depuis quelque temps, chuchotant pour ne pas réveiller leurs deux amis qui dormaient déjà : « Quelque chose ne va pas ? »

Et comme depuis quelque temps déjà, Bill s'était contenté de secouer légèrement la tête, sans rien dire, et Tom n'avait pas insisté. Refermant les yeux alors que son frère se pelotonnait contre lui, il était resté pensif quelques minutes, caressant d'une main le creux du dos de son jumeau un moment avant de sombrer dans le sommeil.

Il fallait dire que Tom avait l'habitude de voir Bill s'inviter pour la nuit pour une raison ou une autre. Un cauchemar, une angoisse quelconque, un tracas ou tout simplement l'envie d'avoir un coussin chaud et moelleux pour la nuit. Tom maugréait parfois contre ces infiltrations nocturnes, pour la forme, histoire de voir son jumeau lui tirer une moue pas possible remplie de reproches (à laquelle il était difficile de résister...) avant de l'accueillir dans ses bras.

C'était une habitude naturelle pour des jumeaux. Généralement, même si le contraire arrivait de temps à autre, c'était Bill qui venait le rejoindre. Ils l'avaient toujours fait, même lorsque ils avaient eu chacun leur chambre ou quand plus tard ils avaient commencé à partager un appartement avec Georg et Gustav, les deux autres membres et amis du groupe. C'était quelque chose de tendre et rassurant, bref, le genre de manie dont il était dur voire impossible de se défaire quand on était aussi proche de son jumeau.

Bien sûr, leurs deux amis les avaient toujours charriés là-dessus. Il est vrai que pour ceux qui n'y étaient pas habitués, ce comportement pouvait paraître étrange au premier abord, mais au fil du temps, leurs amis et familles s'y étaient fait... et se contentaient de les taquiner en prenant d'innombrables photos.

D'ailleurs, Gustav et Georg avaient chacun consciencieusement constitué un dossier qu'ils gardaient précieusement dans un coin de leur ordinateur. Dossier qu'ils menaçaient de temps à autre de divulguer aux paparazzis quand il prenait à Tom ou Bill l'envie de sauter leur tour de corvées de ménage... au grand dam de ces derniers qui avaient tout tenté pour éradiquer les photos compromettantes, sans succès.

Cette habitude de dormir ensemble n'arrivait cependant pas si souvent que cela en général, enfin une ou deux fois par semaine, pas plus... sauf que depuis le début de leur dernière tournée, elle s'était accentuée et il devenait rare que Bill passe une nuit sans le rejoindre.

La raison ? Tom ne le savait que trop. Le stress. Ils étaient tous sous pression depuis la sortie de leur second album. En effet, même si depuis le début de leur succès ils s'étaient habitués aux critiques, à la promo, aux plateaux de télévision, aux interviews diverses mais invariables ainsi qu'à toutes les rumeurs qui courraient sur eux dans les magazines ou bien sur Internet, il y avait toujours ce stress permanent. Bien sûr, cette adrénaline était nécessaire pour jouer sur scène quasiment tous les soirs, mais pour Bill qui était bien plus mis en avant qu'eux, cela était par moments trop, et Tom était sa soupape de sécurité. Enfin, lui et la cigarette.

Ils avaient commencé en même temps à fumer, au début de leur médiatisation, lors de quelques soirées déjà arrosées. Au départ, ce n'était qu'épisodique, puis ils en étaient venus tous les deux à une consommation régulière, bien que restant modérée. En fait, ils n'avaient même pas le temps de fumer comme des pompiers. C'était certainement mieux ainsi.

Tom cherchait à arrêter. Surtout parce qu'il s'inquiétait de voir Bill fumer lui aussi. Ils avaient ainsi eu une discussion pendant laquelle Tom avait proposé à son frère qu'ils arrêtent en même temps, ce à quoi son jumeau lui avait répondu en soupirant nerveusement que tant que la tournée et la promo ne seraient pas terminées, il ne se voyait pas arrêter la cigarette.

Et Tom s'était alors tu, observant attentivement son double dans les yeux, réalisant à ce moment peut-être plus que jamais à quel point son jumeau était fragilisé. Mieux valait la cigarette pour l'instant, quitte à se motiver pour arrêter ensemble plus tard que de pousser sans le vouloir Bill vers d'autres drogues plus dures qui étaient choses communes dans les soirées VIP auxquelles ils avaient coutume d'aller avec le groupe.

Alors, bien entendu qu'ils étaient tous les quatre, Bill le premier, heureux de faire ce métier. Cependant, Tom ne pouvait s'empêcher d'avoir parfois cette étrange sensation, quand Bill angoissé venait le rejoindre le soir, qu'un jour quelque chose allait tôt ou tard mal tourner. Et qu'il ne pourrait rien faire pour protéger Bill.

***

Quand Tom se réveilla le lendemain matin, le bus roulait encore. Le chauffeur avait fait une halte pendant la nuit et ils avaient repris la route depuis environ deux heures. D'après ses calculs, ils ne devaient donc plus être loin de la salle de leur prochain concert, leur arrivée étant prévue pour 11h du matin. Il entendit du mouvement au-dessus. Georg et Gustav semblaient être réveillés eux aussi. Ils ne tarderaient pas se lever et à aller squatter la petite salle de bains du bus. Il devait donc se dépêcher pour la squatter avant, car il ne fallait jamais sous-estimer le temps que pouvait passer Georg à se coiffer devant un miroir. Bill ne le battait en ce domaine que d'une courte tête, c'était dire...

Il étira ses bras, se défaisant de l'emprise de son jumeau. La réaction ne se fit pas attendre. Celui-ci fronça les sourcils dans son sommeil qu'il avait difficilement trouvé, et il marmonna quelque chose d'incompréhensible avant de lever une main à tâtons pour tenter d'agripper à nouveau son coussin en fuite. Tom la reposa machinalement sur le lit et s'affaira à se frayer un passage entre son jumeau et le plafond plutôt bas constitué du lit juste au-dessus d'eux de Gustav. Il écrasa un peu bien qu'involontairement son frère au passage, celui-ci pestant un peu plus fort cette fois-ci mais sans bouger d'un pouce pour autant. Il commençait juste à se réveiller, comme toujours du mauvais pied. Bill n'avait jamais été du matin.

Tom ricana doucement en se redressant et s'en alla en premier dans la salle de bains. Quelques dizaines de minutes plus tard, Tom en ressortait et retraversait leur 'chambre' pour se diriger vers le petit salon où ils prenaient leur petit déjeuner. Bill devait déjà y être, patientant pour que la salle de bains se libère. Gustav venait de l'y remplacer et Georg était en train de mettre de l'ordre dans leur chambre. Ils se saluèrent, Georg toujours un peu groggy de sommeil. Tom s'apprêtait à ouvrir la porte du salon quand Georg l'interpella, à voix basse, et sourire en coin : « Fais attention, il a sa tête des mauvais jours. Tu lui as fait quoi cette nuit ? »

Tom laissa échapper un rire : « Il a toujours une sale tête le matin.
– Je vous signale que je vous entends très bien ! »

Riant silencieusement, Tom fit un signe à Georg et passa la porte du salon où Bill était effectivement déjà en train d'avaler son café, ses mains sur la tasse portée à ses lèvres tandis qu'il fusillait son jumeau du regard. Tom se dirigea vers lui en souriant, et posant une main sur son épaule il lui déposa deux bises, dont une au coin des lèvres, auxquelles son double répondit malgré sa mauvaise humeur matinale. Puis il s'assit en face de lui et commença à se servir également du café.

Bill le regarda un moment tout en sirotant son café en silence. Ses yeux parcouraient ses traits avec attention. Sentant ce regard insistant sur lui, Tom fit de même. Dans leurs conversations muettes de jumeaux, il leur arrivait souvent de se fixer de cette façon, comme s'ils cherchaient à deviner les pensées de l'autre. Il fut cependant surpris de voir Bill détourner soudainement le regard, comme s'il n'osait pas garder leur contact visuel trop longtemps.

Tom fronça les sourcils. Cette étrange réaction de Bill n'était pas la première depuis quelque temps. Le guitariste ouvrit la bouche, prêt à lui dire quelque chose quand Bill le devança. Pour la première fois de la journée le chanteur sourit. Il déplia un papier qui était à portée de lui et le tendit à Tom, puis il s'appuya sur ses bras posés sur la table, fixant son jumeau : « Je l'ai écrite hier. »

Tom dévisagea les traits à nouveau souriants de son frère puis baissa les yeux pour lire les mots griffonnés sur le bout de papier. À la différence du comportement nerveux et stressé de Bill ces derniers temps, ces nouvelles paroles avaient un goût de douceur et de réconfort. Tom entendait déjà dans ses oreilles les premières notes qui pourraient venir mettre en musique ces mots. Cela paraissait si naturel. Il cligna doucement des yeux : « Alors ?
– Oui bof, pas mal.
– Pas mal ? »

Tom sentit un léger coup de pied sous la table et il ricana en voyant le froncement de sourcils de son frère, apparemment vexé. Tom reposa ses yeux sur le papier. Pour être honnête, le blond pensait que c'était sûrement un des meilleurs textes qu'ils aient en réserve. En effet tout au long de la tournée ils avaient commencé à écrire des textes et composer de la musique pour le 3ième album, il ne leur en manquait plus à vrai dire que quelques chansons pour être satisfaits.

Cet album s'annonçait bizarrement bien. Ils avaient prévu de commencer les enregistrements deux mois après la fin de la tournée, le temps de peaufiner les musiques. Malgré le fait que la production les avait poussés vers certaines influences, profitant de leur tournée chargée pour leur faire des tas de propositions, ils étaient tant bien que mal arrivés à s'en défaire et à trouver leur propre inspiration. Et ça fonctionnait. Même Georg et Gustav s'étaient cette fois-ci impliqués dans l'écriture de plusieurs textes, ce qui apportait par ce seul fait un style étonnamment nouveau dans leur composition. Mais pour Tom, les textes de son frère avaient une couleur particulière, certainement parce qu'ils mettaient toujours plus ou moins en évidence leur lien si particulier.

C'est à ce moment là que Gustav entra dans le petit salon et que fièrement Bill lui tendit son texte, se plaignant auprès du batteur d'être incompris et de vouloir changer de frère, ce à quoi Tom répondit à son tour par un petit coup de pied outré sous la table. Bill lui sourit d'un air joueur et taquin. Son regard en disait long. Alors qu'il souriait avec douceur en retour, une crainte récurrente traversa l'esprit du guitariste.

Je ne supporterais pas de te perdre...

***

Quand ils arrivèrent à la salle à 11h, les quatre garçons se penchèrent en même temps pour regarder à travers les vitres teintées. Bill releva la visière de sa casquette. Il avait entièrement lissé ses cheveux et emprunté une des nombreuses casquettes de Tom.

Une longue queue de fans s'était déjà formée devant la salle. Quelques unes semblaient même y avoir passé la nuit. En voyant le bus passer non loin de là, certaines se levèrent et se précipitèrent en hurlant vers le bus. Cependant une grille séparait la voie que le bus prenait et le parking devant la salle.

Bill grimaça. Il valait mieux. Il avait toujours peur qu'il y ait une fan trop extrême prête à se jeter sous leurs roues. De plus, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe au c½ur en voyant toutes celles qui dormaient dehors à les attendre.

Le bus s'immobilisa et les quatre garçons descendirent, prenant quelques affaires avec eux. À leur sortie, Tom en tête et avec leurs gardes du corps, ils se dirigèrent vers les fans qui criaient toujours aux grilles. Ils commencèrent à signer des autographes. Bill souriait comme à son habitude et s'il ne comprenait pas un mot de ce qu'elles lui racontaient en français, il prêtait néanmoins une oreille attentive quand certaines tentaient quelques mots en allemand, souriant à leur accent tandis que ses yeux restaient rivés sur son stylo. Il signait machinalement quand une photo arrêta soudainement son geste. Il la regarda et son sourire disparut, avant de constater que son frère déjà passé par là l'avait signée. Il rit légèrement avec embarras et choisit avec hésitation de ne pas signer, murmurant un 'désolé' en allemand avant de poursuivre ses autographes avec un sourire légèrement crispé aux lèvres.

Puis il se dirigea vers l'entrée de la salle sur les traces de son frère à quelques mètres devant lui, disparaissant de la vue des fans. Il l'interpella d'une voix ferme. Tout autour d'eux on transportait du matériel pour terminer de monter la scène. Gustav et Georg qui venaient de rentrer dans la salle étaient en pleine discussion avec les membres de l'équipe.

« Tom ! »

Celui-ci se retourna : « Ouais ?
– Tu as vu ce que tu as signé ? »

À son ton, son frère s'arrêta et attendit que Bill arrivât à son niveau. Il réfléchit un instant puis comprit : « Ah, ça ? Ben, c'est pas la première fois non ? Ça t'est arrivé à toi aussi d'en signer. Je croyais qu'on s'en foutait. »

Bill voulut répliquer mais ne sachant que dire, il soupira : « Oui, on s'en fout, je m'en fous, mais il était plutôt osé celui-là. Et si ça continue... Non laisse tomber. »

Bill se mordit les lèvres, resta silencieux un moment face à son jumeau puis partit tout d'un coup en direction des loges avant que Tom ait pu dire quoi que ce soit.

Tom entendit Gustav l'appeler. Il se retourna. Il était assez loin. Le batteur lui fit un geste pour demander ce qui arrivait à Bill. Tom lui fit un signe pour lui dire de ne pas s'en faire et il partit en courant chercher son jumeau.

Il savait ce qui se passait. C'était un de ces dessins, un montage pour être exact. La première fois qu'ils en avaient vu un, c'était en surfant sur Internet. Georg et Gustav leur avaient parlé de ces rumeurs sur eux et ils avaient voulu vérifier. C'était il y avait déjà deux ans de ça, à leurs débuts. Ils avaient depuis eu le temps de s'y faire, même si les six premiers mois de célébrité avaient été durs à passer. Surtout pour Bill. Si c'était celui qui attirait le plus de fans, c'était aussi lui qui faisait face au plus grand nombre de critiques et rumeurs, notamment celle selon laquelle il serait gay.

Ça l'avait profondément touché même s'il ne l'avait pas exprimé ouvertement et il s'était appuyé sur Tom pour faire taire les rumeurs, le prenant à témoin à plusieurs reprises pour dire au public et aux journalistes qu'il n'était pas gay. En son for intérieur, Tom avait ses propres doutes quant aux certitudes soi-disant affirmées de son frère, mais il préférait que celui-ci fasse son propre chemin. C'était à lui de savoir qui il était vraiment.

Mais au-delà de cette rumeur et des critiques, sur leur physique ou autre, un autre mouvement couronnait le tout. Le twincest. À vrai dire, au départ, ça les avait surtout étonnés plus qu'autre chose. Enfin, peut-être qu'ils avaient été un petit peu gênés, pour être honnête.
Pour eux il était normal de se toucher de temps à autre, de se fixer intensément pendant de longs moments sans qu'il y ait aucune pensée équivoque. Quand on a un jumeau avec qui on partage tout, dont on est très proche, cela paraît normal... mais c'était le genre de comportement qu'il était difficile de faire comprendre aux gens. C'est ce qu'il se passait avec ces fans apparemment.

Depuis toujours, ils avaient toujours eu des gestes tendres l'un avec l'autre, et quoi de plus banal entre des jumeaux ? Cependant, depuis qu'ils étaient devenus connus et que ces diverses rumeurs avaient commencé, une certaine distance s'était instituée entre les deux jumeaux quand ils étaient en public. De toute manière, Tom n'avait jamais été très démonstratif en présence d'autres personnes, mais Bill lui avait fait un effort pour se montrer plus neutre envers lui...

Or depuis quelque temps, le naturel revenant au galop sûrement, les deux avaient recommencé à porter à l'autre des gestes de complicité forte. Cela passait par des regards plus accentués sur les plateaux de télévision, les concerts, de légères caresses ou d'autres signes passant peut-être plus inaperçus... Le look de Bill qui devenait sans conteste de plus en plus efféminé n'arrangeait certainement rien à l'affaire.

Le fait était qu'inconsciemment, ils avaient commencé à jouer de cette rumeur de relation incestueuse, sans même se concerter, ou bien peut-être en un regard. Un des meilleurs exemples était le jour où Bill avait commencé à donner un petit coup de pied à son frère lors d'une de leurs prestations de la chanson « in die Nacht » pour attirer son attention. Le public féminin avait réagi immédiatement, se mettant à hurler de plus belle. Georg et Gustav en coulisses en étaient restés babas et c'est tous les quatre qu'ils avaient pris la décision en rigolant de renouveler l'opération à chaque concert.

C'est à partir de là que les dessins et les montages, mais aussi les fics s'étaient multipliés. S'ils évitaient les pages Web qui en regorgeaient, ils tombaient néanmoins de temps à autre dessus. Mais surtout, lors de leurs apparitions publiques et en concert, le nombre de pancartes et autographes twincest s'était multiplié.

Tom continuait à prendre ça à la légère mais pour Bill c'était différent. Le guitariste avait une idée sur les raisons qui le faisaient réagir ainsi. Il soupira. Il trouva enfin leur loge après avoir tourné un moment dans les couloirs sombres, et il entra sans frapper. Son frère était assis sur le rebord d'une table, tournant le dos à un grand miroir, les mains posées à côté de ses genoux et fixant le sol que ses pieds ne touchaient pas malgré sa grande taille. Tom referma la porte derrière lui et s'approcha. Il se planta devant son jumeau et croisa les bras : « Tu vas me dire ce qui te tracasse à la fin, Bill ? »

Le brun redressa la tête. Il regarda son jumeau un long moment dans les yeux : « J'ai peur que tu t'éloignes de moi à cause de ces conneries. »

Des larmes apparurent dans ses yeux et sa grimace alors qu'il baissa la tête ne laissait présager rien de bon. Un sanglot silencieux s'échappa de ses lèvres. Tom se rapprocha immédiatement et, ôtant la casquette de Bill, il le prit dans ses bras en le serrant à l'étouffer. Il passa une main sur ses cheveux lisses, les caressant doucement. Bill s'agrippa à lui en retour comme s'il craignait de le voir s'échapper. Tom commença à parler doucement : « Tu me connais quand même mieux que ça non ? Comme si je pouvais m'éloigner de mon frère pour des dessins. Enfin, tu sais ce que tu représentes pour moi, non ? »

Un moment passa en silence. Les larmes de Bill se calmèrent, mais son ton resta étrange. Il se mordit légèrement les lèvres puis il releva ses yeux vers lui, se détachant un peu de l'emprise de son jumeau : « Mais toi, est-ce que tu sais vraiment ce que tu représentes pour moi ? »

Tom le fixa en retour. Bill hésita puis continua, tentant de se calmer en vain alors que ses yeux restés plongés dans ceux du blond : « Je deviens fou avec ces histoires. J'arrête pas de me poser des questions. À cause de ça, de toutes ces rumeurs, ces sous-entendus où qu'on aille, toutes ces questions... Je ne sais plus où j'en suis... Je ne sais plus... »

Tom posa ses mains sur le visage de son jumeau, essuyant avec ses pouces les larmes qui glissaient encore sous ces yeux si identiques aux siens, qui n'étaient heureusement pas maquillés pour l'heure. Il continua de le fixer, se rapprochant légèrement jusqu'à ce qu'ils soient nez à nez : « Et si moi, je savais ? »

Bill le regarda avec incertitude, passant tour à tour de l'un à l'autre des yeux marron si proches de son frère qui le faisaient presque loucher. Tom murmura, son air sérieux. Une de ses mains quitta le visage de son frère, mais de l'autre il continua à effacer les traces de larmes passées : « Tu as peur d'être attiré par moi ? »

Tom sentit un frémissement parcourir le corps de son jumeau. De la peur. Les mains du brun qui étaient toujours posées juste au-dessus de la taille du blond se détachèrent légèrement. Tom le regardait toujours de la même façon douce et calme, ce qui rassura tout de même un petit peu le chanteur. Néanmoins, ce qui se passa ensuite le déstabilisa complètement. Tom murmura encore : « Bill, tu me fais confiance, hein ? »

Ledit Bill fronça légèrement les sourcils et secoua imperceptiblement la tête : « Bien sûr, entièrement, pourquoi ?
– Alors ne flippe pas, ok ? »

Sans lui laisser le temps de réfléchir outre mesure, mais avec lenteur pour ne pas l'effrayer, les lèvres de Tom se posèrent sur les siennes pour exercer une douce pression pendant plusieurs secondes. Sous la surprise, les yeux de Bill s'étaient ouverts en grand.

Au long de leur vie de 18 années d'existence commune, il leur était déjà arrivé de se faire des becs à cause de stupides paris en de très rares occasions ou de frôler les lèvres de l'autre par inadvertance quand ils se faisaient des bisous le matin ou lors de câlins, mais jamais ils ne s'étaient embrassés dans ce sens. Et Tom ne semblait pas vouloir s'en tenir là car Bill sentit très vite ses lèvres s'entrouvrir, venant emprisonner les siennes, les capturant doucement pour les faire réagir et les pousser à faire de même alors que sa main caressait toujours sa joue, comme pour le rassurer.

Malgré lui, se laissant porter par les douces lèvres du guitariste qui caressaient langoureusement les siennes, les yeux du brun se refermèrent peu à peu et la raideur qui envahissait son corps se dissipa au fur et à mesure qu'il se mit à répondre au baiser. Bientôt, leurs langues se mélangèrent, se caressèrent, jouant avec les piercings et les lèvres de l'autre, et Bill oublia presque que c'était son jumeau qu'il embrassait et qui l'embrassait, explorant toujours plus les contours de sa bouche de sa langue et appréciant la sensation de ses lèvres sur les siennes. Le chanteur osa même passer une main, bien qu'avec hésitation, sur la nuque du blond pour l'attirer un peu plus près.

C'était doux, tendre. En un mot, parfait. Une douce chaleur avait envahi son corps, étrangement réconfortante. Sans s'en rendre compte, ils s'étaient enlacés et ils poussaient même de légers gémissements de contentement dans leur baiser.

Le temps sembla se suspendre, aucun des deux ne semblant décidé à s'arrêter. Mais finalement, leurs lèvres se séparèrent. Ils ouvrirent les yeux et se regardèrent, toujours enlacés. Bill se sentait déjà bégayer avant même de parler. Il chercha une excuse en vain dans un recoin de son cerveau qui fonctionnait encore quand Tom fit quelque chose qui le surprit encore plus que le baiser, si c'était possible...

Il le toucha à un endroit très précis entre ses jambes et puis, sans rien dire alors que Bill le regardait avec des yeux exorbités, Tom prit une des mains de son frère et la posa un instant sur le même endroit de sa propre anatomie avant de la relâcher. Il rit légèrement face au regard effaré de son jumeau avant de parler. Il secoua la tête : « Tu vois ? Rien. Ni toi, ni moi. Or ce n'est pas parce que tu n'es pas sexy, et moi n'en parlons pas, je suis hyper sexy, aucun doute là dessus. Alors tu veux que je sois honnête ? C'était agréable, hyper agréable même, pour toi comme pour moi, mais même si on est attiré par l'autre ce n'est pas de la manière que tu crains. C'est de la tendresse, de l'affection, appelle ça comme tu veux. Tu es mon frère jumeau Bill, le seul et l'unique, alors oui, tu sais exactement ce que tu représentes pour moi, et je sais ce que je représente pour toi, je n'en ai jamais eu le moindre doute, alors ne te fais plus de bile pour ces rumeurs, ok ? Ça change rien entre nous. »

Bill le regarda dans les yeux un instant puis se levant enfin de la table où il était assis, il sourit à nouveau, entourant de ses bras le cou de son frère. Il l'embrassa légèrement dans le cou : « Merci. »

Tom caressa son dos avec douceur : « De rien. Et pour ta deuxième question, la réponse est 'oui'. J'aimerais t'éviter de chercher la réponse pendant 36 000 ans encore. »

Bill recula légèrement, le regardant face à face, ses bras toujours autour de son cou. Un peu perdu, il cligna des yeux : « Pardon ? »

Tom l'ignora et continua : « Et la réponse à ta troisième question est 'non', ça ne me dérange pas du tout. »

Sans attendre sa réaction, il déposa un dernier bisou appuyé sur ses lèvres. Puis le guitariste reprit la casquette qu'il avait enlevée à Bill plusieurs minutes auparavant pour la lui replacer sur la tête, en profitant pour passer ses mains dans les cheveux lisses pour les remettre en ordre. Il recula enfin et se dirigea vers la porte pour revenir dans la salle. Bill le laissa faire tout en cogitant sur ce qu'il venait de dire, cherchant un sens à ses paroles. Tom se retourna encore vers lui : « Et tu embrasses très bien, au cas où tu voudrais l'avis d'un expert. »

Lui lançant un dernier clin d'½il, il ouvrit la porte et sortit dans le couloir. Le suivant du regard, Bill sourit. Puis réfléchissant encore quelques secondes, il comprit soudainement ce que son frère avait voulu dire un peu plus tôt. Il murmura pour lui-même : « Je suis... gay ?... HEY ! Comment ça ? Tom, attends moi ! »

Bill réajusta sa casquette et se précipita dans le couloir après son jumeau.

***

Gustav et Georg se retournèrent en entendant des chamailleries murmurées et inintelligibles provenant de deux voix bien connues qui se rapprochaient d'eux : « Ah, vous voilà ! Où étiez-vous passés ? »

Les jumeaux se turent immédiatement en les voyant, comme pris en flagrant délit, et ils échangèrent un regard avant que Tom ne parle : « On avait un truc à régler.
– C'est à cause du montage pendant les autographes ? »

Décidément, rien ne semblait échapper à Georg. Bill fit un geste pour écarter le sujet : « Oui, mais c'est réglé. On s'en fout. »

Tom sourit en coin et acquiesça : « On s'en fout. Bon, parlons plutôt de choses sérieuses, quand c'est qu'on mange ?
– Ah tiens c'est vrai ça, c'est où la bouffe ?
– Vous pensez vraiment qu'à bouffer vous deux. Méfiez-vous, un jour vous finirez obèses à force de vous empiffrer à longueur de journée ! »

Tom, Gustav et Georg commencèrent à enchaîner quelques vannes, se charriant comme ils en avaient l'habitude. Bill rit un peu face à ce foutage de gueule et y échappa en se dirigeant vers la scène. Celle-ci était à présent presque terminée. Il s'avança tout devant et regarda la salle où ils allaient jouer le soir même, l'observant en détail. C'était un rituel auquel il ne manquait jamais, tout comme les autres membres du groupe.

Tom tourna la tête pour l'observer alors que Georg et Gustav partaient devant pour aller déjeuner. Le voyant debout face à la fosse et aux gradins vides, un malaise l'envahit. Il avait un étrange pressentiment. Un mauvais pressentiment qu'il ne se l'expliquait pas. Pris d'une angoisse soudaine, il se rapprocha à grands pas de Bill et lui attrapa l'avant-bras. Le brun se retourna vers lui avec étonnement : « Qu'est-ce qu'il y a ? »

Tom se contenta de secouer la tête. Il ne comprenait pas lui-même pourquoi il réagissait de la sorte : « Rien, c'est juste qu'on devrait aller manger maintenant si on veut pouvoir répéter tôt et décompresser un peu avant le concert. »

Bill le regarda, ne semblant pas convaincu mais il se laissa faire quand Tom le tira par l'avant-bras qu'il tenait toujours, l'arrachant de la scène où ils joueraient le soir venu.

***

L'après-midi se passa sans encombre. Après avoir mangé, ils s'étaient reposés pendant quelques minutes puis avaient commencé à répéter pour prendre leurs marques, et quand plus tard vint le moment d'entrée en scène, l'adrénaline monta et c'est avec elle qu'ils entrèrent en piste pour l'un de leurs tout derniers concerts de la tournée. Tout se déroula comme sur du papier à musique. Le public était chaud, criard, survolté. La température elle-même semblait grimper à chaque morceau et le n½ud qu'ils avaient toujours au début de leurs concerts s'était peu à peu dissipé.

Ils approchaient déjà de la fin de la représentation. C'était le moment privilégié pour les jumeaux de 'in die Nacht'. Comme à l'accoutumée, regards et sourires complices, peut-être même un peu plus qu'avant, passèrent entre les deux garçons. Le rituel du petit coup de pied fit son effet dans le public de filles et leur sourire se fit plus grand.

Les événements du matin furent certainement à l'origine de ce qui se passa ensuite, poussant Bill à se lever de sa chaise vers la fin de la chanson pour caresser du revers de ses doigts un côté de la mâchoire du guitariste avant de planter ses lèvres sur sa joue. Si cela était possible, le public hurla encore plus fort. Quand il recula, Bill lança un immense sourire à son frère qui après avoir planté magistralement ses accords sous le choc (bien que cela soit passé parfaitement inaperçu dans le flot continu de cris...), le regardait à présent avec un sourire tout aussi immense mais qui annonçait des représailles. Il devina plus qu'il n'entendit Bill rire au milieu du brouhaha, celui-ci ne semblant pas peu fier de son effet.

Bill se retourna et alors que la foule se calmait un petit peu en entendant sa voix dans le micro, il se mit à annoncer par un petit discours rodé le morceau suivant, Rette mich. Georg et Gustav réintégraient pendant ce temps leur place. Bill s'avança, vers la foule toute proche, séparée de la scène d'un mètre environ par des barrières. Entre celles-ci et la scène des agents de sécurité veillaient à ce que personne ne franchisse cette limite, tant bien que mal, surtout quand Bill s'approchait d'eux.

C'est à ce moment que cela se passa. Au départ, Bill ne vit qu'une ombre, un mouvement rapide au coin de l'½il et quand il baissa ses yeux, il était déjà trop tard.

Un forcené s'était tout d'un coup lancé au-dessus de la barrière et poussant violemment deux agents de sécurité qui s'étaient immédiatement précipités sur lui, l'homme s'était jeté sur la scène avec force, se relevant rapidement vers lui et le chanteur aveuglé par les lumières avait juste senti une lame lui transpercer le ventre, déchirant sa chair, avant de se retirer, prête à lui asséner d'autres coups. C'est alors que les agents de sécurité avaient réussi à l'attraper par les jambes et fait basculer en arrière, une bagarre s'engageant ensuite pour contenir l'homme.

La foule tout autour de la scène s'était mise à hurler de peur en comprenant au fur et à mesure ce qu'il venait de se passer et elle commença à paniquer, cherchant à fuir par tous les moyens loin de l'homme à terre que les agents tentaient de maîtriser. Les gens se poussaient, criant et courant dans tous les sens dans un parfait chaos. Certains n'avaient pas vu la scène et ne comprenaient pas pourquoi tant de personnes cherchaient à sortir en les écrasant et les faisant tomber à terre sur leur chemin.

C'est par ces cris que Tom réalisa que quelque chose c'était passé. Il n'avait rien vu, venant juste de lever les yeux de sa guitare. Ses yeux tombèrent en premier sur Georg qui enlevait sa basse, les yeux livides. Tom suivit immédiatement son regard, et c'est là qu'il vit Bill tituber puis tomber en arrière. Georg amortit son choc de justesse.

Sans en avoir même conscience, Tom hurla le nom de son frère, sa voix se perdant dans le bruit compact. Il se précipita vers lui, enlevant sa guitare et la laissant tomber sur la scène dans un grand fracas. Gustav venait lui aussi de comprendre que quelque chose s'était passé et il se précipita en même temps au devant de la scène.

Tom tomba à genoux à côté de son double, ses yeux exorbités en voyant avec horreur le sang qui s'échappait de son ventre, se répandant rapidement à travers les fibres de ses vêtements. Georg compressait déjà de ses mains la plaie, écrasant avec force le ventre frêle du brun. Inconsciemment, Bill serrait d'une main ensanglantée l'avant-bras du bassiste qui ne faiblissait pas.

Un gémissement de douleur et de peur s'échappa des lèvres du chanteur, ponctué par des sanglots. Tom passa une main sous sa tête et posa avec le plus de délicatesse possible une main par-dessus celles de Georg avant d'appuyer lui aussi sur la plaie pour contenir le sang. Gustav aidait Tom à le redresser légèrement, cela aidant à compresser la plaie. Tom tremblait de tout son corps. Bill murmura, agrippant le bras de son jumeau qui lui soutenait la tête : « Tom...
– Oh mon dieu, Bill... PUTAIN, QUE QUELQU'UN APPELLE UNE AMBULANCE ! »

Gustav se releva, laissant Tom tenir dans ses bras son frère pour le maintenir légèrement redressé : « Je m'en charge. »

Il partit en courant en direction des coulisses d'où émergeaient plein de gens sidérés et effarés qui se demandaient ce qui se passait. Tout autour d'eux, c'était toujours le chaos. Plus de personnel, agents de sécurité et autres arrivaient peu à peu mais ils s'occupaient pour l'instant de contenir la foule en panique, les empêchant notamment de monter sur scène. Car dans leur hystérie, certaines fans en voyant Bill se faire poignarder tentaient désespérément et contre toute logique de se rapprocher de lui, alors qu'une autre partie de la foule cherchait au contraire à fuir la salle, piétinant tout son passage.

Il y avait là plus de 9000 personnes prises d'une folie à la fois consciente et inconsciente, rationnelle et irrationnelle. Le bruit était infernal. Des cris de terreur et d'horreur provenaient de la masse.

Bill continuait à sangloter, murmurant de temps à autre le nom de son frère tandis que Tom tentait de le rassurer comme il le pouvait, alors que lui-même commencer à devenir dingue intérieurement. La vue du sang de son jumeau qui ne cessait de couler lui était insupportable. Tom se sentit mourir intérieurement, il avait peur. C'était son sang, leur sang.

Le chanteur commença à tourner de l'½il. Georg leva les yeux vers le guitariste : « Tom, il ne faut pas qu'il s'endorme, il faut le tenir éveillé jusqu'à l'arrivée des secours.
– Bill, t'as compris ? Ne me lâche pas maintenant.
– Tom, j'ai peur. Je ne veux pas mourir.
– Et tu ne vas pas mourir, je te l'interdis tu m'entends ? Qu'est-ce que je ferais sans toi, moi, hein ! »

Il lui sourit en tremblant, le fixant de ses yeux embrumés de larmes qui se refusaient à couler. Bill sourit faiblement en retour. Puis ressentant une pointe aiguë de douleur, il jeta un coup d'½il à Georg. Celui-ci était toujours livide mais restait concentré sur sa plaie. Bill geignit : « Georg, t'es en train de me massacrer le ventre là. »

Georg haussa un sourcil : « Si tu crois que je vais m'excuser... »

Bill sourit entre deux sanglots. De longues et interminables minutes s'écoulèrent ainsi avant que les secours n'arrivent. Tom lâcha avec crainte son jumeau tandis qu'il était emporté et il les suivit jusqu'à l'ambulance, dans laquelle on le laissa rentrer après quelques mots échangés et traduits entre leur manager qui les avait rejoints et les ambulanciers.

Alors qu'ils étaient en route pour l'hôpital, sa main dans celle de son jumeau, Bill lui lança un dernier sourire avant de perdre connaissance.

***

Quelques heures plus tard, en pleine nuit...

Tom se tordait les mains dans la salle d'attente qui était à deux pas de la chambre d'opération. Gustav et Georg l'avaient rejoint. Tom venait de téléphoner avec son portable à sa mère et son beau-père, puis à son père pour les prévenir de ce qui venait de se passer. Ceux-ci étaient en route, mais comme le groupe était à présent dans le sud de la France, ils mettraient certainement plusieurs heures à arriver.

Tom était toujours tâché du sang du chanteur. Il avait refusé de se laver les mains ou de se changer, même quand Gustav et Georg le lui avaient suggéré, tant qu'il ne saurait pas si son frère était sorti d'affaire.

Tous étaient silencieux. Plusieurs membres du staff étaient présents avec eux, tout aussi muets. Seul David leur manager se tenait éloigné dans un coin, téléphonant à diverses personnes. Il était plus blanc qu'un linge. Georg et Gustav échangèrent un regard. Quelles que soient les nouvelles qu'il venait d'apprendre, elles ne devaient pas être bonnes.

Tom fixait le sol, ne relevant occasionnellement les yeux que quand il lui semblait entendre du mouvement du côté de la chambre d'opération, ce qui arriva finalement. Les portes s'ouvrirent et plusieurs infirmiers en sortirent, poussant une civière.

Suivi par ses deux amis, le guitariste se précipita vers eux et prononça avec inquiétude le nom de son frère en posant une main sur le rebord de la civière. Il semblait endormi. Un médecin s'approcha de lui tandis que David et une traductrice s'étaient rapprochés d'eux. Les yeux de Tom erraient avec angoisse entre son frère, le médecin et la traductrice. Cette dernière hésita un bref instant avant de traduire.

***

Quand Bill ouvrit les yeux, il faisait déjà grand jour. Il ressentit une douleur diffuse dans le ventre et grimaça. Une voix bien connue murmura son nom, suivi d'un 'oh mon dieu' soulagé. Alors qu'il vit Tom se pencher vers lui, sa main dans la sienne qui ne l'avait certainement pas quittée depuis plusieurs heures se serrant un peu plus, quelques secondes lui suffirent pour se rappeler ce qui s'était passé. Il regarda son jumeau en souriant faiblement : « J'imagine que je suis vivant alors ? »

Tom émit un rire qui étouffa les sanglots qui menaçaient de l'envahir. Il fourra son visage contre le cou de son frère. Ce dernier l'entoura de ses bras. Ils restèrent un long moment ainsi, en silence, se calmant, se rassurant par le seul contact de l'autre. Finalement, Tom se redressa légèrement, s'asseyant au bord du lit. Il le regarda dans les yeux en s'appuyant d'une main sur le lit : « La lame n'a touché aucun organe vital, mais tu as perdu pas mal de sang et on t'a transfusé. Ils vont te garder quelques jours en observation. Il ne faudrait pas que ta cicatrice s'infecte. »

Bill ferma un instant les yeux, puis il les rouvrit, sentant que son frère ne lui disait pas tout. Il marqua une pause avant de demander avec précaution et crainte : « Qu'est-ce que tu ne me dis pas ? »

Tom hésita et se décida enfin. Sa voix était basse mais vibrante de colère : « On en sait un peu plus sur ce qui s'est passé. Ils ont chopé et incarcéré le type qui t'a agressé. Quand ils l'ont interrogé, il leur a expliqué qu'il n'avait pas pu supporter que sa copine n'arrête pas d'être en admiration devant toi. »

Tom marqua une pause. Des larmes de rage coulèrent sur son visage. Bill les chassa du bout de ses doigts : « J'ai failli te perdre Bill, tout ça à cause de la jalousie d'un connard de malade. »

Un instant passa en silence, pendant lequel Tom se ressaisit, caressant machinalement de ses doigts le bras de son frère tandis que celui-ci caressait son cou et son visage. Tom continua avec une voix presque inaudible : « Ce n'est pas tout. Il y a eu des mouvements de panique dans le public qui cherchait à sortir... Des gens ont été piétinés, écrasés... Il y a eu 11 morts et 87 blessés. Dans les victimes, la plus jeune avait 10 ans et la plus vieille avait 44 ans, une mère de famille qui accompagnait sa fille. »

Bill porta ses mains jointes sur sa bouche sous le choc.

***

Dix jours avaient passé depuis. Dans les journaux et à la télévision, des deux côtés du Rhin, l'agression et le drame qui s'en était suivi avaient fait grand bruit. De nombreux débats avaient eu lieu, relançant les problèmes liés à la sécurité lors des concerts et événements publics concernant notamment les mouvements de foules qui pouvaient être, comme ils venaient d'en avoir la triste démonstration, meurtriers.

Bill avait quitté l'hôpital pour un hôtel non loin de là. Si leurs parents et eux-mêmes avaient décidé de revenir chez eux, en Allemagne, la fin de la tournée étant bien évidemment annulée, Bill et Tom prenaient le temps d'organiser leur retour. Bill ne se sentait pas encore assez bien pour voyager. De plus, dans un grand mouvement de sympathie, c'était des milliers de gens qui avaient envahi de fleurs et de mots leur demeure en Allemagne, tout comme c'était le cas à leur hôtel et devant la salle où avait eu lieu le drame. Ils attendaient donc que les choses se calment un peu avant de se montrer.

Ce qui avait eu lieu les avait tous beaucoup atteints. Tout le staff, leur manager, Gustav, Georg, leurs familles, leurs amis, leurs fans. Tom n'avait pas passé une nuit sans faire de cauchemar et sans se réveiller dans un état de panique total. Ce n'était pas mieux pour Bill qui dormait à côté de lui, ne parvenant pas à dormir plus que quelques heures d'affilée sans se réveiller suant et tremblant.

À présent, c'était ainsi Tom qui venait dormir avec son frère en convalescence, hanté par la crainte de le voir disparaître pendant la nuit comme dans ses mauvais rêves et obsédé par le souci de rassurer son frère qui avait été traumatisé par son agression. Même pendant le jour, Bill était pris en plus de violentes angoisses, sursautant au moindre bruit suspect.

Ce qui s'était passé les obnubilait. Ils ressassaient constamment dans leurs esprits les mêmes moments, à toute heure de la journée. Tom savait qu'il en était de même pour Georg et Gustav. Ceux-ci, rentrés la veille en Allemagne pour se reposer et prendre du recul dans leurs familles lui avaient téléphoné pour prendre des nouvelles et pour en donner, racontant les mêmes cauchemars et les mêmes angoisses.

Tom ouvrit la porte, rentrant les bras chargés de sucreries en tout genre. Il referma la porte d'un coup de pied. Bill à moitié allongé sur le lit qui était fait regardait avec fascination la télé. Bill tentait de distinguer et comprendre quelques mots avec un relatif succès tout en mâchouillant un stylo dans sa bouche. Tom s'installa à côté de lui et déversa les divers paquets de bonbons sur le lit. Ils en prirent un chacun : « Encore devant ces émissions bizarres ? »

C'était un jeu stupide sur une chaîne française mais à vrai dire, c'était toujours mieux que de regarder une chaîne allemande par satellite ou toute autre chaîne où ils seraient susceptibles de tomber sur quelque chose en rapport avec ce qui leur était arrivé. Alors malgré l'intérêt douteux du programme Tom n'osait pas suggérer de changer de chaîne : « C'est quand même mieux que ce qu'on avait à l'hôpital, y avait que deux chaînes qui marchaient là-bas... et en plus la bouffe était horrible...
– Mouais, enfin à l'hôpital t'étais surtout occupé à draguer l'infirmier qui venait l'après-midi. »

Bill se tourna vivement vers lui, outré : « Quoi !? N'importe quoi ! Dis plutôt que c'est toi qui étais trop occupé à draguer l'infirmière. Tous les matins, j'ai eu peur qu'elle me loupe avec son aiguille tellement tu la déconcentrais !
– Jaloux.
– Jaloux toi-même ! »

Ils se défièrent du regard avant d'exploser de rire en même temps. Avalant un autre bonbon, Tom se pencha sur l'épaule de son frère pour voir ce qu'il écrivait : « C'est quoi ?
– Des paroles. »

Il retourna son papier pour les cacher : « ... qui ne sont pas terminées. »

Tom ne dit rien, se contentant de détourner les yeux : « Quoi ?
– Même après ça, tu veux continuer ? Tu crois que tu pourrais remonter sur scène ?
– C'est notre vie, je ne me vois pas faire autre chose.
– Je ne sais pas si moi je pourrai tourner la page. Je ne sais pas si Gustav et Georg pourront le faire non plus. »

Bill se mordit légèrement les lèvres. Il se rappelait les visites de Gustav et Georg à l'hôpital. Même si ceux-ci avaient été immensément soulagés de le voir sorti d'affaires, leurs visages avaient semblé extrêmement fatigués et agités aux yeux du chanteur. Bill sourit tristement et ses pensées errèrent à nouveau sur son frère. « Je sais. C'est pour ça que tu n'as pas touché une seule fois ta guitare depuis ? »

Tom acquiesça silencieusement. Bill murmura : « Ça me manque tu sais. Parce que c'est une partie de toi. »

Ils ne dirent rien pendant un moment. Seul le charabia incompréhensible de la télé parvenait à leurs oreilles, ponctué des rires et des cris des candidats qui perdaient ou gagnaient.

Lâchant son stylo et son papier, Bill entoura les épaules de son frère de ses bras : « Je n'ai pas dit que ça serait facile. Moi aussi j'ai pensé à tout arrêter, mais j'ai réalisé quelque chose.
– Quoi donc ?
– La peur n'enlève pas le danger, quoi qu'on fasse. Il s'est passé quelque chose d'horrible et je ne peux pas te promettre que ça ne se repassera jamais plus, personne ne peut le dire. Mais on est là tous les deux, on est vivant. Je ne vois donc pas pourquoi on devrait s'empêcher de vivre comme on l'entend, même s'il nous faudra du temps pour oublier. »

Tom se tourna vers lui et ils se regardèrent un moment, à quelques centimètres l'un de l'autre. Ils se frottèrent légèrement le nez l'un contre l'autre. Puis Tom prononça quelques mots en frôlant ses lèvres qui réveillèrent un doux souvenir qui avait aussi eu lieu lors de ce jour malheureux, attirant un sourire sur les lèvres de son jumeau : « Je crois qu'il me faudra aussi un peu de tendresse, et d'affection.
– Quand je disais que tu étais jaloux...
– Ça n'a rien à voir.
– Faudrait savoir lequel d'entre nous deux est gay.
– Bill, la ferme. »

Celui-ci émit un petit rire que son frère étouffa de ses lèvres.

***

Deux ans plus tard,

Bill serrait nerveusement son micro dans une main. Ses yeux regardaient dans le vide. Il pouvait entendre la foule hurler non loin de là. Une interview qui avait eu lieu il y a quelques jours de ça lui revint en mémoire.

Le présentateur avait commencé avec ces mots : « Maintenant, je vous demande d'accueillir sur notre plateau les Tokio Hotel ! (applaudissements et cris dans le public) Je vois que vous ne les avez pas oubliés. Voici donc Bill, Tom, Georg et Gustav ! Ils reviennent après deux ans d'absence avec un nouvel album. Ce 3ième album a été accueilli unanimement par la critique comme un des meilleurs albums de l'année et Tokio Hotel s'apprête à commencer une tournée européenne qui affiche déjà complet dont les premières dates auront lieu en France. Mais tout d'abord, j'aimerais vous demander, comment allez-vous ? Que s'est-il passé depuis ce terrible événement qui a interrompu momentanément votre carrière, Bill ?
– Ça a été très dur. On a dû se reconstruire pendant plusieurs mois, et analyser ce qu'il s'était passé. Mais on s'est serré les coudes et même si ça a traversé l'esprit de chacun de nous de quitter le groupe à un moment ou à un autre, on a résisté. Ça nous a même beaucoup rapprochés tous les quatre.
– Les chansons de votre nouvel album auxquelles vous avez tous les quatre participé sont loin d'être pessimistes, il y a bien sûr comme on pouvait s'y attendre un titre qui fait référence au drame qui s'est passé en France, mais c'est tout. Pourquoi cela ? Oui Tom?
– On n'a pas cherché à s'appesantir sur ce qui s'était passé. Bien sûr on se devait de rendre hommage aux victimes, de mettre des mots sur ce qui nous était arrivé, mais on devait aussi aller de l'avant. Le public nous a soutenus pendant toute cette période, alors on veut montrer à nos fans qu'on a gardé l'espoir.
– Est-ce là notamment la raison pour laquelle vous démarrez votre tournée par la salle où cela s'est passé ? Histoire de conjurer le sort ?
– Exactement.
– Nous n'avons malheureusement pas beaucoup de temps, mais il y a un sujet dont vous vouliez parler Bill, en réaction aux diverses rumeurs qui courent sur vous dans certains journaux.
– Oui, je tenais à être clair car beaucoup de choses ont été dites, à tort et à travers. Le fait est... je suis gay.
– C'est tout à votre honneur d'en parler aussi ouvertement. Est-ce que cela a été un problème au sein du groupe ? Je vous vois tous secouer énergiquement de la tête. Gustav?
– Non, bien sûr que non, ça n'a jamais été et ça ne sera jamais un problème. Il n'y a rien de péjoratif à être gay. C'est aux gens qui ont des a priori à se montrer plus tolérants. Etre homosexuel n'est pas une tare.
– Eh bien, voilà qui a le mérite d'être clair. Je ne peux cependant pas éviter de vous poser une question concernant l'autre rumeur qui a envahi les kiosques. Certaines personnes disent que vous Bill et Tom, entretiendriez des relations incestueuses, qu'avez-vous à répondre à cela ? Oui, allez-y Tom.
– Je crois qu'il est parfois difficile pour les gens qui ne nous connaissent pas de comprendre notre relation. Avoir un jumeau, c'est particulier. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement qu'en disant qu'il s'agit d'une tendre affection.
– Oui, c'est difficile à comprendre pour les autres. Ce qui nous paraît normal à nous comme certains gestes peuvent choquer les gens. Mais ça, on s'en fout, avait dit Bill en souriant.
– Oui, on s'en fout, avait ajouté Tom en souriant tout autant.
– L'amour ne devrait jamais être montré du doigt, quel qu'il soit. »


Gustav étant déjà installé pour une intro de batterie, Tom entra sur scène, après avoir échangé un regard et un sourire avec son frère. Georg le suivit, donnant une petite tape amicale sur l'épaule du chanteur. Puis ce fut à son tour.

A son apparition, le public qui avait déjà fait une ovation aux trois autres entra en délire. Bill prit le temps de regarder la salle, sans rien dire pendant un moment alors que le public l'acclamait. Puis il porta le micro à ses lèvres, leva un bras, et dit en français : « Bonsoir tout le monde ! »

***

Nouvel album, nouvelle tournée, nouveau bus, mêmes cahots. Dans le noir, les quatre garçons envoyaient valser depuis leurs couchettes respectives des coussins dans tous les sens, pris de fous rires depuis plusieurs minutes.

Ils étaient sur un petit nuage depuis la fin de leur concert. Ils avaient presque oublié à quel point c'était bon. Ils n'avaient pas arrêté d'en parler, laissant revivre chaque seconde du concert, chacun y allant de son petit commentaire extasié. Leurs craintes et angoisses passées avaient été enfouies sous l'adrénaline. La tournée s'annonçait bien. C'est pourquoi quand, environ une heure plus tard, ils s'étaient enfin décidés à dormir, bercés par la route, Tom avait été un peu étonné de voir Bill débarquer dans sa couchette à tâtons. Il lui chuchota tout bas : « Quelque chose ne va pas ?
– Non, tout va bien. »

Au ton de sa voix, Tom pouvait deviner le petit sourire qui ornait le visage de son jumeau. Celui-ci se pelotonna contre lui. Il murmura dans son oreille : « J'avais juste envie d'un peu d'affection... »

Tom sourit et l'embrassa dans le cou. Bill continua, murmurant tout aussi bas : « ... ça et d'un coussin pour la nuit, j'ai plus le mien.
– Bâtard insensible. »

Ils éclatèrent de rire, se recevant pour l'occasion deux coussins des deux couchettes du dessus pour les faire taire, puis leurs rires s'estompèrent doucement dans la nuit alors qu'ils s'enlaçaient un peu plus, se câlinant avec tendresse et caressant du bout des doigts leurs visages et leurs cheveux dans le noir d'encre qui les enveloppait peu à peu dans un doux et profond sommeil.

Fin.

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Paparazzi 08/08/2008

Paparazzi

(Scène manquante de Tendre Affection située juste avant l'interview en italiques, vers la fin)


C'était la fin du mois d'août. Il faisait chaud dans cette petite ville typique du sud de l'Italie. Il faisait même très chaud malgré le fait qu'il soit près de 21h et que le jour montrait de grands signes de faiblesses, le soleil se couchant de plus en plus tôt au fur et à mesure que l'automne approchait. Même l'eau de la piscine où les quatre garçons barbotaient depuis déjà trois heures les enveloppait d'une chaleur agréable, laissant la brise du soir qui se levait supportable sur leur peau nue qui émergeait de temps à autre de l'eau.

Bill, Tom, Georg et Gustav profitaient de leurs dernières vacances avant la tournée qui allait commencer dans un mois et demi. Ils avaient choisi de louer un grand appartement avec piscine en Italie, loin des médias allemands qui ne cessaient de les suivre où qu'ils aillent depuis quelques semaines, c'est-à-dire exactement depuis la sortie de leur nouvel album. Celui-ci se vendait très bien pour l'instant, et la critique était unanime pour dire qu'il était bon, bien inspiré autant dans la musique que dans les paroles. La tournée affichait quant à elle presque complet. Tout s'annonçait donc dans les meilleures conditions pour leur retour sur le devant de la scène, après deux ans d'absence.

Cependant, leur retour les angoissait tout de même un peu. C'est pourquoi ils avaient décidé de prendre des vacances tous ensemble pour décompresser avant, histoire de ne rien lâcher une fois que la tournée serait lancée. Ils voulaient être prêts. Et donc pour cela...

« Attention j'arrive ! »

Après avoir pris son élan en courant, Gustav venait de faire un super saut en bombe dans la piscine, éclaboussant et submergeant tout aux alentours, y compris ses trois amis surpris car trop occupés à faire des conneries dans l'eau pour l'avoir vu revenir discrètement de l'appartement où il était allé reposer des verres. Quand il émergea à nouveau à la surface, ce fut pour se recevoir en représailles une attaque en règle des trois autres assortie de noms d'oiseaux et de rires : « Ok, ok, je me rends !
- Mais qui a dit qu'on acceptait que tu te rendes ? »

Tom et Bill s'étaient lancés sur lui, bien déterminés à lui faire boire la tasse. Gustav plia légèrement sous le poids et son souffle se fit court entre ses rires et le souci de ne pas passer sous l'eau. Il parvint à se défaire d'un jumeau, faisant valser Bill peu cérémonieusement dans un grand 'plouf' à côté d'eux mais Tom lui était tenace. Il tenta sa dernière carte : « ... parce que si vous voulez y aller, il faudrait qu'on sorte maintenant, déjà qu'il faut au minimum trois quarts d'heure à Georg et à Bill pour se coiffer... »

Face à l'odieux foutage de gueule, les deux personnes concernées lui lancèrent de l'eau en poussant des cris outrés mais rieurs.

Pas un jour ne s'était passé ainsi, calmement et dans une ambiance joyeuse, entre sorties à la plage, shopping, visites dans des villes et villages aux alentours, piscine, restaurants et sorties arrosées le soir dans des fêtes locales. Et tout ça sous le soleil s'il vous plaît. Une vie à l'italienne pour une quinzaine de jours en somme.

Bien sûr, ils étaient assez connus en Italie, et ils avaient eu quelques autographes à faire par-ci par-là, mais comme leur nouvel album n'était pas encore sorti ici et que depuis deux ans on n'avait pas trop entendu parler d'eux dans ce pays, ils étaient relativement tranquilles. Ils n'avaient vu qu'un ou deux paparazzi, et ceux-ci n'avaient pas semblé s'approcher de leur appartement. Ils avaient donc passé des vacances tranquilles. Après tout ce qu'il leur était arrivé depuis deux ans, ils se sentaient peu à peu revivre.

Ce soir était leur dernier soir en Italie, le dernier où ils pouvaient vraiment se reposer et même si la fête dont ils avaient entendu parlait s'annonçait sympa, Bill fut le premier à secouer la tête, se laissant flotter tout en brassant l'eau autour de lui : « Pas pour moi. Je reste ici. »

Tom l'observa un instant et sans trop hésiter il répondit après lui : « Je passe aussi. »

Gustav se retourna alors d'un air suppliant vers Georg qui semblait hésiter. Il joignit ses mains et lui fit des yeux de cocker. Tom ricana : « C'est à cause de la bella italiana ? »

Gustav tenta de chatouiller le blond pour le faire taire et celui-ci poussa un petit cri aigu tout en se mettant hors de portée du batteur. Georg leva les yeux au ciel en souriant avant d'acquiescer : « Ok, ça m'ennuie de laisser les deux enfants tout seuls à la maison sans surveillance mais tant pis, c'est pour la bonne cause. »

Bill et Tom éclaboussèrent le bassiste en guise de réponse. Mais celui-ci sortait déjà de la piscine, suivant un Gustav tout content pour aller se préparer à sortir. Alors qu'ils disparaissaient à l'intérieur de l'appartement, Georg se retourna vers eux : « Pas de bêtises, hein ! Soyez sages !
- Surveille plutôt Gusti ! Il risquerait de nous la ramener dans ses valises ! »

Tom, Bill et Georg explosèrent de rire alors que les jumeaux entendirent le batteur protester avec embarras alors que Georg refermait la porte. Gustav avait en effet fait connaissance avec une belle italienne qui habitait dans le village non loin de là et il l'avait revue à quelques reprises. Ca avait été un sujet central de conversation du groupe, Gustav bien malgré lui, pendant leurs vacances. Il faut dire qu'ils étaient mignons tous les deux à se tourner autour. Surtout que Gustav avait bien besoin de ça maintenant. En effet, durant ses deux dernières années, il avait été le seul d'entre eux à avoir une histoire longue. Malheureusement, elle s'était assez mal terminée il y a peu et il en était ressorti assez déprimé.

Néanmoins, c'était le seul d'entre eux à qui c'était arrivé. Georg avait été plutôt seul ses deux dernières années. Ou plutôt, il avait été du genre secret, et les trois autres n'en savaient pas plus sur sa vie sentimentale. Quant à Tom, après les premiers mois qui avaient suivi l'agression de Bill où il était constamment resté non loin de son frère, il avait eu quelques rares flirts qui n'avaient cependant pas duré. L'affaire d'une soirée ou de quelques jours.

Et pour ce qui était de Bill... celui-ci avait eu une aventure il y avait de ça deux mois à peine, mais il était très discret dessus. C'est à peine si Tom avait pu obtenir quelques informations sur le type avec lequel son frère était sorti, et ce n'était pas faute de l'avoir harcelé sur le sujet. Quand enfin Bill avait accepté le fait qu'il soit gay, celui-ci n'avait pourtant rien fait pour faire des rencontres au début. Peut-être était-ce parce qu'il n'était pas encore tout à fait à l'aise avec cette révélation, notamment par rapport à son jumeau.

Tom l'avait bien senti, car même si c'était lui qui avait mis son frère sur la voie, le mettant face à la réalité et lui faisant accepter ses penchants, Bill n'avait jamais abordé le sujet avec lui depuis. Or, bien que ça ne soit pas non plus réellement en rapport, il y avait là un paradoxe, car s'il y avait bien une personne avec qui Tom avait flirté pendant ses deux ans, c'était Bill. Bien sûr, cela n'avait rien de sexuel. C'était plutôt un jeu tendre, qui s'était instauré naturellement sans qu'il y ait d'ambiguïtés. Un secret à deux qui passait par des bisous et des câlins qui étaient certainement plus que fraternels mais pas vraiment incestueux pour autant.

Néanmoins, Bill malgré leur proximité toujours plus affirmée ne lui avait rien dit de plus même quand les journaux à scandales avaient sorti des articles où on pouvait le voir en compagnie d'un jeune homme (plutôt pas mal par ailleurs il fallait le reconnaître...). En fait, on aurait même dit que Bill avait alors évité son frère. Le guitariste ne savait quoi en penser.

Il avait été surpris par cette aventure, même s'il s'était attendu à ce que ça arrive un jour. Il était notamment étonné parce qu'il se sentait étrangement jaloux de ce garçon qu'il n'avait pourtant jamais vu. C'était peut-être à cause du regard étrangement rêveur et absent que Bill avait arboré pendant cette période.

Aucun des deux n'avait jamais été réellement amoureux jusque là, et donc d'une certaine manière, ils s'étaient toujours appartenus l'un à l'autre, malgré leurs petites amourettes respectives. Mais là, il y avait eu quelque chose de différent. Bill était-il tombé amoureux de ce type ? A cette pensée, il ressentait un pincement au c½ur qui lui faisait presque honte.

Honteux d'être jaloux du bonheur de son frère.
Honteux d'avoir peur qu'il s'éloigne pour quelqu'un d'autre.

C'est sur cette pensée que Tom se retourna, détournant enfin le regard de l'appartement dans lequel Gustav et Georg étaient rentrés pour chercher son frère. Il fronça les sourcils en ne le voyant pas et il continua à tourner sur lui-même alors que son frère faisait silencieusement le tour de lui dans son dos pour qu'il ne le vît pas, la partie au-dessus de son nez émergeant seule de l'eau, ses yeux fixés sur sa proie. Tandis que Tom cligna des yeux, perplexe, le chanteur se décida soudainement à se jeter sur lui en criant pour lui faire peur.

Cela fonctionna au-delà de ses espérances car Tom cria en sursautant de peur avant de succomber sous le poids de son frère dans l'eau, manquant de peu de boire la tasse.

Bill s'esclaffa tout en laissant de l'espace entre lui et son jumeau, ce qui était la bonne chose à faire vu que celui-ci se jeta à sa poursuite avec la ferme intention de le couler.

Quelques instants se passèrent comme ça sans que l'un arrive vraiment à attraper l'autre, se contentant de frôler la peau fuyante de l'autre sous l'eau. Enfin ils se fixèrent un instant, à bout de souffle, se défiant mutuellement, puis ils s'arrêtèrent. Bill dégagea les longs cheveux bruns mouillés qui lui tombaient sur le visage, les ramenant en arrière. Puis regardant toujours son frère du coin de l'½il avec un peu de méfiance, Bill s'allongea dans l'eau, sa tête, le haut de son torse et ses bras flottant à la surface. Tom l'observa puis il fit de même, se mettant dans le même sens que lui. Ses longues dreadlocks flottaient librement dans l'eau. Levant les yeux vers le ciel, il nota que les premières étoiles commençaient déjà à apparaître. Une main agrippa la sienne sous l'eau, le déséquilibrant un instant avant de retrouver une meilleure stabilité. Il la serra affectueusement. Ils restèrent quelques instants ainsi sans rien dire, dans le premier instant de calme de la soirée.

Ils entendirent des voix un peu lointaines qui semblaient venir de l'entrée de l'appartement, de l'autre côté non visible. Gustav et Georg devaient être en train de partir : « Il nous la ramènera peut-être ?
- Ce serait bien... cependant avec la tournée et tout, ça risquerait d'être dur à gérer pour lui.
- Bah, s'il est amoureux. »

Tom tourna légèrement la tête vers lui. Il hésita : « Tu ne m'as jamais dit. T'étais amoureux de ce type ? »

Bill fut surpris du brusque changement de sujet et il émit un petit rire embarrassé : « Pourquoi ça t'intéresse ?
- Parce que tu es mon frère et que jusqu'il y a peu on se disait tout. »

Bill se redressa dans l'eau et se tourna d'un air inquiet vers lui : « Et c'est toujours le cas, sauf que... c'est juste que ça me gêne de parler de ça avec toi. »

Tom se redressa de même et s'approcha légèrement de lui : « Pourquoi ? »

Sous son regard inquisiteur, Bill lui tourna légèrement le dos, croisant les bras : « Parce que. »

Tom l'observa avant de se rapprocher. Avec précaution il passa ses bras autour de la taille de son jumeau et il appuya sa tête sur son épaule avant de resserrer son emprise. Il se mit à caresser sa taille du bout de ses doigts. Leurs quatre yeux se fermèrent légèrement au contact : « Je te parle bien des filles que je rencontre, et ça ne te gêne pas.
- Hey, tu m'en parles et je t'arrête quand tu le fais, nuance ! Je tiens pas à savoir les détails, moi. »

Tom rit légèrement face au ton défensif de son jumeau : « Jaloux ?
- Si je le suis, je ne suis pas le seul. »

Bill avait tourné la tête vers lui en prononçant ces mots, le regardant alors que le guitariste baissait les yeux. Tom n'hésita pas longtemps avec de lui confier ses craintes : « Si tu es amoureux, alors oui je suis jaloux, parce que ça veut dire qu'il y a un mec plus important que moi pour toi. »

Comme Bill l'observait avec étonnement, il tenta de développer : « Si ça avait été une fille, ça aurait été différent, mais... »

Tom se mordit les lèvres, ne trouvant pas les mots pour exprimer ce qu'il ressentait. Il fut surpris quand la voix de Bill interrompit doucement ses pensées. Son front toucha le sien : « C'est idiot. Fille ou garçon, personne ne pourrait être plus important que toi. »

Bill sourit et Tom fit de même. Leurs yeux étaient plongés dans ceux de l'autre avec une rare intensité. Ils restèrent ainsi quelques secondes puis Bill retourna son regard vers l'eau devant lui. Il réfléchit un instant. Il décroisa ses bras pour les étendre, faisant des mouvements dans l'eau. Tom pencha un peu sa tête, toujours posée sur son épaule, pour observer son expression pensive. Bill se lança : « Je crois... que j'étais amoureux. On était assez différents mais il avait quelque chose de spécial. »

Tom eut un léger et doux sourire en le regardant. Il parla doucement : « Qu'est-ce qui n'a pas marché alors ? »

Bill haussa les sourcils. Il soupira, grimaçant un peu : « Je ne sais pas, j'imagine que ce n'était pas le bon, c'est tout. »

Tom posa sa tête dans le creux de son cou. De légers mouvements dans l'eau, il les berçait inconsciemment tous les deux : « Et comment tu te sens maintenant ? »

Bill sourit légèrement : « Ca va, je m'en suis remis. On a été tellement occupé en plus avec le groupe depuis que j'ai pu penser à autre chose. »

Il resta un instant silencieux puis il rajouta : « Mais en tout cas, amoureux ou pas, ça change rien entre nous... »

Tom soupira. Son ton fut défaitiste : « Si ça change, j'ai pas eu de bisou depuis deux mois ! »

Le chanteur cligna des yeux, réalisant ce qu'il entendait par là. Il comprenait à présent un peu plus le comportement de son jumeau. Un fou rire silencieux le prit. Tom le regarda de côté, un peu vexé : « Ben quoi ? »

Bill secoua la tête avec amusement, se calmant peu à peu. Il soupira. Tom pencha à nouveau sa tête vers lui, pour l'observer plus attentivement : « Et vous l'avez fait ? »

Bill ne répondit rien. Il ne s'était visiblement pas attendu à cette question. Mais son expression à la fois adoucie et gênée pendant l'espace d'une seconde ne trompa pas son double. Il le connaissait trop bien. Tom sourit : « Je vais prendre ça pour un oui. »

Il s'apprêtait à dire autre chose quand Bill sortit de son emprise, se retournant immédiatement pour être face à lui. Il haussa les sourcils et pointa un doigt vers son jumeau pour accentuer le poids de ses mots : « Non, pas de détails ! »

Tom s'avança vers lui en riant, taquin : « Allez, Bill !
- J'ai dit non. »

Il recula encore mais Tom le suivit, cherchant à l'attraper tout en continuant à le taquiner. Bill continua à reculer en secouant légèrement la tête. Un sourire tout aussi joueur que celui de son frère avait envahi ses traits. Ils avaient reculé en marchant dans l'eau jusqu'à une partie plus sombre de la piscine. Le soir tombait de plus en plus et il devenait difficile de distinguer quelque chose à plus d'un mètre.

Bill sentit à moment donné le mur froid de la piscine contre son dos. Posant ses mains sur le rebord, Tom se pencha vers lui, jusqu'à être tout près, imitant Bill quand celui-ci faisait une moue pour obtenir ce qu'il voulait. Son regard était intense. La voix de Bill lui susurra tout bas, taquin : « Deux mois, hein ? »

Tom hocha imperceptiblement la tête, un petit sourire en coin. Seules leurs têtes dépassaient de la surface de l'eau. Bill rit tout bas et appuya son front contre celui du blond, le regardant avec la même intensité. Doucement, il se pencha jusqu'à frôler les lèvres du guitariste. Pendant quelques secondes, le brun continua à les effleurer sans vraiment les toucher, reculant quand il sentait que Tom cherchait à les attraper. Leurs yeux étaient à mi-clos. Puis il se décida finalement à arrêter son petit jeu, posant pour de bon ses lèvres sur les siennes, leurs yeux se fermant entièrement. Le baiser s'approfondit assez vite, avec une espèce d'impatience, ce contact agréable leur ayant visiblement à tous les deux manqué.

Tom entoura le cou du chanteur d'un bras et toujours agrippé de l'autre au rebord de la piscine, il s'en servit pour le plaquer délicatement mais fermement contre le mur, l'embrassant de plus belle, se délectant du tendre ballet de leurs langues et du contact de leurs corps. Bill sourit dans le baiser et entoura la taille du guitariste de ses bras.

Leurs langues et leurs lèvres se caressaient langoureusement, se capturant avec tendresse. Bill fit remonter ses mains sous l'eau sur son dos jusqu'à agripper quelques dreadlocks et à les titiller, jouant avec elles du bout de ses doigts tout en contenant son sourire alors qu'il sentit Tom le serrer un peu plus dans ses bras en retour.

Finalement, leur baiser prit fin. Ils se firent encore quelques bisous appuyés sur la bouche et sur le visage avant de se prendre pleinement dans les bras, posant leur tête sur l'épaule de l'autre. Ils se sentaient tellement bien. Bill soupira de contentement. Tom murmura à son oreille, joueur : « Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça, je ne lâche pas l'affaire, tôt ou tard je saurai tous les détails. »

Emettant un rire gêné, Bill le repoussa brusquement et se mit à l'éclabousser, entamant une longue bataille d'eau. Sous les étoiles, le silence de la nuit fut à nouveau envahi de rires, d'éclaboussures et de clics mécaniques lointains.

***

Quand Gustav et Georg rentrèrent, la nuit était déjà bien avancée. Marchant presque sur la pointe des pieds, ils tentaient de faire le moins de bruit possible alors qu'ils traversaient le salon. Ils allaient regagner leur chambre quand Gustav tapa légèrement Georg sur le dos pour lui montrer quelque chose. Ayant son attention, il fit un signe vers le canapé. Ils se regardèrent et retinrent leur rire. Après avoir échangé quelques signes enthousiastes, Gustav partit à la recherche de son petit appareil photo.

Il ne mit pas longtemps à le trouver et il se rapprocha avec précaution du canapé. Le temps de faire quelques réglages sur le flash et il cadra tel un pro la scène devant eux. Un clic se fit entendre et le flash envahit la pièce, révélant ce que l'obscurité avait laissé deviner.

Leurs cheveux en bataille qui avaient visiblement séché naturellement et habillés de simples sous-vêtements et de T-shirts, les jumeaux dormaient profondément. Bill était endormi à moitié au-dessus de son frère, son visage blotti contre son cou. Leurs bras s'étaient refermés sur l'autre. Ils étaient mignons comme tout et adorablement... photogéniques.

Ils ne bougèrent pas, le flash n'ayant pas perturbé leur sommeil. Gustav et Georg jetèrent un coup d'½il satisfait au résultat sur l'écran numérique de l'appareil : « Et une de plus.
- On en a des mieux, mais elle n'est pas mal non plus. A rajouter au dossier. Tu me l'enverras sur mon ordi, comme d'hab' ? »

Discutant sur les modalités routinières de constitution de leur dossier, ils s'éloignèrent vers leurs chambres pour aller dormir.

***

Deux jours plus tard,

De retour en Allemagne dans l'appartement qu'ils partageaient tous les quatre, Bill et Tom étaient occupés aux fourneaux, attelés à faire des pâtes avec une sauce à l'italienne pour tout un régiment. Ils devaient partir en répétition après le déjeuner.

C'est à ce moment que Gustav et Georg rentrèrent dans l'appart, ayant été faire des courses. Georg était explosé de rire tandis que Gustav faisait légèrement la gueule. Il paraissait vexé. Tom et Bill s'avancèrent, les regardant avec un air interrogateur. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Les fusillant du regard, Gustav lança un magazine sur la table tout en s'asseyant sur une chaise. Les jumeaux écarquillèrent les yeux en voyant les gros titres et Tom prit avec précipitation le magazine, feuilletant jusqu'à trouver la première page de l'article. Bill lisait par-dessus son épaule.

Les titres et l'article étaient plutôt provocants, mais les photos annoncées n'étaient pas si exceptionnelles que ça. Les jumeaux soufflèrent imperceptiblement de soulagement en se jetant un coup d'½il discret. Mais tout de même, ces photos avaient été prises dans leur intimité de l'appartement qu'ils avaient loué en Italie. Les paparazzi italiens étaient vraiment discrets et ça faisait froid dans le dos de savoir qu'ils les avaient ainsi épiés et qu'ils avaient pu faire ce genre de photos sans qu'ils s'en rendent compte.

Il y en avait des anodines sur leurs vacances, mais il y en avait deux, un peu floues, sur lesquelles le papier s'appuyait pour parler de soupçons de comportements incestueux où on pouvait voir Bill et Tom enlacés dans la piscine. Elles dataient sans nul doute du dernier soir. Cependant, de toute évidence, le paparazzi n'était pas parvenu à avoir une image du moment où ils s'étaient embrassés. Il ne devait pas les avoir vus. Peut-être qu'il faisait alors trop sombre, en dépit de l'objectif ultra sophistiqué de son appareil photo ou que le fond de la piscine n'avait pas été visible de là où il était.

Bill releva la tête : « Pourquoi tu fais cette tête Gusti ? »

Faisant une courte pause dans son fou rire, ce fut Georg qui lui répondit, écroulé sur le canapé : « Il est vexé de voir que sa belle italienne et lui n'ont eu droit qu'à un petit coin de page. »

Tom tourna la page et ils regardèrent. Effectivement, il y avait juste une petite photo avec un commentaire de deux lignes. Gustav marmonna : « Deux pages avec des photos pourries alors que nous on a un dossier énorme sur vous, plein de superbes photos, et moi j'ai droit qu'à une photo microscopique où on ne la voit même pas ! »

Bill et Tom grimacèrent au mot 'superbe' et se regardèrent. Ils avaient encore en mémoire la dernière photo très nette de la nuit où ils avaient dormi sur le canapé prise par leurs deux amis qui leur avaient fièrement montré le lendemain, sourire en coin. Mais rassurés pour l'heure et suivant l'exemple de Georg dont le fou rire se renouvelait à chaque fois qu'il posait ses yeux sur la tête bougonne de Gustav, les jumeaux s'esclaffèrent à leur tour.

***

Quelques heures plus tard, alors que les quatre garçons faisaient une pause pendant leur répétition, Tom grattait d'un air absent sa guitare, assis dans un canapé. Bill vint s'asseoir à côté de lui. Gustav et Georg étaient partis acheter de quoi boire.

Le chanteur resta un moment à l'écouter jouer et faisant attention à ne pas le gêner dans ses mouvements, il posa sa tête sur son épaule. Il ferma les yeux, écoutant les vibrations de la guitare qui se propageaient dans l'air, réconfortantes. Il se mit à parler d'une voix calme : « Je vais le dire.
- Quoi donc ?
- Que je suis gay. On a cette émission importante dans quelques semaines... Ca fera taire pas mal de rumeurs.
- Pas la dernière en tout cas.
- On n'aura qu'à dire la vérité pour ça aussi. »

Tom tourna son regard vers lui, sourire en coin, haussant les sourcils : « On leur donne des photos aussi ? C'est Gusti et Georg qui vont être contents ! »

Voyant qu'il se moquait de lui, Bill lui donna une petite tape sur le bras, levant légèrement les yeux au ciel : « Mais non idiot... Il suffira de rester assez vague. En parler suffira peut-être à les décourager. »

C'était optimiste, mais ce n'était pas totalement stupide. Et si ça pouvait leur éviter de se retrouver un jour avec d'autres photos volées plus explicites qui seraient sans nul doute mal interprétées, il valait mieux effectivement tenter une explication, même vague.

Tom posa sa tête contre celle de son frère alors que celui-ci pinçait au hasard les cordes contre le manche de la guitare à la main gauche. Le blond grattait les cordes à la main droite. Ca ne ressemblait pas vraiment à grand-chose, mais peu importait.

Ils fermèrent les yeux. Tant qu'ils étaient ensemble, le temps pouvait bien s'arrêter...

Fin.

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Liberté 21/01/2008

Liberté

Le 31 août 2007,

Tom faisait les cent pas dans sa chambre. Il était nerveux. Il se sentait stupide d'être aussi tendu que ça, mais il n'y pouvait rien. Il était rare qu'il soit si nerveux, et surtout pour une raison aussi idiote. Cependant, il ne pouvait pas s'en empêcher. Il croisa encore son reflet dans le miroir qui ornait sa chambre, voyant son image se tordre les mains avant de quitter le cadre pour continuer à faire les cent pas.

Ce soir était un grand soir. Celui qu'ils attendaient depuis si longtemps. D'ici quelques minutes, ils partiraient pour l'immense salle qu'ils avaient louée pour fêter leur anniversaire. Son jumeau avait pris soin de tout organiser, d'un bout à l'autre.

Comme ils l'avaient expliqué dans leur dernière interview, une cinquantaine d'invités était prévue, composée uniquement de familles, amis et proches, et le thème de la soirée, qu'ils avaient décidé tous les deux, exigeait pour chaque présent une tenue de soirée. Cela signifiait porter un costume, et Tom, même s'il était d'accord sur le thème, avait fait la grimace à cette annonce et avait décrété qu'il ne porterait pas de costume, optant pour un survêtement noir. Bien sûr Bill avait eu un léger tic à ses mots et l'avait fixé avec un air de chien battu, espérant qu'il change d'avis, en vain.

Or maintenant, alors qu'ils s'apprêtaient à partir pour la salle, où Bill avait passé le plus clair de la journée à organiser le moindre détail de l'événement avant de revenir se préparer chez eux, Tom n'était plus très sûr de savoir si sa décision finale était une si bonne idée...

XoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoX

Bill observa une dernière fois son apparence dans le miroir, réajustant son col de sa chemise et sa coiffure. Il avait décidé de rester sobre ce soir. Enfin, concernant sa tenue du moins...

Il avait opté pour le costume noir et blanc qu'il avait acheté suite à un photoshoot. C'était le seul qu'il possédait en fait, mais il l'avait choisi avec soin. La chemise était elle aussi très tendance. Il tourna la tête pour vérifier ses cheveux qu'il avait lissés parfaitement. Il n'avait pas insisté sur le maquillage autour de ses yeux mais il en avait tout de même mis un petit peu. D'une certaine manière, aussi bizarre que ça puisse paraître, ça le rassurait d'en mettre.

Tout était parfait. Il s'approcha de son reflet. Il sourit légèrement à son image puis ses yeux se baissant vers son cou, il porta une main à sa gorge. Il toucha la chaîne qui s'y trouvait depuis peu et il sortit l'étrange pendentif qui se cachait sous sa chemise. Il le prit entre ses doigts et le caressa d'un air pensif pendant un moment avant de le remettre sous le tissu et contre sa peau.

Rencontrant à nouveau son propre regard dans le miroir, il cligna doucement des yeux. Son air devint plus sombre un instant avant qu'il ne chasse l'idée noire qui le travaillait depuis plusieurs mois à présent. Il sourit à niveau et se racla la gorge en songeant au cadeau qu'il s'apprêtait à offrir à Tom.

Comment allait-il réagir ?

Bill ne pouvait réprimer la nervosité qui le gagnait et se surprit même à rougir. Evitant son propre regard il porta la main à sa poche intérieure et il en sortit une petite boîte. Il l'ouvrit, regarda son contenu avant de la refermer, un peu plus nerveux.

Ils se faisaient toujours réciproquement des cadeaux pour leur anniversaire et à vrai dire, cette fois-ci ils se les étaient déjà donnés, bien avant leur petite soirée et la date exacte de leur anniversaire. Cependant Bill avait eu une autre idée, un peu plus spéciale, en plus de son premier présent. Il hésitait encore quant au moment propice pour lui donner.

Il rangea la petite boîte dans sa poche intérieure et sortit de sa chambre, rencontrant immédiatement sa mère.

« Ah, Bill ! Tu es prêt ? »

Bill se tourna vers elle et celle-ci se rapprocha. Elle sourit en voyant son fils. Elle l'avait déjà vu en costume lors de précédents essayages quelques jours auparavant et elle ne pouvait s'empêcher de s'extasier et de ressentir de la fierté en voyant l'allure de son fils ainsi habillé. Ses mains se mirent à la recherche de plis invisibles pour mettre le plus d'ordre possible dans sa tenue. Bill leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de sourire lui aussi.

« Oui. Où est Tom ? Andréas ne va pas tarder à arriver. »

En effet, leur meilleur ami devait passer d'un moment à l'autre pour aller avec eux à la salle.

« Il est encore dans sa chambre. Il m'a dit qu'il voulait te voir avant d'en sortir. »

Elle esquissa un sourire amusé, faisant légèrement froncer des sourcils Bill. Il secoua la tête d'un air interrogateur.

« Pourquoi ? »

Sa mère rit doucement avec un amusement encore plus prononcé.

« Tu verras bien. Je vous préviendrai quand Andréas arrivera. »

Elle l'embrassa sur la joue puis elle se dirigea vers le salon, le laissant seul dans le couloir. Bill cligna des yeux. Ce n'était pas inhabituel que Tom veuille lui parler en particulier. Il leur arrivait souvent de s'isoler tous les deux, où qu'ils soient, en tournée ou chez eux. Mais pour l'heure, il était sûr que sa mère lui avait caché quelque chose. Quoi que ce soit, elle devait certainement être dans le secret. Il se demanda brièvement ce dont il pouvait s'agir et se dirigea avec curiosité jusqu'à la porte de la chambre de son frère. Il était prêt à y rentrer sans même frapper, comme il en avait l'habitude, quand il s'arrêta, sa main sur la poignée. Il hésita puis il leva une main pour frapper sur la porte.

Il entendit Tom lui répondre par un 'oui'. Et il entra. Tom se retourna vers lui. Il parut surpris en voyant son frère et il fronça les sourcils. Il s'était attendu à voir sa mère ou son beau-père mais Bill...

« Depuis quand tu frappes avant d'entrer dans ma chambre ? »

Mais Bill ne répondit pas, les yeux écarquillés devant ce qu'il voyait et Tom ne put s'empêcher de rougir. Bill murmura, mais ses mots furent appuyés.

« Oh mon dieu !
- Tu n'aimes pas ? Je suis ridicule, c'est ça ? »

Bill ne répondit pas et s'avança vers lui, ses mains se posant sur les bras du blond alors qu'il faisait le tour tout autour de Tom, l'observant sous toutes ses coutures. Celui-ci rougit un peu plus.

« Bill, dis quelque chose, c'est embarrassant. Tu vois pas que je stresse là ? »

Après avoir fait le tour de son jumeau, Bill s'arrêta devant lui et se mit à rire. Tom sentit son c½ur descendre légèrement dans sa poitrine, se demandant s'il se moquait de lui. Mais Bill se jeta soudainement dans ses bras, les passant autour de son cou et le serrant, profitant de sa taille légèrement plus grande pour le surplomber. Ses lèvres murmurèrent contre son oreille.

« Tu es magnifique. »

Tom murmura en retour, ses mains se posant sur la taille de Bill.

« Vraiment ?
- Vraiment. »

Bill recula et l'observa encore. Tom portait un élégant costume sur des tons de rouge et de beige et portait un bandeau beige maintenant ses dreadlocks qui étaient attachées. Le tout était étonnamment bien accordé et Bill n'exagérait pas. Il était vraiment magnifique. Tom l'observait également. Son air toujours un peu rougi, mais ce n'était peut-être que les reflets de la lumière sur ses habits rouges, il murmura :

« C'est toi qui es magnifique, comme toujours. »

Tom fixa son jumeau, le regard intense, et Bill sourit. C'était le genre de compliments qu'il faisait rarement, loin des oreilles indiscrètes et loin de l'image qu'il donnait en public. Bill le disait souvent même si les gens l'écoutaient avec incrédulité : Tom pouvait être tendre quand il était dans leur petit monde à eux.

Bill posa ses mains sur le visage de Tom, le caressant de ses pouces. Il secoua la tête sans rien dire mais Tom pouvait lire les mots silencieux des pensées de son frère. Si beaucoup de gens avaient tendance à penser que Bill était le plus beau des jumeaux, notamment à cause de ses traits légèrement plus fins et féminins, Tom savait que Bill pensait le contraire. Il vouait une admiration sans bornes à son frère et lui avait déjà dit. Et la réciproque était vraie, même si Tom le formulait rarement. On aurait pu y voir là la marque d'un narcissisme exacerbé mais en dépit de leur gémellité, Bill et Tom se considéraient bien comme deux personnes bien différentes. Tom lui sourit timidement.

Brisant leur échange visuel, Bill lâcha soudainement le visage de Tom. Une moue vexée se formant sur son visage, Bill donna un petit coup sur le bras de son frère qui poussa un petit cri outré sous la surprise.

« Comment t'as pu me cacher ça ! »

Tom sourit, son regard joueur. Il était apparemment satisfait d'avoir maintenu son petit secret jusqu'à la soirée.

« Ca valait le coup de voir ta tête. T'aurais dû voir ça.
- C'est plutôt toi qui n'en menais pas large quand je suis rentré.
- Oh la ferme !
- Quand est-ce que tu l'as acheté ? J'ai rien vu venir.
- J'y suis allé l'autre jour, avec Andréas. »

Bill ferma les yeux une seconde avant de les rouvrir, ses yeux grands ouverts brillants d'amusement et d'un soupçon de désir de vengeance.

« Je vais étrangler Andréas ! Maintenant je comprends pourquoi vous m'avez évincé pour aller soi-disant faire un tour en ville. »

Tom rigola franchement, se rappelant un Bill plus que vexé le jour où ils étaient allés choisir son costume. Ils avaient tout fait pour trouver une excuse bidon pour que Bill ne vienne pas et celui-ci leur avait fait ensuite la tête toute la soirée sous les regards entendus et amusés de Tom et Andréas.

Car si Andréas était leur meilleur ami, il était en fait surtout celui de Bill et ce dernier était un peu possessif quand il s'agissait du jeune homme. A vrai dire, il l'était tout autant quand il s'agissait de Tom. Et ce dernier n'hésitait jamais à lui faire la remarque pour le taquiner. Tom eut un petit sourire.

« Possessif, hein ? »

Les yeux de Bill se fixèrent sur les siens. Il rit mais une douceur étrange apparut dans son regard. Tom fut étonné de le voir devenir sérieux.

« Je suis possessif oui, avec les gens que j'aime. Sûrement un peu trop. »

Ils se fixèrent encore un moment avant que Bill ne détourne le regard. Il continua à parler sur un ton sérieux.

« Ca tombe bien qu'on puisse se parler maintenant. J'ai réfléchi à pas mal de choses dernièrement et je voulais qu'on en discute. Enfin, ce n'est peut-être pas le meilleur moment mais... »

Bill massa légèrement à travers le tissu l'intérieur de son avant-bras gauche, là où son dernier tatouage, une calligraphie du mot 'Liberté' ornait désormais sa peau. Tom glissa sa main sur la paume exposée vers lui et il fit glisser ses doigts sous la manche pour caresser la peau tatouée. Bill hésita à retirer sa main mais il décida finalement de le laisser faire, appréciant la caresse et soutenant la main qui le touchait dans la sienne. Tom murmura.

« Qu'est-ce qui te préoccupe ? »

Bill sourit étrangement et baissa les yeux. Il se mit à parler d'une voix douce, presque envoûtante.

« Demain on aura enfin dix-huit ans, on sera libres... Et je sais que c'est une chose qu'on attendait depuis longtemps, toi et moi... Mais je me suis rendu compte il y a quelques jours que ça me faisait peur. Le temps passe trop vite. On a toujours été ensemble jusqu'à présent mais j'imagine qu'un jour tu me laisseras derrière pour une fille ou je-ne-sais-quoi et je ne pourrai rien dire, parce que c'est dans la logique des choses. C'est ça aussi, la liberté. »

Tom rit légèrement mais il sentit un malaise à l'intérieur de lui, ressentant soudainement ce que voulait dire son jumeau.

« C'est stupide. Tu dis ça comme si j'avais envie de te fuir à la moindre occasion, c'est pas le cas. On en a déjà parlé. Les filles c'est une chose, mais nous ça passe au-delà de ça. Et ça ne changera pas avec le temps.
- Je sais. Mais la vie est ce qu'elle est et je me dis que ça pourrait nous arriver. Aujourd'hui on vit quasiment 24h/24 ensemble, mais jusqu'à quand ? Qui sait, peut-être qu'un jour on s'engueulera à mort et qu'on ne se parlera même plus. »

Tom secoua la tête, son malaise persistant dans son ventre. Il se rapprocha de Bill et l'entoura d'un bras pour l'attirer à lui, son autre main caressant toujours le tatouage. Il savait que ce que venait de lui dire Bill était l'une des pires craintes de son jumeau. S'appuyant sur son épaule, il murmura, ses lèvres contre son cou.

« Je te le redis, c'est stupide. Je ne pourrai jamais vivre sans toi. Et je ne vois pas comment on pourrait se brouiller pour quoi que ce soit. »

Bill hésita, ouvrit la bouche. Ce qu'il voulait dire devait attendre. Il craignait trop de gâcher ce jour tant attendu. Peur de voir ses craintes devenir réelles. Il ravala la boule qui se formait dans sa bouche et il repoussa légèrement son jumeau. Il se racla légèrement la gorge.

« Tu vas certainement penser que c'est totalement idiot mais à force de penser à tout ça, j'ai eu une idée en passant devant un magasin. »

Il sortit de sa poche intérieure la petite boîte qu'il avait ouverte de longues minutes auparavant et il la tendit à Tom. Celui-ci lui lança un regard interrogateur avant de la prendre et de l'ouvrir après un examen minutieux de l'extérieur.

Il cligna des yeux, surpris, et les reposa sur Bill. Celui-ci bougea nerveusement et son regard se fit fuyant, bien que se posant furtivement sur son frère de temps à autre.

« Je sais que tu ne voudras jamais qu'on se fasse un tatouage commun ou autre chose du même genre, alors j'ai pensé... Ne te méprends pas, je ne t'oblige pas à le mettre, mais j'aimerais que tu le gardes. »

Tom baissa à nouveau les yeux vers la petite boîte. A l'intérieur, il y avait un pendentif de petite taille au bout d'une belle et fine chaîne, visiblement en or blanc, en forme d'une moitié de c½ur qui aurait été brisé par un éclair. Un 'B' était gravé dessus.

Tom sourit légèrement en relevant les yeux vers Bill.

« Bill, tu sais pourquoi je ne veux pas qu'on fasse un tatouage commun... »

Le brun soupira imperceptiblement et il sourit d'un air forcé. Tom n'aimait pas les tatouages mais il y avait autre chose aussi. Il repensa aux mots de son frère, il y a plusieurs mois de ça.

« Tu penses qu'on est déjà assez liés comme ça. »

Tom secoua la tête.

« Ce que je voulais dire par là c'est que je n'ai pas besoin de preuve de notre lien, je sais qu'il existe. »

Bill fit un mouvement nerveux et tendit une main pour reprendre la boîte.

« Je vois », dit-il avec une petite voix.

Mais Tom mit la boîte hors de sa portée. Comme Bill le regardait avec confusion, Tom sourit en coin.

« Je n'ai jamais dit que je n'en voulais pas. C'est plutôt joli en fait, et puis... »

Il avança une main qu'il posa sur la gorge de Bill et fit glisser ses doigts jusqu'à la base de son cou. Malgré lui, Bill frissonna. Les doigts de Tom agrippèrent la chaîne et glissèrent jusqu'à trouver le pendentif. C'était le parfait opposé de celui qui était dans la boîte, sauf que celui-ci arborait un 'T' en son milieu qui brilla lorsque Tom le tourna vers la lumière. Il murmura.

« Si c'est important pour toi, alors ça l'est aussi pour moi. »

Leurs regards se croisèrent et se perdirent dans celui de l'autre, jusqu'à ce que Tom lui tende la boîte.

« Tu peux me le mettre ? »

Ils échangèrent un léger sourire. Bill prit la chaîne et passa ses bras autour du cou de Tom en se rapprochant pour pouvoir l'attacher. Leurs joues se frôlèrent et lorsque Bill recula, leurs visages à quelques centimètres à peine l'un de l'autre, leurs regards se rencontrèrent à nouveau, leurs yeux couleur noisette comme toujours intenses et pénétrants.

Rien de plus que d'habitude en somme. Pourtant, touchés intérieurement par une impulsion soudaine, leurs lèvres se rapprochèrent d'un silencieux et commun accord puis se touchèrent, se caressèrent et s'appartinrent jusqu'à ce qu'on vienne frapper à la porte. Ils échangèrent un dernier regard vibrant de sentiments que personne à part eux ne pourrait certainement comprendre et se dirigèrent vers la porte.

La fête les attendait.

***

Le 1er septembre 2007,

Il était à présent six heures du matin. Les invités étaient tous partis, Georg et Gustav en dernier, et comme quand ils étaient plus jeunes, c'étaient leur mère et leur beau-père qui reconduisaient Bill et Tom, avec Andréas en plus qui passait la nuit chez eux.

Tous les trois avaient consommé pas mal d'alcool, surtout Bill. Il avait tenu sa promesse et prit la première cuite de sa dix-huitième année sous l'½il désapprobateur de sa mère et la surveillance discrète de son frère, son meilleur ami mais aussi de David leur manager, Georg et Gustav.

La soirée s'était extrêmement bien passée et ils s'étaient vraiment tous éclatés, et l'alcool les avait entraînés peu à peu vers une gaieté hilare sans aucun sens qui était propre à l'ébriété. Tout le monde avait été surpris de voir Tom pour la première fois de sa vie en costume (Tom insistant auprès de tous pour dire que c'était certainement la première et dernière fois sous l'½il suppliant et réprobateur de son jumeau et de ses parents), s'étonnant qu'un vêtement si près du corps puisse aller aussi bien à quelqu'un qui portait toujours des vêtements extra larges. C'était oublier que Tom et Bill étaient de vrais jumeaux et qu'ils arboraient les mêmes traits fins et la même silhouette longiligne androgyne quand ceux-ci ne portaient plus aucun artifice.

Arrivés à leur domicile familial de Loitsche, ils sortirent de la voiture, Tom soutenant Bill par la taille, celui-ci titubant dangereusement. Leurs têtes tournaient encore et leur esprit conscient était dans un état second, entre sommeil et silence, entre rires et vertiges.

Ils entrèrent dans la maison, et après s'être assurés que les trois jeunes hommes étaient en état de gérer la suite, les parents les laissèrent. Ils se dirigèrent vers la chambre de Bill. Andréas dormirait là ce soir, sur un matelas à côté du lit du chanteur comme cela avait toujours été le cas depuis qu'ils se connaissaient.

Andréas et Tom échangèrent quelques mots, Andréas s'assurant que Tom pouvait gérer un Bill complètement bourré, puis il partit à la salle de bains. Tom s'approcha du lit de Bill et le lâchant avec précaution il le laissa s'y allonger sur le ventre. Tom alluma une petite lampe qui éclaira faiblement la pièce. Ses yeux fermés, Bill fredonnait des chansons depuis plusieurs minutes déjà, la plupart étant de Nena. Tom ne les avait que trop entendues dans la bouche de son frère pour ne pas les reconnaître. Sans rien dire, il enleva la veste du costume de Bill ainsi que la sienne et il s'assit à côté de son frère. Il ne dit rien quand celui-ci rampa jusqu'à pouvoir poser la tête sur ses cuisses, lui tournant le dos. Il continuait à fredonner, sa voix à peine perceptible.

Tom ne l'avait pas encore quitté des yeux et c'est avec douceur qu'il posa ses mains sur lui, une main caressant les cheveux lisses alors que l'autre venait caresser son dos et ses côtes.

Plusieurs minutes passèrent ainsi et peu à peu, la voix de Bill s'éteignit, si bien que Tom le crut endormi. Il sursauta légèrement quand Bill se redressa soudainement, ses paupières lourdes s'ouvrant avec difficulté.

« Bill, ça va ? Est-ce que tu te sens malade ? »

Bill secoua la tête et se tourna légèrement vers lui. Leurs regards embrumés et dansants se rencontrèrent un instant dans l'obscurité avant que Bill ne pose son visage contre son cou. Sa voix fut presque inaudible.

« Tom ?
- Quoi ? »

Tom sentit une main agripper sa toute nouvelle chaîne et jouer avec.

« Est-ce que tu m'aimerais encore si j'étais gay ? »

Tom pencha légèrement sa tête, sa joue effleurant le front du brun.

« Pourquoi ? Tu es gay ?
- Je ne sais pas, Tom, je ne sais pas. »

Tom l'entoura de ses bras et ils restèrent un moment sans rien dire.

Il ne lui avait jamais dit. Tout simplement parce que c'était une évidence.

Mais ce soir il avait juste envie de lui dire. Tout simplement.

Tom ferma les yeux et appuya un peu plus son visage contre le front de Bill.

« Je t'aimerai toujours »

Quand plusieurs minutes plus tard Andréas revint de la salle de bains, ses yeux déjà moins embrumés par l'alcool, il sourit en voyant la scène familière de ses deux meilleurs amis endormis, allongés face à face, la tête de Bill logée sous celle de son frère alors qu'ils se tenaient, légèrement enlacés.

***

Un mois plus tard,

Les quatre garçons venaient de terminer leur concert, complètement exténués, et ils venaient de rentrer dans leur hôtel. Bill et Tom partageaient la même chambre. Cela n'arrivait plus souvent, mais même avec des chambres séparées, il arrivait tout de même qu'ils décident de dormir ensemble pour la nuit, comme c'était également souvent le cas dans le bus de la tournée, au grand dam de David, leur manager, qui craignait toujours qu'un détail ambigu ne fasse la joie des journaux à scandales.

Les jumeaux rentrèrent dans la chambre à l'aide de leur clé. La chambre étant dotée d'un canapé, Bill s'y précipita pour s'asseoir, appuyant sa tête en arrière, ses cheveux légèrement ébouriffés s'y répandant. Tom le suivit, non sans avoir attrapé la télécommande et avoir allumé machinalement la télé, par habitude. Il tomba sur un programme sur la vie sous-marine.

Restant silencieux car vidé de toute énergie comme à chaque fois après un concert, Tom s'assit à côté de son frère mais s'allongea bien vite sur ses genoux, sa tête fixée paresseusement sur le petit écran en face d'eux. Bill ne dit rien face à l'intrusion et baissa juste le regard, jetant un coup d'½il à la télé avant de poser ses yeux sur Tom.

Il laissa une main s'aventurer sur son dos, le massant doucement. Tom ferma les yeux. Les membres du groupe avaient l'habitude de se faire des massages entre eux pour relaxer leurs muscles tendus avant et après les répétitions, et c'était presque devenu un rituel entre les jumeaux.

Plusieurs minutes plus tard, après avoir massé d'un air légèrement absent mais avec attention la main gauche du guitariste, Bill posa une main sur sa tête, dégageant les imposantes dreadlocks. Il sourit en voyant la fine chaîne scintiller légèrement. Tom dut le sentir car il rouvrit les yeux. Se tournant légèrement sur le dos, il passa une main pour agripper le dos de celle de son jumeau. Il l'attira doucement à lui, son bras encerclant celui de Bill, et il contempla le tatouage glissant sur la peau de son avant-bras. De sa main libre, Tom commença à tracer lentement du bout de ses doigts les contours, suivant les longues courbes noires.

Bill sentit ses yeux se fermer malgré lui, frissonnant à la douce caresse. Il ne les rouvrit que quand il sentit le regard posé sur lui de Tom qui continuait à tracer de son toucher son tatouage. Bill se sentit rougir malgré lui. Il parla, plus pour détourner l'attention de Tom qu'autre chose.

« Toujours contre les tatouages ? »

L'attention de Tom se retourna vers le mot inscrit sur son avant-bras.

« Oui. Tu n'as pas idée. C'était déjà dur de te voir te faire tatouer, alors n'imagine pas que j'endurerai ça, même pour toi. »

Bill rit doucement. Tom avait assisté, stressé et tendu, à toutes les séances de tatouages de Bill. Il lui était reconnaissant pour ça, car ce n'était pas vraiment un agréable moment à passer, en dépit de l'excitation d'avoir un nouveau tatouage. Sa présence avait été un réel réconfort, comme toujours. L'inconvénient, c'est que ça avait aussi convaincu Tom de ne jamais se faire tatouer.

Bill frotta du revers de sa main libre la joue du guitariste, souriant d'un air taquin.

« Petite nature »

Tom le fusilla légèrement du regard mais ne bougea pas. Il continua à tracer le tatouage avec douceur. Il parla tout bas.

« Est-ce que tu crois qu'on peut vraiment être libre ? »

Bill l'observa, mais l'expression sur le visage de Tom était indéchiffrable. Un long moment passa dans le calme le plus complet en dehors du son abyssal des eaux profondes provenant du petit écran, puis le chanteur répondit.

« On peut toujours essayer. »

Tom se redressa et se tourna vers lui, se rapprochant du brun. Il repéra son pendentif orné d'un 'T' et le prit dans ses doigts, l'observant d'un air pensif. Bill chercha son regard et le trouva. Ils se penchèrent légèrement vers l'autre, leurs lèvres à seulement quelques centimètres.

Ils s'observèrent un moment et puis, faisant écho aux paroles prononcées par Tom un mois auparavant, Bill murmura quelques mots alors qu'ils refermaient la dernière distance entre eux, leurs yeux se fermant.

« Je t'aimerai toujours. »

Leurs lèvres se touchèrent et leurs langues se mirent à danser contre l'autre. Une sensation douce et chaude les envahissait peu à peu, apaisante et rassurante.

Quand plus tard ils se prirent dans les bras, serrant l'autre dans une prison dorée, ils se rendirent compte qu'ils ne s'étaient jamais sentis aussi libres.

Fin.

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Dominance 21/01/2008

Dominance

Bill entra dans sa chambre d'hôtel en fureur. Il jeta sans ménagement aucun le sac qu'il portait sur le sol, ainsi que sa veste en cuir, et il se dirigea immédiatement vers la salle de bains, sans prendre le soin de refermer la moindre porte derrière lui. Il regarda son visage en furie un instant avant de s'affairer à se démaquiller, effaçant toute trace de Rimmel et de Gloss.

Le suivant calmement, Tom entra à son tour dans la chambre. A la différence de son jumeau, il souriait légèrement en coin, ressassant dans son esprit la scène qui venait de se passer quelques minutes auparavant. Il referma la porte derrière lui, enleva sa casquette qu'il lança négligemment sur une table, puis il se dirigea ensuite vers le lit et se débarrassa de ses chaussures. Se laissant tomber nonchalamment dessus, il s'y étala. Le blond ricana doucement et étira à peine la main pour agripper la télécommande et allumer la télé. Restant allongé, il se mit à zapper entre les chaînes.

Cette soirée avait été une soirée telle qu'ils en avaient souvent. Ils avaient été invités avec leur manager à une remise de prix suivie d'une petite réception VIP. C'est là-bas que les choses, qui avaient pourtant bien commencé pour Bill, s'étaient peu à peu envenimées. Tom qui tout au long des événements avait été tour à tour jaloux, inquiet puis hilare face à la situation, ne savait toujours pas s'il devait rassurer son jumeau ou bien enfoncer un peu plus le clou. Après être passé de la jalousie à l'inquiétude, il pensait avoir le droit d'être un peu sadique, du moins pour le reste de la soirée.

Il devina plus qu'il ne vit des mouvements rapides et agacés de Bill qui après avoir enlevé ses chaussures se changeait à présent pour mettre un T-shirt plus confortable, et il ne fut pas étonné de le voir sortir, toujours aussi furieux. Le brun fusilla son jumeau du regard. Il ne fit pas de commentaire comme quoi son frère n'était pas dans sa chambre, mais dans la sienne, étalé sur son lit. Non, tout ce qu'il lui importait à présent, c'était de faire disparaître l'air effrontément goguenard qu'arborait Tom, sourire en coin, ses jambes remuant inconsciemment dans un mouvement nerveux comme à chaque fois que quelque chose l'amusait. Bill croisa les bras, ses sourcils se haussant d'agacement.

« Je peux savoir ce qui t'amuse au juste ? »

Tom lâcha la télécommande, éteignant la télé, et il se redressa sur ses coudes, faisant face à Bill.

« Rien.
- Rien ? Vraiment ? »

Le regard noir de Bill sur son frère s'intensifia et n'en pouvant plus, le fou rire envahit Tom, dont le regard était fixé sur le chanteur. Bill écarquilla les yeux, et encore plus énervé, il se jeta soudainement sur son frère pour le chahuter et le chatouiller. Ce qui ne fit bien sûr qu'accentuer le fou rire de Tom. Le blond tenta avec peu de succès d'arrêter les mains qui le torturaient pour essayer de respirer à travers ses éclats de rire jusqu'à ce que Bill n'arrête de lui-même, attrapant les poignets de son frère et les plaquant sur le lit alors qu'il était à califourchon sur lui.

Leurs regards fixés l'un sur l'autre, Bill se pencha légèrement vers son jumeau, ses cheveux lissés tombant légèrement devant lui. Tom riait encore un peu, un immense sourire placardé sur son visage. Le brun poussa un soupir quelque peu résigné et il se redressa légèrement, libérant les poignets de son frère, mais restant à califourchon sur lui. Ils continuèrent à se regarder. Tom se calma peu à peu, mais son sourire demeura. Il fixa Bill avec un peu plus de sérieux dans la voix.

« Ces filles étaient canons.
- Je m'en fous, elles étaient complètement barges !
- Ce n'est pas ce que tu avais l'air de penser au début.
- C'était avant qu'elles sortent leurs conneries.
- Peut-être que c'étaient des conneries, mais elles avaient raison sur un point. »

Bill se pencha à nouveau vers lui, le fixant toujours dans les yeux. Il murmura, le ton de sa voix méfiant.

« J'aimerais bien savoir lequel. »

Tom se contenta de sourire, repensant à la soirée.

Celle-ci s'était poursuivie après la cérémonie dans une petite salle de réception autour de verres alcoolisés et de petits fours. Il y avait là nombre de gens du spectacle, plus ou moins importants et connus, et surtout de belles filles. Tom les observait, verre en main, cherchant à approcher celle qui serait le plus à son goût pour discuter, voire plus si affinités, quand son regard était tombé sur une scène qui lui avait fait froncer les sourcils.

Il n'avait pas lâché son frère depuis une minute à peine que celui-ci était entouré de deux très belles jeunes filles. A vrai dire, ce n'était pas inhabituel, mais ces filles-là semblaient très entreprenantes avec lui, se collant à lui et susurrant quelques mots... et Bill semblait apprécier, les regardant avec ses grands yeux innocents et son sourire doux mais enjôleur de diva comme l'aurait qualifié Tom. Une des filles en particulier s'était accrochée à son bras et ne semblait pas avoir l'intention de le lâcher.

Si Tom avait l'habitude de draguer à tout va, ce n'était pas le cas de Bill. Néanmoins, ce soir-là semblait faire exception, même si le mot drague ne correspondait pas tout à fait au comportement qu'adoptait Bill envers les filles.

Car il n'y avait aucun doute sur le fait que le chanteur, même s'il ne semblait pas être très à l'aise, faisait des sourires appuyés à la jeune fille accrochée à lui. Et ça, ce n'était pas habituel. Elle devait l'intéresser, peut-être ? Tom aurait dû être content pour son frère, mais une pointe de jalousie s'était pourtant faite brusquement ressentir, sans qu'il sache vraiment pourquoi, et il s'était dirigé vers eux, se joignant à leur petite discussion. Tout s'était très bien passé, du moins au début.

La fille avait continué à s'accrocher à Bill, sous l'½il attentif quelque peu jaloux et protecteur de Tom et c'est à peine s'il avait vu la discussion dériver, à l'initiative de leurs invitées féminines, sur le ton de la plaisanterie puis plus sérieusement, sur leur gémellité... et plus si affinités, sous le sourire en coin et inquisiteur des deux jeunes filles gloussantes. Bill et Tom avaient failli s'en étouffer en buvant leur cocktail.

Ils avaient alors tenté de fuir ensemble, mais une dernière phrase lancée par une des jeunes filles leur avait fait faire volte-face. Bill en particulier avait écarquillé les yeux. Il avait ensuite jeté un coup d'½il à son jumeau, cligné des yeux d'un air choqué, puis il était parti en furie pour parler à leur manager, voulant regagner immédiatement l'hôtel. David n'avait rien osé dire vu l'état rare dans lequel était le chanteur. Il fallait avouer que Bill ne se mettait que très rarement en colère, et encore moins en public. Dans ces rares cas, mieux valait le laisser se calmer dans son coin, ou bien laisser son frère s'en occuper.

D'ailleurs maintenant, grâce à la présence de son frère, Bill s'était légèrement calmé. En fait, il était surtout curieux. Toujours penché sur Tom, Bill lui rappela les propos des jeunes filles en haussant les sourcils.

« Alors, elles avaient raison sur quel point ? Je ne vois pas ce que ça pourrait être étant donné que c'étaient deux de ces folles complètement hystériques qui écrivent des dizaines de pages sur Internet de sexe torride entre nous deux. »

Bil n'osa même pas mentionner celles encore plus dingues qui écrivaient des histoires le mettant sans aucun scrupule avec Georg, Andréas, Gustav, David ou même Bushido, le rappeur connu pour ses propos homophobes qui avait déclaré qu'il aimerait bien se taper le jeune chanteur (cherchez l'erreur...). Bill frissonna de dégoût à ces dernières pensées. Il ne remarqua pas Tom l'observer en détail, le blond devinant sans mal celles-ci.

Tom sourit en coin. Il se releva un peu sur les coudes, son visage à quelques centimètres de celui de son jumeau. Il prit une petite voix fière.

« Sur le fait que je suis indéniablement le dominant. »

Bill cligna des yeux avant de comprendre, et Tom décela une pointe de rougeur sur ses joues. Cela avait été les dernières paroles des jeunes filles, celles qui avaient mis Bill hors de lui. Bill repoussa Tom qui gloussait légèrement sur le lit d'un petit coup sur l'épaule, fronçant les sourcils. Le chanteur se redressa mais ne bougea pas, pensif. Il secoua la tête et leva les mains en l'air, fixant le guitariste.

« Pourquoi je suis toujours le dominé dans leurs histoires tordues ? Après tout, s'il y a bien un dominant entre nous deux, ça devrait être moi. Je suis le leader, je suis le plus grand de nous deux.... »

Tom le coupa, haussant les sourcils.

« Je suis l'aîné.
- De dix minutes seulement, Tom !
- Dix minutes qui font la différence, petit frère. »

Bill lui tira la langue mais il sourit légèrement à ces mots. Il poursuivit.

« Ca n'explique pas le pourquoi du comment.
- Réfléchis, moi je trouve logique qu'elles pensent ça. Il suffit de voir ton look. »

Bill croisa les bras, son regard se faisant menaçant.

« Qu'est-ce qu'il a mon look ? »

Tom haussa les sourcils et Bill le fusilla du regard. Puis il leva les yeux au ciel, finissant par soupirer, vaincu.

« Ok, je veux bien admettre que je ne suis pas le plus masculin qui puisse être, mais ça ne fait pas de moi une mauviette faible et soumise. »

Tom détourna légèrement le regard pour cacher son amusement, et Bill fronça une fois de plus les sourcils.

« Quoi ? Tu ne me crois pas ? Je suis plus fort que toi je te signale. »

Tom ricana légèrement et haussa à nouveau ses sourcils d'un air extrêmement dubitatif. Vexé, Bill agrippa soudainement les poignets de Tom qu'il avait laissés quelques minutes auparavant et il s'appuya sur eux, plaquant Tom avec force contre le lit. Ses yeux plongés dans les siens et l'air impérieux, il lui lança un défi silencieux, sourire en coin. Tom le regarda un instant avec une étrange douceur avant de sourire avec égale mesure.

« Tu l'auras voulu, p'tit frère. »

Tom tenta de le repousser avec force pour se libérer de l'emprise de son jumeau, mais celui-ci arriva tant bien que mal à le maintenir en place, surprenant même Tom. Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, Tom essayant de renverser Bill sur le dos, mais ce dernier tenait bon, même s'il avait beaucoup de mal.

Ils étaient tous les deux à bout de souffle, leurs joues et leurs corps se frôlant et se collant en tentant pour l'un de se libérer et l'autre de maintenir captif son prisonnier. Leurs respirations se firent haletantes et leurs c½urs emballés les amenèrent à faire plusieurs pauses, restant sur leurs gardes en vue d'une prochaine attaque de l'autre. Leurs muscles commençaient à être tendus et douloureux, presque tremblants. Bill se pencha à son oreille.

« Tu abandonnes ? »

Sans rien dire, la pression se relâcha peu à peu dans les poignets de Tom que tenait Bill entre ses doigts et cédant à la fatigue, le chanteur se laissa tomber sur le blond, son visage contre son cou. Tous deux tentaient de reprendre une respiration normale, écoutant leurs c½urs qui résonnaient dans le corps de l'autre. Plusieurs instants passèrent en silence. Tournant un peu plus sa tête vers Bill, Tom murmura.

« Tu as toujours été le plus sensible de nous deux. »

Ce n'était pas faux. Bill le savait. Il lui arrivait même parfois de pleurer, pour une raison ou pour une autre, et il était le premier à venir chercher du réconfort auprès de son frère quand il n'allait pas bien. Néanmoins, il n'était pas le seul...

Bill leva les yeux vers lui, souriant légèrement.

« Et qui vient dans mon lit la nuit pour avoir des câlins après un cauchemar, hein ?
- Tu le fais aussi ! »

Tom rougit, détournant le regard. Bill rit doucement et l'embrassa sur la joue. Même s'il était vrai que Bill venait plus souvent se blottir contre son frère de temps en temps la nuit pour se rassurer, Tom ne pouvait nier que ça lui arrivait aussi parfois.

Tom passa ses bras autour de sa taille et se mit à caresser doucement le dos du chanteur. Celui-ci poussa un soupir et un faible gémissement. Quelques minutes s'écoulèrent ainsi, dans le calme.

Brusquement, Tom se retourna, reprenant la main. Le souffle coupé, Bill se retrouva presque instantanément plaqué contre le lit sur le dos. Il se débattit en vain. Torse contre torse et une main posée fermement sur sa taille, Tom ne lui laissait aucune marge de man½uvre. Leur respiration s'accéléra sous leurs efforts. Tom soufflant un air chaud et rapide contre son cou, Bill relâcha peu à peu ses muscles, abandonnant momentanément la lutte. Tom sourit contre sa peau, son nez se frottant contre son cou. Le chanteur maugréa, une petite moue sur le visage.

« C'est de la triche !
- Je n'ai jamais dit que j'abandonnais. »

Bill bougonna. Ses pensées revinrent soudainement à leur conversation avec les deux jeunes filles. Il soupira.

« Pourquoi certaines personnes imaginent qu'on couche ensemble ? On est frères, non pire, on est jumeaux, de vrais jumeaux. Comment on pourrait ? »

Tom leva légèrement la tête pour l'observer. Il sourit d'un air coquin avant de se pencher à son oreille pour roucouler.

« Tu veux que je te montre comment ? Après tout, c'est moi, le dominant. »

Rougissant, Bill poussa un petit cri indigné, marmonna un 'imbécile' entre ses dents tout en donnant un petit coup sur l'épaule d'un Tom reparti dans un fou rire.

« Je suis sérieux, Tom ! »

Ledit Tom l'ignora et déposa ses lèvres sur son cou, commençant à l'embrasser de doux et éphémères baisers qui se firent de plus en plus prononcés et mouillés. Son corps était toujours plaqué contre celui du chanteur. Bill frissonna malgré lui, et c'est avec un peu d'incertitude qu'il demanda, sa voix hésitante.

« Tomi ? Qu'est-ce que tu fous ? »

Tom n'arrêta pas ses bisous, le bout de sa langue venant même lécher la douce peau de la gorge du chanteur. Il murmura contre sa peau.

« On ne couchera peut-être jamais ensemble, mais tu seras toujours à moi. »

Ses lèvres s'attaquèrent aux parties les plus sensibles de son cou, suçant légèrement sur la peau. Pas assez pour y laisser une marque (car Tom tenait assez à la vie pour savoir que le chanteur l'étranglerait sans la moindre hésitation s'il devait expliquer à quiconque le lendemain matin comment il avait pu avoir une telle marque), mais assez pour laisser la peau rougie et pour faire passer le message.

Posant une main sur la tête du blond et caressant ses cheveux, Bill ferma les yeux. Il frémit un peu plus sous le souffle chaud qui réclamait dominance. Il le laissa faire sans rien dire pendant un moment, appréciant étrangement l'attitude audacieusement câline et possessive de Tom. Bill avait presque tout oublié de leur petite bataille en cours. Tom mordilla légèrement la peau qu'il martyrisait de ses lèvres avant de susurrer, en souriant.

« J'ai gagné, petit frère. »

Alors que le bout de la langue de Tom remontait le long de sa gorge jusqu'à atteindre son menton, Bill ouvrit soudainement les yeux et renversa brusquement leurs positions, faisant pousser un petit cri aigu à Tom.

A nouveau à califourchon sur lui, il profita de l'effet de surprise pour capturer à nouveau les poignets de Tom et les plaquer contre le lit. Il se pencha vers le blond qui tentait une fois de plus de s'échapper, pestant sous cape. Bill arborait un petit sourire satisfait.

« Tu disais ?
- Bill, tu m'écrases !
- Mauvaise réponse. »

Tom grogna. Bill se pencha vers lui en haussant les sourcils, souriant d'un air toujours plus narquois. Tom tenta d'esquiver son regard, grognant un peu plus. Bill émit un petit rire.

« Alors ? Tu abandonnes ? »

Tom le fixa, souriant légèrement à nouveau. Il secoua la tête. Leurs yeux couleur noisette se fondaient dans ceux de l'autre. Bill battit légèrement des cils et il se pencha un peu plus vers lui, joueur. Son visage n'était plus qu'à quelques centimètres de celui de Tom. Le guitariste murmura, haussant les sourcils pour accentuer ses mots.

« Jamais. »

Tom l'observait avec douceur, ses yeux à moitié fermés. Bill sembla réfléchir un instant, le regardant en détail et avec tendresse puis il murmura à son tour, se penchant encore un peu plus jusqu'à frôler ses lèvres.

« Tu l'auras voulu alors. »

Il referma la distance entre leurs lèvres, leurs yeux suivant la même voie. Elles se touchèrent d'abord avec hésitation, légèrement frémissantes, se frôlant à peine, puis elles se capturèrent avec de plus en plus d'audace et d'empressement, et bientôt, ce furent leurs langues qui recommencèrent la douce bataille, chacun cherchant à prouver sa domination sur l'autre, suçant et caressant le moindre recoin de leurs lèvres et de leurs langues. Avantagé par sa position, Bill prenait les initiatives, appréciant d'être en contrôle total de la situation.

Quand Bill recula enfin, mettant fin au tendre jeu qu'il menait et les laissant tous les deux haletants et rougis, ses mains étaient entrelacées avec celles de Tom. Leurs yeux qui s'étaient rouverts se fixaient à présent avec une petite lueur étrange qui n'avait de sens que pour eux. Un petit sourire dansait sur leurs lèvres rosies.

Ils éclatèrent de rire en même temps. Bill déposa un rapide bisou dans le cou de Tom et se laissa tomber à côté sur le lit, s'allongeant vers lui. Tom tourna la tête vers le brun, le titillant encore un peu.

« Tu auras beau faire, tu ne convaincras jamais ce genre de filles de changer d'avis avec si peu d'arguments. »

Bill sourit.

« Tant que je peux te convaincre toi, ça n'a pas d'importance, grand frère. »

Leurs rires éclatèrent une fois de plus dans la petite chambre d'hôtel et Tom se jeta sur Bill pour le chatouiller, le capturant dans ses bras.

Entre eux, cela n'avait jamais été une question de dominance.

Ils s'appartenaient l'un l'autre, et ce savoir leur suffisait.

Fin

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Bise d'automne 21/01/2008

Bise d'automne

Tom leva les yeux. Le soleil disparaissait épisodiquement sous les nuages. Le ciel était voilé de gris, la pluie menaçant de tomber. Tom frissonna. Le soir était encore loin mais la brise automnale était fraîche. Il resserra ses doigts légèrement raidis par le froid sur le manche de sa guitare et fit quelques pas sur la scène en plein air.

Le groupe faisait ses derniers réglages avant le concert qui aurait lieu le soir même sur la scène surélevée. Georg était affairé avec sa basse près de la batterie que Gustav terminait de monter avec l'aide d'une autre personne. Autour d'eux, les membres du staff s'occupaient également d'installer les nombreux câbles électriques et vérifiaient le son.

À plusieurs dizaines de mètres de là, des barrières avaient été installées pour que leurs fans déjà présents et les passants curieux ne puissent s'approcher. Cela n'empêchait pas les flashs des appareils photos des jeunes filles de crépiter dans leur direction toutes les cinq secondes.

Tom quitta la foule lointaine des yeux pour tourner la tête vers sa gauche, cherchant son frère du regard. Celui-ci micro en main faisait quelques pas en rond, chantant quelques notes sur des paroles au hasard, sa tête légèrement en arrière. Il semblait regarder le ciel d'un air absent. Tom observa un moment la frêle silhouette, ses yeux errant sur la courbe gracile de son cou et sur les traits fins de son visage. Il cligna doucement des yeux et les reposa sur sa guitare, se remettant à gratter ses cordes pour vérifier le son et il bâilla, son souffle se terminant en un soupir.

Ils étaient tous fatigués depuis plusieurs jours, enchaînant concerts, émissions de radio et de télévision. Rien d'anormal, en résumé. Néanmoins, ce soir la fatigue semblait plus lourde que de coutume. C'était sûrement dû au fait qu'ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour récupérer et dormir récemment. Ça l'inquiétait vaguement. La voix de Bill avait été quelque peu éraillée la veille, lors de leur dernier concert, quant à Georg et lui, ils avaient fait plus de fausses notes que d'habitude. Ils auraient tous besoin de quelques jours de repos.

Ses pensées furent interrompues quand une main se posa sur son bras, de longs doigts agiles se resserrant autour des fins muscles du guitariste. Son frère s'était rapproché jusqu'à ce que son corps soit quasiment collé au sien. Tom tourna légèrement son visage vers lui. Bill lui murmura quelques mots à l'oreille, ses lèvres l'effleurant à peine. Il riait doucement.

« Georg a encore failli se vautrer »

Tom sourit. Ils échangèrent un regard amusé avant de le poser sur Georg derrière eux. Celui-ci n'était pas tombé, mais il s'était pris les pieds dans les nombreux câbles électriques pas encore installés qui étaient entassés dans un coin au fond de la scène et il tentait à présent de s'en défaire, jetant des coups d'½il autour de lui en tentant de prendre une attitude nonchalante, espérant que l'incident soit passé inaperçu. Il passa une main dans ses cheveux pour les recoiffer parfaitement.

Fidèle à sa réputation d'éternel maladroit, Georg était décidément très en forme cet après-midi. Tom ricana. S'il y avait une vitre à se prendre dans la figure, nul doute qu'elle serait pour lui. Le blond murmura à son jumeau.

« C'est la troisième fois aujourd'hui, non ? »

Bill eut un grand sourire et acquiesça.

« Si on arrive à cinq, on aura gagné notre pari contre Gustav. »

Ledit Gustav qui avait vu lui aussi la scène les regarda soudainement, comme s'il avait pu entendre son nom. Il grimaça face aux jumeaux qui indiquaient chacun le chiffre trois d'une main, souriant et haussant leurs sourcils avec une expression amusée et une satisfaction quelque peu narquoise sur le visage en signe de pure provocation. La moue de Gustav s'accentua. Le batteur avait parié que Georg ne manquerait que trois fois maximum de se vautrer sur scène. Il avait sous-estimé la fatigue de ces derniers jours. Il secoua la tête avant de la baisser avec résignation. Ce serait bien un miracle s'il gagnait son pari ce soir-là.

Bill se retourna. Il regarda son frère en souriant, ses yeux louchant un peu, signe immanquable de sa fatigue.

« Je crois que Gustav va le payer ce resto, finalement ».

Tom lui sourit. Les deux frères se tenaient encore très proches et la main de Bill encerclait toujours le bras du guitariste. Entendant des cliquetis plus nombreux et bruyants, Tom tourna la tête. Il soupira silencieusement. Il avait suffit qu'ils se collent d'un peu trop près l'un de l'autre pour que les appareils photos se remettent à les mitrailler. Les gens, enfin surtout une majorité de jeunes filles gloussantes, aimaient visiblement ce genre de photos rapprochées des jumeaux.

Bill suivit son regard et comprenant, il lâcha immédiatement son jumeau, comme s'il venait de se brûler. Il recula d'un pas avant de murmurer, posant nerveusement ses mains sur ses hanches.

« Désolé. »

Tom leva promptement ses yeux vers ceux de Bill, et le coupa très vite.

« Ne t'excuse pas. On en a déjà parlé. »

Bill sourit légèrement avec embarras, mais ses yeux qui avaient eu l'air inquiet pendant l'espace de quelques secondes le regardaient à présent avec douceur. Il était visiblement rassuré.

Ils avaient en effet déjà eu plusieurs fois cette discussion. Bien sûr, on prenait habituellement beaucoup de photos d'eux, notamment quand les jumeaux étaient proches ou avaient des gestes envers l'autre. Rien de bien méchant, sauf que plusieurs de ses photos étaient utilisées ensuite à fin de montages incestueux sur la toile.

Malgré cela, alors que Bill avait semblé inquiet des répercussions que cela pouvait avoir et qui avait craint d'embarrasser son jumeau par des gestes trop affectueux en public, Tom avait insisté pour qu'il ne se préoccupe pas de ce genre de considérations.

Si Tom n'était pas démonstratif quand il s'agissait d'avoir des gestes tendres et affectueux en public, Bill était plutôt du genre à le faire, déposant de temps à autre en une caresse une main sur lui ou l'effleurant de diverses manières. En effet, il n'hésitait pas à le toucher quand il en ressentait le besoin, même s'il gardait bien évidemment leurs câlins plus rapprochés pour les moments où ils étaient seulement tous les deux.

C'était simplement naturel chez lui, et Tom ne voulait pas qu'il se force à rester distant pour éviter des montages. Car si la timidité latente de Tom l'empêchait d'avoir de doux gestes envers son jumeau en présence d'autres personnes, il ne tenait pas en plus à se retrouver privé totalement du contact de celui-ci à cause de paparazzi en herbe en quête de photos croustillantes. Le fait était que ces touchers innocents mais intimes étaient nécessaires pour Tom, et ce n'était pas quelques photos dérobées qui allaient l'en priver. Ils le rassuraient à chaque fois sur leur proximité.

Tom secoua la tête, ses yeux faisant passer un message silencieux au chanteur, le grondant muettement d'avoir encore ce genre de craintes. Bill rit avec embarras et soudainement il toussa, détournant légèrement la tête alors qu'il portait une main devant sa bouche. Le sourire de Tom disparut instantanément alors que ses sourcils se fronçaient avec un soupçon d'inquiétude.

« Tu as chopé la crève ?
- Non, c'est juste la fatigue, j'ai la voix en miettes »

Tom hocha de la tête.

« Je vois, inutile d'en faire trop alors, repos et silence jusqu'à ce soir, ok ? »

Ses bras tombant le long de son corps, Bill haussa les yeux au ciel, souriant à nouveau avec une légère exaspération. Il commença néanmoins à s'éloigner de Tom pour descendre de la scène, suivant la suggestion du blond.

« Oui, maman.
- J'y peux rien s'il faut te materner. Tu n'aurais plus de voix depuis bien longtemps si on ne te surveillait pas de près, espèce de pipelette braillarde ! Et mets une écharpe par la même occasion, débraillé ! »

Continuant à s'éloigner, Bill se retourna pour lui tirer la langue, ses yeux rieurs. Tom sourit en coin tout en le suivant du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue. Il frissonna et leva la tête. Les nuages continuaient de s'amonceler dans le ciel, mais avec un peu de chance, il ne pleuvrait pas et leur concert ne serait pas annulé.

***

Le concert venait de se terminer. Il n'avait pas plu. Cependant, l'air était devenu de plus en plus gelé au fur et à mesure de la soirée, et les quatre garçons qui montaient à présent dans le van qui les ramenaient chez eux étaient frigorifiés. Ils avaient enfilé des vêtements plus épais en sortant de scène, et Bill avait mis un chapeau souple et noir avec une petite visière ainsi qu'une écharpe.

Tom s'installa au fond, au milieu entre Georg et Bill tandis que Gustav s'était mis à l'avant du véhicule chauffé avec David à ses côtés. Ils soufflèrent bruyamment, soulagés par la chaleur qui regagnait peu à peu leurs corps. Ils frissonnèrent tous les quatre, se frottant les mains pour y faire circuler le sang. Tom émit un petit rire.

« Alors Gustav, on le fait quand ce resto ? Tu as perdu notre petit pari. »

Le batteur grommela alors que les jumeaux éclataient d'un rire frissonnant sous l'effet persistant du froid. Georg s'était arrangé pour tituber dangereusement trois fois de plus durant le concert. Sans le vouloir, Gustav ne put s'empêcher de fusiller du regard le bassiste qui ne manqua pas de le remarquer. Georg cligna des yeux sans comprendre, n'étant pas au courant pour le pari.

« J'ai loupé quelque chose ? »

Tom ricana un peu plus.

« Oui, six fois de suite. C'est dommage, ça aurait été marrant de te voir tomber dans la fosse. Le problème, c'est qu'on aurait dû annuler le concert... parce que je n'aurais pas pu m'arrêter de rire après. »

Les jumeaux et même Gustav se mirent à rire, et Georg grogna, vexé, avant d'attaquer le blond à sa gauche de chatouilles. Gloussant, Tom poussa quelques cris de protestation et se décala de l'autre côté pour y échapper, en vain, écrasant de ce fait son frère en s'allongeant sur le dos sur les genoux de celui-ci.

« Bill, aide-moi ! »

Bill haussa les sourcils, baissant le regard sur son frère allongé sur lui, son air défaitiste. Le ton chantant de sa voix se fit faussement désolé.

« Chacun ses problèmes, mon p'tit Tom. »

David haussa les yeux au ciel. Vive la solidarité fraternelle. Tom pesta contre son ingrat de frère et tenta de contre-attaquer en se jetant sur Georg pour le chatouiller à son tour. Bill sourit et porta une fois de plus ses mains à sa bouche pour y souffler à l'intérieur et les réchauffer, mais il toussa soudainement plusieurs fois avant de renifler légèrement. La petite bataille entre Tom et Georg s'interrompit brusquement et tous les yeux se retournèrent immédiatement pour se river sur le chanteur. Ce dernier jeta un coup d'½il circulaire et répondit à la question silencieuse, haussant les sourcils.

« Ce n'est rien. J'ai juste pris un peu froid. »

David fronça les sourcils et Tom leva une main inquisitrice pour la poser sur le front de son frère. Bill prit sa main dans la sienne pour l'en déloger. Il lui jeta un regard se voulant rassurant.

« Tom, je vais bien. »

Sa voix était légèrement rauque et ses yeux emplis de fatigue se fermaient malgré lui. Le guitariste ne s'en était pas vraiment rendu compte jusque là. Tom se demanda comment il avait pu réussir à terminer le concert avec l'énergie qu'il y avait mise dans son état. David intervint, sa voix amicale mais ferme.

« Vous n'avez plus de concerts pour les quatre prochains jours, profites-en pour te soigner. Il ne faudrait pas que ça s'envenime, sinon il faudra annuler le prochain show. »

Tom sentit Bill se tendre. Il savait que le chanteur avait conscience que David ne disait cela que dans son intérêt, mais Tom savait aussi que Bill ne supportait pas quand il fallait qu'on annule des concerts à cause de lui.

Bill acquiesça silencieusement aux mots de David, puis il appuya son dos en arrière contre le siège. Le brun tourna sa tête qu'il posa sur une main, son bras appuyé sur le rebord de la portière. Son regard se perdit sur la route qui défilait au rythme des éclairages nocturnes, oscillant d'une couleur artificielle à l'autre, des lampadaires pâles aux enseignes lumineuses en passant par les spots publicitaires fluorescents. Tom l'observa alors que les autres détournaient la tête, ne jetant qu'un coup d'½il occasionnel aux jumeaux.

Le guitariste savait que le brun était inquiet. Bill avait conscience qu'il se devait de ne pas tomber malade. En tant que chanteur du groupe, il ne pouvait se permettre de monter sur scène la voix cassée et malade. Mais malgré les précautions qu'il prenait, et l'attention des autres membres du groupe et de leur manager, être toujours à 100% de ses moyens vocaux n'était pas chose facile. Tom savait que cela était un sujet de stress pour son frère, et il craignait souvent qu'à cause de ça le chanteur ne puisse supporter leurs longues tournées. Pourtant, il n'avait jamais faibli, malgré un ou deux rhumes inévitables, et Tom en était secrètement admiratif.

Tom continua à l'observer, ses yeux se posant sur le visage clair aux yeux maquillés d'un noir intense qui leur donnait un air mystérieux et mélancolique sous l'effet de la lumière nocturne. Bill toussa quelques fois et puis, sentant son regard posé sur lui, il fixa à son tour Tom. L'échange silencieux dura pendant un instant, puis Bill se rapprocha de lui, jambe contre jambe, et posa la tête sur son épaule, ses cheveux venant caresser le cou du guitariste. Il agrippa son bras pour ne plus le lâcher jusqu'à la fin du trajet.

Personne ne fit de commentaire et le reste du chemin se passa dans un silence confortable, les passagers du véhicule bercés par la route.

***

Quelques heures après, ils étaient de retour dans l'appartement que partageaient les quatre membres du groupe. Leur manager les laissa, faisant d'ultimes recommandations à Bill, et après que Saki leur garde du corps se soit assuré comme d'habitude que tout allait bien, ils les laissèrent sur le pas de la porte.

Refermant à clé la porte derrière eux, Tom se dirigea ensuite vers le centre du salon. Gustav et Georg étaient déjà affalés sur le canapé, mangeant un léger snack tardif avant de se préparer à aller dormir. Georg lui lança un regard en levant son en-cas vers lui. Il était apparemment trop fatigué pour articuler sa question, mais le guitariste comprit sans mal. Tom secoua la tête en réponse. Il n'avait pas vraiment faim, et puis surtout...

Il jeta un coup d'½il à la porte de la chambre de son frère. Celui-ci était allé directement se coucher apparemment, sans rien dire à quiconque.

Tom alla dans la cuisine et se mit à préparer de la tisane, puis il partit farfouiller dans la boîte à pharmacie de la salle de bains à la recherche de médicaments. Il posa le tout sur un plateau et marcha ensuite vers le couloir, s'arrêtant devant la chambre de son frère. Gustav et Georg le suivirent paresseusement du coin de l'½il. Ils étaient tous habitués à voir Tom trimballer des tisanes de temps en temps après leurs concerts pour les donner à Bill. C'était une de ces attentions régulières que les jumeaux se portaient mutuellement et auxquelles ils avaient assisté depuis qu'ils les connaissaient.

En plus, cette fois-ci Bill commençait à tomber malade, or Gustav et Georg savaient ce que cela signifiait la plupart du temps. Georg fit un effort pour parler, s'adressant à Gustav.

« On fait un pari ? »

Gustav cligna des yeux avant de sourire. Il devina sans peine les pensées de son ami.

Leur guitariste serait certainement malade d'ici quelques jours...

***

Ses mains portant le plateau, Tom ne frappa pas à la porte, se contentant de man½uvrer le plus précisément possible la poignée de son coude pour l'ouvrir. Il rentra dans la pièce. La lumière était allumée et Tom vit son frère étalé sur le lit, allongé sur le ventre, ses cheveux lissés légèrement en bataille. Il tourna la tête vers lui, son regard lourd de sommeil. Il murmura d'une voix basse et un peu enrouée.

« Je savais que tu viendrais. »

Tom se contenta de sourire et se rapprocha jusqu'à s'asseoir sur le lit où il déposa le plateau. Bill se redressa en position assise, ses genoux repliés. Il se pencha au-dessus de l'épaule de son frère et y posa sa tête. Tom prit les médicaments entre ses doigts et les tendit au chanteur. Bill lui lança un coup d'½il et les accepta en silence, prenant le verre d'eau posé sur le plateau de son autre main. Il les avala sous l'½il attentif de son jumeau, apparemment satisfait de voir son frère obtempérer si facilement.

Reposant sa tête sur son épaule, Bill le fixa ensuite d'un air fatigué mais doux. Le brun entoura la taille du guitariste de ses bras sans trop resserrer son étreinte cependant. Quelque chose d'amusant semblait traverser son esprit. Tom haussa les sourcils d'un air interrogateur. Bill sourit.

« Tu peux être adorable quand tu veux. »

Tom rougit légèrement mais sourit en coin.

« Je le suis tout le temps. C'est toi qui as un sale caractère de cochon, je te signale. »

Bill fronça les sourcils, boudant. Il protesta.

« C'est faux !
- Qui c'est qui m'a encore traité de tous les noms hier, dis-moi, hein ? »

Ce fut au tour du chanteur de rougir. La veille, Tom et lui s'étaient disputés comme chat et chien pour des broutilles (faisant fuir à vitesse grand V Gustav et Georg des alentours). Cela avait été une grosse chicane, remplie de mauvaise foi des deux côtés. Le ton était vraiment monté, et Bill avait fini par donner de jolis noms d'oiseaux plutôt relevés à son frère. Il se défendit.

« Je me suis excusé plusieurs fois déjà. Ça m'a échappé. Je n'y peux rien si tu me rends dingue parfois. »

Tom haussa les sourcils et le regarda de côté, souriant légèrement. Bill le fixa un instant, sentant une petite pointe de regret. Nul doute qu'il était impulsif, beaucoup plus que son frère. Or, s'ils ne se disputaient plus à présent autant que lorsqu'ils étaient plus jeunes, quand cela arrivait, ils n'y allaient pas avec le dos de la cuillère.

Cependant, cela ne durait jamais très longtemps. Bill, qui s'énervait le plus rapidement d'entre eux deux, regrettait toujours très vite de s'être emporté, car il sentait bien que cela touchait plus qu'il n'y semblait son jumeau. D'ailleurs, quand ils s'engueulaient, ils ne se faisaient jamais la tête que l'histoire de quelques minutes, et puis tout était oublié avec un câlin, l'un finissant toujours par venir à l'autre avec un air penaud pour se faire pardonner.

Tom rit légèrement puis murmura, son sourire étrangement mélancolique et doux.

« C'est toi qui me rends dingue. »

Le regard de Bill se fit plus intense et inquiet, et il resserra son emprise sur Tom. Le petit pincement au c½ur se fit plus net et Bill se pencha un peu plus pour embrasser son frère sur la joue. Il murmura à son oreille avec douceur.

« Je suis désolé. Je ne pensais pas ce que je disais. »

Il frotta son nez contre son oreille et sa joue avant de déposer un bisou aussi léger et chatouilleux qu'un papillon sur le cou du blond, ses lèvres restant un moment à frôler la peau après leur petit méfait. Cela attira un petit rire nerveux chez Tom.

Ce dernier se pencha vers le plateau et prenant une des deux tasses qu'il avait emmenées, il en tendit une au chanteur.

« Tiens, ça va devenir froid sinon. »

Bill accepta à nouveau en souriant. Il se déplaça un peu pour être côte à côte avec son jumeau, mais installé dans le sens inverse. Leurs bras se touchaient légèrement et ils étaient hanches contre hanches, mais cela ne les dérangeait pas le moins du monde. La proximité était habituelle et nécessaire entre eux. Tom prit également sa tasse et ils burent en silence. La boisson était chaude et réconfortante. Ils se regardèrent sans discontinuer, se bousculant volontairement de petits coups d'épaules de temps à autre avant de sourire. Ce n'était pas grand-chose, mais ils se sentaient bien ainsi, en présence de l'autre.

Terminant, Bill reposa sa tasse juste après Tom. Le chanteur toussa encore un peu et maugréa. Sa tête commençait à tourner. Il passa une fois encore ses bras autour du cou du guitariste, s'accrochant face à face cette fois-ci et il le serra contre lui, sa tête contre la sienne. Il soupira.
Plus qu'aucun d'entre eux, Bill avait du mal à accepter qu'un petit rhume puisse nuire à leur planning chargé et cette crainte transparaissait sans mal. Tom l'entoura de ses bras en retour. Il sourit légèrement.

« Tu veux que je reste cette nuit ?
- Je pourrais te contaminer.
- Pas grave. Je survivrai. »

Bill eut un petit rire qui fut étouffé par sa toux.

« Plus de chanteur et plus de guitariste, on sera bien aidés après ! Non, il vaut mieux que tu retournes dans ta chambre en espérant que je ne t'aie pas déjà refilé mes microbes. Je me débrouillerai, alors file. Ça ira mieux demain. »

Tom rit à sa première réflexion. Bill le lâcha et se redressa, reculant pour lui laisser le champ libre pour partir. Un instant passa en silence. Puis Tom tourna la tête pour regarder le chanteur dans les yeux.

Il le fixa un instant en se mordant les lèvres, comme s'il hésitait. Ils n'avaient pas fait ça depuis un petit moment déjà, mais il ressentait le besoin à cet instant précis de montrer à quel point il tenait peu à respecter toutes ces règles que Bill pensait nécessaires, comme celle de ne pas toucher son frère jumeau en public de crainte de voir les doutes se répandre dans leur public ou de ne pas lui passer son rhume pour le bien-être du groupe. Le brun ne savait pas se montrer égoïste au bon moment.

Bill le regarda d'un air interrogateur. Il s'apprêtait à dire quelque chose quand Tom pencha son visage vers lui et déposa soudainement ses lèvres sur les siennes. Bill écarquilla les yeux, surpris. Les lèvres de Tom étaient douces, emprisonnant les siennes. Il sentit sa langue s'immiscer entre elles et tracer de son bout l'intérieur de sa lèvre supérieure.

Bill recula promptement et fronça des sourcils. Il donna une petite tape sur le torse du guitariste, faisant rire celui-ci. Bill lui fit les gros yeux.

« Tom ! T'as entendu ce que je viens de dire ? »

Tom sourit en coin.

« Ça ne te dérange pas, d'habitude.
- D'habitude, je ne suis pas malade.
- Considère ça comme une compensation pour hier. »

Le sourire goguenard de Tom s'accentua. Bill se tut, le fusillant un peu du regard. Il se mordit les lèvres. Son frère osait utiliser sa culpabilité de lui avoir crié dessus contre lui. Et ça fonctionnait. Il grommela.

« Tom ! »

Tom se rapprocha à nouveau, ses lèvres frôlant les siennes. Ses yeux à moitié fermés étaient plongés avec douceur dans ceux de son jumeau alors qu'un petit sourire dansait toujours sur ses lèvres.

« Contamine-moi. »

Il attendit une réaction, ses bras entourant sans même y réfléchir la taille de son frère pour appui. Ils se fixèrent. Bill tenta de chasser la petite toux qui le menaçait et il murmura, sa voix incertaine.

« C'est irresponsable.

- Tu le veux autant que moi. Laisse-toi aller pour une fois. »

Bill hésita encore, puis soupira. Son expression adoucie ne trompa pas Tom. Il avait gagné.

Tom fixait toujours Bill quand celui-ci se décida enfin à lever une main pour la poser sur sa joue, venant la caresser avant de glisser vers son front. Ils se sourirent, leurs yeux plongés dans ceux de l'autre.

Après avoir enlevé la casquette de Tom d'une main agile, Bill déposa ses mains sur le visage du blond, le caressant à nouveau. Leurs lèvres se rapprochèrent et se touchèrent enfin, avec une certaine avidité. Tom resserra ses bras autour de la taille de son frère, et leurs langues se rencontrèrent, mélangeant la saveur fruitée de la tisane qu'ils venaient de boire. Sans briser le contact, il repoussa le chanteur contre le lit et s'allongea sur lui. Ses lèvres étouffèrent un petit rire de protestation du chanteur. Il le fit taire totalement en l'embrassant de plus belle et en se frottant contre lui alors que leurs mains erraient en de douces et innocentes caresses sur l'autre et que tous deux poussaient de petits soupirs de contentement dans leur baiser.

Quand leur longue étreinte prit fin, ils échangèrent encore sans bouger de petits regards et sourires complices entre quelques courts baisers sur leurs bouches, leurs cous et leurs visages. Bill susurra, ses yeux brillants de malice tandis qu'il jouait avec l'une des mains du guitariste.

« J'imagine que ce n'est pas grave si tu restes ici maintenant. »

Ils éclatèrent de rire et Tom se releva. Il s'éloigna en lâchant progressivement la main encerclant la sienne. Le blond sortit de la chambre pour aller dans la sienne se changer, et quand il revint quelques minutes plus tard, ouvrant avec précaution la porte avant de la refermer derrière lui, la pièce était plongée dans le noir.

« Bill ? »

Une quinte de toux involontaire se fit entendre, et le chanteur sortit quelques jurons. Tom s'avança avec précaution vers le bruit, tâtonnant. Ses tibias heurtèrent le lit. Une main tout aussi tâtonnante rencontra la sienne dans l'air avant de l'agripper et de le tirer vivement sur le lit. Tom poussa un petit cri en tombant à côté de son frère, sous les rires moqueurs de celui-ci. Tom pesta contre lui mais se glissa sous les couvertures. Il les recouvrit tous deux convenablement, emprisonnant la chaleur de leurs corps dans les draps. Bill murmura.

« Tom ?
- Quoi ?
- J'ai de la chance de t'avoir pour frère.
- Je sais. »

Tom ricana un peu, s'attirant une chatouille dudit frère. Quelques secondes plus tard, il murmura à son tour, encore plus bas.

« J'ai besoin de toi, moi aussi, tu sais. Même si je ne le montre pas toujours. »

Bill glissa plus près de son jumeau et leurs nez se frottèrent. Il déposa une bise sur sa joue en caressant le cou de Tom d'une main. Le guitariste ferma les yeux.

Le silence retomba complètement tandis qu'ils s'enlaçaient, se blottissant l'un contre l'autre.

***

Deux jours après,

Les quatre membres du groupe s'apprêtaient à aller enregistrer une nouvelle émission et signaient des autographes devant le studio de télévision. Comme deux jours auparavant, le vent d'automne soufflait un air froid et humide. Tom frissonna.

Le guitariste signait d'autant plus machinalement les feuilles qu'on lui présentait avidement qu'il était concentré sur son reniflement intempestif. Il ressentait depuis la veille les premiers symptômes d'un rhume carabiné. Après tout, c'était prévisible. Bill avait effectivement réussi à lui refiler sa crève. Il soupira.

Georg et Gustav lui en avaient fait la remarque le matin même, sourire en coin, mettant en lumière le fait que lorsque l'un des jumeaux tombait malade, l'autre le devenait peu de temps après. Ce n'était pas étonnant vu la proximité constante qu'ils entretenaient. Tom se demanda néanmoins si cette remarque ne signifiait pas non plus que le batteur et le bassiste avaient quelques suspicions sur la relation particulièrement fusionnelle que Bill et lui pouvaient avoir. Même s'ils étaient discrets, leurs deux amis étaient certainement ceux qui avaient l'occasion de voir le plus d'indices de cette proximité.

Il chassa cette pensée en entrant dans le bâtiment. Ils ne pouvaient pas savoir, c'était impossible. Si c'était le cas, ils auraient réagi de manière étrange ou embarrassée autour d'eux, or ce n'était pas le cas. Enfin, leurs regards sur eux étaient toujours plus ou moins louches, mais pas plus que de coutume. Après tout, c'étaient Georg et Gustav dont il était question.

L'interview se passa normalement et quelques heures plus tard, en fin d'après-midi, ils étaient de retour chez eux. Georg et Gustav étaient sortis faire un tour.

Tom était affalé sur le canapé. Sa tête bouillonnait. Il sentit soudainement une main sur son bras. Il se retourna vers Bill. Ce dernier avait l'air inquiet.

« Ça va aller ?
- Oui.
- On ne dirait pas.
- C'est à cause de ton petit cadeau. »

Bill rougit un peu malgré lui. Alors que lui commençait déjà à guérir de son rhume, voilà que son frère l'avait attrapé, et il n'y avait pas trop de doutes sur la provenance des microbes qui en étaient responsables. Il fronça des sourcils et croisa les bras.

« Je t'avais prévenu. »

Tom haussa nonchalamment les épaules.

« Je n'ai jamais dit que je regrettais. »

Bill secoua la tête en souriant. Il fit un aller retour à la cuisine pour en revenir avec un plateau chargé de deux tasses de tisane ainsi que de médicaments qu'il installa sur la table basse du salon devant eux. L'expression de Tom s'adoucit à la sensation de déjà-vu. Son frère pouvait être lui aussi quelqu'un de vraiment attentionné quand il y mettait du sien.

Bill s'assis à côté de lui, ramenant ses jambes sous lui. Il lui sourit encore et demanda avec embarras.

« Qu'est-ce qui te fait autant sourire ? »

Tom ne répondit pas, sentant seulement une chaleur intérieure l'envahir. Il le regarda avec douceur et intensité. Bill fit de même pendant un moment puis sur une impulsion soudaine, il se pencha lentement vers lui. Le brun l'embrassa longuement, ses lèvres touchant simplement les siennes avec tendresse. Puis il recula, ses joues légèrement rosies. Tom le regardait toujours avec la même affection. Le chanteur gloussa délicatement, son petit rire résonnant telle une mélodie envoûtante aux oreilles du guitariste. Tom se pencha à son tour pour déposer une bise sur la joue du chanteur avant de l'enlacer. Ils se serrèrent en silence. Les mots étaient comme toujours inutiles.

Dehors, la bise d'automne sifflait toujours dans les feuillages aux couleurs de feu, refroidissant le paysage d'un souffle glacé.

Dedans, emmitouflées sous de chaudes couvertures, deux personnes blotties l'une contre l'autre sur un canapé se réchauffaient en buvant une tisane qui embaumait l'air d'un parfum d'été.

Fin.

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Braise noisette 21/01/2008

Braise noisette

Il faisait nuit dans la chambre d'hôtel. Tout était silencieux et Bill dormait profondément, exténué par la longue journée qu'ils venaient de passer.

Le groupe avait joué très tard lors d'une émission de télévision en direct, après des heures d'attente, d'interviews et de promotion en tout genre depuis l'aurore. Or, la journée suivante ne s'annonçait guère plus reposante, le saut du lit étant prévu à sept heures sonnantes.

Un bruit provenant de la porte de la salle de bain reliée à une chambre voisine se fit entendre. Une personne en sortit. Elle jeta un coup d'½il circulaire dans la pièce sombre pour en deviner les contours, en vain.

Bill tourna la tête dans son sommeil, poussant un léger soupir, mais il ne se réveilla pas. L'ayant enfin localisé, l'intrus s'approcha à pas feutrés du lit, avançant à tâtons, puis il repoussa légèrement les draps, se glissant à l'intérieur lentement pour ne pas réveiller le dormeur.

En dépit de ces précautions, Bill se retourna vers la silhouette allongée à côté de lui et ouvrit ses yeux dans le noir, émergeant difficilement de l'inconscience. Il chuchota.

« Tom ? »

Il entendit son frère jurer dans le noir.

« Désolé de t'avoir réveillé, rendors-toi. »

Bill fronça les sourcils, bien que son frère ne pouvait le voir. Il leva la tête vers le petit réveil digital sur la table de chevet qui indiquait 3h09 d'un vert phosphorescent. Il était rare que Tom vienne à l'improviste pendant la nuit, surtout quand ils n'avaient que quelques heures pour récupérer, à moins que...

S'installant face à face avec son jumeau, Bill chuchota.

« Cauchemar ?
- Oui.
- Le même que d'habitude ? »

Pour toute réponse, Tom poussa un soupir nerveux. Bill sourit, compréhensif. Ils faisaient tous deux régulièrement le même genre de rêve. C'était toujours pareil, car même si le cadre changeait à chaque fois, la fin y était inéluctable.

Ils en avaient toujours eu, depuis tout petits, et Bill savait ce que Tom avait pu ressentir à son réveil. Une sensation affreuse de panique suivie d'un soulagement immense en réalisant que ce n'était pas réel.

Il passa une main dans les cheveux de Tom. Ses doigts glissèrent sur sa nuque, l'invitant à se rapprocher. Le blond ne se fit pas prier outre mesure et vint nicher sa tête sous celle de son frère, passant ses bras autour de sa taille. Les bras de Bill vinrent encercler ses épaules en retour et le chanteur l'entendit soupirer un peu plus, son souffle chaud contre son cou.

« Tu me racontes ?
- Bill, on ferait mieux de dormir. Tu seras crevé sinon. »

Les yeux de Bill se fermèrent. Il l'ignora.

« Raconte-moi.
- C'était complètement stupide.
- Dis-moi toujours. »

Tom hésita. Visiblement, il était encore nerveux. Bill savait qu'il se sentirait mieux après avoir mis des mots sur ce qui lui avait fait peur, et tant pis si le chanteur bâillait aux corneilles lors de leurs prochaines interviews. Il voulait que son jumeau se confie à lui.

Tom passa une main sous le T-shirt de son frère pour caresser son dos, ressentant le besoin de toucher sa peau. Bill retint un petit soupir de contentement. Tom devrait décidément venir plus souvent en pleine nuit. Les lèvres de Bill vinrent se poser sur son front et il caressa les épaules de son frère pour le rassurer.

Finalement, Tom se mit à parler.

« J'étais devant notre maison. Il y avait plein de gens autour, dans notre jardin, des inconnus tous vêtus de noir. J'ai passé le portail et je suis rentré à l'intérieur. Tout le monde me fixait en silence. Eux aussi étaient vêtus d'un noir d'encre. Il y avait maman, toute notre famille, Georg, Gustav, Andréas, David, même Saki... Tout le monde.... Sauf toi. Maman s'est approchée de moi et m'a dit qu'elle était désolée. Je lui ai demandé pourquoi, mais elle n'a rien dit de plus. Elle m'a tourné le dos et je l'ai suivie jusqu'à ta chambre. Tu étais là, allongé sur le lit, pâle et dans des habits de mort. Tes yeux étaient ouverts mais sans vie. »

A ces derniers mots, l'emprise de Tom sur son frère se resserra et Bill le dorlota un peu plus. Tom continua.

« Je suis devenu fou. Je t'ai secoué en hurlant mais tu n'as pas bougé. Tes yeux ne me fixaient plus. Ils étaient... morts, froids, comme plongés dans l'obscurité. Je n'y croyais pas. J'ai demandé pourquoi, comment cela avait pu arriver alors que tu allais très bien la veille encore, mais personne ne me répondait. Maman n'arrêtait pas de me dire qu'elle était désolée... Et puis je me suis brutalement réveillé.»

Il se tut. Bill fit glisser ses doigts le long de la mâchoire du blond pendant un moment sans rien dire et puis il planta deux ou trois bisous sur son visage, sa bouche errant du coin de son ½il jusqu'aux commissures de ses lèvres puis il resserra ses bras autour de son frère. Ainsi passèrent quelques instants, la tension se dissipant peu à peu. Finalement, Bill émit un petit rire aux oreilles de son frère, intriguant fortement celui-ci.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ne le prends pas mal Tom, mais ton rêve manquait cruellement d'un scénario crédible. Tu es en sérieuse panne d'inspiration ces derniers temps. »

Le gloussement de Bill s'accentua. Tom répondit, quelque peu vexé, quoiqu'il ne sache pas vraiment pourquoi il devrait se sentir vexé par le manque de réalisme d'un tel cauchemar. Heureusement que de tels rêves restaient idiots. Il grogna.

« Je ne l'ai pas choisi. Si je pouvais, je rêverais plutôt de torturer mon jumeau, comme ça ! »

Il se mit à chatouiller sans aucune merci le brun, entrecoupant le rire de celui-ci de souffles courts à chaque attaque de doigts. Il renversa le chanteur sur le dos et s'appuya à moitié sur lui. Bientôt, Bill réclamait pitié et satisfait, Tom l'épargna. Toujours penché au-dessus de lui, une main posée sur sa taille fine, le blond entendit son frère reprendre sa respiration jusqu'à ce qu'il puisse parler.

Même si l'obscurité était complète, Bill sentait le regard pénétrant de son frère sur lui et il le fixait de même, une lueur brillante transparaissant dans ses prunelles.

Il lui parla doucement, un sourire sur les lèvres.

« Tu sais, même dans le noir, je peux te voir. Je peux voir tes yeux. »

Une de ses mains s'aventura jusqu'à caresser la joue du guitariste. Le noir d'ébène de la nuit était impénétrable, pourtant il savait que Tom pouvait lui aussi sentir le regard noisette posé sur lui.

Bill sentit Tom se pencher un peu plus, ses dreadlocks tombant venant caresser son cou. Bill murmura encore plus bas, sa caresse se faisant de plus en plus insistante sur la joue du blond.

« Est-ce que tu peux voir les miens ? »

Il pouvait sentir les lèvres de Tom survoler de quelques millimètres les siennes. Le guitariste souffla un murmure entre ses lèvres entrouvertes, pesant ses mots avec attention.

« Oui, ils sont brûlants comme la braise. »

Bill sourit et frotta son nez contre celui de Tom, ses lèvres tentant un peu plus celles du guitariste tout en les évitant par jeu.

« Viens te brûler alors.
- Je peux ? »

Tom caressa légèrement la taille du brun. Bill gloussa un peu face à la demande enfantine mais sérieuse de Tom et il souffla un petit 'oui' amusé avant de refermer ses bras sur lui. Ce n'était pas vraiment dans les habitudes de son jumeau de demander ce genre de permission. Bill déposa un baiser goulu qui emprisonna les lèvres de Tom pour l'inviter, et la réponse fut immédiate.

Bill comprit alors très vite pourquoi Tom lui avait demandé son accord cette fois-ci, car si les baisers qu'ils avaient l'habitude d'échanger de temps à autre étaient doux et tendres, celui-ci avait un goût particulier. Les lèvres et la bouche qui le goûtèrent portaient une saveur de passion et de désespoir, une douceur urgente qui ne relevait plus d'un simple flirt entre deux jumeaux aux relations particulières, mais d'une preuve de cet amour indéfectible qui les unissait depuis toujours.

Alors que les bras de Tom se refermaient sur lui et qu'ils entamaient de douces caresses innocentes mais pourtant audacieuses, Bill les sentit tous deux dériver vers un monde qui n'avait de sens que pour eux.

Le goût de l'interdit ne lui avait jamais semblé aussi légitime.

***

Quelques heures plus tard, en plein après-midi,

Portant une main devant sa bouche, Bill bâilla en entrant dans la petite loge qui leur avait été attribuée dans un des longs couloirs de l'immense studio. Ils faisaient une pause, programmée au quart de seconde près dans leur planning chargé d'interviews. Cela faisait déjà deux heures qu'ils les avaient commencées, répondant aux mêmes questions et fournissant invariablement les mêmes réponses. C'était devenu une mécanique routinière, leurs gestes et leurs paroles n'étant plus réfléchies mais seulement répétées, tel un disque rayé. Les journalistes semblaient pourtant se plairent à leur demander les mêmes questions championnes de stupidité. Il soupira. Non pas à cause des journalistes auxquels il venait de penser, mais à cause de ce qu'il voyait là, en face de lui. Bill fit une moue.

Tom et Georg s'étaient assis, ou plutôt affalés sur l'unique canapé de la loge, leurs yeux à moitié fermés. Bill se demanda vaguement où était encore passé Gustav. Si Georg était souvent autour de lui et de Tom, le batteur disparaissait souvent de leur vue. C'était un vrai mystère. Bill s'avança vers eux.

« Je pourrais avoir une petite place ? »

Georg et Tom lui jetèrent un rapide coup d'½il avant de se regarder, et pour toute réponse, ils s'étalèrent un peu plus. La moue de Bill s'accentua avant qu'un sourire n'apparaisse sur ses traits fins. Sans signe annonciateur, il prit appui sur le rebord du canapé et roula dessus, ou plutôt sur Tom et Georg, sa tête posée sur les jambes de son frère tandis que ses propres jambes se posèrent sur celles de Georg. Bill posa sa tête sur ses bras étirés en arrière. Souriant, fier de lui, il croisa les jambes pour mieux s'installer alors que Tom et Georg protestaient vivement mais en rigolant, trop fatigués pour essayer de déloger ce nouveau parasite. Tom maugréa.

« Bill ! »

Ledit Bill leva des yeux de chien battu vers son frère et Tom pour toute réponse lui fit une petite chatouille que Bill évita en riant.

« Georg ne se plaint pas, lui, n'est-ce pas Georg ? »

Bill lança à l'intéressé un air joueur et charmeur, sous le regard de Tom. Georg rougit un peu avant de chatouiller lui aussi sur le côté la taille légèrement découverte du chanteur, laissant apparaître le haut de son étoile tatouée. Bill gloussa en se tortillant pour y échapper.

Ils se calmèrent tous les trois et le silence retomba. Georg et Bill somnolaient, les yeux fermés, tandis que Tom, une main posée sur le torse de son frère, observait son visage. De longues minutes plus tard, Georg s'étira et repoussant par les genoux les jambes de Bill toujours allongé partiellement sur lui, il se libéra pour se lever.

« Je vais chercher Gustav. Il s'est peut-être perdu dans les couloirs. »

Georg sourit avec amusement et Tom ricana. Le bassiste sortit de la pièce. Bill avait suivi d'un regard groggy le départ de Georg, se trouvant à deux doigts de s'endormir pour de bon.

Il referma les yeux. Tom dégagea les cheveux de son front et Bill soupira. Puis le guitariste fit passer un doigt sous l'élastique du boxer de Bill qui était visible, dépassant de son jean, et touchant avec douceur sa peau, il fit glisser son doigt jusqu'à caresser une partie de l'étoile puis il relâcha l'élastique en le faisant claquer légèrement.

Bill, qui avait apparemment apprécié, visage paisible, à la caresse, poussa un petit cri révolté à sa dernière action, ouvrant grand les yeux, à présent tout à fait réveillé. Outré, il tourna vivement la tête vers Tom, le fusillant du regard. Celui-ci l'observait d'un air espiègle, souriant en coin de sa petite vengeance. Tom continua à caresser la peau partiellement dénudée, calmant légèrement son jumeau.

« Tu ne peux pas t'en empêcher, hein ? »

Bill lui répondit en haussant innocemment les sourcils.

« De quoi tu parles ?
- Tu flirtais encore avec Georg tout à l'heure. »

Bill gloussa, une pointe d'embarras dans la voix.

« Je ne flirtais pas. Tu sais très bien que c'est ma façon de regarder les gens.
- C'est bien ce que je disais, tu flirtes avec tout le monde. Tiens, un autre exemple, le dernier journaliste qui nous a interviewés, tu le perturbais tellement en le fixant qu'il n'arrêtait pas de bégayer. Il t'a même tenu la porte en sortant. Même Georg et Gustav l'ont remarqué.»

Bill éclata de rire, il se redressa.

« Je ne pensais pas que vous l'aviez remarqué.
- Bourreau des c½urs. C'était un mec, en plus ! »

Bill se pencha vers lui et le fixa, son nez frôlant le sien. Il se fit joueur, penchant sa tête sur le côté.

« J'y peux rien, ce n'est pas ma faute si ça marche.
- Tu aimes en jouer. »

Bill rigola mais il ne répondit pas. Ce n'était pas une question d'ailleurs.

Car il faut dire que ce n'était pas quelque chose de nouveau. Bill avait conscience que son look androgyne attirait filles et garçons, et il s'était rendu compte depuis longtemps qu'avec un peu de charme et un regard coquin, il pouvait faire des ravages. En effet, il n'y avait nul doute que le charisme de Bill était dû en partie à son look et à son attitude innocente mais sensuelle qui passait notamment par son regard. Bill fascinait les gens. Il les attirait, tout simplement.

Or, conscient de ça, il ne cherchait pas vraiment à séduire, mais plutôt à amadouer son monde. Il avait donc pris l'habitude d'en jouer, même avec Georg, Gustav et David. C'était un simple jeu, qui amusait plus qu'autre chose ces derniers... bien qu'il y eût certainement une espèce d'attirance quelconque aussi de leur part envers Bill.

De plus, ceux-ci ne pouvaient nier que la méthode du chanteur restait terriblement efficace et irrésistible, faisant plier tout le monde à sa moindre volonté... à part peut-être Tom, plus perspicace quand il s'agissait de son frère. Néanmoins, Bill savait comment manipuler son jumeau, au final.

Bill sourit, ses lèvres frôlant les siennes. Il murmura, haussant les sourcils, son ton plus que jamais amusé.

« C'est mon regard de braise qui est responsable, pas moi. »

Tom sourit, retenant un rire silencieux face aux paroles qu'il avait prononcées la nuit passée. Il tira la langue à son jumeau, le bout de celle-ci effleurant les lèvres du brun. Bill gloussa une fois de plus et recula, essayant en vain de gronder son frère.

« Pas ici ! Si quelqu'un entrait et nous voyait ?
- Je suis sûr que ça ne choquerait personne outre mesure, vu ce que tu racontes déjà dans nos interviews. »

Bill fronça les sourcils, ne voyant clairement pas de quoi il voulait parler. Des fois, Tom ne pouvait s'empêcher de sourire face à l'innocence de son frère. Cela reflétait exactement ce que le jeune homme était, un paradoxe entre sensualité et candeur, entre timidité et effronterie.

« De quoi tu parles ?
- De la sculpture qu'on nous a offerte pour notre anniversaire. Tu sais, celle en deux parties qui s'emboîtent pour former un corps. Celle dont tu expliques à tout va qu'elle représente notre lien. »

Bill cligna des yeux, ne semblant pas convaincu. Il secoua la tête, fronçant de plus belle les sourcils d'un air interrogateur.

« Et alors? Qu'est-ce qu'il y a de choquant ? »

Tom haussa les sourcils et se pencha vers lui. Un instant passa. Bill cligna encore des yeux avant de comprendre et de sentir ses joues piquer un fard. Il marmonna.

« Faut vraiment avoir les idées mal placées...
- ...Ce qui est le cas de beaucoup de personnes, Bill. »

Bill fit une petite moue. Ils se fixèrent un moment de ce regard si particulier et Bill tira soudainement la langue à son frère. Cette fois-ci, Tom ne laissa pas passer sa chance et il l'embrassa, étouffant un cri protestataire mais rieur du brun.

***

Quelques heures plus tard,

Le soir était enfin venu. Ils en avaient terminé de cette journée de promotion et après être allés manger dans un petit restaurant tous les quatre avec leurs gardes du corps et manager dans une ambiance douce et chaleureuse, décompressant peu à peu, ils étaient revenus en milieu de soirée à l'hôtel, enfin libres de se reposer.

Or, quand Bill, simplement vêtu d'un boxer, entra brusquement dans la salle de bains, qui était conjointe avec la chambre de son frère, il n'était pas tellement relaxé. Il s'était démaquillé un peu plus tôt mais il n'avait pas eu le temps de prendre une douche, Tom l'ayant mis à la porte sans procès après qu'ils aient échangé quelques chamailleries pour squatter la salle de bains en premier.

A présent, quelques dizaines minutes d'impatience plus tard, Bill était déterminé à mettre à son tour son frère à la porte. Il était donc entré sans précaution, légèrement remonté, estimant que le guitariste n'avait déjà passé que trop de temps à l'intérieur. Tom douché et en caleçon pour la nuit, torse nu comme lui, se brossait les dents. Ses dreadlocks étaient attachées par un simple élastique. Tom sursauta à l'entrée soudaine, s'étouffant presque. Il cracha le dentifrice et se rinça la bouche avant de se tourner vers lui, maugréant.

« Bill ! T'aurais pu frapper quand même ! J'aurais pu être sous la douche. »

Ledit Bill haussa les sourcils.

« Rien que je n'ai déjà vu, et ce n'est pas comme si on était différents. »

Tom le nargua.

« Ca, c'est ce que tu penses. »

Bill grogna, voyant immédiatement ce à quoi son frère faisait référence. Il croisa les bras en haussant un peu plus les sourcils. Il tapota avec agacement ses doigts contre sa peau nue.

« Tom, on est jumeaux. Tu veux que je te rappelle le principe de l'ADN dans la gémellité ?
- Je sais ce que je dis.
- Ah oui ?
- Oui. »

Ils se fixèrent un instant, Tom narguant un peu plus son frère. Il perdit cependant son petit air fier quand Bill se mit lentement à sourire. Tom pouvait voir l'idée qui se formait dans la tête de son jumeau. Il paniqua légèrement.

« Bill, non. N'y pense même pas!
- Oh que si ! »

Sans autre préambule, Bill se jeta sur lui et Tom eut à peine le temps d'attraper les bras qui se rapprochaient dangereusement de ses sous-vêtements. Il poussa un cri aigu. La bataille s'engagea, sous des éclats de rire, quasiment similaires à l'oreille non avertie, chacun essayant d'attraper l'autre. Cela dura une poignée de minutes avant que finalement les deux ne se retrouvent face au miroir, Bill derrière Tom qui se débattait dans ses bras, légèrement recroquevillé. Leurs regards se rencontrèrent dans leur reflet, rieurs, et peu à peu ils se calmèrent et se redressèrent, un sourire immense toujours placardé sur leurs visages.

Bill abandonna sa procédure de vérification pour encercler sagement son frère, son torse nu collé contre le dos de son frère, et il se pencha légèrement au-dessus de son épaule. Leurs bras croisés qui se longeaient parallèlement semblaient être de parfaites copies. Ils appuyèrent leur joue l'une contre l'autre et ils se regardèrent un long moment à travers leur image dans le miroir. Si similaire mais si différente. Leurs regards étaient d'une rare intensité, même pour eux.

Tom murmura, sa voix sérieuse bien qu'il souriait toujours.

« Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Je ne pourrais pas vivre si tu n'étais plus là pour me regarder comme ça. »

Bill sourit et l'enserra un peu plus.

« Tu sais, il n'y a pas que moi qui aies un regard de braise ici. »

Tom rit et son regard s'adoucit encore. Leurs yeux couleur noisette ne s'étaient toujours pas lâchés une seule seconde. Les yeux de Bill louchaient imperceptiblement à cause de son léger strabisme et Tom sourit. Il avait toujours trouvé ce détail adorable chez son frère, car cela lui donnait un air enfantin. Tom demanda.

« Question d'ADN ? »

Bill secoua légèrement la tête. Il murmura tout bas, à son oreille, ne le quittant pas du regard.

« Non, question d'amour. »

Ils restèrent un long moment sans bouger, toujours plongés dans le reflet des yeux de l'autre dans un vain espoir d'arrêter le temps, rêvant d'un monde qui ne verrait jamais leurs pires cauchemars se réaliser.

Un monde où ils pourraient brûler d'amour en paix.

Fin.

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Masque d'illusions 21/01/2008

Masque d'illusions

Bill regardait depuis une heure déjà le paysage de béton qui s'offrait à lui. Il n'avait pas bougé une seule fois depuis qu'ils étaient revenus du hall de l'hôtel où ils avaient pris leur déjeuner. David les avait envoyés se reposer dans leurs chambres. A vrai dire, il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire en attendant l'émission télévisée du soir qui aurait lieu en direct depuis un studio allemand très connu.

Pas de concert avant trois jours, seulement de la promo. Or, celle-ci commençait à devenir étouffante, trop omniprésente. Il aurait fallu qu'ils puissent tous les quatre se défouler, mais ils ne le pouvaient tout simplement pas, obligés de rester dans leur luxueux hôtel pour ne pas se faire assaillir par les fans qui grouillaient dans cette grande ville.

Néanmoins, Tom savait que le stress de la promo n'était pas la seule raison pour laquelle son jumeau fixait l'horizon depuis autant de temps, les yeux dans le vague.

Allongé sur le lit et prétendant lire une revue musicale sur le rock avec son casque sur les oreilles, Tom observait du coin de l'½il son jumeau debout à quelques mètres de là, penché sur le rebord de la fenêtre ouverte. Il n'avait pas arrêté de se ronger les ongles d'un air absent.

Pour la première fois de la semaine, même s'il partageait sa chambre avec son frère, Bill pensait pouvoir échapper à tout regard, à toute attention de la part de quiconque pendant un instant, perdu dans son monde. Son regard qui se perdait au loin luisait d'un éclat faisait étrangement penser à des larmes qui ne couleraient jamais. Il était seul avec ses pensées. Du moins, il le croyait.

Il avait tort, car le casque de Tom n'émettait exceptionnellement aucun son et toute l'attention de ses sens était rivée sur son jumeau. Depuis qu'ils étaient rentrés dans la chambre, non, en fait depuis des heures, des jours même, Tom n'avait cessé de ressasser les mêmes idées, certainement identiques à celles du chanteur. Les doutes l'envahissaient et ne semblaient pas vouloir le quitter, débattant incessamment entre eux sans qu'il puisse y mettre un terme.

Le guitariste mit pourtant fin soudainement au débat. Il enleva son casque et se leva sans bruit, s'approchant de son frère. Celui-ci ne le remarqua pas et il sursauta quand il sentit deux bras s'immiscer autour de sa taille et quand Tom déposa sa tête sur son épaule.

Bill écarquilla les yeux et eut un vif mouvement de recul, les éloignant brusquement tous deux de la fenêtre. Surpris, Tom s'agrippa un peu plus fermement à lui pour garder son équilibre et les empêcher de tomber. Il poussa un cri.

« Bill ! Qu'est-ce que tu fous ? »

Bill leva ses mains pour les poser sur son visage, recouvrant ses yeux maquillés. Il ne bougea pas pendant quelques secondes, puis il baissa ses mains, soufflant. Ils étaient à présent à plus de deux mètres de la fenêtre, le blond tenant toujours son frère collé sur lui. Tom le regarda, muet de surprise, puis il émit un rire étouffé, perplexe et un peu blessé.

« C'était quoi, ça ?

Bill se défit un peu de son emprise pour se tourner vers lui, posant ses poings sur ses hanches. Il baissa les yeux, fixant le sol d'un air fatigué. Il semblait ailleurs.

« Rien.
- Rien ? »

Bill leva les yeux et il rencontra ceux de Tom. Ils s'observèrent un instant. Leurs regards reflétaient l'inquiétude pour l'autre, bien que leurs raisons soient différentes. Bill souffla doucement. Son air était triste et ses yeux doux quand il les plongea dans ceux de son frère.

« Je suis désolé, mais il y aurait pu y avoir des paparazzi »

Tom haussa un sourcil, incrédule. Il jeta un coup d'½il vers la fenêtre. Aucun bâtiment de la hauteur à laquelle ils se trouvaient n'était visible, tout comme le sol.

« Capables de prendre des photos de cet étage ? Et puis au pire, on ne faisait rien de mal.
- Je sais, mais avec toutes ces rumeurs qui courent en ce moment, il vaudrait mieux qu'on évite de prendre ce genre de risques. »

Sans rien ajouter de plus, Bill se détourna de lui et il se dirigea vers son lit. Il s'assit au bout et se remit à fixer le sol, l'air las. Il avait vraiment l'air misérable ces derniers temps, et Tom était lui-même préoccupé face au comportement de son jumeau.

Bill avait passé la dernière semaine à répondre aux journalistes sur la rumeur persistante concernant sa sexualité, répétant encore et encore que non, il n'était pas gay. Ces rumeurs n'étaient pas nouvelles, mais la dernière vague lui avait porté un sérieux coup au moral.

Tom souffla à son tour et il se rapprocha de son jumeau, s'asseyant devant lui, un genou à terre. Il posa un bras sur les genoux de Bill et de son autre main, il releva son menton.

« Bill, prendre son frère dans ses bras ne fait pas de quelqu'un un homo aux yeux des gens. »

Bill eut un rire amer.

« Dois-je te rappeler les rumeurs d'inceste qui courent sur nous ?
- Bill...
- Ils me prennent pour un putain d'homo, Tom ! »

Bill avait presque crié ces mots, et les larmes dans ces yeux lui piquaient plus que jamais. Il y avait de la colère dans sa voix, et Tom n'était pas sûr de savoir contre qui celle-ci était dirigée, contre les journalistes ou contre lui-même. Bill semblait tellement perdu.

Tom ouvrit la bouche, tenta d'articuler quelque chose mais aucun son n'en sortit. Il regardait toujours son frère avec la même expression triste, vivant à travers ce regard en colère ce que son jumeau ressentait. Bill le fixa un instant, ses yeux plongés dans les siens. Puis soudainement le chanteur sembla réaliser ce qu'il venait de faire, et il se pencha en avant, entourant le cou de Tom de ses bras et l'attirant à lui. Tom l'entoura également de ses bras, caressant doucement son dos de ses mains. Bill murmura, sa voix étouffée contre son épaule.

« Je suis désolé.
- Tu n'as pas à l'être. »

Tom s'appuya un peu plus contre son jumeau, respirant son odeur étrangement rassurante.

Il ne savait pas comment son frère avait bien pu supporter toutes ces interviews en restant si posé, répondant poliment aux mêmes questions avec cette éternelle habileté, sans s'énerver et trouvant même le moyen de sourire et de faire comme si de rien n'était alors que ces questions obscènes de voyeurisme malveillant le bouffaient lentement de l'intérieur. Voir son jumeau souffrir était à peine tolérable pour Tom, et il avait failli plus d'une fois s'énerver face à des journalistes, ne se maîtrisant que pour son frère, Gustav et Georg. Piquer une crise n'aurait fait que trop plaisir à ces pseudos journalistes. Tom murmura.

« Ils vont se calmer. »

Le ton de Bill se fit amer.

« J'en doute. Quand ils m'ont vu l'autre jour passer ma soirée avec une fille, les uns ont pensé que c'était pour couvrir mon homosexualité tandis que les autres me casaient déjà avec elle avec mariage et enfants. »

Tom rigola doucement mais franchement.

« Tu exagères là ! »

Bill recula pour le regarder. Il eut un léger sourire.

« Pas plus que tu ne le fais toi d'habitude. En fait, ce n'est pas même pas comparable. Tu exagères tellement en permanence que ça n'échappe à personne qu'il s'agit de gros bobards. »

Tom fronça les sourcils et grogna, pinçant légèrement Bill au ventre en réprimande, ce qui fit rire celui-ci lorsqu'il recula un peu sur le lit, allongeant ses jambes dessus. Tom se releva pour s'asseoir à côté de lui et Bill se redressa, ramenant une jambe à lui qu'il retint contre son torse en l'entourant de ses bras. Il posa la tête dessus, la tournant vers son frère. Celui-ci le regardait également. Ils s'observèrent un moment avec sérieux mais douceur avant que l'un d'eux ne brise à nouveau le silence.

« Je ne suis pas gay.
- Je sais, Bill. Aucun de nous deux n'est gay.
- Alors pourquoi on fait ça ?
- Quoi donc ?
- Tu sais. »

Bill se mordit les lèvres. Il leva la tête et détourna le regard, comme s'il regrettait d'avoir demandé ça à peine après l'avoir dit. Cela ne leur avait jamais posé de problème, ils avaient même toujours trouvé cela naturel, et il le savait très bien. Tom secoua la tête.

« Ca n'a rien à voir. »

Bill le coupa, reposant les yeux sur lui.

« Je sais. Désolé, c'est juste que... Je me demande pourquoi ils peuvent bien penser que je suis gay. Ca n'a jamais cessé depuis qu'on est connus, ça n'a fait qu'empirer. Pour les gens, je suis le gay, et tu es l'hétéro. »

Tom ricana.

« Ce n'est pas mieux pour Georg et Gustav, c'est même pire, les journalistes n'arrivent même pas à se décider sur l'étiquette qu'ils devraient avoir.
- Oui, mais au moins eux on ne les harcèle pas non-stop sur le sujet. »

Bill tourna la tête pour fixer à nouveau pensivement le sol. Tom le suivit du regard avant de voir son jumeau se tourner à nouveau vers lui.

« J'ai fait des efforts pourtant, dernièrement. »

Tom savait exactement ce que voulait dire son jumeau. Quand les rumeurs s'étaient accentuées, quelques semaines auparavant, Bill s'était évertué à adopter une attitude plus masculine. Cela avait d'ailleurs donné parfois des réactions et des attitudes étranges de la part du chanteur qui avaient amusé plus d'une fois son frère ainsi que Gustav et Georg. Tom sourit à cette pensée.

« Peut-être, mais pas sur l'essentiel. »

Bill fronça les sourcils, sur la défensive.

« Comment ça ? »

Tom avança une main et traça délicatement d'un doigt le coin de l'½il de Bill avant de le retirer, montrant son doigt noirci à celui-ci à quelques centimètres de ses yeux, le faisant presque loucher. Bill le fixa à nouveau, sa bouche fit une légère grimace.

« Ce n'est pas encore demain la veille où j'arrêterai de me maquiller.
- Je n'ai pas dit que tu devrais, ça te va bien en fait. »

Bill cligna des yeux, paraissant surpris et une lueur étrange passa dans ses yeux alors que ceux-ci erraient en mouvements saccadés sur les iris couleur noisette si similaires aux siens. Le regard de Tom était doux. Il semblait sincère. Bill détourna la tête.

« Tu le penses vraiment ?
- Oui. »

Bill pencha sa tête sur son genou, le regardant à nouveau, et il lui sourit. Son regard était intense. Celui de Tom n'était pas de reste, accroché possessivement aux prunelles de son jumeau avec douceur. Bill soupira au bout d'un moment.

« Même si j'arrêtais de me maquiller, je ne crois pas que ça changerait beaucoup la donne. »

Tom regarda le chanteur pendant un moment. Bill le dévisageait également avec attention, parcourant de ses yeux les traits de son visage. Il dodelina légèrement de la tête, se penchant pour l'observer sous toutes les coutures, souriant de plus en plus. Tom rit avec embarras.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Tu te souviens le pari qu'on avait fait avec Gustav et Georg une fois ? »

Tom fronça les sourcils, méfiant. Ils faisaient souvent de stupides paris avec les deux autres membres du groupe. Même si ceux-ci tournaient généralement à son avantage, ce n'était pas toujours le cas cependant.

« Lequel ? »

Bill sourit.

« Tu sais lequel. »

Quand Bill éclata de rire, Tom sut immédiatement de quel stupide pari il s'agissait. Il grogna. Bill n'en sourit que plus, son air taquin.

« Tu étais mignon.
- Ca ne me va pas ce genre de truc.
- C'est faux. »

Tom le fixa. Il se sentit rougir malgré lui sous le regard insistant de son frère. Il se rappelait encore le fou rire de Georg quand Bill l'avait maquillé. Il rougit un peu plus et protesta.

« J'avais l'air ridicule.
- J'avoue que j'avais tout fait pour. »

A ces mots, Tom grogna et se jeta sur le brun pour le chatouiller. Ils se retrouvèrent bientôt tous les deux allongés, roulant tour à tour l'un sur l'autre, alternant attaque et défense.

Quand ils s'arrêtèrent, riant et à bout de souffle, ils se regardèrent face à face, ne quittant pas l'autre une seule seconde des yeux. Tom avait une main posée sur la hanche de son jumeau. Bill passa une main sur le visage de Tom et celui-ci ferma les yeux. Leurs visages étaient proches et leurs respirations toujours un peu difficiles. Bill fixa les paupières ornées de longs cils du blond avant que ses yeux n'errent sur le nez puis la bouche du jeune homme. Il fit un mouvement pour s'en rapprocher, ses lèvres dangereusement proches de celles du guitariste.

Il n'y avait nul doute que Tom en était tout à fait conscient, même s'il faisait comme si de rien n'était. Il laissait parfois Bill mener la danse, et ce n'était pas pour déplaire au chanteur. Les yeux de Bill se refermèrent doucement alors qu'il s'apprêtait à refermer la distance entre leurs bouches, ses lèvres effleurant les siennes pendant quelques secondes, comme réfléchissant à la meilleure façon de les capturer. Mais il se ravisa, reculant et rouvrant brusquement les yeux. Tom fut surpris de son mouvement soudain et il rouvrit à son tour les yeux.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Sans lui répondre, Bill se redressa et se leva, filant dans la salle de bains. Tom fronça les sourcils. Il s'apprêtait à aller voir ce qu'il fabriquait, légèrement inquiet, quand Bill réapparut, tenant dans sa main une petite sacoche. L'inquiétude de Tom s'accentua, pour des raisons différentes qu'un instant auparavant cependant. Il se redressa à moitié, prenant appui sur ses mains.

« Bill, qu'est-ce que tu fais ? »

Ledit Bill remonta sur le lit, posa la sacoche à côté d'eux et s'installa à califourchon sur les cuisses de son frère. Sans attendre la réaction de son frère, il lui enleva sa casquette, l'envoyant valdinguer dans la pièce, puis il ouvrit le sac et commença à farfouiller dedans, semblant réfléchir intensément. Tom jeta un coup d'½il à sa casquette désormais si loin, puis il parla d'une petite voix, peu rassuré.

« Bill ?
- Cette fois-ci, je vais le faire dans les règles de l'art. »

Tom le vit sortir quelques objets, ses craintes se confirmant. Il paniqua. Il leva des yeux effarés et incrédules vers son frère.

« Tu n'es pas sérieux ? »

Bill se contenta de sourire d'un air amusé. Tom poussa un petit cri.

« Hors de question ! »

Il tenta de se dégager mais Bill le maintint fermement en place. Tom le fusilla du regard mais il ne rencontra que des yeux de chiens battus et une moue qui aurait fait céder le pire des tyrans. Il maugréa, cédant.

« Pourquoi ? »

Bill sourit mais redevint vite étrangement sérieux.

« Je veux savoir si c'est un masque qui fait de moi ce que je ne suis pas. »

Tom le regarda, n'étant pas sûr d'avoir compris ce que Bill avait voulu dire par là.

Néanmoins, ces paroles énigmatiques finirent de le convaincre, ne bougeant pas quand Bill leva une main pour commencer à le maquiller.

De longues minutes passèrent en silence, les doigts de Bill glissant sur la peau de son frère, étalant et dessinant de manière experte le maquillage en alternance avec des légers et doux coups de pinceaux agiles. Les yeux de Tom étaient fermés et Bill n'avait nul doute sur le fait que son frère appréciait ce petit traitement de faveur, malgré ses protestations. Il sourit. Il ne restait plus qu'une touche finale à apporter.

Il farfouilla encore dans son petit sac et Tom rouvrit ses yeux, le regardant faire. Il protesta vivement une nouvelle fois de plus en voyant ce qu'il s'apprêtait à faire.

« Bill, il est hors de question que tu me mettes du Gloss !
- Requête refusée, jeune fille. »

Tom s'apprêtait à rouspéter face à l'outrageuse appellation quand Bill l'attrapa par la mâchoire, doucement mais fermement, pour appliquer le Gloss. Tom se laissa faire, fusillant tout de même du regard son jumeau qui le regardait avec des yeux rieurs qui étaient aussi maquillés que les siens en ce moment même. Bill le lâcha enfin et sourit, caressant du bout de son doigt le menton du blond. Tom grogna.

« Je te hais !
- Mais moi aussi je t'aime, Tom. »

Tom marmonna un 'on-ne-le-dirait-pas-vu-tout-ce-que-tu-me-fais-subir-espèce-de-sadique' entre ses dents et Bill gloussa.

Le chanteur inspecta son ½uvre puis il recula son visage. Il mima un pincement de lèvres, indiquant à Tom comment procéder. Celui-ci écarquilla les yeux à son action, rougissant à l'idée de la refaire devant son jumeau qui le regardait intensément. Il s'exécuta, détournant cependant un peu le regard, ses yeux fuyants sous l'air inquisiteur de Bill.

Quand il releva les yeux après quelques secondes, rougissant encore un peu et hésitant, il fut étonné de voir son frère le fixer avec un air soudainement triste. Tom le regarda avec inquiétude.

« Qu'est-ce que tu as ? »

Bill secoua la tête, baissant les yeux un quart de seconde avant de les reposer sur lui.

« Rien. »

Bill sourit légèrement mais son regard était encore triste. Il passa une main sur la joue de son jumeau et scruta en détail son visage. Tom ferma ses paupières au doux et chaud contact. Il rouvrit légèrement les yeux pour le regarder.

« Tu as la réponse à ta question ?
- Oui, c'est différent sur toi. »

Tom rit nerveusement, à nouveau embarrassé. Il porta une main à son visage dans l'intention de faire partir le maquillage, quitte à l'étaler grossièrement.

« Je t'avais dit que ça ne m'irait pas. »

Mais Bill arrêta sa main avant qu'elle n'atteigne son but, encerclant son poignet.

« Je n'ai jamais dit que ça ne t'allait pas. C'est seulement différent.
- Bill, on est différents. »

Le chanteur sourit étrangement.

« Bien sûr, je le sais. Mais je ne le disais pas dans ce sens là. »

Tom secoua la tête, ne comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre. Bill sembla s'en apercevoir.

« Tu sais très bien ce que je veux dire. »

Tom continua à secouer la tête. Il leva les vers lui, haussant les sourcils.

« Je m'en fous, je m'en fous complètement. »

Il passa une main sur la nuque de son jumeau, l'obligeant à se pencher vers lui jusqu'à ce qu'ils soient nez à nez. Le silence retomba alors qu'ils se regardaient, leurs yeux fuyant parfois pour observer les traits de leurs visages avant de revenir sur leurs iris couleur noisette. Bill tenait toujours fermement le poignet de Tom dans sa main. Il ne le lâcha pas et son autre main s'insinua autour de la taille du guitariste, l'attirant un peu plus près. Leurs lèvres se frôlaient à nouveau. Bill murmura contre sa bouche, sans la toucher, ses yeux presque clos.

« Tu t'en fous, vraiment ?
- Ca n'a rien à voir avec nous. Et tout ce qui m'importe, c'est toi et moi. »

Bill ouvrit les yeux, ses cils caressant le visage de Tom. Ce dernier leva un peu la tête, caressant de son nez celui de Bill. Ils se frottèrent alors le nez pendant un moment. C'était un geste qu'ils avaient l'habitude de faire pour se rassurer. Puis Bill recula légèrement et ils se regardèrent un instant, souriant à nouveau tous les deux avec douceur.

Un instant passa et Bill soupira, ses yeux errant sur le visage de son fère. Tom l'observa de même, s'attardant sur les cheveux en bataille. Bill sembla déçu.

« C'est dommage.
- Quoi donc ?
- J'ai enfin réussi à te mettre du maquillage, et personne ne verra ça... A moins qu'on fasse une petite photo ? Et puis tu ne t'es même pas vu dans une glace. »

Bill s'apprêtait à se lever promptement quand une main ferme le retint, le faisant lourdement retomber sur le lit. Bill cligna des yeux. Son jumeau le fusillait du regard.

« Tom ?
- Plutôt mourir que de faire une photo. »

Bill rit doucement.

« Tu ne veux même pas voir le résultat ? Ca te va bien pourtant. »

Bill était sincère, mais Tom secoua la tête.

« A quoi bon la peine ? D'ici une minute, il n'y aura déjà plus la moindre trace de Gloss sur moi. »

Sans laisser le temps à son jumeau d'enregistrer l'information, il passa une main derrière sa nuque, agrippant des cheveux entre ses doigts, et il mit leurs lèvres en contact. Bill entrouvrit ses lèvres de surprise et Tom en profita pour y glisser sa langue, l'embrassant avec une rare frénésie. Reprenant ses esprits, Bill y répondit à égale mesure, agréablement surpris par la fougue du jeune homme. Quelque chose avait dû provoquer cette réaction, mais Bill n'arrivait pas à déterminer quoi.

Le baiser s'approfondit assez vite, gourmand des sensations de l'autre, et étrangement plus intense que tous ceux qu'ils avaient pu partager jusqu'alors. Bill gémit et ses mains encadrèrent le visage du blond pour mieux capturer ses lèvres avant de glisser ensuite autour de son cou. Les mains de Tom n'étaient pas de reste, cherchant désespérément le contact qui leur manquait en attirant leurs corps toujours plus près l'un de l'autre, tandis que leurs lèvres ne se lassaient pas de s'embrasser et de s'emprisonner, mordant, léchant tour à tour la moindre parcelle de l'autre qui se présentait à elles.

Ils finirent néanmoins par se calmer, leurs baisers devenant plus sages et plus tendres, se terminant par de petits bisous plus ou moins appuyés, jusqu'à ce Bill ne recule légèrement. Il fit une petite moue en voyant l'étendue des dégâts. Tom sourit, s'avançant encore pour emprisonner les lèvres de Bill, léchant les contours de sa bouche de sa langue. Il murmura.

« Ne fais pas cette tête, je te laisserai m'en remettre, si tu es sage. »

Bill rigola doucement, le regardant avec douceur. Il déposa un bisou sur ses lèvres, souriant avec malice.

« A vos ordres, jeune fille. »

Tom le chatouilla et Bill éclata d'un petit rire, vite étouffé par des lèvres impatientes.

Le Gloss attendrait.

Fin.

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Foutaises 21/01/2008

Foutaises

Tom sortit de la salle d'interview arborant un air plutôt détendu bien qu'il fût un peu inquiet.

Il savait qu'il avait poussé le bouchon assez loin, même s'il ne s'agissait que de plaisanteries. Les autres membres du groupe, dont Bill, s'étaient contentés de sourire d'un air embarrassé à ses réponses, sans l'interrompre. Cependant, c'était la réaction hors caméra de Bill à ses taquineries qui le préoccupait.

Depuis quelques temps, Tom avait accentué ses petites plaisanteries habituelles à son encontre, sous l'½il surpris et interloqué de ses amis, et Bill s'était contenté à chaque nouvelle attaque de le fixer avec un soupçon d'incrédulité avant de rire doucement, gêné. Mais comme ses taquineries n'étaient jamais sérieuses, Bill était plus amusé qu'autre chose. Cependant aujourd'hui...

Pour être honnête, ce qui avait poussé Tom à pousser le bouchon aussi loin, c'était cette foutue journaliste italienne. Il n'avait pas supporté la manière dont elle n'avait cessé de regarder avec admiration Bill, ses yeux brillants cherchant en permanence son attention. Les yeux de Tom avaient erré pendant toute l'interview de la journaliste à Bill et inversement.

Il était habitué à ce que son frère captive toute l'attention des journalistes, surtout des jeunes femmes, mais Tom parvenait généralement à attirer les regards des jolies filles. Or, celle-ci l'avait totalement ignoré, n'ayant d'yeux que pour Bill... pourtant, celui-ci ne s'était rendu compte de rien, continuant à débiter un flot de paroles à chacune de ses questions, répétant inlassablement les même réponses que d'habitude.

Agacé par le manège de la jeune femme, Tom s'était alors évertué à répondre à côté de leurs discours bien rodé à deux ou trois questions en racontant quelques anecdotes embarrassantes au sujet de Bill, histoire de faire descendre de son piédestal son frère aux yeux de la blonde.

Cela avait été peine perdue. Celle-ci s'était contentée de regarder Tom bizarrement, comme ses amis et son frère, perplexes face à ses réponses étranges, et cela n'avait fait que s'aggraver quand Tom avait répondu à une question en particulier.

La journaliste avait alors écarquillé les yeux, et les trois autres membres du groupe étaient restés interdits et très gênés face à ses mots.

Bill avait eu ce petit rire étouffé, et même s'il n'avait pas eu l'air énervé quand Tom lui avait jeté des coups d'½il furtifs pour voir avec inquiétude sa réaction, Tom ne se sentait pas à l'abri de quelques remontrances.

Il ne fut donc pas étonné de voir Bill accélérer le pas pour le rattraper. Bill lui donna un petit coup sur le côté, il fronça les sourcils mais un sourire ornait ses lèvres.

« Qu'est-ce qui t'a pris ?
- De quoi tu parles ?
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- C'était des questions complètement idiotes. Questions stupides, réponses stupides. »

Suivant les indications de Saki qui marchait à côté d'eux, Tom rentra dans leur loge pour récupérer leurs affaires. Ils devaient partir pour donner un show dans une autre partie de la ville. Bill le suivit, tout comme Gustav et Georg qui marchaient juste derrière eux.

Une fois qu'ils se retrouvèrent tous les quatre seuls dans la pièce, Gustav et Georg vaquant à leurs occupations, Bill agrippa l'épaule de Tom pour l'obliger à le regarder. Il pencha la tête vers lui, puis il croisa les bras en haussant les sourcils, attendant fermement une réponse. Il semblait tout d'un coup plus sérieux, pour une raison obscure. Tom se tourna vers son frère, un air moitié penaud moitié ronchon sur son visage.

« Quoi encore ?
- Tu me le demandes ? Je te cite : 'un bon moyen qu'on utilise pour faire baisser la tension avant nos concerts, c'est la masturbation'. C'est quoi cette réponse ? »

Georg ne put s'empêcher de ricaner à nouveau. Tom grogna. Il repensa à la suite de la réponse qu'il avait faite et il tenta d'esquiver le regard inquisiteur de son jumeau en le leur rappelant. Il ricana.

« N'empêche, on ne sait pas vraiment ce que Georg fait exactement dans la baignoire avant nos concerts. »

Georg rougit légèrement et Gustav eut un rire étouffé. Une moue apparut sur le visage de Georg face aux sourires moqueurs de ses amis et il donna une petite tape sur la tête de Gustav pour le faire taire. Il s'adressa ensuite à Bill, sourire en coin.

« Tom était juste en manque d'attention. La demoiselle ne voyait que toi. Non pas que les tentatives de Tom aient été fructueuses, elle est restée de marbre jusqu'au bout envers lui. »

Ce fut au tour de Tom de bouder. Il jura intérieurement. Georg était du genre perspicace quand il s'y mettait. Bill cligna des yeux, semblant surpris. Il se tourna vers Tom, sourcils levés et paraissant amusé. Il le taquina, sourire aux lèvres.

« Ce n'est pas nouveau pourtant, les filles s'adressent le plus souvent à moi. Il faut t'y faire, je suis le plus mignon. »

Tout en disant cela, il tapota plusieurs fois la joue de Tom. Ce dernier croisa lui aussi ses bras et leva des yeux boudeurs vers son frère.

De l'autre côté de la pièce, Georg explosa de rire et Tom le fusilla du regard. Gustav intervint.

« En tout cas, ce n'est pas avec ce genre de discours tu vas attirer une fille. Ca fait combien de temps qu'on ne t'a pas vu avec une ? Ce n'est pas demain la veille que tu vas avoir un peu d'action dans ton lit avec cette attitude. »

Gustav et Georg rigolèrent et Bill eut un petit rire étouffé, paraissant légèrement gêné. Tom ouvrit la bouche pour répondre mais il se ravisa immédiatement, réalisant qu'il n'avait rien à répondre sans risquer de lâcher tout le morceau.

D'ailleurs, concernant les filles, Gustav avait tapé dans le mille. En dépit de ce qu'il pouvait raconter à droite et à gauche, les autres membres du groupe savaient eux très bien que tout était faux, juste pour l'esbroufe et pour se foutre de la gueule des journalistes les plus ennuyeux, sabordant leurs pires questions. Georg gloussa.

« Tom est en manque d'affection ?
- Il semblerait, répliqua Gustav avec amusement. »

Bill rit doucement tout en secouant la tête. Il passa une main sur la nuque de Tom pour l'attirer et l'embrasser sur le front. Il recula ensuite, souriant d'un air narquois et frottant la tête de son frère.

« Pauvre Tomi ! »

Tom grogna, se dégageant de la main faussement cajoleuse de son frère, et il les fusilla tous les trois du regard. Ses yeux s'attardèrent sur Georg et Gustav.

« Comme si vous en aviez plus que moi. On ne vous a pas vus avec une fille depuis des mois et des mois, vous non plus. »

Georg et Gustav parurent troublés pendant l'instant d'une seconde, échangeant un regard rapide et discret. Quelqu'un frappa à la porte. C'était Saki, venant leur dire de se dépêcher car ils devaient bientôt partir. Georg et Gustav terminèrent de prendre leurs affaires, enfilant leurs sacs sur leurs épaules et ils sortirent de la pièce en refermant la porte derrière eux, un peu trop précipitamment peut-être, car Bill et Tom les suivirent du regard en fronçant des sourcils.

« Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Je ne sais pas mais ils ont eu l'air bizarre. »

Tom tourna sa tête vers Bill qui se tenait toujours près de lui. Il observa ses traits pendant quelques secondes avant de murmurer d'une petite voix sérieuse.

« Dis, tu ne m'en veux pas de t'avoir charrié devant les journalistes ? »

Bill se retourna, étonné, avant de sourire.

« Bien sûr que non, je sais très bien que ce ne sont que des foutaises. »

Il se pencha néanmoins vers lui, haussant ses sourcils, un soupçon de mise en garde dans la voix.

« Mais n'en dis pas trop non plus, sinon je me vengerai. »

Il rit légèrement en reculant et Tom sourit, se sentant soulagé. Il haussa les sourcils. Une de ses jambes bougeait nerveusement sous lui.

« Ce ne sont pas que des foutaises, du moins, à quelques détails près. »

Tom s'approcha un peu plus et l'enlaça tout en le fixant avec amusement, et Bill sut immédiatement à quoi Tom faisait référence. Bill rougit légèrement.

« Tom ! Arrête ça ! »

Il se dégagea des mains audacieusement baladeuses en les chassant de quelques petites tapes et il tenta de le pincer. Tom le relâcha immédiatement, n'échappant que de justesse à son attaque en se tortillant. Il rajouta en gloussant.

« Et je suis vraiment le plus mignon de nous deux, quoi que tu puisses en penser. »

C'était quelque chose qu'il disait souvent en interview, et Tom s'était attendu à une réponse quelconque, à voir Bill à nouveau lever les yeux au ciel ou glousser d'un petit rire embarrassé comme seul Bill en avait le secret, mais celui-ci ne dit rien, redevenant calme.

Bill se contenta de l'observer avec tendresse, parcourant les traits de son jumeau avec attention, puis il se pencha à nouveau vers lui pour l'embrasser une fois de plus sur le front, mais avec plus de douceur et plus longtemps, entourant ses épaules de ses bras.

Surpris, Tom ne bougea pas, posant seulement ses mains sur la taille du chanteur. Sa surprise ne fit que grandir aux mots que Bill prononça ensuite.

« Je le pense aussi. »

Bill recula, le fixant un peu avant d'aller prendre ses affaires.

Tom le regarda faire, se sentant dans un état second, puis il se reprit, cherchant autour de lui son sac pour partir.

Un rougissement involontaire teintait ses joues.

***

Quelques jours plus tard,

Tom sortit de scène. Il pouvait encore entendre le public crier, mais le bruit s'atténuait peu à peu. C'était la fin du rappel. Il était en nage. Autour d'eux, toute leur équipe s'affairait. Quelqu'un lui prit sa guitare et fit aussi un geste pour prendre ce qu'il tenait dans son autre main, mais Tom resserra l'objet et le mit hors de portée de la main qui tentait de lui prendre.

« Je le garde. »

La personne devant lui le regarda d'un air étrange mais s'éloigna. Tom leva l'objet devant lui, le tenant dans ses deux mains. Il sentit quelqu'un poser sa tête sur son épaule, se collant contre son dos.

« Il est vraiment mignon, hein ? »

Tom ne tourna pas la tête mais s'appuya imperceptiblement contre son frère qui se tenait derrière lui. Durant leur concert, Bill avait récupéré un ours en peluche qui tenait un énorme c½ur rouge, le gardant dans ses bras pendant un petit moment, et après avoir contraint le nounours à embrasser Georg, Bill était venu déposer la petite peluche juste devant son frère, le tout en continuant à chanter comme si de rien n'était alors que le public s'était mis à hurler plus fort devant cette scène si adorable. C'est du moins comment Tom osait qualifier ce moment dans ses pensées.

Il leur arrivait toujours des trucs bizarres lors de leurs concerts, et plein de peluches avaient l'habitude de voler dans l'espace aérien de la scène (manquant souvent de très peu de les assommer ou de les faire trébucher...). Mais c'était bien la première fois que Bill en ramassait une pour venir ensuite la déposer pratiquement à ses pieds. Il avait dû lui aussi trouver cette peluche particulièrement adorable.

Car oui, Tom était un garçon, il avait dix-huit ans, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que cette peluche était tout simplement trop mignonne. En général, les peluches que leurs fans leur donnaient, où qu'ils aillent, allaient automatiquement dans des ½uvres de charité, leurs familles et amis n'ayant, et ça depuis très longtemps, plus assez de place pour accueillir la moindre petite peluche. Cependant...

« Je vais la garder. »

Il sourit d'un air bêta à la peluche. Un éclat brillant passa dans les yeux de Bill. Le chanteur lança un doux regard à son frère, son nez frôlant sa joue lorsqu'il tourna la tête vers son visage.

Tom sentit son jumeau sourire et l'embrasser sur la joue, entourant brièvement sa taille de ses bras avant de le lâcher complètement et de s'éloigner aussi vite qu'il était venu.

Tom le regarda faire, et il se sentit rougir.

***

Quelques jours plus tard,

Il faisait sombre dans le bus, le petit salon n'étant éclairé que par de faibles petites loupiotes que Bill avait préféré allumer. Le bus ne roulait pas, s'étant arrêté quelques instants. Ils avaient décidé de ne pas aller à l'hôtel pour cette nuit. Ayant annulé les prochains concerts, ils avaient pas mal de route à faire pour atteindre la prochaine ville où ils joueraient.

Sa tête dépassant à peine l'orée de la porte, Tom observait son frère assis dans un des canapés du bus devant un chocolat chaud. Il était emmitouflé dans une chaude couverture, ses jambes ramenées sur le côté. Bill toussa malgré lui. Sa gorge lui faisait mal. Ils étaient en pleine tournée, venant d'enchaîner plusieurs concerts les derniers jours passés, et ses cordes vocales avaient pâti de ses efforts pour les faire fonctionner alors qu'il avait pris un mauvais coup de froid. Il se retrouvait avec une inflammation carabinée. Le groupe avait ainsi dû annuler deux concerts. David ne savait pas encore s'il serait possible de les reporter. La poisse quoi.

Bill soupira avant de renifler. Tom soupira également. Il savait que Bill s'en voulait. Il s'était excusé un nombre incalculable de fois d'être tombé malade. Pourtant, personne, Tom le premier, n'aurait même songé à blâmer le chanteur. Bill faisait tout pour rester en forme et pour entretenir sa voix, mais les meilleures précautions ne suffisaient pas toujours, surtout quand on accumulait autant de fatigue.

Il entra dans la pièce et s'approcha de son frère, celui-ci le remarquant enfin. Il leva des yeux fiévreux vers lui. Sa voix était rauque.

« Tu n'es pas encore couché ?
- C'est plutôt à toi que je devrais demander ça.
- Je voulais boire quelque chose de chaud avant d'aller dormir, j'ai froid. »

Comme pour accentuer ses mots, un frisson le parcourut. Tom s'approcha de lui. Il cachait quelque chose dans son dos. Bill s'en aperçut et pencha sa tête d'un air intrigué pour tenter de voir de quoi il s'agissait. Tom s'assit à côté de lui et se glissa sous la couverture pour se coller à lui. Il sortit enfin ce qu'il tenait dans ses mains. C'était la peluche que Bill avait récupérée sur scène. Ce dernier poussa un petit cri de surprise attendri à cette vue et tendit la main pour la prendre. Il la serra contre lui et il se mit à la caresser avec douceur. Un moment passa ainsi en silence.

Tom l'observait en souriant, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre. Puis, pris d'une impulsion soudaine, il se pencha pour l'embrasser longuement sur la joue. Bill ferma les yeux, restant immobile. Quand Tom recula, Bill leva les yeux vers lui, le fixant intensément. Il ouvrit la bouche pour parler mais Tom l'arrêta, posant un doigt sur sa bouche.

« Chut, ne parle pas. Inutile de te fatiguer la voix. »

Bill ne protesta pas et le doigt de Tom glissa au coin de son menton pour descendre sur sa gorge tandis que ses yeux s'étaient posés malgré lui sur ces lèvres qui étaient si tentantes. Quand il releva le regard, il vit que Bill le fixait toujours avec la même intensité. Tom rougit, se demandant si son frère avait pu deviner la pensée qui venait de traverser son esprit et s'il en avait envie lui aussi. Il décida que non, même s'il savait qu'il se mentait à lui-même. Bill et lui pensaient souvent de la même façon.

Un doigt sur sa bouche interrompit ses pensées et il leva les yeux vers Bill. Les yeux de celui-ci brillèrent un instant avant qu'il ne se décide à effleurer sa lèvre inférieure du bout de son doigt. Quelques secondes passèrent ainsi et Tom se mit à caresser le cou de Bill du revers de ses doigts. Son coeur s'était agréablement accéléré et une douce chaleur apaisante l'avait envahi.

Soudainement, Bill pencha légèrement la tête et Tom dut suivre son mouvement car l'espace entre leurs bouches disparut entièrement un instant plus tard. Le doigt de Bill était descendu au coin de son menton pour laisser leurs lèvres se rencontrer. Elles s'appuyèrent tendrement, ne cherchant pas à aller plus loin, savourant juste le contact, sans bouger. Le bras de Bill qui tenait le nounours desserrait peu à peu son étreinte, menaçant de le faire tomber.

Tom frémit. Ils ne s'embrassaient pas si souvent que ça, malgré ce qu'ils pouvaient faire ensemble dans le creux de leur lits, et Tom souhaitait parfois que cela arrivât plus souvent.

Le doux silence autour d'eux était reposant et les enveloppait dans une merveilleuse bulle de tendresse. Les lèvres de Bill avait le goût du chocolat qu'il venait de boire, donnant envie à Tom de les lécher, ce qu'il fit bien vite.

Bill en eut le souffle coupé et ses lèvres s'entrouvrirent. Celles de Tom dansèrent autour et elles se frottèrent. Tom fit glisser sa main sur le cou de Bill jusqu'à sa nuque et il reconnecta leurs lèvres, glissant sa langue à l'intérieur de la bouche de Bill pour caresser lentement et langoureusement la sienne. Leur baiser se ralentit à nouveau pour apprécier pleinement leur contact, goûtant avec délice la saveur de leurs bouches.

Ce fut un bruit étrange, comme un gémissement étouffé suivi d'un petit cri, qui vint rompre le charme. La peluche tomba à terre. Ils se séparèrent brusquement et Bill se pencha pour ramasser le nounours. Tom jeta un coup d'½il circulaire à la pièce, cherchant l'origine du bruit mystérieux. Il murmura.

« C'était quoi, ça ?
- Je ne sais pas, on aurait dit que ça venait de l'autre pièce. »

Un autre gémissement parvint à leurs oreilles et le doute qui avait traversé les pensées de Tom se confirma. C'était la voix de Georg. Tom fronça les sourcils et il se tourna vers Bill, leurs yeux se rencontrant. Il lut dans son regard la même idée.

« C'est bien ce à quoi je pense ? »

Bill fronça à son tour les sourcils et secoua la tête.

« Non, pas possible. Aucun de nous n'irait se soulager dans notre dortoir commun. Surtout que Georg n'est pas seul, Gustav est là-bas lui aussi, et je ne pense pas qu'il dorme déjà. »

Tom hocha légèrement de la tête. Bill avait raison, ça ne collait pas. Georg, ainsi que Gustav, étaient bien trop pudiques pour ça. Il observa un peu plus son frère, se rappelant soudainement une de leurs interviews, il y a plusieurs jours de ça. Il eut un large sourire, un peu benêt. Il susurra à l'oreille de son frère.

« A moins qu'ils aient besoin de s'aider pour 'faire baisser la tension' ? Quand je disais que c'était un bon moyen de déstresser ! Ca marche bien pour nous deux, alors pourquoi pas pour eux ? »

Bill leva les yeux au ciel et lui donna une petite tape sur le bras, rougissant comme une tomate dans la quasi-obscurité. Il but un peu de son chocolat pour se donner une contenance. Tom émit un petit rire, notant mentalement que Bill ne l'avait pas contredit.

Le silence retomba un peu. Tom fixait toujours Bill, celui-ci évitant soigneusement son regard. Les yeux de Tom errèrent longuement sur les courbes graciles du visage de son frère, si identiques mais si différentes des siennes qui étaient légèrement plus abruptes. Repensant ce qu'il lui avait dit le jour de cette interview, il murmura tout d'un coup quelques mots qui semblèrent venir de nulle part tout en caressant la joue de Bill, ses doigts glissant le long de sa mâchoire.

« C'était des foutaises, je ne suis pas le plus mignon. »

Tu es le plus mignon.

Bill écarquilla avec surprise les yeux. Quelques secondes lui furent nécessaires pour comprendre ce que Tom avait voulu insinuer. Bill fronça les sourcils et tourna sa tête vers lui pour protester, et les lèvres de Tom se posèrent sur les siennes, recommençant à les lécher et l'empêchant de répondre. Il entoura la taille de Bill de ses bras.

Le nounours tomba à nouveau à terre.

***

Quelques jours plus tard, le soir,

Tom était assis sur le lit, grattant presque silencieusement sa guitare à la recherche de nouvelles chansons. A vrai dire, Bill et lui avaient été plutôt productifs cet été en matière de textes et mélodies, passant une bonne partie de leur temps ensemble, notamment lors de leurs vacances à New York. Il sourit en y repensant.

C'est à ce moment-là que Bill entra avec précipitation dans la chambre d'hôtel qu'il partageait avec son frère, la refermant en un claquement derrière lui et y appuyant son dos. Il porta ses mains jointes sur sa bouche. Il paraissait extrêmement choqué et ses yeux maquillés étaient exorbités.

Tom s'interrompit à son intrusion, levant des yeux inquiets à l'expression troublée de son frère. Déposant sa guitare sur le lit, il se redressa promptement pour se rapprocher de lui.

« Bill ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Ledit Bill ne sembla pas enregistrer ses paroles avant quelques secondes, levant les yeux vers lui. Il baissa légèrement ses mains, les gardant jointes. Il resta interdit.

Encore plus inquiet, Tom posa une main sur son bras, la faisant glisser jusqu'aux mains du chanteur. Il répéta, secouant la tête.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Bill hésita, restant quelques secondes complètement silencieux tout en fixant son frère, des images semblant défiler en boucle dans sa tête. Il émit soudain un court rire nerveux. Les mots qui sortirent de sa bouche le firent avec difficulté, comme si lui-même avait du mal à les croire.

« J'ai surpris Georg et Gustav en train de s'embrasser. »

Tom le fixa, ses yeux s'ouvrant en grand. Il souffla avec incrédulité :

« Quoi ? »

Bill se contenta de hocher plusieurs fois de la tête pour confirmer ses dires, ses cheveux lissés mais un peu ébouriffés tombant en avant. Il émit encore un petit rire nerveux. Il lui expliqua.

Il y a quelques minutes de ça, Bill était sorti pour aller chercher dans la chambre de Georg son deuxième lisseur à cheveux, le sien étant tombé en panne la veille. Or, arrivé devant sa chambre, il avait constaté avec étonnement que la porte était entrouverte. Il l'avait donc poussée doucement, celle-ci glissant sans bruit sur la moquette de l'hôtel, et il était entré sans frapper. Bill n'avait eu le temps de faire que quelques pas quand ses yeux étaient tombés sur une scène qu'il n'aurait jamais pensé voir, et il s'était figé en plein milieu de la pièce.

Gustav et Georg étaient enlacés sur l'un des lits simples et ils s'embrassaient avec une passion évidente, leurs mains errant activement sur le corps de l'autre, laissant découvrir quelques parcelles de peau au niveau de leurs ventres.

Bill avait écarquillé les yeux, restant interdit et parfaitement immobile un court instant qui lui avait semblé durer des heures puis il avait commencé à paniquer, rougissant comme un coquelicot, en réalisant ce à quoi il était en train d'assister. Grimaçant sous la crainte d'être vu, il s'était mis à reculer pas à pas avec la plus extrême précaution et était ainsi parvenu à sortir de la pièce et à refermer le plus silencieusement possible la porte sans se faire repérer, ses deux amis étant visiblement trop 'occupés' pour se rendre compte de quoi que ce soit.

Digérant à présent un peu plus cette nouvelle en la racontant à son frère, Bill se mit à rire un peu plus fermement face à la tête hébétée de celui-ci. Le chanteur se dirigea vers le lit et s'y assit, prenant la guitare que Tom avait délaissée pour la poser sur ses cuisses, croisant ses jambes. Bill bouda.

« Avec ça, je n'ai même pas pu prendre le lisseur... »

Il pinça quelques cordes, tentant d'en sortir une note ou deux, tandis que Tom s'approcha à nouveau de lui. Il se laissa tomber plus qu'il ne s'assit à côté de lui, le regardant toujours avec incrédulité.

Bill sourit face à la bouille de son jumeau. On aurait dit un petit garçon à qui on venait de raconter une histoire trop incroyable pour être vraie.

Tom regarda un instant en face de lui avant de reposer ses yeux sur Bill. Malgré lui, sa voix se fit aiguë.

« Depuis quand ?
- Aucune idée, mais quelque chose me dit que ce n'était pas la première fois, si tu veux mon avis. »

Quelques instants passèrent en silence, Bill reportant son attention sur la guitare. Il n'arrivait pas à en sortir grand-chose mais son frère avait les yeux rivés sur Bill, le détaillant de haut en bas alors qu'il était concentré sur l'instrument de musique.

Tom sourit et se déplaça, montant sur le lit pour venir s'asseoir derrière son frère. Il se colla derrière lui et entoura sa taille de ses bras, venant déposer sa tête sur son épaule. Une de ses jambes touchait celle de Bill, tandis que l'autre repliée sur elle-même touchait légèrement de son genou la hanche de Bill. Tom le serra dans ses bras tout en lui jetant un petit regard de côté. Se sentant observé, Bill tourna légèrement la tête vers lui. Leurs yeux se rencontrèrent.

« Quoi ?
- Rien. »

Un instant passa en silence. Tom murmura pensivement.

« Ils ont bien caché leur jeu. »

Bill acquiesça sans rien dire et retourna son attention sur la guitare.

Cela allait certainement avoir des conséquences sur leur groupe. La nouvelle était d'importance, mais ni l'un ni l'autre ne voulait y penser ce soir. Ils verraient ça plus tard, tous les quatre.

Tom l'observa encore quelques instants sans rien dire puis il l'embrassa avec douceur dans le cou et une de ses mains se mit à caresser le ventre de Bill. Ce dernier interrompit ses grattements maladroits sur les cordes et s'immobilisa, fermant les yeux. La main gauche de Tom quitta son ventre pour venir recouvrir la sienne sur le manche de la guitare pour la lui subtiliser et la poser à terre.

Visiblement, l'histoire que venait de lui raconter Bill avait donné quelques idées à Tom. Bill sourit. Tom murmura contre son oreille, avec une toute petite voix.

"Je peux?"

Bill étouffa un petit rire amusé et se tourna à peine vers lui pour déposer un bisou sur ses lèvres en guise de réponse, ses yeux pétillants de malice et d'autre chose. Quelque chose qui ressemblait étrangement à du désir qu'il n'osait pas exprimer. Tom sentit son coeur manquer un battement.

Tom se redressa légèrement pour attirer Bill sur le matelas, ses lèvres ne quittant pas le cou du chanteur, continuant à l'embrasser et à le mordre avec tendresse. Bientôt, ils se retrouvèrent allongés et collés l'un à l'autre, s'embrassant avec engouement, leurs mains errant sur leurs corps. Ils gémirent tous les deux. Alors qu'ils commençaient à se déshabiller réciproquement avec un soupçon d'impatience, glissant peu à peu dans les draps, Bill se rappela vaguement comment cela avait commencé, il y a de ça deux ans à peine.

Cela aurait pu avoir eu lieu plus tôt, ou plus tard. Le fait était que tout avait commencé lors d'une nuit où ils avaient dormi ensemble, comme ils le faisaient souvent. Bill s'était brusquement réveillé au milieu de la nuit, en nage, se tournant dans tous les sens. Quand il avait ouvert les yeux, haletant, il s'était rendu compte qu'il venait d'avoir fait un rêve érotique, son membre dressé étant là pour preuve. Il s'était senti horriblement embarrassé, parce qu'il se trouvait dans le même lit que son frère, et que celui-ci était allongé contre lui, Bill pouvant sentir le visage de Tom sur son épaule et une jambe contre la sienne, leurs peaux chaudes et nues se trouvant ainsi en contact. Néanmoins, son angoisse s'était calmée en réalisant que son frère devait certainement dormir profondément.

Quelle n'avait pas été sa surprise de sentir une main hésitante frôler sa hanche avant de se diriger vers son membre, glissant dans ses sous-vêtements, qui lui tenaient lieu de seuls habits, pour se refermer sur lui. Bill s'était légèrement cambré, souffle coupé et il s'était retourné vers son frère, une expression de choc sur son visage pourtant invisible dans le noir, mais que Tom avait sans nul doute devinée. Ce dernier avait soufflé contre sa peau quelques mots rassurants à peine audibles pour le calmer et il avait commencé à le caresser, d'abord timidement puis avec de plus en plus d'assurance en voyant que Bill le laissait faire. Car Bill ne s'était pas dérobé, il n'avait même pas songé à repousser sa main. Il l'avait laissé le toucher.

Cela ne lui avait pas semblé anormal ou sale. C'était juste Tom.

Peu à peu, Bill s'était alors détendu, le laissant faire, gémissant et tremblant sous ses caresses si chaudes et tendres, et au bout de quelques instants, il s'était hasardé à toucher Tom, constatant avec surprise mais aussi soulagement que celui-ci était aussi excité que lui. Tom avait gémi, et c'était un des plus beaux bruits que Bill ait jamais eu à entendre. Il avait alors tenté de le provoquer à nouveau, encore et encore, avec succès.

C'était la première fois qu'ils s'étaient caressés, un moment précieux qui restait gravé dans l'esprit du brun. Depuis cette première fois, cela s'était reproduit de temps à autre, quand le besoin s'en était fait mutuellement sentir.

Bill murmura en gémissant le nom de Tom et ce fut aux souvenirs de leur première expérience que Bill se libéra sous les caresses que Tom lui infligeait. Il étouffa le cri qui s'échappa de ses lèvres contre l'épaule de Tom qu'il agrippait désespérément, alors que le visage de son frère était fourré contre sa joue, respirant profondément l'odeur de sa peau tandis que leurs corps nus se frottaient et glissaient sensuellement l'un contre l'autre sous l'effet de leur transpiration.

Bill resta immobile pendant quelques instants, tremblant de tout son corps, à bout de souffle, tandis que Tom déposait une kyrielle de petits baisers sur son visage, son épaule et sur son cou. Il sentit finalement le regard de Tom fixé sur lui, le dévorant littéralement des yeux. Il lui échappa en se redressant légèrement, repoussant Tom sur le matelas pour mieux continuer à le caresser, reprenant ses doux gestes qu'il avait arrêté quelques minutes auparavant, le surplombant à présent à moitié tout en restant collé à lui.

Tom regarda son frère baisser un petit peu les yeux, rougissant. Même s'il avait pris pas mal d'assurance au fil du temps, Bill n'en restait pas moins Bill. Tom sentit un flot de tendresse l'envahir à cette pensée et il caressa la joue de Bill, l'invitant à continuer. Bill sourit légèrement et il déposa un baiser à côté de son oreille.

Tom continua à l'observer tant qu'il le put, son visage montrant un immense plaisir indéniable alors que Bill le touchait, à la fois timidement et sensuellement. Sa bouche entrouverte qui respirait difficilement était étrangement attirante pour Bill. Celui-ci se pencha jusqu'à ce que leurs lèvres se frôlent.

Tom tendit les siennes vers le haut, les mettant en contact, pour l'encourager à l'embrasser et il passa une main dans les cheveux à présent décoiffés de son frère. Leurs lèvres se touchèrent à nouveau, se goûtant et s'effleurant. Tom murmura plusieurs fois le nom de Bill contre elles, attirant des papillons dans le ventre de ce dernier. Bill se colla un peu plus à lui et le caressa plus vite.

Tom referma les yeux quand Bill accéléra ses mouvements. Il gémit plus fort et il rejeta sa tête en arrière, s'enfonçant dans le coussin. Il se libéra à son tour en un cri sous le regard de Bill qui frissonna délicieusement à cette vue alors que la main de Tom se crispait délicatement mais fermement sur sa nuque. Tom se cambra contre lui, chacun de ses muscles se tendant et Bill sentit pour la seconde fois un liquide chaud se déverser sur leurs ventres.

Le visage de Tom était extatique. Il était tout simplement magnifique. Bill était intérieurement flatté que Tom se laisse ainsi aller à ses yeux, et il était fier d'être la cause de tant de plaisir.

Bill baissa la tête, venant poser des baisers sur le torse de son jumeau tout en lui jetant des coups d'½il tandis que sa main caressait encore, avec plus de douceur cependant, le membre de Tom, s'attirant quelques frémissements et gémissements supplémentaires de celui-ci. Puis il se redressa légèrement, venant se caler contre son frère, une jambe étalée sur les siennes.

Bill posa sa tête à côté de la sienne sur le coussin tandis que sa main remonta elle aussi pour venir se poser sur la gorge de Tom, la caressant de mouvements réguliers du bout de ses doigts, sentant le pouls rapide sous la douce peau et observant Tom reprendre sa respiration.

Tom ouvrit lentement les yeux et le regarda un instant avant d'agripper la main caressant sa gorge pour en embrasser la paume. Il la reposa ensuite, gardant sa main prisonnière.

Ils restèrent ainsi un moment sans parler. Tom regardait avec tendresse les cheveux ébouriffés de Bill tandis que celui-ci caressait à présent son torse du bout de ses doigts, pensif. Puis sentant le regard insistant de Bill revenir sur le sien, Tom le fixa avec douceur, l'interrogeant silencieusement. Bill murmura, sa voix incertaine.

« Ce qu'on fait, nous deux, c'est seulement pour faire 'baisser la tension' pour toi ? »

Tom resta interdit puis une expression adoucie apparut sur son visage, calme et apaisé après ce qu'ils venaient de faire. Tom secoua négativement la tête, son regard rempli d'une tendresse énigmatique. Il se tourna vers Bill et le prit dans ses bras, ses yeux restant plongés dans les siens. Un sourire béat ne semblait plus vouloir quitter son visage. C'était tellement plus que ça.

« A ton avis ? »

Il déposa ses lèvres sur celles de Bill pendant quelques secondes, les faisant siennes, puis il recula pour le fixer à nouveau.

Bill sourit légèrement, puis il se pelotonna un peu plus contre lui. Tom logea son visage contre son cou, le serrant avec possessivité, pas embarrassé pour deux sous du contact de leurs peaux entièrement nues.

C'était peut être étrange, pervers, immoral mais si Tom prenait autant de plaisir à faire ce genre de choses avec Bill, ce n'était pas pour des raisons aussi futiles et basses que de se soulager du stress.

C'était leur petit secret, un secret qu'ils ne pouvaient partager avec personne, un secret qu'ils ne pouvaient se permettre de laisser échapper au recoin d'une porte, car personne n'aurait pu comprendre ce besoin.

Car il avait un besoin vital de Bill, de son attention, son affection, sa tendresse. De sa présence auprès de lui, tout simplement.

Et ça, ce n'était pas des foutaises.

Tom déposa de petits baisers dans le cou de Bill pendant quelques instants, le cajolant. Bill gloussa et se tortilla sous lui. Ils s'immobilisèrent un moment, chacun étant occupé à s'enivrer de l'odeur de l'autre. Puis Tom eut un petit rire, repensant à Georg et Gustav.

« Je crois qu'on va bien s'amuser demain. »

Bill sourit, comprenant immédiatement ce à quoi Tom faisait référence. Leurs amis ne savaient pas encore qu'ils étaient au courant...

Un large sourire envahissant également ses lèvres, Tom haussa les sourcils, communiquant silencieusement à son jumeau son intention de torturer un peu leurs deux aînés. Ils éclatèrent de rire, Tom resserrant son emprise sur Bill alors que tous les deux gigotaient dans leur fou rire.

Au même moment, dans une autre chambre de l'hôtel, deux personnes, dont les corps nus étaient également enlacés sous les draps, entendirent leurs oreilles siffler, portant chacun une main à leur oreille sifflante dans une parfaite synchronisation. Ils froncèrent les sourcils tout en échangeant un regard interrogateur.

Ils clignèrent des yeux avec perplexité, puis sans y penser plus, ils se pelotonnèrent pour s'envoler aux pays des rêves, loin du quotidien, loin de leurs vies de rock stars.

Loin des foutaises du monde.

Fin.

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Vos commentaires :

zwin-liebe-fur-immer>
Merci beaucoup! Gros biz à toi!

Dre-Amy> lol ^^ Contente que le petit nounours t'ait plu! loool Merci pour ton com'!

lavoyageuse92> Moi aussi j'adore toutes ces tofs en noir et blanc!!! *________*